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Le Parisien proclame la mort du syndicalisme

par William Salama,

L’" échec " sur EDF et la Sécu signerait la débâcle finale.

Le Parisien du 9 juillet s’inquiète en Une, d’une étrange disparition : " mais où sont passés les juillettistes ? ". Triste sort, en effet. Il est cependant moins bilieux, mais tout aussi concerné en pages économie de suggérer la mort du syndicalisme, " CGT en tête ", dans un article qu’il surtitre : " Social ".

En tête de gondole, le titre, sous des dehors factuels, sous-tend l’impuissance et classe sans suite le mouvement social de manière péremptoire : " EDF, Sécu... les syndicats n’ont pas pu stopper la réforme ".

L’article, d’un point de vue sémantique, est truffé de mauvais clichés automatiques, dépréciatifs et sans style sur :

- " le revers des syndicats ", ou " l’échec pour les organisations syndicales qui n’ont pas réussi à faire prendre la mayonnaise comme en 1995 "

- la désunion des organisations : " les plus radicales (Unsa, Sud) reprochant à la CGT de ne pas avoir appelé à la grève illimitée. Tandis que les réformistes (CFDT, CFTC) dénonçaient certains modes d’actions, comme les coupures sauvages dans les transports "

- le quémandage : " leur stratégie a alors consisté à obtenir auprès du ministre de l’Economie, Nicolas Sarkozy, des contreparties : 70 % du capital toujours détenu par l’Etat, 15 % par les salariés, maintien des statuts et des retraites... "

- et le bon sens près de chez vous : " il n’était pas question pour les agents de sacrifier plusieurs journées de salaire pour un objectif leur paraissant de plus en plus difficile à atteindre "

A contrario, le gouvernement se voit crédité de

- l’autorité naturelle : " en passe d’imposer "
- le bien-fondé de son action : les " réformes phares "
- l’habileté : " la réforme, présentée au compte-gouttes, mesure après mesure, n’a pas effrayé les Français. "

Ajoutons que la chute de l’article se veut - figure de style oblige - crédibilisée par l’inévitable " expert en relations sociales " (Henri Vaquin) sorti d’on ne sait quelle institution. Ce qui est dommage, du moins d’un point de vue l’usage, voire de la déontologie, journalistiques. Car il est quand même important de connaître ce genre de détails lorsqu’on est confronté à ce genre d’affirmation : " la crise du syndicalisme a atteint sa limite historique ".

Depuis la médiatisation de la contestation des agents EDF qui (rappelons-le à la place de cet article) n’est pas récente, et encore moins terminée, Le Parisien n’a cessé de savonner le mouvement par des articles démoralisant : " EDF : les coupures ont masqué une faible mobilisation " (16/06/2004), " Les manifestants y croient encore " (16/06/2004), " EDF : le front syndical se fissure " (17/06/2004), " La CGT à bout de souffle " (25/06/2004)...

Et aujourd’hui, la réforme étant adoptée par le Sénat, il (se ?) trompe en trois coups son lectorat :

1. Il décrète que le combat se termine : " Un objectif sur lequel les dirigeants de la Fédération nationale Mines-Energie de la CGT ne se faisaient guère d’illusion dès le départ. Ils le savaient : le changement de statut était inévitable. "

2. Il distribue le beau rôle au gouvernement en caricaturant et amalgamant (Sécu, retraites), et sert le dogme libéral et biaisé de la " réforme " d’EDF, en la consacrant comme une avancée emblématique, décisive et irréversible.

3. Il limite, enfin, les prérogatives légitimes du syndicalisme à la contestation et à la mobilisation de l’informelle " opinion publique ". Ainsi, cet " échec " est présenté comme un coup de grâce, induisant la victoire gouvernementale de la politique du fait accompli.

 

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