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Sur CNews, loyauté entière exigée

Pascal Praud veille.

Maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, limogeage d’Olivier Nora, tribune des professionnels du cinéma… Depuis plusieurs mois, les protestations contre la prédation et les pratiques du groupe Bolloré se multiplient. Y compris, parfois, depuis l’intérieur [1]. Des positionnements inadmissibles sur CNews, qui enchaîne purges et mises au pas – exit Sonia Mabrouk, Élisabeth Lévy, Philippe Bilger ou encore Céline Pina (Libération, 17/05). Sur son plateau, Pascal Praud n’hésite pas à mener l’inquisition. Illustration, en deux épisodes.


Scène 1 : « L’heure des pros 2 », CNews, 3 juin



Sarah Saldmann refuse de « mettre l’immigration à toutes les sauces » pour expliquer les événements survenus après la victoire du PSG en Ligue des Champions et prend ses distances avec Frontières : « C’est sûr que je n’évolue pas au milieu de Frontières […]. Il n’y a pas que Frontières comme journal non plus ! » Première remontrance de Pascal Praud : « Écoutez ça ne sert à rien parce que vous défendez une posture [...] vous venez ici pour faire un numéro ! » Mais Sarah Saldmann persiste : « Ce n’est pas parce que je ne ressors pas la propagande de Frontières que je ne peux pas avoir un point de vue qui est le mien ! » C’en est trop pour Pascal Praud : « Ça fait 5 fois que vous citez Frontières, qui travaillent sur notre chaîne. Ça fait 5 fois. Vous pouvez le faire une 6e fois. Ça fait 5 fois... […] Je ne suis pas dupe de ce que vous faites, ça s’appelle une posture, et c’est pas bien, c’est pas bien pour la chaîne sur laquelle vous êtes ! […] Parce que ça suffit d’attaquer Frontières. Frontières, ils font le job. »

Et ainsi de suite :

- Sarah Saldmann : Mais pas du tout, c’est de la propagande d’extrême droite. Vous connaissez ce que je pense de Frontières.

- Pascal Praud : Non, non, non. Je récuse ce que vous dites. Parce que d’abord, c’est très grave ce que vous dites. Puisque vous nous accusez, nous, de faire de la propagande d’extrême droite...

- Sarah Saldmann : On n’est pas en plateau avec Frontières, là.

- Yoann Usaï : Moi, je travaille avec eux, je peux vous le dire !

- Gilles-William Golnadel [en fond]  : Et moi je suis leur avocat […] et j’en suis fier !

- Pascal Praud : Attendez, Frontières, il faut vraiment défendre ce média…

- Sarah Saldmann : Non, je ne vais pas défendre ce média, non, non, non, je ne peux pas, je n’en suis pas capable…

- Pascal Praud : […] Moi, je travaille avec eux…

- Sarah Saldmann : On ne les reçoit jamais en plateau…

- Pascal Praud : Je travaille avec eux. Ils sont sur le terrain. […] Le travail qu’ils font est un travail journalistique, de témoignage.

- Sarah Saldmann : C’est pas vrai. Vous ne pouvez pas dire des choses comme ça.

- Pascal Praud : Je le dis parce que c’est vrai.

- Sarah Saldmann : Mais c’est pas vrai.

- Pascal Praud : Et on les écoute régulièrement…

- Yoann Usaï [en fond]  : Ils font un travail formidable…

- Sarah Saldmann : Mais vous ne pouvez pas dire qu’ils font un travail formidable !

- Pascal Praud : Et heureusement qu’ils sont là. Et heureusement qu’ils sont là pour montrer une réalité que personne ne veut montrer en France…

- Sarah Saldmann : Mais parce que ce n’est pas la réalité !

- Pascal Praud : Ah bon ? C’est pas la réalité ? […]. Mais on va marquer une pause […]. Et je défends Erik Tegnér et ses équipes.


Scène 2 : « L’heure des pros », CNews, 29 juin



Le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, Tugdual Denis, est convié pour parler de son dernier ouvrage…

- Tugdual Denis : Mais j’ai envie […] que la droite obtienne des prix littéraires, […] que la droite ait des réalisateurs, que la droite…

- Pascal Praud : … et des télévisions peut-être aussi ?

- Tugdual Denis : Ben, les télés je crois que c’est un peu fait là maintenant [désignant l’animateur].

Et là… patatras !

- Pascal Praud : Oui mais là, vous ne nous avez pas beaucoup défendus, je trouve […].

- Tugdual Denis : Oh, c’est pas vrai…

- Pascal Praud : Si ! […] non là, je me suis dit « Tugdual Denis, il n’est pas très courageux pour nous ». Vous ne montez pas beaucoup au créneau pour nous…

- Tugdual Denis : Ah oui ? Écoutez, je peux vous dire, regardez toute la promo que j’ai faite, j’ai fait un certain nombre de plateaux, on a parlé de Vincent Bolloré sur France Culture la semaine dernière, j’étais face à un prof de science politique de l’École polytechnique qui caricaturait à outrance la pensée de Vincent Bolloré, et je l’ai tout à fait défendu.

Éric Naulleau s’empresse de seconder Pascal Praud : « Tugdual, je suis allé tourner un clip pour soutenir Valeurs Actuelles. Il n’y a pas eu de geste aussi spectaculaire dans votre sens. » Et l’incriminé tente de se dépatouiller : « Écoutez, les Unes que l’on a faites sur CNews ces dernières années, je pense que l’on en a fait 12. Je vous demande souvent des interviews [désignant Pascal Praud], là il y a une interview en cours avec Christine Kelly... » Ou encore : « Vous n’avez peut-être pas le temps mais regardez mes interventions sur BFM-TV, sur Franceinfo, sur France Culture, le dernier chapitre de mon livre... Je défends extrêmement ce que vous faites, enfin ce que vous faites tous globalement dans la famille du groupe Bolloré où j’ai de nombreux amis. »

Tant de zèle et si peu de reconnaissance !


***


Les deux cas étudiés ici rappellent – si besoin était – la position centrale qu’occupe la « chaîne championne des sanctions de l’Arcom » dans l’écosystème de l’extrême droite médiatique.


Nils Solari

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