1er acte.
" J’ai l’air policĂ©, mais au fond je suis violent ". C’est le titre d’une interview donnĂ©e par Bernard-Henri LĂ©vy Ă VSD (13-18 mai 2004).
L’hebdo plante le dĂ©cor. " Bernard-Henri LĂ©vy est Ă cran. Arielle Dombasle et lui sont contraints d’occuper une suite Ă l’hĂ´tel Montalembert : leur appartement de 400 mètres carrĂ©s du boulevard Saint-Germain, Ă Paris, est en travaux. Plus grave : lors de sa dernière tournĂ©e amĂ©ricaine, il s’est senti vexĂ© (sic). Seulement trois cents personnes ont assistĂ© Ă la confĂ©rence qu’il a donnĂ©e Ă la New York University. Et le pire est Ă venir. Trois biographies le concernant sont en cours d’Ă©criture. Celle du tandem Olivier Toscer/Nicolas Beau et celle de Philippe Cohen le rendent furieux. La parution de RĂ©cidives (Grasset, 24 euros), un recueil de ses multiples interventions, est annoncĂ©e comme une première riposte Ă ces enquĂŞteurs. "
VSD, après avoir distillĂ© quelques Ă©lĂ©ments peu connus de la biographie d’" un hĂ©ritier milliardaire, un excellent homme d’affaires et de rĂ©seau, dotĂ© d’une ambition extrĂŞme ", donne la parole Ă la dĂ©fense (dans un inhabituel souci d’Ă©quilibre...).
" Bernard-Henri LĂ©vy rĂ©pond Ă ses dĂ©tracteurs en toute sincĂ©ritĂ© ", prĂ©vient le surtitre... Et, si l’on n’avait pas compris la solennitĂ© des dĂ©clarations bĂ©hacheliennes, le chapĂ´ de l’interview a valeur d’avertissement : " Bernard-Henri LĂ©vy est un homme pour qui les mots comptent. Il ne cesse de ponctuer l’entretien de “on” et de “off”, relit et amende ses propos, rappelle pour prĂ©ciser des informations. "
Le romanquêteur regretterait-il ses approximations passées ? [2]
VSD. Trois projets de biographie vous concernant sont en cours et vous accablent. Pourquoi ?
BHL. Il n’est pas agrĂ©able de savoir qu’il y a trois types en train de fouiller dans votre vie privĂ©e, votre passĂ©, celui de vos proches. Surtout quand on connaĂ®t les mĂ©thodes pour le moins lĂ©gères de l’un au moins des trois, Philippe Cohen, qui s’est illustrĂ© avec son livre La Face cachĂ©e du " Monde "... [3]
(...)
VSD. Dans son roman " Rien de grave ", votre fille Justine a ouvert la porte de votre vie familiale... Les noms ont été changés, mais on reconnaît au travers des personnages, Raphaël Enthoven - ex-mari de Justine et fils de votre ami Jean-Paul Enthoven - et son épouse Carla Bruni...
BHL. Vous vous trompez. Son livre est un livre d’Ă©crivain. Comme tous les Ă©crivains du monde, elle s’est servie des matĂ©riaux de sa vie pour fabriquer une fiction.
Il aurait Ă©tĂ© Ă©tonnant que l’attachĂ© de presse n°1 de l’ " Ĺ“uvre " de Justine LĂ©vy ne reprenne pas fidèlement l’invraisemblable plaidoyer dĂ©veloppĂ© avec obstination par Josyane Savigneau dans Le Monde [4]...
(...)
VSD. Vous avez dit que vous pourriez tuer quelqu’un.
BHL. Je suis quelqu’un de policĂ© dans mes relations avec le monde, mais je suis secrètement violent. (" le monde " Ă©crit sans majuscules...)
2e acte.
" La traque au BHL ", titre Technikart (juillet 2004), qui, dans son style inimitable, a la bonne idée de poser en parallèle les mêmes huit questions [5] aux auteurs des trois livres annoncés : Philippe Cohen, " le bull-terrier " ; Nicolas Beau et Olivier Toscer, " les pitbulls " ; Philippe Boggio, " le cocker ".
Au prĂ©alable, la presse accueillant en Ă©tĂ© des " jeux-tests " d’une facilitĂ© dĂ©magogique, devinette :
Sachant que 1/ trois livres sont prĂ©parĂ©s par quatre auteurs, et que 2/ dans VSD, BHL ne trouve " pas agrĂ©able de savoir qu’il y a trois types en train de fouiller "... quel est l’auteur dont le travail pourrait ne pas ĂŞtre dĂ©sagrĂ©able pour BHL ? (deux indices flagrants figurent dans ce qui prĂ©cède).
Mais penchons-nous sur quelques réponses données au questionnaire de Technikart :
Technikart. Le BHL rend-il parano ?
Philippe Cohen. Aucune précaution particulière.
Nicolas Beau. Je fais très attention au téléphone. Il est suffisamment ami avec des gens qui ont le pouvoir de contrôler les communications. Autre précaution : tenir secret le nom de notre éditeur, pour des raisons de tranquillité. Quand BHL veut savoir quelque chose, il ne passe pas un coup de fil mais mille.
Philippe Boggio. Non, contrairement Ă d’autres, j’essaye de ne pas virer parano. A mon avis, il s’en fout un peu de tous ces bouquins.
Avez-vous essayé de rencontrer le BHL ?
Ph. Cohen. Je lui ai envoyé trois lettres, sans réponse.
N. Beau et O. Toscer. On est en train d’essayer.
Ph. Boggio. Pas encore.
Avez-vous peur du BHL ?
Ph. Cohen. Il dit des horreurs sur moi et il y a eu ce papier dans VSD que j’ai dĂ» cacher Ă ma mère oĂą il dit qu’il est " secrètement violent " et oĂą il commence par parler de moi...
O. Toscer. Je pense qu’il est capable de me casser la gueule.
N. Beau. Pfff... Avec mon livre sur Pasqua, j’en sui Ă dix-sept procès, alors...
Ph. Boggio. Il est quand même ceinture noire de judo... Non, franchement, je crois que ça va surtout lui faire une pub énorme. Il doit déjà être en train de préparer un bouquin sur sa vie.
Une question est posée uniquement à Philippe Cohen, particulièrement opportune après les propos de BHL dénigrant Cohen dans VSD...
Qu’est-ce qui vous fait courir ?
Ph. Cohen. J’ai Ă©crit La Face cachĂ©e du Monde avec PĂ©an, mais je crois que, dans le milieu journalistique, tout le monde se dit que PĂ©an a fait le travail d’enquĂŞte, et que Cohen, c’est l’idĂ©ologie. Ce coup-ci, je fais une enquĂŞte tout seul ! [6]
Soutien sans faille de l’actuelle direction du Monde, BHL a d’emblĂ©e choisi de lier son sort Ă celui des dirigeants du quotidien. Dans Le Point (10 juin), il concluait ainsi sa chronique : " Je n’aimerais pas ĂŞtre Ă la place des auteurs le jour oĂą ils tenteront de nous refaire le coup en nous vendant, sur le mĂŞme ton, leur prochaine ”face cachĂ©e” "... [7]. Un pari risquĂ©...
Technikart donne lui aussi la parole Ă l’intĂ©ressĂ©, Bernard-Henri LĂ©vy. De cette interview (titrĂ©e " MĂŞme pas peur "...), on ne retiendra que la rĂ©ponse Ă la question
Mais avec tous vos copains dans l’Ă©dition, vous pourriez les empĂŞcher d’ĂŞtre publiĂ©s... (les livres qui lui sont consacrĂ©s)
BHL. Ce serait un trop mauvais service à rendre aux dits copains. Et trop de publicité pour ces gens.
Ainsi, Bernard-Henri LĂ©vy, le hĂ©raut des libertĂ©s planĂ©taires, non seulement ne nie pas qu’il aurait le pouvoir de faire interdire la parution d’Ă©crits qui pourraient le dĂ©ranger, mais encore ne s’Ă©lève pas contre le principe mĂŞme de la censure...