Il y a quelques temps, dĂ©jĂ , Bruno Masure, ancien prĂ©sentateur du journal de 20h de France 2, dĂ©plorait dans une « Lettre ouverte Ă David Pujadas », ce qu’il considĂ©rait comme une « fuite en avant dans l’info jugĂ©e "accrocheuse" ». C’est cette « stupide course aux vrais-faux scoops », Ă©crivait-il, imposant de « [conduire] trop vite sur un terrain verglacĂ© », qui amène inĂ©vitablement Ă « [s’exposer] aux dĂ©rapages incontrĂ´lĂ©s et, parfois, [Ă aller] dans le fossĂ© ! » (LibĂ©ration, 18.02.2004).
En voici un nouvel exemple, avec cette « affaire du RER D ».
Le vendredi 9 juillet 2004, une jeune femme a dĂ©clarĂ© Ă la police avoir Ă©tĂ© victime d’une agression Ă caractère antisĂ©mite. Dès le lendemain soir, son tĂ©moignage, parvenu au cabinet du ministre de l’intĂ©rieur, et relayĂ© par l’Agence France Presse (AFP) a dĂ©clenchĂ© une vague d’indignation dans le milieu politique et associatif, et a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une impressionnante couverture mĂ©diatique.
Seulement voilĂ : trois jours plus tard, la jeune femme reconnaĂ®t avoir tout inventĂ©. « LĂ©ger » malaise dans la classe politique, et nouveau coup portĂ© Ă la crĂ©dibilitĂ© des mĂ©dias.
Ici mĂŞme, nous avons reçu des dizaines de messages d’indignation, de correspondants Ă©voquant leur Ă©coeurement, et rĂ©clamant des excuses de la part des mĂ©dias. « Quelle honte ! », « je suis rĂ©vulsĂ© par le travail des journalistes sur cette affaire », « j’ai du mal Ă trouver mes mots », « vous [copie d’un message envoyĂ© Ă L’HumanitĂ©] ĂŞtes vraiment descendu au niveau zĂ©ro non seulement du journalisme mais de l’Ă©thique sociale Ă©lĂ©mentaire et de la bĂŞtise... », « notre jeunesse en a assez de ces provocations gratuites contre une population fragile. C’est toujours les arabes, les noirs, les banlieues, les musulmans qui sont visĂ©s et taxĂ©s d’antisĂ©mites », etc.
Dans LibĂ©ration, le chroniqueur Pierre Marcelle stigmatisait, le mardi 13 juillet, cette « irresponsable gouvernance », estimant qu’il « devient lĂ©gitime et nĂ©cessaire de s’interroger sur certaine propension des plus hautes autoritĂ©s (les ministres Raffarin, Perben, Villepin, et le chef de l’Etat Chirac lui-mĂŞme) Ă rĂ©agir avec une hâte irresponsable au point d’en devenir criminelle, en ce qu’elle exacerbe les peurs communautaires ».
Les mĂ©dias (et LibĂ©ration) seraient donc exempts d’une telle interrogation ?
Aussi prompts Ă transformer en spectacle leurs autocritiques gĂ©nĂ©ralement sans consĂ©quences, qu’Ă accrĂ©diter, si l’Ă©motion l’exige, les versions non vĂ©rifiĂ©es des faits divers, fussent-ils les plus graves, nombre de responsables Ă©ditoriaux font leur mea culpa... en commençant par se dĂ©fausser sur « une sociĂ©tĂ© malade » (L’HumanitĂ©), ou sur « les plus hautes instances de l’Etat » (Le Monde, LibĂ©ration, France 2)...
Prenant dĂ©libĂ©rĂ©ment le temps, nĂ©cessaire, de la rĂ©flexion et de l’analyse, Acrimed publiera prochainement un dossier sur cette affaire « catastrophique pour la crĂ©dibilitĂ© des mĂ©dias », comme le note le chroniqueur Daniel Schneidermann (LibĂ©ration, 16.07.2004).