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Dupont de Ligonnès : à France Info, le fait divers était presque parfait

par Pauline Perrenot,

Une fois de plus, la chaîne d’information en continu du service public a démontré son alignement sur ses concurrentes du privé. France Info s’est en effet jetée à corps perdu dans l’emballement médiatique autour de Xavier Dupont de Ligonnès, seulement quelques minutes après la publication du scoop (devenu naufrage) du Parisien. Sombre et triste histoire ! Car le moins que l’on puisse dire, c’est que la rédaction en chef avait mis ses équipes en branle pour concocter aux auditeurs et téléspectateurs le meilleur récit possible du fait-divers. Si elle n’avait été fausse de A à Z, l’information aurait été presque parfaite !

La recette est rapide :

1. Prenez une grosse marmite, et versez-y toute l’information (pas besoin de vérifier la qualité ni la provenance) ;
2. À l’aide de formules choc et de flash info, touillez le mélange sans relâche. Laissez cuire pendant plusieurs heures sans jamais cesser de remuer ;
3. Ajoutez, de temps à autres, quelques doses « d’expertise » ;
4. À mi-cuisson, saupoudrez le mélange avec quelques interviews d’enquêteurs-romanceurs, le ragoût n’en sera que meilleur ;
5. Couvrez le tout avec des archives, et laissez cuire jusqu’au lendemain.

Une recette que France Info a respecté au pied de la lettre si l’on en croit la communication de la chaîne sur son compte Twitter !


- 21h03 : Le « flash » tombe et les conditionnels sont au placard :



- 21h31 : Suite à une enquête au long cours, France Info met la main sur LA preuve. Celle qui a causé la perte de Xavier Dupont de Ligonnès :



- 21h40 : Premières mises en perspective historiques



- 22h06 : Premier face-à-face avec expert. Interview de Jean-Marc Bloch : « aujourd’hui présentateur de l’émission "Non élucidé" [Véridique ! NDLR] sur RMC Story, Jean-Marc Bloch n’a jamais cru à la thèse du suicide de Xavier Dupont de Ligonnès. »



Nous vous livrons l’intégralité des questions de France Info, tout en prudence et modération :

- Retrouver un fugitif après huit ans de cavale, est-ce rare ?
- Vous avez toujours pensé qu’il était vivant ?
- Qu’est-ce qui en fait une affaire exceptionnelle ?


- 23h00 : Deuxième face-à-face avec expert. France Info interroge Jean-Michel Laurence, « co-auteur de Le mystère Dupont de Ligonnès, paru en 2016 aux éditions de l’Archipel. »



Là encore, l’entretien témoigne d’une grande précaution :

- Vous étiez sûr qu’il était vivant. Pourquoi ?
- Quels sont les éléments que vous aviez ?


- 23h30 : Troisième face-à-face avec expert. Le récit médiatique est à point. S’ouvre le chapitre bien connu de la psychologisation. Entretien avec Anne-Sophie Martin, « journaliste et réalisatrice de France 2, qui a enquêté sur l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, également auteure d’un livre où elle raconte "sa déchéance sociale" et sa "grande détresse psychologique" ».



Un entretien qui permet opportunément d’en remettre une nouvelle couche :

- C’est l’une des plus mystérieuses énigmes criminelles ?
- Est-ce que tout cela était prémédité ?
- C’est un personnage à plusieurs facettes ?


- 23h45 : Quatrième face-à-face avec expert. La psychologisation bat son plein : le criminologue fait son entrée !



- 00h20, le 12 octobre : Nouvelle mise en perspective à la radio publique. Les experts sont couchés.



- 8h20, le 12 octobre : les experts sont réveillés… et de retour !



Et il s’agit cette fois de l’un des plus fins limiers du Parisien. Dès le chapô de l’entretien, le suspense est à son comble : « "Je pense que l’on risque d’être surpris dans les jours et les semaines qui viennent", annonce le journaliste, qui suspecte la complicité du proche entourage du fugitif. » Reconnaissons qu’il n’a pas eu tout à fait tort…


- 8h30 : L’heure des premiers doutes...



- 10h56 : L’étau se resserre sur les premiers de l’info



- 12h36 : « Gloups »

Les sources d’Acrimed proches de l’enquête sont formelles : l’onomatopée se répand partout dans la rédaction.



- 12h48 : Patatras.



Fin de partie.


***


L’affaire Dupont de Ligonnès pourrait prêter à sourire si elle n’était pas le triste reflet d’un système médiatique dominé par la course au scoop et le mimétisme ; de la capacité des rédactions à meubler aveuglément, pourvu que les plateaux soient occupés ; de la surface délirante qu’elles réservent aux faits-divers ; de la confiance inconditionnelle qu’elles accordent à la police et à ses déclarations, à l’origine du « journalisme de préfecture » ; de leur amnésie quant aux fiascos passés et aux pratiques professionnelles qui les ont provoqués ; de leur éternel talent, enfin, pour les mea culpa superficiels qui mettent en question à peu près tout… sauf le cœur du problème : nous y reviendrons dans un prochain article.


Pauline Perrenot

 

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