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Affaire Dupont de Ligonnès : un énième naufrage médiatique (mag électronique n°197)

par Acrimed,



SOMMAIRE

1. Affaire Dupont de Ligonnès : un énième naufrage médiatique
2. Médiacritiques : la revue trimestrielle d’Acrimed
3. Sur le site d’Acrimed
4. Sur d’autres sites


Le fiasco médiatique autour de l’affaire Dupont de Ligonnès pose une nouvelle fois la question de la couverture disproportionnée des faits divers dans les grands médias et, plus largement, celle du fonctionnement du système médiatique. Publié par Le Parisien le 11 octobre au soir, le scoop de l’arrestation de Dupont de Ligonnès prend immédiatement des proportions effarantes. Nous le détaillons dans un premier article : toutes les chaînes d’info basculent en édition spéciale, tandis que la presse « documente » l’affaire en flux tendu sur les fils d’info de ses éditions numériques, dans des articles et via les réseaux sociaux.

Non contentes de mettre toutes les précautions au placard, les rédactions versent dans la surenchère : dramatisation, emphase, mise en récit théâtrale, questions prospectives, le scoop s’étale partout des heures durant, jusqu’à occuper la quasi-totalité des Unes de la PQR le 12 octobre au matin. Face à cet emballement médiatique, France Info a une nouvelle fois démontré son alignement sur les chaînes du privé, BFM-TV, CNews et LCI. C’est là notre deuxième critique. Évoluant dans un écosystème dominé par des logiques financières concurrentielles, soumise aux logiques d’audience, de scoop et de « révélations », France Info subit les mêmes contraintes et succombe aux mêmes travers que le privé.

Cet énième naufrage des grands médias a donné lieu, pour finir, à une nouvelle séance de (prétendus) mea culpa. C’est l’objet de notre troisième analyse. Et là encore, le mimétisme fut de mise : les rédactions ont retracé « la chronologie d’une information erronée » (AFP), documenté « les coulisses d’une fausse piste » (BFM-TV) ou rejoué le « récit d’un emballement » (Le Monde). Ils ont, en d’autres termes, contourné le problème, en se mettant dans la peau de « décodeurs d’info », là où une critique digne de ce nom consistait surtout à questionner publiquement les pratiques journalistiques et le fonctionnement du système médiatique qui conduisent – et conduiront – à produire de fausses informations à une échelle industrielle.


Le n°33 de Médiacritiques, notre revue trimestrielle, est sorti de l’imprimerie. Au programme : « Où va le journalisme ? », avec des articles et rubriques inédits, des dessins de Colloghan, un nouveau format. Pour le commander, rendez-vous sur notre boutique en ligne !



À cette occasion, tous les autres Médiacritique(s) parus depuis octobre 2011 ont été mis en accès libre sur notre site !


- Dupont de Ligonnès. Jour 2 : l’autocritique médiatique n’aura pas lieu (18/10) – Quand le « décodage » remplace l‘autocritique.

- Dupont de Ligonnès : à France Info, le fait divers était presque parfait (17/10) – La triste fin d’un fait divers cuisiné aux petits oignons.

- Le journaliste Guillaume Bernard arrêté à Toulouse : une atteinte grave à la liberté de la presse (SNJ et SNJ-CGT) (16/10) – Un communiqué suite à l’interpellation et à la convocation en justice d’un journaliste indépendant.

- Dupont de Ligonnès. Jour 1 : le naufrage médiatique (15/10) – Retour sur la diffusion à échelle industrielle d’une fausse information.

- Cadeau : 32 Médiacritique(s) en accès libre ! (14/10) – Profitez de l’intégralité des archives de notre revue.

- Où vont les journalistes ? Le mercato des médiacrates (09/10) – « Je hais le mouvement qui déplace les lignes »

- L’indépendance du Monde en danger… depuis 10 ans (07/10) – Le pouvoir du capital, c’est pour les autres.

- Sortie de Médiacritiques n°33 : Où va le journalisme ? (05/10) – Le nouveau Médiacritiques est arrivé ! Articles, dessins inédits et nouveau format.


- Comment Alain Finkielkraut et ses amis auraient évité le drame de la préfecture de police (Telerama.fr, 08/10) - « Apolline de Malherbe enchaîne : "Tout de suite, cette question : Comment ça a pu arriver ? » Elle parle des assassinats à la préfecture de police. "C’est possible à cause la bureaucratisation du système", dénonce le criminologiste Alain Bauer, qui pointe une "liste invraisemblable d’éléments évidents" et fustige "connerie, inconséquence, incompétence". Si Mohamed Sifaoui, Eric Zemmour, Alain Finkielkraut ou Alain Bauer avaient été chargés de la détection de la "radicalisation" à la préfecture de police de Paris, aucun assassinat ne s’y serait produit… »

- Tu t’es vu quand tu factcheck ton boss ? (Reflets.info, 11/10) - « Patatras... Nombreux sont les internautes et les journaux à faire remarquer que non, Libé ne sera pas le premier à ne pas piller les données personnelles de ses lecteurs.Checknews en vient même à devoir fact-checker ses patrons. Re-patatras, le service se fait enfumer et valide la thèse. A tel point que l’article déclenche l’hilarité d’un certain nombre de twittos ainsi qu’une certaine inventivité blagueuse. »

- Une semaine sur les chaînes d’info : 85 débats sur le voile, 286 invitations et 0 femme voilée (Libération.fr, 17/10) - « La chaîne [LCI], déjà très critiquée après avoir diffusé le 28 septembre dernier le discours de Zemmour à la "convention de la droite", a organisé pas moins de 42 débats sur le port du voile ces cinq derniers jours, pour 149 interventions. »

- LCI censure en direct des dessins humoristiques (Arrêt sur images, 03/10) - « 24h après avoir diffusé le discours raciste d’Eric Zemmour, LCI a censuré les dessins humoristiques du caricaturiste Erwann Terrier, jugés "trop acides". Il avait été recruté par la chaîne pour illustrer en direct les débats du "Brunch de l’info". »

 

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