Le Parisien du 9 juillet s’inquiète en Une, d’une Ă©trange disparition : " mais oĂą sont passĂ©s les juillettistes ? ". Triste sort, en effet. Il est cependant moins bilieux, mais tout aussi concernĂ© en pages Ă©conomie de suggĂ©rer la mort du syndicalisme, " CGT en tĂŞte ", dans un article qu’il surtitre : " Social ".
En tĂŞte de gondole, le titre, sous des dehors factuels, sous-tend l’impuissance et classe sans suite le mouvement social de manière pĂ©remptoire : " EDF, SĂ©cu... les syndicats n’ont pas pu stopper la rĂ©forme ".
L’article, d’un point de vue sĂ©mantique, est truffĂ© de mauvais clichĂ©s automatiques, dĂ©prĂ©ciatifs et sans style sur :
- " le revers des syndicats ", ou " l’Ă©chec pour les organisations syndicales qui n’ont pas rĂ©ussi Ă faire prendre la mayonnaise comme en 1995 "
- la dĂ©sunion des organisations : " les plus radicales (Unsa, Sud) reprochant Ă la CGT de ne pas avoir appelĂ© Ă la grève illimitĂ©e. Tandis que les rĂ©formistes (CFDT, CFTC) dĂ©nonçaient certains modes d’actions, comme les coupures sauvages dans les transports "
- le quĂ©mandage : " leur stratĂ©gie a alors consistĂ© Ă obtenir auprès du ministre de l’Economie, Nicolas Sarkozy, des contreparties : 70 % du capital toujours dĂ©tenu par l’Etat, 15 % par les salariĂ©s, maintien des statuts et des retraites... "
- et le bon sens près de chez vous : " il n’Ă©tait pas question pour les agents de sacrifier plusieurs journĂ©es de salaire pour un objectif leur paraissant de plus en plus difficile Ă atteindre "
A contrario, le gouvernement se voit crédité de
- l’autoritĂ© naturelle : " en passe d’imposer "
- le bien-fondé de son action : les " réformes phares "
- l’habiletĂ© : " la rĂ©forme, prĂ©sentĂ©e au compte-gouttes, mesure après mesure, n’a pas effrayĂ© les Français. "
Ajoutons que la chute de l’article se veut - figure de style oblige - crĂ©dibilisĂ©e par l’inĂ©vitable " expert en relations sociales " (Henri Vaquin) sorti d’on ne sait quelle institution. Ce qui est dommage, du moins d’un point de vue l’usage, voire de la dĂ©ontologie, journalistiques. Car il est quand mĂŞme important de connaĂ®tre ce genre de dĂ©tails lorsqu’on est confrontĂ© Ă ce genre d’affirmation : " la crise du syndicalisme a atteint sa limite historique ".
Depuis la mĂ©diatisation de la contestation des agents EDF qui (rappelons-le Ă la place de cet article) n’est pas rĂ©cente, et encore moins terminĂ©e, Le Parisien n’a cessĂ© de savonner le mouvement par des articles dĂ©moralisant : " EDF : les coupures ont masquĂ© une faible mobilisation " (16/06/2004), " Les manifestants y croient encore " (16/06/2004), " EDF : le front syndical se fissure " (17/06/2004), " La CGT Ă bout de souffle " (25/06/2004)...
Et aujourd’hui, la rĂ©forme Ă©tant adoptĂ©e par le SĂ©nat, il (se ?) trompe en trois coups son lectorat :
1. Il dĂ©crète que le combat se termine : " Un objectif sur lequel les dirigeants de la FĂ©dĂ©ration nationale Mines-Energie de la CGT ne se faisaient guère d’illusion dès le dĂ©part. Ils le savaient : le changement de statut Ă©tait inĂ©vitable. "
2. Il distribue le beau rĂ´le au gouvernement en caricaturant et amalgamant (SĂ©cu, retraites), et sert le dogme libĂ©ral et biaisĂ© de la " rĂ©forme " d’EDF, en la consacrant comme une avancĂ©e emblĂ©matique, dĂ©cisive et irrĂ©versible.
3. Il limite, enfin, les prĂ©rogatives lĂ©gitimes du syndicalisme Ă la contestation et Ă la mobilisation de l’informelle " opinion publique ". Ainsi, cet " Ă©chec " est prĂ©sentĂ© comme un coup de grâce, induisant la victoire gouvernementale de la politique du fait accompli.