Le Monde se prend pour l’ANPE
Du 5 au 19 mars 2001, 33 entreprises, issus de grands secteurs de l’Ă©conomie comme la banque, l’informatique, les tĂ©lĂ©communications, l’audit et le conseil, la distribution, l’Ă©nergie, le transport, l’automobile et l’Ă©quipement Ă©lectronique, seront prĂ©sentes dans le train affrĂ©tĂ© par Le Monde pour rencontrer les jeunes diplĂ´mĂ©s bac + 4/5 et les cadres ayant moins de 5 ans d’expĂ©rience issus des grandes Ă©coles ou des universitĂ©s, et recruter 30 000 jeunes.
Ce salon itinĂ©rant de recrutement, qui s’arrĂŞtera dans onze mĂ©tropoles en deux semaines, permettra Ă la rĂ©daction du Monde d’ouvrir chaque jour le dĂ©bat sur les nouvelles attitudes face Ă l’emploi, en s’appuyant sur une Ă©tude rĂ©alisĂ©e par la Sofres autour de deux thèmes : comment les jeunes diplĂ´mĂ©s envisagent-ils leur avenir professionnel ? Y a-t-il adĂ©quation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises, au niveau local ? Il est recommandĂ© aux candidats de se prĂ©-inscrire. Ils pourront soit s’inscrire, Ă partir du 3 fĂ©vrier 2001, sur un mini site dĂ©diĂ© au Train de l’emploi, soit s’inscrire le jour mĂŞme sur le quai du Train de l’emploi.
(Première publication : janvier 2001)
Le Monde est sensible aux pauvres
Le Monde est dĂ©cidĂ©ment un journal bon Ă tous les usages. ANPE itinĂ©rante, notre "quotidien de rĂ©fĂ©rence" a pris le train avec 33 entreprises pour offrir des emplois aux jeunes cadres des grandes villes de France : cela s’appelait "Le train pour l’emploi".
Officine de la Bourse et des Affaires, ce mĂŞme quotidien nous propose dĂ©sormais en supplĂ©ment hebdomadaire et quasi-dominical, "Le Monde Argent" qui s’adresse aux classes moyennes et supĂ©rieures pour les conseiller dans leurs placements. Prestataire de service auprès du commerce de luxe, Le Monde propose Ă ces mĂŞme classes sociales des supplĂ©ments d’âme, dĂ»ment chiffrĂ©s : ils s’appellent "Styles" et allient gracieusement l’esthĂ©tique, la publicitĂ© et le pognon.
Sergent recruteur, agent financier, styliste de classe... : Le Monde ne pouvait pas pour autant renoncer Ă ses fonctions traditionnelles de conseiller politique et d’assistante sociale. "Notre" journal datĂ© du vendredi 23 mars 2000 marque sans Ă©quivoque le maintien de ses plus nobles traditions.
Titre Ă la "Une" : "Quatre millions de pauvres". Laissons pour une autre fois, le commentaire en page intĂ©rieure : fascinĂ© par des chiffres qui parleraient d’eux-mĂŞmes et montreraient - cela devrait soulager le lecteur du Monde Argent - que les chiffres sont stables et que les pauvres sont moins pauvres sans cesser de l’ĂŞtre pour autant. C’est la leçon que l’Ă©ditorial tire de tout cela qui nous intĂ©resse.
Cette leçon - la compassion a des limites ! - est d’abord politique : surtout que le gouvernement de Lionel Jospin ne cherche pas Ă justifier par ces chiffres un très hypothĂ©tique "tournant Ă gauche" ! Et le conseiller politique grincheux se double bien - comme on va le voir - d’une sĂ©millante assistante sociale. Cela donne ceci : puisque les pauvres sont relativement moins pauvres et bĂ©nĂ©ficient d’un accroissement des prestations sociales en pourcentage de leurs revenus (un chiffre qui par lui-mĂŞme est dĂ©nuĂ© de signification...), l’Ă©ditorial tire la consĂ©quence qui s’impose : "c’est dire combien la France accroĂ®t une politique sociale très distributive". Qu’est ce que la justice sociale ? C’est l’accroissement de l’aumĂ´ne publique !
Et l’Ă©ditorialiste anonyme de conclure aussitĂ´t : "l’imagerie d’une France libĂ©rale insensible au pauvres est fausse". Sans commentaires ! Sinon celui-ci : "L’imagerie d’un Monde libĂ©ral insensible aux pauvres est fausse" !
Mais la fin est encore plus Ă©loquente : " La solution passe par un examen très fin de la situation des catĂ©gories les plus concernĂ©es. RĂ©clamer une politique "plus sociale" en gĂ©nĂ©ral ne sert Ă rien contre la pauvretĂ©, surtout s’il s’agit en fait d’augmenter les fonctionnaire". Si vous ne comprenez pas quel est le rapport entre la première partie de la phase et la fin, relisez quatre fois. Et si vous ne comprenez toujours pas, il vous suffira de vous souvenir que ce mĂŞme 22 mars, les fonctionnaires sont en grève, notamment pour des augmentations de salaires ! Que les pauvres attendent et se taisent et que les autres se taisent et attendent ! Le Monde a trouvĂ© la solution qui doit s’imposer au gouvernement : "Les jeunes, les bas salaires du privĂ© ou les familles nombreuses : voilĂ les prioritĂ©s". Qui pourrait ĂŞtre "contre" ? Problème : Chirac ne dit pas autre chose ...
(Première publication : 23 mars 2001 - titre modifié - Henri Maler)
Un rapprochement incongru
Le Monde, on devrait s’en souvenir, avait pris l’initiative d’un "Train pour l’emploi", qu’ une brève du 1er fĂ©vrier 2001 annonçait ainsi :
" Le Monde Ă l’initiative de l’opĂ©ration " Un train pour l’emploi ". Proposer 33 000 emplois aux diplĂ´mĂ©s de l’enseignement supĂ©rieur et aux jeunes cadres en dĂ©but de carrière : tel est l’objectif de l’opĂ©ration " Un train pour l’emploi ", lancĂ©e Ă l’initiative du Monde, en association avec France 3 et France Info, avec la participation de 33 grandes entreprises reprĂ©sentant une diversitĂ© de secteurs d’activitĂ© […] " L’idĂ©e est que chaque jeune montant dans ce train puisse ressortir avec un emploi ", a prĂ©cisĂ© Jean-Marie Colombani, prĂ©sident du directoire du Monde, mardi 30 janvier, en prĂ©sentant cette initiative ".
En Ă©cho de ce soutien, plutĂ´t sĂ©lectif, aux " diplĂ´mĂ©s de l’enseignement supĂ©rieur et aux jeunes cadres en dĂ©but de carrière", cette annonce, sur site du Mondepub : « Le Monde, 1er Quotidien des Cadres avec 760000 lecteurs » (Lien pĂ©rimĂ©, 2-12-2012)
(Première publication : mars 2001)
Le Monde reprend le train
En dernière page du Monde daté du 14 décembre 2001, cette petite annonce :
" Le Monde va lancer du 14 au 24 janvier la deuxième Ă©dition de l’opĂ©ration [sic] le Train de l’emploi qui se rendra dans neuf villes (...) afin de rapprocher jeunes diplĂ´mĂ©s, cadres dĂ©butants et entreprises (...). Le premier Train de l’emploi, en mars 2001, avait permis Ă 17 000 candidats (jeunes diplĂ´mĂ©s Ă bac + 4 ou 5 et jeunes cadres ayant moins de trois ans d’expĂ©rience) de rencontrer les responsables des ressources humaines des entreprises partenaires. "
La petite annonce ne prĂ©cise pas si Le Monde envisage pour 2003 de prendre le mĂ©tro pour permettre Ă des sans-abri de rencontrer des propriĂ©taires d’appartements ou de prendre le bus pour permettre Ă de jeunes sans diplĂ´mes de rencontrer, au moins, des gĂ©rants d’agences d’intĂ©rim... Il est vrai que pour ces jeunes-lĂ , l’ANPE suffit...
(Première publication : 15 décembre 2001)
Le Monde a repris le train
AnnoncĂ©e le 14 dĂ©cembre, "l’opĂ©ration" dĂ©nommĂ©e "Le train pour l’emploi" a Ă©tĂ© promue Ă grand renfort d’encarts et de pages spĂ©ciales. Mais aucun journaliste du Monde n’a couvert "l’Ă©vĂ©nement" .
Dont acte : ce n’Ă©tait qu’une opĂ©ration publicitaire...
... qui s’est achevĂ©e sur une page spĂ©ciale publiĂ©e dans le Monde du 1er fĂ©vrier. On pouvait y lire ceci
" Bravo pour la correspondance !
Tout au long de son pĂ©riple via 9 grandes villes de France, le Train de l’Emploi organisĂ© par Le Monde n’aura manquĂ© aucune correspondance entre :
- les 24 grandes entreprises qui recrutaient,
- les 18000 jeunes qui ont répondu présent et sont montés à bord du train,
- les partenaires mĂ©dias et technique impliquĂ©s dans la rĂ©ussite de l’Ă©vĂ©nement
Un grand merci Ă tous. "
On est en droit d’attendre une grande enquĂŞte sur ce "phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©"
(Première publication : 21 février 2002)