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A propos du livre de Daniel Carton

"Bien entendu... c’est off" : un bla-bla de Libération

par Jean Teulière,

" Bien entendu... c’est off". Ce que les journalistes politiques ne racontent jamais ", de Daniel Carton (Albin Michel, 2003) lève le voile sur certains aspects de la pratique professionnelle des journalistes politiques de la presse parisienne. Un directeur adjoint de Libération tente de répondre.

Le 15 janvier 2003, Libération a publié un long commentaire du livre de Daniel Carton, signé de Jean-Michel Thénard, Directeur adjoint de la rédaction.

Titre : " Une plume épingle la presse .

Surtitre : " Livre. Un portrait à charge du journalisme politique qui frise la caricature. "

Tentons, au fil de l’article, de déceler une esquisse de raisonnement.

[...] " Daniel Carton a beaucoup vu, retenu. Et a été beaucoup déçu par les médias français dont la tare originelle est d’avoir été élevés dans la révérence aux puissants en général, aux politiques en particulier, et non comme un contre-pouvoir, à l’inverse des Anglo-Saxons. "

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant ces mots, aucun passage du livre de Carton ne donne en " exemple " les " Anglo-Saxons ".

D’abord, l’ironie hautaine :

Carton " y met parfois de l’ironie navrée ".

Puis, l’on concède quelques miettes de pertinence :

" Convenons avec lui qu’il y a matière à s’émouvoir de certaines moeurs de ce que Barre appelait jadis le microcosme. "

En passant, réglement de comptes :

" Parce que Carton a vécu la presse de l’intérieur, sa démonstration sonne souvent plus juste que celle de la « pensée unique » des médias faite, il y a quelques années, par des bourdieusiens qui ignoraient largement leur fonctionnement. "

Mais revenons aux choses sérieuses. On va vous expliquer ce que c’est que le journalisme et ses contraintes.
Si l’on a signalé que, ce " journalisme politique " qu’il accuse, Carton en " a été l’une des plumes " (t’es aussi mouillé que nous, coco !), on assène une leçon de choses qui fleure bon le plaidoyer corporatiste :

" Carton ne s’interroge pas sur le problème des "sources" et de la proximité entre journalistes et informateurs qu’elles imposent. Certains usages dénoncés ne sont pas preuves accablantes. L’auteur en témoigne lui-même. Le tutoiement facile qu’il critique, il le pratiquait, "

Là, la démonstration coince un peu, mais il fallait avoir lu le livre : Carton y explique les problèmes que lui ont posés son refus de tutoyer.

" ce qui ne l’a empêché en rien d’écrire honnêtement sur ceux qu’il tutoyait. La réalité est que l’homme de pouvoir, quel qu’il soit, est toujours dans une démarche de séduction pour avoir de bons papiers. Ne sont blâmables que les journalistes, et pas seulement politiques, qui s’y laissent prendre, et en oublient leur travail d’investigation, au prétexte d’avoir de bonnes "sources". Tous ne tombent pas dans le piège. "

Quels sont les critères pour " trier ", entre ceux qui sont " tombés " et les autres ?

[...] " Car le vrai problème n’est pas que certains folliculaires aient une si piètre conception de leur métier qu’ils croient judicieux d’épouser les intérêts de tel ou tel. Ceux-là restent l’exception. "

Voilà une assertion dont on attend encore la démonstration. Mais attention, nous est surtout promise la révélation du " vrai problème " !

" Et l’aveuglement collectif qui consistait à faire du respect de la vie privée de l’homme public le titre de gloire distinctif de la presse française, ce qui a conduit au plus grand escamotage journalistique du dernier quart de siècle, l’occultation de l’affaire « Mazarine », a été médité. La vie privée n’est plus un tabou désormais si elle se retrouve à l’origine d’un scandale d’Etat. "

... Croyez nous sur parole ?

Et voici la vieille ficelle du " populisme " :

" Le livre de Carton en reste au folklore d’un certain journalisme français qui n’est pas tout le journalisme français. Du coup, il flirte avec une certaine démagogie tendance. Celle qui consiste à "se situer délibérément du côté de cette France d’en bas sans cesse manipulée et qui n’a pas le droit de savoir ce qui se chuchote off", quand journalistes et politiques, eux, auraient scellé un "pacte qui unit la France d’en haut". Un simplisme dérangeant qui rétrécit le propos de l’auteur. "

Enfin, M. Thénard dévoile le "vrai" probleme :

" La vraie question, c’est la transformation du paysage médiatique français. Qui rend celui-ci de moins en moins divers. Où la mode bientôt va être à une presse entièrement soumise, sans enquêtes et même sans journalistes, ou si peu. Cette paupérisation, ajoutée à la tradition française encore vivace d’un journalisme de révérence, est une vraie catastrophe démocratique en puissance. De cela, Carton, malheureusement, ne parle pas. "

La vraie question est de savoir si le contenu des journaux va etre moins uniforme dans un paysage moins divers. De cela Libération ne parle pas.

Lire tout l’article (lien périmé).

Lire
"Bien entendu... c’est off". Extraits.
"Bien entendu... c’est off". Extraits (2).
Un journaliste britannique : « C’est honteux d’être un lèche-cul ».

 

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