Accueil > Critiques > (...) > Sondologie et sondomanie : Sondages en tous genres

Lu dans "Le Canard enchaîné" (3 avril 2002)

Le sondage, une juteuse opération commerciale

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, Le Canard enchaîné s’intéresse à " l’excitation des médias devant les courbes affolantes des sondages ". Il montre que, pour les médias, la publication de sondages répond prioritairement, sinon uniquement, à une logique commerciale, au détriment de l’information du public. Les " résultats " publiés ne sont pas fiables, notamment parce que les échantillons retenus ne sont pas représentatifs [1].

(...) En mars (2002), pas moins de 26 enquêtes d’opinion ont orné la une des quatre premiers quotidiens nationaux, Le Parisien, Le Monde, Le Figaro et Libération.
Les hebdos (L’Express et Le Journal du dimanche avec l’Ifop, Le Point avec Ipsos, Paris Match avec BVA, etc.), tout aussi voraces, en ont pour leur part publié une bonne vingtaine (...).
La recette est simple, et le coût modique. Pour un prix avoisinant les 4500 euros (30 000 F) on espère donner un coup de fouet aux ventes grâce aux multiples citations dans la presse que favorisent ces scrutins en miniature. Et l’on remplit à peu de frais des pages de chiffres et d’éditos savants. L’opération, d’une efficacité désarmante, se déroule en trois temps : dépêche de l’AFP la veille, parution de l’enquête, reprises par les confrères écrits et audiovisuels le jour même, nouvelles exégèses et digressions le lendemain.
Le bénéfice est double, car les régies publicitaires de ces journaux ont l’œil fixé sur le nombre de ces reprises et en tiennent compte pour augmenter leurs tarifs de réclame. Par ailleurs, certains de ces mêmes sondeurs mesurent l’audience et la diffusion de ces médias ainsi que leur "taux de pénétration" dans les différentes catégories de public. Et ils en tirent des indications précieuses pour les annonceurs (publicitaires).
Le mélange des genres règne donc gaiement. Pas question, pour les journalistes, de trop insister sur les bavures passées des sondeurs, sur leurs contradictions hebdomadaires, sur l’importance de leurs marges d’erreur ou sur l’insuffisance de leurs échantillons. (...)

J.-F. J. "

 

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l’association.

Notes

[1Titre et chapo d’Acrimed.

A la une

Apologies médiatiques : Bienvenue chez Moix

Passe-droits et connivences dans le landerneau médiatique.

Salaires des profs : le grand n’importe quoi médiatique

Retour sur un cas exemplaire d’instrumentalisation de chiffres « officiels »

L’ode au « pragmatisme », dans les médias dominants US

Vous avez dit pragmatisme ?