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L’actualité des médias n°16 (16 au 31 janvier 2004)

par William Salama,

Lire nos éditions précédentes.

I. Les médias

- Politique de la Communication. Servis par Les Echos, (23 janvier), les « chantiers » du ministre Aillagon sont par ordre d’apparition dans l’article :

- Le « paquet télécoms » dont « la partie médias représentera 70 des 100 articles qui vont être débattus » (ADSL, radio numérique, télévision locales...). Mais, précise tout de même le quotidien : « cela pourrait aller jusqu’à la révision des dispositions anticoncurrentielles » [1].
- Le « lancement de la TNT », sur fond de conflit de « distribution commerciale » à laquelle prétendent Canal Plus et TF1 qui « font des propositions qui reviennent à changer complètement la loi de 2000 ».
- La « remise à plat des relations presse-La Poste » - qui chiffonnent Le Monde, HFM, et Socpresse lesquels ont « demandé à être reçus sur le sujet par le Premier Ministre ».
- Et enfin, la « reconquête d’un lectorat jeune » - suspense : le ministre indique qu’il « est désormais détenteur d’une proposition qui concilie efficacité et rentabilité » et une mission est confiée à Bernard Spitz (haut fonctionnaire français, spécialiste de l’économie des médias). Nous voilà sauvés.

- Projet de loi sur les communications électroniques. Dans le cadre de la discussion du projet de loi sur les communications électroniques et les services de communication audiovisuelles (la LEN, voir « Les chantiers »), il semble que le gouvernement veuille libéralement modifier le « dispositif anticoncentration » de 1986. Ce qui soulève une inquiétude de « la presse régionale  » (le syndicat de la PQR) ambitieuse sur les télévisons locales. Elle alerte et « entend que soit maintenue l’interdiction de cumuler les fréquences nationales et locales ». Autrement dit, éviter « d’affronter les géants (...) comme TF1, M6 ou Canal +, tentés par ce marché émergent » (Le Figaro Economie, 27 janvier).

- ADSL. En vrac : « Canal Plus a signé début janvier avec France Telecom la distribution de son bouquet Canal Satellite via l’ADSL » (Le Figaro Economie, 23 janvier) ; « Le CSA estime que Free devrait diffuser TF1 et M6 » (Les Echos, 29 janvier) ; « Les vraies chances sur l’ADSL » (CB News, 25 janvier).

- TNT. Avec force arguments, 10 intellectuels ont publié dans Libération (21 janvier) un plaidoyer pour que la chaîne "Histoire" fasse partie des « offres gratuites du service public » de la TNT. Raté : le même jour, Les Echos indiquent pourquoi c’est illusoire d’y penser et comment la chaîne "Festival" effectivement désignée est mieux placée (« au-delà des considérations financières »).
Pour l’histoire donc, voir TF1 (et plus bas) et le téléfilm "Hitler".

- Suez et son pôle audiovisuel. C’est fait : Suez sort de la communication. M6 sera cédé, et RTL Group (filiale de Bertelsmann) qui la possède à 48,35 % conserve encore et pour le moment 34 % des droits de vote. En effet, la répartition des pouvoirs préoccupait le groupe allemand et le dossier traînait. Il s’incline mais a obtenu, ô miracle, l’assurance du CSA que « dans le cas où la législation évoluerait et où la règle plafonnant à 49 % la participation d’un seul actionnaire serait supprimée, la limitation du droit de vote tomberait à son tour  » (Le Figaro Economie du 30 janvier) [2].

A en croire Stratégies (22 janvier), la reprise de Paris Première (du groupe Suez) serait également une question de « revanche » du patron de M6 (Nicolas de Tavernost) sur Claude Berda (du groupe AB) qui lui « avait soufflé RTL9 ».
M6 acquiert mais ne donne aucune garantie sur la ligne éditoriale, pas plus que « sur le volet social de la restructuration  » (Stratégies, 22 janvier).
Il faut notamment lire L’Express (26 janvier) pour en savoir plus : « un plan de réduction d’effectifs sévère, compte tenu de l’état de santé précaire de cette chaîne ».

-  France Télévisons. André-Michel Besse quittera la présidence de RFO (intégration de la chaîne dans France Télévisions en juin). Il a un mot gentil pour tous - lui (son bilan), France Télévisions, les salariés de RFO (dont une partie est en grève, voir plus bas) et... la CII : « Il n’est pas illogique de penser que nous pourrons faire valoir tout particulièrement les atouts dont nous disposons à RFO pour nourrir et faire rayonner l’information francophone ». Il va y avoir des prétendants à la présidence de la CNN à la française (voir Jean-Pierre Cottet, ou Marc Tessier qui « pourrait être le premier président de la CII française  » - Les Echos, 26 janvier).

-  Jean-Pierre Cottet. La presse s’est inquiétée du sort de Jean-Pierre Cottet. Directeur général de France 5, sur le départ, remplacé par son adjoint Daniel Goudineau (portrait dans Le Figaro Economie, du 29 janvier). Il rejoint Public Sénat pour une « mission de conseil dans la perspective de la TNT » auprès de son président, Jean-Pierre Elkabbach (lui-même conseil d’Arnaud Lagardère). Mais, note Le Figaro Economie (23 janvier), sans que l’on sache vraiment pourquoi : « comme [Public Sénat] passera un partenariat avec la chaîne d’information internationale, il pourrait légitimement prétendre à la direction de l’information  ».

-  Le Moniteur passe dans un autre fonds. Pour 300 millions d’euros, les fonds d’investissements Carlyle Group, Apax Partners et Cincen cèdent Aprovia (Groupe Test, Gisi-L’Usine Nouvelle, Le Moniteur, France Agricole...) au fonds Sagard (Didier Pineau Valenciennes) plus la banque Dexia pour la question du capital, acoquinés à un « consortium de quatre à cinq banques » pour celle de la dette (Les Echos, 29 janvier).

-  Gratuits transactionnels. Bonjour, le journal des petites annonces, propriété de la Comareg (ex- Vivendi Universal) racheté il y a deux ans par France-Antilles (groupe Hersant) perd son nom (pour des raisons de concurrence avec une « brochure » au patronyme identique d’Air France) pour devenir ParuVendu ! D’où ce titre facétieux de CB News (25 janvier) : « Au revoir à Bonjour ». Certes, mais "bonjour" toujours le chiffre d’affaires : 280 millions d’euros (dont 80 % proviennent de la publicité).

- Jeux. A qui appartiennent L’Eveil de la Haute-Loire, Sud Radio, l’agence Sipa ? Au groupe (pharmaceutique) de Pierre Fabre, qui soigne donc aussi nos esprits (lire « L’Empire de l’influence », L’Express, 19 janvier).

-  Dassault et la dette de la Socpresse. Ca devient piquant. En 2002, Dassault, actionnaire à 30 % de la Socpresse, lui avait prêté 230 millions d’euros pour lui permettre d’acquérir le groupe Express-Expansion. Sonne l’heure du remboursement, qui arrive à échéance fin avril 2004. Mais la Socpresse, présidée par Yves de Chaisemartin (dont la carrière dans le groupe serait conséquemment fragilisée, selon Libération du 30 janvier), en semble incapable. Ce qui tombe à pic quant on connaît les ambitions pédagogiques de l’avionneur Dassault sur les médias (lire « Serge Dassault réoriente la presse » dans « L’actualité des médias n°14 ».).

Stratégies (29 janvier) évoque ce scénario : soit Dassault « se rembourse en devenant propriétaire du groupe Express-Expansion », soit il prend « la majorité, voire la totalité, de la Socpresse. Ce second scénario n’exclut d’ailleurs pas forcément le premier » (sic).

Mais selon Libération (30 janvier) : « l’idéal pour [Chaisemartin] serait qu’un troisième larron fasse son entrée dans le capital de la Socpresse aux côtés de Dassault ».

Reste, enfin, le cas des héritiers Hersant qui détiennent, à eux treize, une participation à hauteur de 700 millions d’euros dans la Socpresse (Stratégies) et avec lesquels Serge Dassault devra dealer.

- Pif sur le retour. C’est la meilleure nouvelle de la quinzaine : Pif Gadget va ressusciter, avec pour objectif d’« être dans la continuité des valeurs promues par le défunt : humanisme, inégalité, antiracisme... » (Libération, 22 janvier). On comprend maintenant mieux qui l’on est.

-  Le Monde. Affaires courantes ...
- « La Vie-Le Monde crée un pôle Magazine-Livres » (La Tribune, 22 janvier) ; sa société éditrice (SEM) a vendu « 34 % des parts sociales de la SA Presse Informatique » à La Financière Fabrice Larue (Les Echos, 19 janvier, lire aussi nos articles Le personnel des PVC s’oppose au dépeçage par Le Monde et Le personnel de La Vie et Télérama vigilant face à la mainmise du Monde).
- « Nominations au Monde et au Monde 2 ».
- Dans son édition du 23 janvier, Le Monde remue déjà la queue : « succès du lancement du Monde Week-end » (+ 68 %).

-  Reprise d’Editis. Un acheteur potentiel de moins : « Wolter Kluwers n’est plus intéressé  » (Les Echos, 26 janvier) qui en conforte donc deux autres : Rizzoli et Médias-Participations. Une analyse d’Alain Salles sur les derniers développements dans Le Monde (24 janvier) décrit « l’édition sans boussole » (Libération, 28 janvier).

- Ouverture de la publicité télévisée aux secteurs de l’édition et de la presse. Alain Ayache (du groupe éponyme) jubile dans France-Soir (21 janvier) : « les vingt spots diffusés ont augmenté les ventes de Réponse à Tout de 30 % ».
« La télévision n’est rien d’autre qu’une nouvelle extension du domaine de la pub. Avec plus ou moins de moyens et moins de scrupules, on y étalera davantage de merde devant des millions de gogos » (Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, 22 janvier).
Un nouveau bilan montre l’ampleur de l’étalage (ou étalement) : « Le total des investissements des titres de presse en télévision nationale a atteint 8,9 millions, soit 2,85 % de publicité télévisée du moment. 5, 9 millions sont allés à TF1, suivi de M6 avec 2,1 millions d’euros » (La Tribune, 29 janvier, sources : TNS Secodip).

- Edition. Au sujet de Lagardère, le marketing éditorial, les prix littéraires, etc. Dans « La vérité sur l’édition » (il serait temps, ndr), Pierre Assouline, ancien directeur de Lire, et Pierre-Louis Rozinés, ancien de Livres Hebdos, s’épanchent avec virulence dans Le Nouvel Observateur du 22 janvier.
Un seul extrait (mais l’article vaut le détour) : « L’indépendance est une fiction, dans le domaine du livre comme dans celui de la presse. Soit vous faites partie d’un groupe, soit vous créez votre propre groupe », déclare Pierre Assouline.
Avec cette belle mentalité, on comprend ce qui a conduit leurs propriétaires (pour Assouline, à Lire, le groupe Express-Expansion) à les limoger récemment. Il reste cependant dans le milieu (lire Libération du 24 décembre 2003).
Marianne, quant à lui, brise un tabou dans une « enquête sur le secret le mieux gardé de l’édition » : « Qui sont les nègres ? ».

II. Les journalismes

1. Grèves en cascades.

- Radio France.. Les journalistes SNJ Radio France ont acheté avec l’argent de leur prime un encart publicitaire dans Libération (20 janvier) pour dénoncer le « mépris » de leur direction à légard des précaires (lire « Merci les précaires ! »).

Quelques jours plus tard, les titulaires accélèrent. « L’Intersyndicale de Radio France, qui rassemble France Inter, France Info, France Culture, France Musiques, les radios locales de France Bleu, Le Mouv’ et FIP, a déposé un préavis de grève illimitée à compter de mardi [27 janvier...] "à propos des disparités" de salaires entre Radio France et France Télévisions. » (AFP, 23 janvier).

La Tribune revient sur cette grève, et nous apprend que Jean-Marie Cavada est sur la selette (« une dégradation des relations sociales depuis qu’il a pris les rênes de Radio France lui est reprochée  ») ou, au choix, sur un tremplin politique : « Bien que son mandat court jusqu’en novembre 2006, il pourrait rejoindre l’UMP pour les prochaines élections  » (27 janvier). Hypothèse plus que probable si l’on en juge par l’attitude du ministre Aillagon qui « s’en lave les mains » (laissant le soin à Cavada de « régler le conflit salarial », Libération, 29 janvier).

Depuis, la grève s’est durcie. Notons que L’Humanité (29 et 30 janvier) est le seul quotidien, sauf erreur, à rappeler que ce mouvement se justifie en vertu des « accords Servat » de 1994 qui « reconnaissaient la nécessité d’un rattrapage ».
Même Le Parisien du 31 janvier a consacré un article (et dans ses pages économie) à cette grève avec un interview de la journaliste Fabienne Sintes qui reconvoque le spectre de la privatisation : « M. Aillagon renvoie la balle de la négociation au président de Radio France, mais ne répond pas sur la question du maintien de la convention collective des journalistes de l’audiovisuel. C’est bien la preuve que le gouvernement prépare quelque chose, mais ne le dit pas. ».

-  RFO-Guadeloupe. « Les antennes de RFO-Guadeloupe silencieuses en raison d’une grève illimitée » (AFP, 30 janvier). Au 31 janvier, les quotidiens le sont aussi.

-  Groupe PubliHebdos. En protestation contre la « mobilité et la flexibilité » qui leur sont demandés, les salariés du groupe PubliHebdos, filiale de Ouest-France, se sont mis en grève le 27. « Très suivie » (Libération, 28 janvier).

-  Sud-Ouest. « En raison (...) d’un projet de modernisation de la partie prépresse du journal ».(Libération, 29 janvier).

2. Guéguerres et caresses

- Fogiel-Ardisson. Un sujet crucial passionne la presse d’information en ce moment. Lancé par VSD (15 janvier) (épargnons-nous les investigations de France-Soir et du Parisien), le duel Fogiel-Ardisson est analysé par Libération (24 janvier), précédé par Le Point (22 janvier). Un « choc frontal - et un peu dérisoire », dit le newsmagazine. Certes. Tellement dérisoire qu’il justifie un article de 4 pages en offrant une publicité pour France Télévisions qui nourrit les deux animateurs-producteurs, au moment ou l’un d’eux (Fogiel) passe de la tranche post prime-time à celle plus aléatoire de 21h.

- JFK-JMC. Dans « lettre ouverte au directeur du Monde. Qui fait vraiment le jeu du FN ? », Jean-François Kahn attaque Jean-Marie Colombani. On vous laisse lire (Marianne, 19 janvier).

- Temps de parole. Le Monde, 23 janvier : « Pour répondre aux règles imposées par le CSA, "100 minutes pour convaincre" change de format » et de nom : il devient « 100 minutes pour comprendre ». Voilà qui est plus modeste...

- Sémantique négative. Les politiques se déchirent sur «  l’explosif concept de discrimination positive [...] vivement contesté par la plupart des leaders de la droite » (Les Echos, 29 janvier).
Marc Tessier, qui met en place un plan en faveur de l’intégration à France Télévisions (toute la presse du 29 janvier, interview dans Le Monde Radio Télévisions du 31 janvier) l’annonce mais évoque « une action positive ». Car en matière de représentativité des minorités, « la France est à la traîne  » dans l’audiovisuel estime Le Parisien (30 janvier).

Les chaînes privées (M6 et TF1), ont pris une initiative semblable, mais avec une minorité plus lucrative et fascinante pour leur audience : « les homos ». Un « événement » pour Le Parisien (30 janvier). Précisons : « la pub est prête à suivre  » (idem).

- Maîtres ou chiens de garde . Dans une catégorie qui accapare 20 % des investissements publicitaires (sources : Secodip), Télé 2 Semaines du groupe Prisma Presse sorti en kiosque le 5 janvier dernier, a été vendu à un million d’exemplaires pour son premier numéro (source : communiqué).
Dans le dernier numéro, ce titre qui, comme tant d’autres de cet acabit, ne montrera malheureusement jamais quel effet peut avoir sur les esprits de plus d’un million de personnes l’usage d’une tournure sémantique subliminale : « PPDA-David Pujadas - Les maîtres de l’info ». Maître, n’est pas un mot anodin.

- Angelo Rinaldi. De l’Académie Française, chroniqueur au Figaro Littéraire, réfugié du Nouvel Observateur, au sujet de l’ouvrage de deux anciens profs, commence ainsi : « Si l’on tient pour accessoire qu’ils furent, les malheureux professeurs devant les fauves du secondaire, que les transports en commun inspirent - le raffinement de leurs œuvres les mettant sans doute pour quelque temps à l’abri de la limousine avec chauffeur  » (29 janvier).

- Gilles Leclerc. Désormais, « responsable du service politique de la rédaction nationale de France 3 », Gilles Leclerc déclare, dans France-Soir du 29 janvier : « L’Etat est actionnaire de France 3, mais il n’a jamais exercé la moindre pression sur mon travail. D’accord je suis surveillé mais il est normal que je le sois. Je peux vous assurer que je travaille en toute indépendance » (lire Promotion contestée de Gilles Leclerc).

- Les catholiques et les médias. A l’initiative de la Fédération française de la presse catholique, une bonne centaine de journalistes ont réfléchi sur le temps : « ils ont stigmatisé les conséquences souvent néfastes de la culture de l’urgence et de la réactivité maximale dans leurs modes de fonctionnement : présentation trop manichéenne des faits, simplification excessive des enjeux, mimétisme et pensée unique... ». La suite dans La Croix du 26 janvier, « le temps des journalistes ».
Le 29, toujours dans La Croix : « Les gens d’Eglise sont-ils prêts à renoncer à leurs certitudes prédéterminées, en traitant les médias comme une authentique culture vers laquelle l’Evangile doit partir à l’aventure ? ». Prenez votre temps...

- Paul Wermus. Philipe Alexandre n’est pas le seul flamboyant zélateur de France-Soir (voir nos éditions précédentes). Le quotidien a également recueilli le journaliste mondain Paul Wermus, qui dispose d’une page composée de verbatims, brèves sur les people, d’une interview « sans concessions » et un baromètre de ses fulgurances.

Extraits, le 28 janvier : Wermus qualifie Jean Tibéri de « résistant philosophe » et affirme de François Hollande qu’il « poujadise » la gauche et que « cet adepte de l’almanach Vermot n’argumente pas, il aboie ».

Le 30 janvier, au sujet de Paris Première gobée par M6 (voir plus haut) : « Le patron, Nicolas de Tavernost n’a pas d’autre solution que de réduire le personnel ».

III. Les "infos"

- OM/PSG. Un livre nous apprend que la rivalité OM/PSG (qui a engendré l’affaire VA/OM, des blessés parmi les supporters crédules, des nuits sans sommeils à nos CRS lors des matchs et - plus grave - nous a fait perdre l’Euro 94), était orchestrée par Bernard Tapie et les dirigeants de Canal Plus (dès qu’ils acquièrent le club parisien). Lire l’interview de l’un des auteurs du livre (Daniel Rolio) dans Libération du 24 janvier : « Entre Canal + et l’OM, l’intérêt était le même » ou, même jour, « PSG-OM, histoire d’un coup monté  », L’Humanité.

- Marronniers. Cela ne nous manquait pas, mais il est vrai que la collection de marrons (à distribuer aussi) était incomplète. Après eux-mêmes (les francs-maçons), les femmes, les politiques, et ma sœur : « Les francs-maçons dans les médias » (Le Point, 29 janvier). Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Et dans quel état j’ère ? On lit le dossier pour apprendre notamment que Patrick Le Lay en est mais que cela n’a jamais eu « d’incidence », selon lui sur « la marche de TF1 ».

-  Excuses de la BBC et affaire Baudis. Nos chroniqueurs en cœur...
- Ivan Roufiol dans son « Bloc-Notes » hebdomadaire du Figaro (30 janvier) : « Quand on sait qu’en France aucun média n’aura fait ne serait-ce qu’un début d’autocritique après l’affaire Baudis montée de toutes pièces (sic), l’attitude de la BBC n’en est que plus remarquable. »
- Daniel Schneidermann dans ses « Médiatiques » de Libération (30 janvier), sous le titre (« Et si on importait l’esprit de la BBC ? » n’est pas en reste : « Actualité aidant, on ne peut s’empêcher de comparer le comportement de la BBC [...], par l’obsession de la transparence, avec le talent des médias français pour éviter de balayer devant leur propre porte. A propos de leur dernière sortie de route, leur emballement collectif dans l’affaire Alègre ... » [3]. Et Schneidermann de revenir sur le traitement médiatique de l’affaire, en critiquant (avec raison) Libération, Le Monde, Karl Zéro et les télévisons publiques... mais en ometttant de rappeler que lui-même s’était fourvoyé (lire dans L’Actualité des médias n°3 (juin 2003), sous le titre "Dominique Baudis 2 et paranoïa").

- La Loi de la jungle. Sur le site « La loi de la jungle », voir le documentaire en ligne du même titre de Philippe Lafaix, une « enquête à haut risque » sur les orpailleurs en Guyane : « en deux jours, j’ai rempli le carnet où je notais toutes les affaires de corruption dont on me parlait  » dit-il sur sa préparation. Pourtant primé (« deux récompenses »), ce documentaire « n’a pas trouvé grâce aux yeux des diffuseurs » selon L’Humanité du 23 janvier (ou Libération, du 27 janvier).

Revenant sur ce sujet à l’occasion du FIPA, et plus généralement sur « la liberté de penser  », le quotidien met en garde contre l’uniformisation (27 janvier).

-  Hitler sur TF1. « Ceux qui ont lu le Hitler de Ian Kershaw comprendront aisément pourquoi celui-ci n’a pas voulu figurer au générique du téléfilm "Hitler, la naissance du mal" » écrit Favilla (« La mystification du Charisme », dans Les Echos du 30 janvier).

Avant sa diffusion, une information lancée par Martin Winckler, très reprise et commentée, accusait TF1 d’avoir coupé des scènes de ce téléfilm. Libération (28 janvier) juge qu’elles ne changent pas « le sens du téléfilm ». Soit.

Le Parisien (30 janvier) annonce que « 8 millions de téléspectateurs » ont regardé la « naissance du mal » mais seulement 1,8 millions ont suivi le débat présenté par Patrick Poivre d’Arvor.

- Alain Genestar. Rédacteur en chef de Paris Match débute son éditorial : « Est-ce la visite à Paris du président chinois qui fait penser à lui ? Il fut le premier à reconnaître le régime communiste de Pékin. Ou est-ce la mort d’Olivier Guichard, le dernier de ses barons ?... On ne sait. Mais De Gaulle manque à la France. Comme Mitterrand manque à la gauche. »

- Sondages. « Il suffit de poser une question à cent personnes pour obtenir des données pertinentes (sic). Soit un coût de 10 000 à 30 000 euros amorti, d’après les spécialistes (re-sic), à partir de vingt retombées médias. » (Challenges, 22 janvier.)

- Loi sur le voile. En exergue d’une opinion placée en Une du Figaro du 19 janvier, cette phrase : « Il est trop facile de devenir français  ». On la doit à l’académicien Maurice Druon (« Pour une loi sur la nationalité »).

-  La Croix-Rouge contre CQFD. La Croix-Rouge assigne en justice CQFD, pour « diffamation » et réclame 30 000 euros pour préjudice (dont 15 000 pour son patron) plus 5 000 en frais de justice ». CQFD comme il le dit si bien est « un journal associatif réalisé en grande partie par des chômeurs ». Ce procès, qui aura lieu le mardi 30 mars, a donc « de quoi couler le canard. Mais soyons confiants : par sa plainte, la Croix-Rouge cherche sans doute à convaincre les pouvoirs publics d’augmenter considérablement les minima sociaux. Avec un RMI multiplié par cent, pas de problème, on s’en sortira. Merci, la Croix Rouge ! ».

-  Promotion par la démolition. Le Parisien trouve tellement « Nul » le dernier film de Chabat qu’il en fait sa Une, et y consacre 2 pages (28 janvier).

- Largesses de Saddam. C’est l’AFP qui, le dimanche 25 janvier, a publié la première l’information tirée d’un journal Bagdadi selon laquelle « l’ancien dictateur Saddam Hussein a récompensé quelque 200 personnalités étrangères pour leur soutien avec des millions de barils de pétrole brut ». Mais sans en donner la liste.
France-Soir (28 janvier) dans « Questions sur une publication  » s’est demandé pourquoi l’AFP s’est montrée réticente : « Quand on traduit des noms français en arabe puis l’inverse, la marge d’erreur n’est pas négligeable » (sic).

Il faut attendre le lendemain pour que les noms de personnes mises en cause soient donnés : il s’agit de 11 Français dont... Charles Pasqua. Ce dernier nie bien sûr et Le Figaro vient à sa rescousse, le 28 janvier en interviewant « sous couvert d’anonymat, un homme d’affaires spécialiste du dossier » qui affirme : « Quant au cas de Charles Pasqua, il est particulier. Il faudrait plutôt parler de gens se réclamant de l’ancien ministre de l’Intérieur. »

- Création de l’observatoire des médias. Un de plus. Celui de l’université de Nantes (Le Figaro Economie, 23 janvier).

- Nouvelles ressources sur le Web. A signaler.

- Mails & Guardian on line, « considérée comme l’une des meilleures sources d’information et d’analyse sur les médias d’Afrique du Sud (et plus généralement d’Afrique Noire » (Courrier International, 22 janvier) [4].
- L’Humanité en anglais.

 

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Notes

[1Lire dans « Comment l’ADLS redessine le paysage des télécoms » de Philippe Escande des Echos (30 janvier), l’analyse de cette « technologie de rupture aux effets multiples » qui rencontre « une volonté politique : celle de libéraliser les télécommunications. »

[2Et lorsque ce gouvernement parle de faire « évoluer la législation », méfiance ! (Perben, le rapport Vivrille, Loi sur la sécurité intérieure, la Len, etc.)

[4Essentiellement anglophone. Se reporter à rfi.fr pour la francophone.

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