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Elections 2002 (2) Plaidoyers hypocrites

Les rĂ©sultats des Ă©lections n’ayant pas confirmĂ© les rĂ©sultats des sondages, les sondologues doivent se dĂ©fendre sur deux fronts :

– Sur la validitĂ© des sondages ;
– Sur la responsabilitĂ© des sondages.

A l’Ă©vidence, les sondages ont dĂ©montrĂ©, une fois encore, leur faible valeur prĂ©dictive. C’est pourquoi les sondologues se dĂ©fendent - sans toujours convaincre - en accusant les sondĂ©s d’instabilitĂ© (au point que Le Monde a voulu faire sonder les indĂ©cis) ou en assurant qu’il se sont bornĂ©s Ă  une « photographie » momentanĂ©e. Leur fait-on remarquer que le clichĂ© est pour le moins très flou, ils rĂ©pondent qu’il est utile, voire indispensable. Leur fait-on remarquer qu’il est sans doute moins utile qu’ils le prĂ©tendent, les sondologues rĂ©pondent qu’il est scientifiquement valide.

Le Figaro du 22 avril en page 3 publie un article au titre aguicheur : « Aucun n’avait prĂ©vu un tel duel final. Un cinglant dĂ©menti aux instituts de sondages ». Mais l’auteur de l’article - Pascale Sauvage - relativise aussitĂ´t : « Tout au long de la campagne, les instituts de sondage ont rĂ©pĂ©tĂ© que leurs enquĂŞtes n’avaient pas valeur de pronostic ». Dont acte...

C’est que le mĂŞme Figaro, sur la mĂŞme page, publie un nouveau sondage Ipsos - dont la fiche technique, jointe, multiplie les prĂ©cautions. Il n’empĂŞche Le Figaro titre « Second tour : Chirac gagnant Ă  80 % ».

C’est que les journalistes sondophiles, parfois prudents sur la validitĂ© scientifique de ces sondages, ne doutent pas de leur fĂ©conditĂ© dĂ©mocratique : Ă  leurs yeux, ils Ă©clairent l’opinion publique et - effet d’aubaine - permettent aux journalistes politiques d’exercer leur talent... en commentant les sondages.

Et cette première forme de sondophilie contribue dĂ©jĂ  Ă  dĂ©politiser la politique : les candidats Ă©tant systĂ©matiquement invitĂ©s - notamment lors des entretiens tĂ©lĂ©visĂ©s- Ă  commenter d’abord les sondages d’intention de vote.

Dans l’Ă©mission France-Europe Express, par exemple. Ainsi, interrogeant François Bayrou sur son faible score dans les sondages, Christine Ockrent s’est vu opposer une fin de non-recevoir au nom du nĂ©cessaire dĂ©bat sur le fond. Ce qui nous a voulu, sourire en coin, un commentaire sur ce refus qui n’aurait pas existĂ© « si les sondages avaient Ă©tĂ© plus favorables ». La dĂ©politisation de la politique est rusĂ©e...

Mais plutĂ´t que de s’interroger et d’interroger les sondologues sur cette responsabilitĂ©, les journalistes politiques lui prĂ©fèrent cette autre : les sondages sont-ils responsables du rĂ©sultat de l’Ă©lection ?

Et comme ce serait leur prêter un pouvoir disproportionné, les sondologues se défendent sans difficulté.

Ainsi dans Le Parisien du 23 avril 2002, page 7, on peut lire un entretien avec Roland Cayrol - « Trop facile d’attaquer les sondages » - oĂą celui-ci rĂ©cite un fragment du brĂ©viaire sondologique sans peine et rĂ©pond

« Franchement s’il y a un responsable principal de la chute de Jospin, c’est Jospin lui-mĂŞme. Il est trop facile chaque fois de prendre journalistes et sondeurs comme boucs Ă©missaires »

Boucs Ă©missaires, vraiment ? SĂ»rement s’il s’agit de leur prĂŞter un poids dĂ©terminant. Mais de lĂ  Ă  penser que la croyance aux vertus dĂ©mocratiques sans taches des sondages est une croyance sans effets...

D’ailleurs, Le Parisien du mĂŞme jour (mardi 23 avril 2002), mais en page 2, tente de rĂ©pondre Ă  "Neuf questions pour comprendre" (c’est le titre). Et parmi ces questions chargĂ©es d’Ă©clairer le rĂ©sultat du premier tour des PrĂ©sidentielles, celle- ci :

« Les sondages sont-ils responsables ? »

RĂ©ponse : « Oui ». Mais pour comprendre toute la finesse de cette rĂ©ponse apparemment contradictoire avec la sentence cayrolesque de la page 7, il faut lire la totalitĂ© de la rĂ©ponse :

« Oui, dans la mesure oĂą trop d’Ă©lus , Ă  droite comme Ă  gauche, en font leur unique boussole. Or les sondeurs qui, cette annĂ©e, pour la première fois, ont rendu publiques leurs dernières enquĂŞtes quarante-huit heures avant le jour J, ont gravement sous-estimĂ© le vote Le Pen. Il est vrai que c’est parfois un vote masquĂ© presque honteux. »

Autrement dit, ce ne sont pas les sondages et les sondologues qui sont responsables, mais la sondophilie des responsables politiques qui font des sondages « leur unique boussole » (il faut ajouter : et des sondologues, leurs conseillers « avertis »). Quant Ă  la sondophilie des journalistes politiques qui soumettent en permanence la « boussole » aux responsables politiques, ce sont - on s’en doute - des simples tĂ©moins impartiaux...

D’autant plus impartiaux qu’ils posent les questions « que tout le monde se pose »... et que les sondages d’opinion proprement dits permettent de poser avec tout le gage de sĂ©rieux requis... Ces sondages d’opinion qui plaçaient l’insĂ©curitĂ© « en tĂŞte des prĂ©occupations des Français »...

Elections 2002 : (1) Sondeurs et mĂ©dias : des partenaires rivaux, (2) Plaidoyers hypocrites, (3) Sondages d’opinion dans la " bof presse ".
Lire aussi nos rubriques Election présidentielle de 2002, Les pyromanes.

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