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L’actualité des médias n°17 (2 au 15 fév. 2004)

par William Salama,

Lire nos éditions précédentes.

I. Les médias

- Transposition de la directive dite « Paquet Télecoms » (1). « Sans bruit et sans embûche. La loi sur les communications électroniques [...] change en douceur mais profondément le paysage de la télévision française ». C’est Le Figaro Economie qui le dit, le 13 février. Les détails de cette loi qui libère la concurrence en gâtant TF1 et M6 (qui ont décidément le bras long), sont dépaquetés dans Les Echos, 13 février.

S’il juge « "à la lumière des débats" [...] que l’Assemblée avait "travaillé dans un bon esprit de défense de l’intérêt général" et des "libertés" », même Pierre Christophe Baguet (UDF), ne peut s’empêcher de confesser : « je conserve quand même une inquiétude : a-t-on bien mesuré toutes les conséquences de nos décisions ? » (AFP, 12 février, « L’Assemblée vote le texte communications électroniques et audiovisuelles »).

Attardons-nous sur ce qui fâche. Et notamment sur cet aménagement de « l’obligation de diffusion (must carry) des chaînes gratuites hertziennes, jusqu’ici limitées au câble par les services [satellite et ADLS, qui] devront garantir la diffusion de ces chaînes lorsqu’elles souhaitent être reprises  ». Autrement dit, « si par exemple, TF1 et M6 refusent d’être reprises par le câblo-opérateurs Noos [ou par un opérateur Internet via l’ADSL - ndr], les syndics devront se tourner vers le seul bouquet satellite qui diffusent TF1 et M6 : TPS, détenu à 66 % par TF1 et 34 % par M6... , résume parfaitement Raphaël Garrigos de Libération (10 février).

On trouve aussi, un autre beau cadeau pour M6 : « la publicité autorisée pour les programmes régionaux » qui lui permettra « d’entrecouper ses décrochages locaux [...] Et, ce faisant, de dégager des recettes financières plus importantes » (Le Parisien, 12 février).

- Transposition de la directive « Paquet Télecoms » (2). « L’ouverture à la grande distribution de la publicité télévisée, le réaménagement des seuils anticoncentratention [1] dans la TV et, enfin, la future attribution des fréquences à Paris devraient modifier le paysage des TV locales  ». Voilà pour le châpo bien garni des Echos du 13 février. On comprend mieux alors son titre : « Les TV locales vont devenir un enjeu majeur du paysage audiovisuel ».

-  Transposition de la directive « Paquet Télecoms » (3). Le gouvernement a également voulu « intégrer un nouveau chapitre » dans cette loi et veut « doter la radio numérique d’un cadre juridique  ». Détails dans Les Echos du 13 février.

-  Business de la TNT. Dans la perspective relancée de la télévision numérique terrestre (TNT), en plus des chaînes, et des décodeurs (voir L’actualité des médias n°16), il faut désormais compter sur les « industriels » de l’électronique. D’où leur joie, relayée par Les Echos du 4 février : « 2004 pourrait être l’année de la TNT » et en 2007, les « postes multistandards devraient représenter la moitié des récepteurs vendus ».

-  Câblo-opérateurs. Condamné unanimement pour cause d’ADSL, il y a encore un mois [2], le câble, tout comme la TNT, reprend de son intérêt grâce au "Paquet Télécom" : « Avec la loi, le câble bénéficiera, comme les autres réseaux, d’un régime de liberté d’installation, avec une simple déclaration à l’ART. Un principe qui bouleverse le rapport avec les collectivités locales. Jusqu’ici, ce sont elles qui accordaient une concession exclusive à un câblo-opérateur. En théorie, deux réseaux câblés concurrents pourront donc opérer sur la même ville » (La Tribune, 10 février : « Vers une renaissance du câble »).

Bref, LD Com et la banque Goldman Sachs se déclarent « sur les rangs » pour délester Suez de Noos (Figaro Economie (4 février)) qui n’est « plus pressé », préférant « poursuivre le redressement  » de sa filiale « pour le vendre au mieux des intérêts de ses actionnaires ». Ce qui vue la nouvelle configuration n’est plus si sûr.

Quant au fonds d’investissement américain Providence avec AXA Private Equity, les voilà également « sur les rangs  », attendant que France Telecom et Vivendi Universal décident que leur division câble n’est plus viable. Idem : Ce qui vue la nouvelle configuration n’est plus si sûr.

-  Investissements publicitaires. 16,6 milliards d’euros : le marché a progressé de 4,9 %, en 2003 (source TNS Media Intelligence).

Les "donateurs" ? Danone, Renault, Nestlé, Carrefour... Les bénéficiaires ? La radio (+ 16 %), la télévision (4 %), la presse télé (+ 6 %), masculine (6,5 %) et automobile (10 %). La presse quotidienne est celle qui a le plus souffert, et notamment l’économique en raison essentiellement de la « quasi absence d’opérations financières importantes » (Les Echos, 5 février). Ce qui devrait toutefois changer grâce à l’OPA du groupe pharmaceutique français Sanofi-SyntheLabo sur son compatriote Aventis [3].

-  Modernisation de la presse. Un « nouvel accord-cadre professionnel et social  », « historique » (Les Echos, 11 février), en vue de « redéfinir les conditions de fabrication des quotidiens nationaux » a été signé le 10 février par les éditeurs membres du Syndicat de la presse parisienne (SPP : les quotidiens nationaux) et trois organisations syndicales ; à l’exception du SGLCE (Syndicat général du Livre et de la Communication écrite), une des deux branches du Livre CGT.

Rappelons que ces discussions qui ont abouti à cette « première étape » ont été précipitées par la démission-chantage d’Yves de Chaisemartin en novembre 2003. Lire L’actualité des médias n°15- même rubrique - et n°14 - "Presse quotidienne (2) : Le Figaro s’en va".

-  Groupe de Presse / A table ! Fonds d’investissements. Dans Le Figaro Economie, 2 février, « Jean-Pierre Millet muscle Carlyle Europe ». Si ce dernier « souligne que "le cycle est en train de se retourner" et "la période va être propice aux désinvestissements », il n’en confirme pas moins son intérêt pour un certain nombre de secteurs : télécoms, câble et média en tête » dont Noos (voir plus haut).

Groupe Lagardère : « le marché va apprécier » surligne Le Revenu du 13 février analysant le recentrage annoncé le 4 février par Arnaud Lagardère dont le chiffre d’affaires du pôle médias est en baisse de 1,9% en 2003 (7,944 milliards d’euros). Il a confirmé aux « analystes » son intention de « privilégier les activités dans le secteur de la communication  », ce qui passe par un désengagement des autres activités et devrait « bouleverser la donne dans un secteur hautement stratégique » [la défense et l’aéronautique civile]. Echéance dans 5 ans (détails dans Le Monde, 5 février sur la « vision » du « fils de Jean-Luc »).

Ce faisant, selon Les Echos (5 février), Lagardère va aussi « changer son système de management » : « les principaux dirigeants du groupe qui sont rémunérés via la LCM [Lagardère Capital Management] ne seront plus intéressés à l’activité mais à la rentabilité du groupe  ».

Elle est nommée à compter de lundi 9 février, « directeur en charge des nouveaux marchés, au sein de la branche Hachette Filipacchi Médias (HFM) ». Elle sera « opérationnellement rattachée à Anne-Marie Couderc, directrice générale adjointe de HFM ». Mais également « chargée de lancer des projets sur ces nouveaux marchés pour la presse magazine France ». Et aussi « chargée de suivre à l’international, en liaison avec Jean-Paul Denfert-Rochereau, les lancements et nouveaux concepts de presse magazine ». Sans oublier qu’elle « reste par ailleurs membre, auprès d’Arnaud Lagardère, du comité de gérance du groupe Lagardère et du comité de direction de Lagardère Active.  » Bref, l’ancienne ministre et député PS, et toujours « directeur de la stratégie et du développement de Lagardère Média  » Frédérique Bredin ne rentre pas bredouille « de l’accélération du développement du groupe » (source : communiqué).

Bolloré, lui, veut aussi croquer du média, mais plutôt audiovisuel : « objectif communication » (interview dans L’Express, 9 février).

- Presse Gratuite. Les « gratuits » ont peut-être créé un nouveau lectorat (ce dont il ne faut pas forcément se réjouir si l’on s’intéresse à leur contenu), mais les mœurs restent les même : plus de diffusion pour plus de ressources publicitaires, « Surenchérir. Quitte à ne pas en avoir les moyens  » (Le Figaro Economie, le 13 février).
- Après Lyon et Toulouse, le gratuit Metro s’est lancé à Lille le 2 février et annonce une perte d’exploitation de 7 millions pour 2003 (Les Echos, 13 février).
- 20 Minutes (qui pourrait s’associer à M6) a embrayé en se lançant « à son tour à Lille et à Marseille » (Les Echos, 10 février) et en annonçant une perte d’exploitation de 11 millions pour 2003 (idem).
Mais, nous dit-on,« les grands groupes de presse préparent la riposte » (La Tribune, 10 février).

Un autre gratuit - mais spécialisé - Sport, pérore également : il annonce 1 million d’euros de revenus bruts (avant remises publicitaires), « lève 4 millions d’euros  », passe hebdomadaire (600 000 exemplaires) et ambitionne de réaliser un chiffre d’affaires bruts de 13,2 millions d’euros en 2004 (Les Echos, 13 février).

Enfin, selon un confidentiel de Challenges (5 février), le détenteur de la Comareg « France Antilles (groupe Hersant - ndlr) envisage d’accroître au delà de ses 15 % actuels dans l’hebdomadaire gratuit (de la RATP - ndlr) A Nous Paris ». Objectif : « renforcer son implantation dans la capitale.

-  Presse quotidienne. Des « pertes en bloc », en 2003, détaille CB News du 2 février ; une presse « boudée en kiosque » complète Stratégies (12 février).
Pour Le Parisien : « 18,3 M€ » (à cause de « l’effondrement des PA  ») ; La Tribune : «  10 M€ » ; et Le Monde : «  15 M€, pour un chiffre d’affaires, intégrant les publications de La Vie Catholique, s’élevant à 700 M€  » (CB News, 2 février.
L’Humanité, de son côté, a pris l’initiative de lancer « une pétition pour le pluralisme de la presse  » (lien périmé) : la sauver en empêchant l’augmentation des tarifs postaux, en augmentant les aides publiques (s’il en reste), de favoriser la lecture de la presse auprès des jeunes. Il faut acheter le quotidien pour la trouver, la signer et l’expédier par la Poste.

-  Pourquoi tu Tous ? Lancé en novembre 2003 par l’éditeur indépendant Malt, Tous se saborde pour ventes insuffisantes (70 000 au lieu des 220 000 exemplaires prévus) et un contexte publicitaire peu sympathique pour le magazine qui se voulait consacré "aux anonymes qui nous entourent" (sic).

- Sud-Ouest. « C’est un premier pas vers la fin de l’indépendance du journal ». Philippe Lemoine (frère du Pdg, Jean-François, décédé en 2001) souhaite vendre sa part de 20 % qu’il possède au sein du « holding familial Socibog » (propriétaire à 80 %). Le « restant étant entre les mains des salariés  » (sic) expose La Tribune qui ne précise pas où prospèrent les 10 % qui manquent à ce comptage.

-  Marketing hors presse. Le DVD, pour 3 euros de plus, ajouté dans le panier déjà garni de l’acheteur des Figaro du samedi (soit 7 euros) a permis au quotidien de référence de la droite « d’augmenter en moyenne de 15 % ses ventes » et devrait donner des idées à d’autres (Libération du 4 février).

C’est que « consciente de la valeur de ses marques, la presse n’hésite plus à pratiquer des politiques d’extension pour accroître leur visibilité et leur rentabilité » (« Les magazines adoptent les produits dérivés » Les Echos, 9 février).

-  Intrus. Dans le même panier que le hors-presse, les minimags, ou les magalogues, débarquent maintenant en kiosque des magazines d’enseignes.

Leroy-Merlin (désolé de le citer), « en faisant distribuer Du côté de chez vous sous le nouveau nom de Maisons de vie par les NMPP, est la première enseigne à mettre un pied dans les kiosques » (CB News, 9 février).

Stratégies (12 février) nous informe par ailleurs qu’Actimel (Groupe Danone) et Top Santé (Groupe Emap) « s’associent pour promouvoir l’hygiène de vie au quotidien. Une caution supplémentaire pour l’industriel et une opération test de publicité TV pour l’industriel ». Et pour l’hygiène mentale ?

-  Presse financière. Au sujet de la directive européenne « MAD » (« market abuse directive » qui va permettre notamment « l’ingérence » dans le métier de journaliste, c’est au tour du Figaro Economie (3 février) de se réveiller : articles, interviews des journaux européens. Silence des rédactions françaises.

- Paysage éditorial français. "Rebonds" dans Libération (6 février) d’un éditeur indépendant (Frédéric Martin), « savoir lire le lucre entre les lignes », au sujet de la fusion Le Seuil-La Martinière face à Hachette et Editis : « Les anciens propriétaires du Seuil ont sans doute fait une belle opération financière, mais qu’ils ne mentent pas : tout autre forme d’alliance que cette vente aurait mieux préservée en indépendance et en courage éditorial ce qu’elle leur aurait fait perdre en argent. Mettons donc les vessies à leur place et les lanternes au mur. Il serait en définitive approprié, après ce nouvel éclat du lucre, de montrer les dents. Parce qu’il faut sourire aux marchés de dupes où l’on voudrait nous faire prendre des transactions financières pour des victoires idéologiques. Parce qu’il est nécessaire qu’éditeurs et libraires encore indépendants fassent preuve de toujours plus de mordant. Avis aux loups. »

Après ce "Rebonds", d’autres voix [4] se font entendre dans Le Monde, 11 février : « Des éditeurs et libraires ont exprimé mardi leur "inquiétude sur l’avenir de leurs livres" après le rachat le 12 janvier du Seuil par La Martinière Groupe, soulignant que les "actionnaires principaux" de cette dernière société sont la famille Wertheimer - détentrice de la marque Chanel - et le groupe américain Tribune  ».

On s’étonne simplement que ces « voix » soient uniquement cantonnées aux rubriques d’opinions.

Editis est toujours en vente, et voilà que réapparaît Albin Michel, dont « la bonne santé financière pourrait permettre [...] de nourrir quelques ambitions  »... et un invité surprise : « associé à TF1 » croit savoir le Figaro Magazine du 7 février.

- Etats Unis - dérégulation des médias. Le Figaro Economie, 5 février : « Belle victoire » (sic), celle du lobbying de News Corp (de Murdoch, pro-Bush, qui «  a généré, en 2003, 14 milliards de chiffres d’affaires pour un bénéfice net de 810 millions » selon Le Figaro Entreprises (2 février) et Viacom (MTV et CBS) : « Fin janvier, le Congrès américain a voté un décret autorisant les diffuseurs de télévision à toucher 39% de l’audience nationale, contre 35% auparavant. Pour ces deux géants des médias, c’est un gros soulagement. » Quant aux « autres groupes de communications restés en deçà du seuil des 35%, ils pourront jouir, désormais, d’une substantielle marge de croissance sur le territoire américain. » Gageons qu’ils sauront s’en souvenir en ces périodes électorales...

Dans ce contexte, un gros tuyau (Comcast dont l’activité câble représente 95 % des ses métiers) a pris l’initiative pour se donner un contenu de gober Disney - « leader » d’une culture « quasi universelle », parle (pour lui) Patrick Lamm dans son éditorial « La Folie des médias » des Echos (12 février).

Il s’agit d’une OPA hostile (c’est leur problème) de 66 milliards de dollars même si La Croix donne dans la politesse : « le câblo-opérateur Comcast souhaite acquérir la société Walt Disney » (12 février).

II. Mouvements sociaux

-  Radio France. « Le conflit » a pris fin le 13 février sur un accord qualifié par l’intersyndicale de « pas ’’glorieux’’ mais ’’honorable’’ ». Il était entré, le 9, dans sa troisième semaine, moment choisi par les quotidiens pour le surmédiatiser et ce faisant faire montre d’un soutien dont n’auront bénéficié ni les postiers, ni les intermittents, ni les chercheurs, ni les salariés de Moulinex, ni les cheminots, etc.

Ce qui n’empêche donc pas de conseiller de nouveau cette autre version du terrain, tenue par les grévistes et certainement plus fiable car loin des lois de l’abstraction du supramédia. Un document passionnant qui met en ligne l’accord signé et ce commentaire : « N’oublions pas les commentaires des confrères clairvoyants qui nous disaient qu’il était inutile de faire grève, que nous irions dans le mur, que le moment était mal choisi, qu’aucun mouvement social depuis deux ans n’avait obtenu quoi que ce soit ».

Lire notamment :
- En ligne : les grévistes de Radio France,
- Les journalistes européens solidaires des grévistes de Radio France,
- "Radio France : La duplicité du gouvernement" (SNJ)).

Mais RFI continue sa grève, entamée le 11 sur la base de la « réactivation des accords Servat » également. Et Villepin semble aussi pilate que Ponce Aillagon sur le dossier dont il est le tuteur.

Par contre, au 14 février, nous étions sans nouvelles de la grève de RFO enclenchée sur les mêmes motifs.

- Groupe Emap France. Une grève éclair d’une majorité de ses journalistes de trois jours éteinte par un accord un peu à plus ’’glorieux’’.

Les grévistes contestaient la « rigueur salariale de la direction, ’’inacceptable par rapport aux bénéfices affichés du groupe’’ ». En effet, « avec un chiffre d’affaires de 226 millions d’euros (13 %), [...], Emap France est la première filiale contributrice du groupe » [britannique].

Dans ces conditions la direction n’était pas en position de jouer les martyrs en proposant une revalorisation des bas salaires de « 7 à 8 % ». Ce que La Tribune (13 février) intitulait : « avancées salariales ».

III. Juppé

- « A. Juppé. le retrait » [5]. O.Mazerolle, la démission ; D.Pujadas en suspension et France 2 en sévère mise en demeure par le CSA.

Lu dans Le Monde du 6 février : Olivier Mazerolle, directeur de l’information de France 2, à propos du cafouillage de Pujadas, aurait reproché à ses troupes : « "de ne pas avoir de bons contacts" avec les hommes politiques. "A force de montrer qu’on ne les aime pas, voilà le résultat ", leur a-t-il lancé  ». Mais, affirme Le Parisien (5 février) : « d’après des sources internes, c’est lui [Mazerolle] qui, en accord avec David Pujadas, avait décidé mardi après midi de devancer l’information ».

Lu dans Libération, même jour : « C’est que l’exclusivité accordée à TF1 agace France 2  » : « Le fait que Juppé soit à TF1 et pas chez nous a beaucoup énervé, ça a donné un emballement qui a abouti à ce qu’on a vu, explique un journaliste. C’est le même genre de course à la concurrence qui s’était produite lors de l’affaire Alègre. Là, on y est allé à fond les ballons : au lieu de préparer un double conducteur (plan du JT, ndlr), un avec l’hypothèse Juppé s’en va, et l’autre avec l’hypothèse Juppé reste, comme on le fait d’habitude, on n’en a fait qu’un  »

Lire :
- People : PPDA « invite » Alain Juppé - Acte 1 : Préparatifs (enregistrement sonore) et People : PPDA « invite » Juppé - Acte 2 : A table !).
- La faute de l’abbé Pujadas : le symptôme d’une longue maladie.
- L’actualité des médias n°17 (2 au 15 fév. 2004)

Un clou chasse l’autre en période de forte chaleur médiatique. Alors, pour mémoire, rappelons que trois jours avant l’erreur de David Pujadas, le " 6 minutes " local de M6 Bordeaux est tombé en panne le soir du verdict sur l’affaire Juppé (maire de...). Explication technique : « un dysfonctionnement a affecté le boîtier de TDF situé dans des locaux de M6 » et « la chaîne veut une enquête » (Le Figaro du 2 février).

- Réhabilitation de Juppé. Deux gouttes d’eau dans la marée médiatique qui a tenté de laver l’honneur de Juppé.

Lu dans Le Figaro Magazine du 7 février, l’éditorial de Monsieur Joseph Macé-Scaron : « les juges de Nanterre qui ont condamné la semaine dernière, Alain Juppé sont ’’victorieux et armés’’. Si victorieux d’ailleurs, qu’il leur semble nécessaire de justifier leur victoire par le fait qu’ils auraient été menacés  ». Triste sire.

Paris Match, du 6 février « propriété du groupe Lagardère », rappelle une " Minimare " du Canard Enchaîné du 11 février. D’abord, avec cette Une (qui n’est pas sans rappeler celle sur Baudis pendant l’affaire) « Alain et Isabelle Juppé : en tête-à-tête pendant la tempête » avec les « photos du week-end à Honfleur » - bravo pour l’isolement - il ne faut pas nous prendre pour des crétins.

Passons sur le reportage d’une condescendance assez risible, pour se pencher sur l’article de Jean-Marie Rouart (de l’Académie française et ancien responsable du Figaro littéraire) « L’Histoire offre tant d’exemple de retour en grâce. Juppé le rigoureux peut retrouver la faveur perdue ».

Mais jetons un œil sur l’éditorial d’Alain Genestar (« Le Watergate du pauvre ») qui débute ainsi : « Tout ça pour ça. La chronique de la vie politique française retiendra qu’un ancien premier ministre de la République est sévèrement condamné pour une vulgaire affaire d’employés de ’’maison’’ (sic !). Une décision de justice ne se commente pas dit-on avec hypocrisie. Et pourquoi faudrait-il s’en priver ».
Genestar qui ne sait pas se lasser de citer Mitterrand (cf. L’Actualité des médias n°17) enchaîne « après les vrais (resic !) scandales de Mitterand, après les valises détournées par le vieux parti gaulliste au fil de sa longue histoire, [...] les juges ont accompli leur devoir : ils ont ruiné la carrière d’Alain Juppé pour ... sept emplois fictifs ». Assez.

(Lire aussi "Johnny star contre Genestar ").

-  France-Soir et Raël. Heureusement que France-Soir du mardi 3 février était là pour nous rappeler qu’il y avait une autre « affaire bordelaise » - celle de la secte Raël qui attaque en justice une ancienne de ses disciples, pour laquelle le quotidien d information généraliste à mené une belle enquête : « contactée à deux reprises [...] hier, [... la], défense du mouvement raëlien n’ a pas donné suite ». On notera l’emploi du terme mouvement au lieu de secte : Raël attaquant systématiquement les titres la qualifiant comme tel.

IV. Vu, lu, à noter

- Crédibilité des médias. Revoilà que revient le sondage La Croix-Le Point (exit - Télérama) sur les Français et les médias et « au moment même où David Pujadas se prenait les pieds dans le tapis  » (Libération, du 5 février).

Si on le croit : 41 % des français font confiance à TF1, les femmes et les jeunes sont plus critiques que les hommes, la radio est de loin la plus crue (à 58 %), la réforme des retraites n’a pas été assez traitée (à 47 %).

Mais, comme souvent, les réactions de nos médias sont diverses et variées : « Les Français s’intéressent aux médias, mais restent méfiants à leur égard  » (Le Monde, 6 février).

D’ailleurs, ô heureux hasard, on peut lire (Le Point, 4 février) une interview de David Pujadas, certainement donnée avant le "couac" mais qui, dans le contexte, est aussi hilarante qu’effrayante : « nous gagnons 1 point [de crédibilité], ça ne peut pas être satisfaisant. Il faut faire plus. Et le faire savoir  ». Raté...

Lire sur ce sujet « les ravages de la sondomanie » : L’arroseur arrosé (1) : le « baromètre » sur les Français et les médias et L’arroseur arrosé (2)

Enfin, à propos des sondages... lu dans Challenges (5 février) : « pour convaincre du bénéfice d’image dû à l’arrivée d’Emmanuel Chain sur Canal +, son président, Bertrand Méheut, se base notamment sur un sondage selon lequel ’’50 % des Français disent regarder "merci pour l’info" ’’... alors qu’ils sont en réalité 640 000 ».

- Jeux dangereux. Dans Le Monde du 6 février (« 21, 21,21 »), une tribune de Martin Malvy, ancien ministre, président (PS) du conseil régional Midi-Pyrénées : « Pour avoir été, pendant quinze ans, journaliste, il est vrai en province (sic), avant de devenir député, ministre, et enfin président de région, je m’adresse à ceux dont je pourrais être encore le confrère. Comment préparent-ils les élections régionales et cantonales des 21 et 28 mars ? [...] "Plus jamais ça", ont entonné dans un bel ensemble, dès le 22 avril, politiques et journalistes responsables. Et pourtant... Deux ans après, le même scénario se remet en place. Qui s’en aperçoit ? Nous assistons une nouvelle fois à une caricature de débat public. »

Illustration (en pagaille) par les titres du Parisien, le 2 février : « Huchon réussit son Cirque » (d’Hiver, ils ont dû se marrer dans la boutique d’en face avec ce titre à deux balles), et le 9, ce verbatim de l’interviewé qui ressemble à une mauvaise publicité : « Il faut essayer Le Pen » (sic). C’est moins marrant soudain.

- Industrie Pharmaceutique et communication. « Les journalistes santé manqueraient-ils d’intégrité ? Sont-ils tous vendus aux laboratoires pharmaceutiques ?  » se demande Le Parisien (2 février) au sujet d’un documentaire diffusé par Canal Plus.

Lire dans Challenges (5 février), rubrique " Coulisses ", « retour sur une naissance programmée - cent jours pour patcher la contraception » au sujet du lancement du premier timbre contraceptif. Un extrait : « A l’hôtel Marriott, où a lieu la conférence destinée à la presse professionnelle, il n’y a plus de sièges de libres » ; « le succès médiatique est déjà assuré. Journaux télévisés, une des quotidiens, radios... Même l’émission de Laurent Ruquier, sur France 2, a consacré une chronique au petit patch ».

-  Marchandisation de la Culture. « En quête d’idées nouvelles, pour ’’ bâtir son marketing de proximité’’ [Findus] s’alliera bientôt à ... des pièces de théâtre ! Findus sera ainsi mis à l’honneur (sic) par les acteurs d’une pièce qui sera jouée en mars au Bouffes-Parisiens. » Une information tirée du Parisien (3 février), complice auto satisfait (circonstance aggravante) de la funeste entreprise.

- Encerclement. Dossier : « Public/Privé : les deux France », Le Figaro Magazine 7 février. A ce stade de redite, ce n’est plus du marronnier mais la forêt entière où est chassé à cour le fonctionnaire.

Et le lundi 9, c’est au tour du Figaro Entreprises de porter le coup de grâce avec ses « 60 idées anti-chômage ». C’est que « fidèle à sa tradition, Le Figaro Entreprises a décidé de se rendre utile en lançant une vaste consultation auprès de dizaines de patrons, d’économistes, de responsables syndicaux et de leaders politiques ». Evidemment, il y en a très peu de bonnes, beaucoup de connes (créer « une fête de l’emploi  », « faire travailler les seniors plus longtemps ») et d’autres assez scandaleuses (« indemniser les chômeurs moins longtemps »).

L’édito ne fait pas dans le détail : « A la lecture de ces 60 idées antichômage, une conclusion s’impose : une solution durable au problème dévastateur du chômage ne peut passer que par une réforme profonde, structurelle. Cette réforme, qui irait bien au-delà d’une loi sur l’emploi, mettrait à coup sûr des années avant d’aboutir, comme le démontrent les quelques pays qui ont gagné la bataille  ».

-  Fiche de lecture 1. Sur l’Antimanuel d’économie de Bernard Maris (Ed. Bréal) : « le livre se veut un bréviaire pour les altermondialistes (faux - ndr) à la recherche d’exemples de réalités sordides du capitalisme et de la bêtise de leurs valets, les économistes. Le public auquel il s’adresse en fera un usage sérieux. Ce sont paradoxalement les autres qu’il pourfend, qui y trouveront matière à rire  » : le mépris du Figaro Economie (21 février).

-  Fiche de lecture 2. Dans L’Express du 2 février, au sujet du bien médiatisé livre du journaliste François Closets sur Albert Einstein : « une lecture nécessaire pour comprendre ce qu’est un génie » (Ne dites pas à Dieu ce qu’il doit faire, Le Seuil).

- Fiche de lecture 3. Dans La Tribune, du 6 février au sujet du livre Splendeurs et misères du fait-divers, de l’historien Louis Chevalier (chez Perrin) : « seule fausse note dans cette synthèse très convaincante, le choix (commercial ?) par l’éditeur d’une photo de Marie Trintignant en couverture : ce fait-divers n’est évidemment pas traité par Louis Chevalier, son récit s’arrête au début des années 80 » [6].

-  Leçon de moralité publicitaire. Lu dans Capital (février 2004) : « journaux électoraux - leurs pubs captent l’argent des entreprises ». « Pauvre Didier Schuller, il n’a plu un sou. [...] lui qui est redevenu, à la force du poignet, leader de l’opposition [...], est aujourd’hui contraint de faire appel à la générosité publique. Ou, plus exactement, à celle des entreprises. Celles qui ne souhaitent pas se fâcher avec un possible futur élu (une dizaine) ont accepté de passer des pubs dans sa feuille électorale ».

Ce n’est pas terminé : « "étant donné qu’il repart de zéro, il faut bien l’aider", justifie le patron de Technic Antenne ».

Plus loin, on apprend qu’Aventis et Alstom ont « acheté chacun l’une des 26 pages de la "Lettre" du député communiste de Montluçon ». Commentaire (non attribué) : « Ce n’est pas avec ça qu’on achètera un marché public, mais cela ne peut pas faire de mal ».

La page vaut 1200 euros.

-  Jacques Esnous. Cela n’arrête pas pour le nouveau directeur de l’information de RTL (groupe Bertelsmann). Interviewé dans CB News (2 février) sur le rachat de Paris Première par M6 (groupe Bertelsmann) : « un coup formidable que vient de réussir M6. C’est une chaîne prestigieuse, qui vient renforcer la position de M6 (redite) sur le marché des thématiques ».

Formidable aussi, les restructurations prévues (lire L’actualité des médias n°16 ) ?

-  Emission de Fogiel. Lu dans les pages "Télé" de France-Soir (3 février) à propos d’ "On ne peut pas plaire à tout le monde" : « un huit-clos sartrien » !

- Sic. « En 1996, il avait scandale avec "Dobermann", un film pourri [7] de violence », Le Nouvel Observateur, le 5 février dans « brève rencontre avec Jan Kounen » qui a dû apprécier.

-  TF1 et les régionales. « Sur TF1, nous avons pris le parti d’expliquer les décisions politiques, plutôt que de laisser ceux qui les ont prises déplier leurs tracts électoraux à l’antenne  », Patrick Poivre d’Arvor, France-Soir, 5 février.

-  Séance de rattrapage. Le 28 janvier, Le Parisien trouvait tellement « NUL » le dernier film de Chabat qu’il en faisait sa Une. Ce 11 février, inversement proportionnel : c’est Podium qu’il trouve « FORMIDABLE » en Une et à qui il promet un « succès quasi assuré ».
Tiens ? Les deux films sont distribués par la société Mars Distribution.

- Sarkozy chahuté. France-Soir, 2 février : « Sarkozy goûte à l’insécurité », un compte-rendu de sa virée dans le quartier des Halles. Même jour, dans Le Parisien : « Baisse spectaculaire de la délinquance aux Halles ».

L’Humanité (le 2 février également) note : « Dans sa retraite, Nicolas Sarkozy aura trouvé le temps de lancer à l’un d’entre eux qui se plaignait de sa condamnation récente : " Si tu as pris dix-huit mois, c’est que tu le méritais. " De source sûre, on sait que le jeune en question n’est pas maire de Bordeaux, condamné en premier jugement à une peine de durée équivalente assortie du sursis. Mais la coïncidence est si troublante que le propos peut prêter à toutes les spéculations, de la part d’un homme rompu aux déclarations à double sens... »

-  Courier des lecteurs. Dans Marianne, 2 février, du Dr Jacques Horteux « A propos de votre lettre à Jean-Marie Colombani  » (cf. L’actualité des médias n°16) : « J’ai dit combien je regrettais que la ligne du fondateur du journal [...] soit abandonnée au profit du sensationnel et du coup politico-médiatique. [...] Il me paraît donc important de dire nos désaccords avec le contenu du Monde sans diaboliser et porter atteinte à l’existence du journal. J’avais aimé les interventions de Jean-Marie Colombani [...] actuellement, sa position de chef d’entreprise le conduit à privilégier l’augmentation de volume de son lectorat sans poursuivre la place qu’il prend ainsi dans la société française. »

Lu dans le Courrier des lecteurs du Monde-Télévisions (7 février) : « comment Jean-Pierre Pernaut [8] se sent-il obligé d’utiliser des telles formules ["mais vous le savez, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin fait de la réforme des hôpitaux sa priorité pour 2004"] après des informations négatives pour le gouvernement ? Est-il son porte-parole ?  ».

Plus confraternellement, signalons ce droit de réponse accordé par Télérama à Jean-Pierre Pernaut (cf. L’actualité des médias n°16) qui s’élève contre les accusations de pétainisme : « Ben voyons ! » écrit-il notamment.

-  Marketing et télévision. « Télévision : la marque, vecteur d’audience » - une étude (CSA-TMO) destinée aux annonceurs mis en article par Les Echos ,3 février. Sur le marketing télévisuel, lire également, l’interview du sociologue Eric Macé « la programmation est un compromis permanent » (L’Humanité, 7 février). Il constate notamment qu’ « il n’existe aucune autre activité sociale qui ne soit plus mesurée que la consommation télévisuelle  ».

 

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Notes

[1Les chaînes nationales sont autorisées à prendre « dans la limite de 33%, une participation dans le capital de télévisions locales analogiques ou numériques » - AFP, 12 fevrier.

[2« Rentabilité hypothétique », écrivait encore Le Figaro Economie du 4 février, qui allait jusqu’à « parier », « qu’à terme le câble français sera au main d’un seul acteur ».

[3« Aventis devrait mobiliser un budget publicitaire sensiblement inférieur à celui déployé par Sanofi (6 millions d’euros en France, 13 millions avec l’international  » - La Tribune, 6 février. Lire aussi « Raid boursier de Sanofi, contre-attaque d’Aventis : les agences de com’ en profitent » - Libération, 5 février.

[4Dont Christian Bourgois (éd. Bourgois), Bernard Fillaudeau (éd. José Corti), Jean-François Lamunière (éd. Payot-Rivages), Irène Lindon (éd. de Minuit) et plus de 60 libraires.

[5Incrustation du JT de France 2 du mardi 3 février.

[6L’auteur de l’excellent Classes laborieuses et classes dangereuses (Plon) est décédé en 2001

[7Souligné par nos soins.

[8Récompensé le 4 février officiellement par le ministre de la Culture Aillagon comme Officier dans l’ordre national du mérite. Lire « Gloire à toi, soldat Pernaut » (Charlie Hebdo, 11 février).

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