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Présentation du dossier

Contre-réformes et mobilisations de 2003 (présentation du dossier)

Nous présentons ici le dossier qu’Acrimed réunit peu à peu. Cette présentation est donc provisoire. Dernière actualisation : 16 juillet 2003.

De 1995 à 2003, mêmes méthodes, mêmes résultats. Informations qui désinforment. Morgue et mépris répandus par des auxiliaires du pouvoir. Débats faussés réservés aux tenanciers des médias et à leurs « experts ».

Vive la réforme ! N’importe quelle réforme ?

« La réforme ! La réforme ! », chantent à l’unisson la plupart des éditorialistes des médias dominants. Hors de la réforme, point de salut, quelle que soit la réforme et même s’il s’agit d’une contre-réforme.

D’abord sur les retraites.

Ainsi, dans Le Monde, daté vendredi 17 janvier 2003, on peut lire, après le refus des salariés d’EDF-GDF de subir la remise en cause de leur système de retraite, une « analyse ». Désolée, Anne-Line Roccati, rédactrice en chef du service « France », déplore : « Quand toute évocation d’un changement - quel que soit son contenu - est susceptible de mettre le feu aux poudres, l’aventure réformatrice devient très risquée pour ceux qui en sont chargés. » On a bien lu : " quel que soit son contenu ". Et s’inquiète : «  L’émergence d’une posture aussi radicale pourrait bien constituer, même si tout n’est pas encore joué, les prémices d’un mouvement social qui contraindrait les syndicats à entrer dans la surenchère. » Toutes les manifestations qui suivront sont donc à mettre au compte de la « surenchère ». Lire les décryptage de cette inquiétude préventive : « Le Monde réforme les retraites et les salariés ».

François Fillon, dès le 1er Février 2003, annonce que la réforme des retraites est déjà bouclée et la presse observe avec condescendance les manifestations du même jour. Anesthésiée, la presse, en majorité, se réjouit ou roupille, comme on peut le lire ici même : « La berceuse de Raffarin endort la presse ». Le réveil sera brutal et, on s’en doute, plutôt grognon.

Quant à la télévision, elle relègue les manifestations loin des fait divers, d’avance rassurée par les propos patelins de Fillon. Lire : « Météo sociale (« Vu à la télé », le 1er février 2003) »

Pendant que le gouvernement prépare sa contre-réforme, la plupart des médias, la jugeant « nécessaire », se garde bien de faire connaître les propositions alternatives des organisations syndicales et d’associations comme Attac ou la Fondation Copernic. Le cercle du « débat » est soigneusement circonscrit (ponctué de quelques « tribunes libres » qui permettent de le simuler et de se dédouaner. Au point qu’un présentateur du " 19/20 " sur France 3, le 24 mai 2003, à la veille de la manifestation nationale, présente ainsi un « sujet » qui accorde généreusement quelques secondes à Isaac Johsua (pour la fondation Copernic) et à Jean-Christophe Le Duigou (pour la CGT) : « Des propositions alternatives commencent à émerger ». Naïveté ou cynisme ? Qu’importe. L’ignorance, volontaire ou non, n’est pas une excuse : les propositions en question existent depuis plusieurs années. Mais elles n’ont pas accès à un espace médiatique gardé par les auxiliaires du pouvoir, de tous les pouvoirs.

Ne voulant rien savoir ou presque des propositions alternatives, les médias s’intéressent à l’« opinion publique » au nom de laquelle ils prétendent parler et qu’ils prétendent connaître en la sondant. Questions biaisées, absurdité, incohérence, partialité : tout est permis, comme le relève Attac dans son commentaire, en avril, de l’un d’entre eux : « Tentatives de manipulation des citoyens »

Toute la différence entre les deux conseillers du gouvernement que sont Le Figaro et Le Monde se résume à ceci : alors que le premier se réjouit de la concertation sociale en incitant le gouvernement à la fermeté, le second propose un pot-pourri des thèmes à soumettre à la concertation, sans se prononcer sur les choix fondamentaux du projet Fillon. Soutien tacite et honteux ? Lire « Retraites : Le Monde, conseiller du gouvernement »

Pourtant, il suffit de lire les déclarations du Medef ou de députés de droite pour comprendre que leur objectif est d’ouvrir la voie à la retraite par capitalisation. Alain-Gérard Slama, tandis que la presse qu’il classe à gauche s’obstine à ne rien voir, le dit clairement. Lire : Contre-réforme des retraites : A.-G. Slama vend la mèche


Des grèves et des manifestations ? Quel tourment !

Avec la généralisation des grèves et des manifestations vient le temps du mépris et de la morgue, voire de la haine.

Gréviste contre usager : le filon est inépuisable pour les radios et les télés, relayées par la presse la plus réactionnaire. Même le journal La Croix se sent tenu de fustiger "l’usage abusif du droit de grève". Lire : « En bref : La Croix avertit les agents de la RATP »

« Mouvement », même rétrograde contre « immobilisme », même imaginaire : la langue de bois de la rhétorique conservatrice ou réactionnaire fonctionne à plein régime.

Le Monde, en partenariat avec Expression-Publique.comentreprend de sonder les internautes. Lire : « Le Monde donne la parole au peuple »

Les présentateurs d’informations qui désinforment et animateurs de débats qui neutralisent convoquent les « experts » qui leur ressemblent. Aucun risque de débordement ! Lire, à titre d’exemple : « Alain Touraine « analyse » le mouvement social »

Quant aux éditorialistes réactionnaires, ils se déchaînent.

- Le Figaro, en tête : « Le Figaro met en musique les poèmes de Raffarin ».

- Appuyé par Paris Match et son éditorialiste-vedette : Paris Match : le poids du mépris, le choc des portraits

- Relayé par le premier chroniqueur de LCI : « La voix de tous les pouvoirs : Pierre-Luc Séguillon sur LCI »

- Soutenu par le chroniqueur que LCI partage avec France Inter : « Jean-Marc Sylvestre tente de rassurer le gouvernement »

- Servi par Denis Jeambar, pour L’Express qui, affligé par le déclin de la France dès le 22 mai, en appellera quinze jour plus tard à Jacques Chirac comme au sauveur suprême : « L’Express au chevet de la France malade »

- Conforté par les "quotidien de référence" qui dans son édition datée du jour des manifestations du 25 mai apporte, grâce à Eric Le Boucher, sa contribution au consensus de nos "grands" journalistes : Le Monde s’insurge contre la contestation sociale

Après les manifestations du 25 mai 2003

Aux manifestations du 25 mai 2003, François Fillon réplique par le refus de toute négociation. Sur LCI, l’intervention de Fillon, prévue sur TF1, inlassablement répétée à chaque bulletin, figure parmi les "informations" du jour : une jolie publicité de Bouygues pour Bouygues.

Quand vient le "20 Heures" : entre 6 et 8 mn sur les manifestations et, généreusement 15 à 20 secondes pour chaque reponsable syndical de l’UNSA, de la CGT et de FO. ET pour Fillon, chichement, 6 mn "en plateau". Aucun commentaire dans la presse le lendemain.

Mais d’intéressantes turbulences. Lire « Les manifestations du 25 mai : revue de presse »

Le 27 mai 2003, à la suite d’un Comité interministériel à grand spectacle, Raffarin annonce que le gouvernement est prêt à discuter sur les modalités d’aplication de ses contre-réformes, auxquelles il ne change rien. La presse écrite réagit. Lire : « Raffarinades contre les enseignants : revue de presse du 28 mai 2003 »

Parmi, les trouvailes que certains journalistes avalisent sans sourciller : ouvrir de discussions sans envisager la moindre concession« En lisant Ouest-France »

Le 30 mai 2003, Le Point, toujours à la pointe de la subversion, consacre sa "Une" à ... l’immobilier, tandis que Claude Imbert s’indigne déjà contre le refus "obtus" des mirifiques contre-réformes. Lire : « Le Point défend l’immobilier contre l’obscurantisme populaire »

Une semaine plus tard, le même Claude Imbert, effaré de l’immaturité des manifestants, franchit un pas de plus dans la dénonciation. Lire : « Le Point défend la démocratie contre l’impureté des foules »

Quant au Monde, désemparé par l’accueil réservé par le PS à Bernard Thibault, il s’inquiète de cette évolution qui serait dommageable pour la social-démocratie : Syndicats : Le Monde regrette les " courroies de transmission "

Avant et après la journée du 3 juin

3 juin 2003 : nouvelle journée d’actions, de grèves et de manifestations.

La veille, Le Figaro, n’ayant pas encore épuisé toutes ses réserves, donne enfin la parole - le 2 juin 2003 - au "penseur" dont le quotidien se partage les faveurs avec France Culture : « Slama-la-haine contre les "enfants de Bourdieu" et de Ben Laden »

Le jour même, TF1, à la mi-journée tire déjà un premier bilan. Jean-Marc Sylvestre décrète, avec tact, que le gouvernement ne peut pas reculer, ...parce qu’il ne doit pas reculer : « Mobilisations sociales : Jean-Marc Sylveste siffle la fin de la récrée »

Nouveau : Le 5 juin, L’Express publie à son tour le dossier sur l’immobilier (dont il fait sa "Une", avec quinze jour de retatd sur Le Point, et publie le second diagnostic du Docteur Jeambar. Lire : « L’Express au chevet de la France malade »

Autour de la journée du 10 juin 2003

La durée et la profondeur de la mobilisation exaspèrent nos plumes pensantes. C’est la démocratie - pas moins ! - qui est en danger. C’est ce que l’on peut lire dans Ouest France, le matin du 10 juin 2003, à l’occasion de la nouvelle journée de grève et de manifestations. Lire : « Ouest France au secours de la République

Un article si violent et méprisant qu’il a provoqué, lors des manifestations du, 19 juin, une riposte intersyndicale. Lire : Les syndicats d’Ouest-France ripostent : « Ni extrémistes, ni collabos ! »

Devant la montée du péril, le directeur de la rédaction de France soir prend le train et, usager ("exaspéré", bien sûr) lance un nouveau "J’accuse". Lire : « Philippe Bouvard, martyr de la grève à la SNCF »

Nouveau. 10 juin : C’est le jour choisi par Libération pour faire coloriser ses photos par Enki Bilal. Et par France soir et Le Parisien pour transformer l’affrontement entre les grévistes et manifestants d’une part et le gouvernement d’autre part en fait divers à suspense. Qui va céder ? » titre Le Parisien, tandis que France-Soir assume avec une feinte dramatisation le point de vue du gouvernement : « Ça passe ou ça casse »... Ce style mercantile dissimule à peine, voire favorise, l’insidieuse tentative de discréditer le mouvement social. Ainsi, Le Parisien pose cette question en tête d ’article : « Mais qui sont vraiment ces irréductibles opposants au plan Fillon ?  », alors qu’il donne la réponse en titre : « la main de l’extrême gauche  ». Une « main » est, précise le papier, celle des « 10 % », composée de « minoritaires », d’ « agités », celle des « preneurs d’otages », et de surcroît « montrés du doigt par les syndicats ». Le Parisien qui, en effet, fait paniquer « Blondel ostensiblement inquiet par l’incendie qu’il a allumé lui-même. Un feuilleton à sensation, avec ses gentils, ses méchants, ses rebondissements.

A la mi-journée, la cause est entendue. Lire : « 10 juin, 13 heures : le Journal de TF1 pris en otage pas les usagers »

Pendant deux mois, au fil des jours, le lexique journalistique officialise la langue de bois officielle. Lire : Lexique pour temps de grèves et de manifestations

Cette langue, pourtant déjà usée par plusieurs décennies de conflits sociaux, déploie toutes les ressources de la dépréciation. Lire : « La " grogne " : grévistes et manifestants sont-ils des animaux ? »

Médias contestés ? Médias incontestables !

Quand la contestation sociale met les médias à l’épreuve, leurs gardiens les plus zêlés tentent de désamorcer la critique. Le Monde s’y emploie (nous y reviendrons). Libération aussi. Lire : « Libération et la déraison des enseignants »

Et pourtant, la contestation s’étend à l’ordre médiatique. Allez savoir pourquoi. Lire et voir : « Les médias M’a tuer (photo) »

A suivre ...

Dernière actualisation : 16 juillet 2003

 

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