Il Ă©tait une fois, sur le site du Monde un publicitĂ© pour un autre site du joli nom d’ « Expression publique.com ». Depuis quelques temps dĂ©jĂ , cette publicitĂ© s’est transformĂ©e en partenariat. On est donc parfaitement en droit de penser que les questions posĂ©es par les « experts » du site susnommĂ© sont, non seulement les questions qui se posent, mais les questions que Le Monde croit bon de poser.
Chaque jour, les internautes de passage (mais il y a peut-ĂŞtre des « fidèles ...) peuvent rĂ©pondre Ă un questionnaire, dont les rĂ©sultats sont transmis Ă un « dĂ©cideur ».
« Expression-publique.com » dĂ©crit ainsi ce que ses initiateurs appelle sa « sa vocation » :
« La vocation d’Expression publique est de vous donner la parole sur les sujets de sociĂ©tĂ©
ou d’actualitĂ© qui font dĂ©bat. De nombreuses entreprises, dĂ©sireuses de communiquer avec le grand public, soutiennent le site en tant que partenaires afin de bĂ©nĂ©ficier d’un retour d’apprĂ©ciation sur les actions qu’elles mènent au quotidien. Le principe est simple : vous rĂ©pondez Ă des questionnaires et votre avis est communiquĂ© aux organismes concernĂ©s. Plus vous ĂŞtes nombreux Ă vous exprimer, mieux vous serez entendu. Alors n’hĂ©sitez pas, donnez votre avis car il peut tout changer ! »
C’est ce qu’on appelle l’e-dĂ©mocratie !
Les questionnaires destinĂ©s Ă nous « donner la parole » ne sont mĂŞme pas des sondages, puisqu’ils ne reposent sur aucun Ă©chantillon reprĂ©sentatif, mais sur la frĂ©quentation alĂ©atoire des sites du Monde et d’Expression-Publique. Ils sont donc, dans leur principe mĂŞme, pires que les sondages. Ils en sont mĂŞme une caricature placĂ©e sous la très haute autoritĂ© des fondateurs :
« Expression-publique.com a Ă©tĂ© créée Ă l’initiative de JĂ©rĂ´me JaffrĂ© , PrĂ©sident d’Expression publique et Directeur du Cecop (Centre d’Etudes et de Connaissances sur l’Opinion Publique), ancien vice-prĂ©sident de la Sofres. La direction gĂ©nĂ©rale du site est confiĂ©e Ă Philippe Chriqui , consultant, expert en opinion publique et ancien directeur des Ă©tudes d’opinion publique de l’IFOP. »
Grâce à ces intercesseurs, vous pouviez répondre le lundi 5 mai 2003 à la question suivante [1] :
« Les syndicats ont appelĂ© Ă une mobilisation des salariĂ©s pendant le mois de mai pour protester contre les projets du gouvernement (retraites, Ă©ducation, service public...). Croyez-vous qu’au cours du mois de mai, il y aura...
... un vaste mouvement social comparable à celui de décembre 1995 car les salariés sont très déterminés :
... un mouvement de protestation, mais plus limitĂ© qu’en 1995 car les salariĂ©s sont aujourd’hui prĂŞts Ă faire des efforts
... ou pas ou très peu de mobilisation »
Quand les salariés sont très déterminés, leur mouvement est un mouvement social comparable à celui de 1995 ; et quand ils sont prêts à faire des efforts, leur mouvement est un mouvement de protestation, mais plus limité.
SalariĂ©s encore des efforts, et il n’y aura plus de protestation ! Voyez les efforts accomplis par Le Monde pour vous « donner la parole » !