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Tribune

Les " auteurs " des JT : cherchez l’erreur

Par Enga Bozin

A propos du JT et de la lettre ouverte au Président de la République écrite par les organisations de journalistes et intitulée « Cession globale des droits d’auteur des journalistes : Non, c’est non ! » publiée sur le site Acrimed. Une tribune libre d’Enga Bozin [1].

Avant de se poser la question de la pérennité des droits d’auteur des journalistes, comme le fait la lettre ouverte des syndicats de journalistes, je pose une autre question : peut-on leur reconnaître la qualité d’auteur, spécialement à la télé ?

La nouvelle guerre en Irak nous donne un exemple. Où est l’auteur ? Où sont les auteurs quand sur LCI, Canal + ou France2, on nous donne à voir en une seule image : un envoyé spécial qui ne sait rien, incrusté sur une image vide et muette avec, en bandeau défilant en bas d’écran, des textes digérés issus de diverses agences de presse. Bravo les auteurs ! Et belle démonstration de désinformation par saturation, pour un JT au rapport signal/bruit toujours plus élevé. Signes illisibles, signes de diversion, signes de divertissement.

Notez l’empilement des logos : illustration de l’idée de circulation circulaire de l’information évoquée par Bourdieu dans « Sur la télévision »

A moins que l’auteur soit ailleurs : est-ce l’interprète-journaliste qui pousse la voix d’un demi-ton en découvrant la symphonie des premières bombes sur Bagdad, coup de bol en plein JT ? Sur toutes les chaînes, le livret de cet opéra moche est bien médiocre : « Comment va Saddam ? », « Regardez les lumières dans le ciel », « Ces images que vous pouvez voir sur votre écran », « Vous lavez entendu à linstant », « Je vous laisse découvrir ces images en direct ». Cyniques et faux naïfs qui assènent que montrer suffit à faire voir.

Le logo, le copyright

Oui, le copyright est parfait pour ce journalisme-là puisque qu’il s’agit bien d’une information-marchandise en vente sur le marché. L’objectif, celui qu’on leur impose peut-être, mais celui qu’ils acceptent, quel est-il ? Faire vendre, faire diversion. Les journalistes qui ne font rien contre cela en sont aussi responsables. Estampiller « droit d’auteur » leur production n’y changera rien. Vous aurez beau écrire Albatros sur une poule, elle ne volera pas plus haut…

Un passage de cette lettre ouverte laisse simplement rêveur : « Va-t-on plonger les auteurs salariés, et notamment les journalistes, dans la situation des peintres et sculpteurs des années 20, rançonnés par des marchands de tableaux ou des galeristes qui, en échange d’une maigre mensualité, s’appropriaient toutes les créations futures ? »

La précarité est bien à l’ordre du jour chez les journalistes comme ailleurs. Mais qu’ils se rassurent, ils n’auront probablement jamais rien à voir avec les artistes d’hier ou de demain. Et si on les rançonne, c’est pour leur médiocrité et leur propension à brasser le vent en souplesse. Le vrai journaliste, l’enquêteur, le teigneux, l’indépendant est probablement au chômage, il n’intéresse pas les rédactions. C’est regrettable.

Pour ce 1% de professionnels respectables et peu enclins à se plaindre, c’est la horde des 99% de journalistes d’information généraliste, télé, radio et presse écrite, qui aboie.

Chers amis journalistes, si tous les syndicats de votre profession pouvaient dans un bel élan commun (comme pour cette lettre ouverte) entamer une réflexion sur leur pratique, alors peut-être … Qui sait ? Je cesserai de penser à cette phrase qu’on attribue à Louis XIV à propos du monumental théâtre d’Orange, et qu’on imagine encore bien dans la bouche de l’homme de pouvoir occidental s’exprimant au sujet des médias : « la plus belle muraille de mon royaume ».

 

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Notes

[1Les articles publiés sous forme de tribune n’engagent pas nécessairement Acrimed.

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