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Contre-réformes et mobilisations de 2003

Jean-Marc Sylvestre tente de rassurer le gouvernement

Par Christophe Cuny

Ce mercredi 21 mai 2003, alors que les journalistes d’information de Radio France sont en grève, le journaliste-éditorialiste-commentateur Jean-Marc Sylvestre, pigiste de luxe sur TF1 et LCI et amateur de ménages grassement payés pour le compte de grandes entreprises [1] , nous a donné son interprétation tout à fait personnelle de la situation économique et sociale de l’Allemagne et de la France lors de sa chronique de 7h25 sur France Inter.

D’après les derniers chiffres publiés, alors que la France connaît une faible croissance, l’Allemagne, elle, est entrée en récession. Qu’est-ce qui explique cette différence ? Laissons le bon docteur Sylvestre nous diagnostiquer le mal... et son remède.

L’Allemagne doit faire face à trois problèmes :
- une baisse des exportations liée à la crise aux Etats-Unis, dont l’Allemagne dépend pour écouler sa production.
- le coût de la réunification, qui alourdit les finances du pays.
- enfin, « le modèle social allemand a sclérosé l’activité allemande : le coût du travail est trop élevé - plus élevé qu’en France -, les charges sont trop élevées - plus élevées qu’en France -, et les structures syndicales protectionnistes, corporatistes. De ce point de vue, l’Allemagne est beaucoup plus en retard que la France. »

La France, quant à elle, connaît une légère croissance, non pas grâce aux exportations (en baisse), ni grâce aux investissements (toujours aussi déprimés), mais grâce à la consommation. Et pourquoi les Français consomment-ils ? Parce qu’ « il n’y a pas de grosse inquiétude dans la société française ». Certes, il y a quelques mécontentements, liés à la perte de certains « avantages », mais « la grande majorité des Français ressent bien que ces réformes sont nécessaires, notamment celles des retraites, donc ils les acceptent. Et la meilleure preuve est que leur comportement profond en tant que consommateurs ne s’en ressent pas. »

Ainsi donc, pour M. Sylvestre, compagnon de route de MM. François Léotard et Alain Madelin, le respect des droits économiques et sociaux, pourtant inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans le Préambule de la Constitution de 1958, est un obstacle au bon fonctionnement de l’économie. Par contre, quand les braves consommateurs acceptent de voir leurs droits chèrement acquis remis en cause, tout va pour le mieux ! Et peu importe si les derniers sondages indiquent que les Français sont favorables à l’actuel mouvement social ! « Il n’y a pas de grosse inquiétude », « ces réformes sont nécessaires » et on « les accepte », on vous dit ! Voila qui a du mettre du baume au cœur à un gouvernement soucieux d’oublier la contestation sociale...

Trois questions se posent :
- si certains droits fondamentaux sont considérés comme des « avantages », comment doit-on considérer la liberté d’expression, dont M. Sylvestre use et abuse quotidiennement pour nous déverser sa propagande libérale ?
- les propos de M. Sylvestre sont-ils la conséquence directe d’un libéralisme dogmatique qui ne tient aucun compte des faits, au nom d’un apriorisme méthodologique porté à son paroxysme ?
- qui se résoudra enfin à offrir à M. Sylvestre des cours d’économie ?

Christophe Cuny
Enseignant

 

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Notes

[1Des ménages à 70 000 francs la prestation, selon Capital d’octobre 2001. Lire ici même :« Les « ménages des « stars » du journalisme ».

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