La liste ne cesse de s’allonger : à Toulouse, plusieurs journalistes ciblés par la police, blessés, et dont le matériel fut saisi. Une équipe télé délibérément visée par un canon à eau. À Paris, coups de pieds, insultes, entraves à la captation vidéo. Plusieurs journalistes attestent de blessures, visés par des tirs de LBD40, des tirs de gaz lacrymogènes, touchés par des grenades de désencerclement. Deux journalistes indépendants, couvrant les mouvements sociaux depuis des années, interpellés.
Alexis Kraland, placĂ© 8 heures en garde-Ă -vue, matraquĂ© après que des policiers l’ont sommĂ© de lâcher sa camĂ©ra, dĂ©signĂ©e comme une « arme par destination ». Gaspard Glanz, fondateur de l’agence Taranis News, visĂ© par une grenade, arrĂŞtĂ© violemment place de la RĂ©publique. 48 heures de garde-Ă -vue pour outrage et « participation Ă un groupement en vue de commettre des violences ou des dĂ©gradations ». Ă€ sa sortie, son avocat RaphaĂ«l Kempf indique qu’il est « interdit de paraĂ®tre Ă Paris tous les samedis et le 1er mai jusqu’Ă l’audience du 18 octobre ». Il sera jugĂ© pour « outrage Ă personne dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique ».
La répression de l’État et les violences policières sont encore montées d’un cran le samedi 20 avril, lors de l’acte XXIII des gilets jaunes. Des violences qui ciblent délibérément la presse, le travail et les outils de ses acteurs, notamment indépendants, et à travers eux, la possibilité de documenter un mouvement social qui subit de plein fouet la répression, causant de nombreuses blessures graves et des mutilations depuis cinq mois. La liberté d’informer est piétinée ; les casques et brassards presse, ignorés.
Les syndicats de journalistes montent au crĂ©neau. Le SNJ appelle Ă « ne pas bafouer l’État de droit », le SNJ-CGT demande qu’on respecte la libertĂ© de la presse. Photoreporters, documentaristes, cameramen, techniciens, journalistes indĂ©pendants et pigistes font affluer des tĂ©moignages sur les rĂ©seaux sociaux. Les mĂ©dias indĂ©pendants s’en emparent, collectent, dĂ©noncent. Le journaliste David Dufresne atteste dĂ©sormais de 76 cas d’entraves et de violences policières contre les journalistes depuis l’acte I, que nous avons rĂ©gulièrement dĂ©noncĂ©s. Il poursuit ses signalements, relaie les tĂ©moignages qui lui parviennent, interpelle en vain le ministère de l’IntĂ©rieur.
Pendant ce temps, le prĂ©fet de Police « salue l’action efficace et professionnelle des policiers et des gendarmes ». Le secrĂ©taire d’État auprès du ministre de l’IntĂ©rieur Laurent Nuñez menace, affirmant que Gaspard Glanz « sera arrĂŞtĂ© » s’il ne respecte pas son contrĂ´le judiciaire et dĂ©clare qu’ « il n’y a pas de rĂ©pression ». Christophe Castaner nie les violences policières.
Pendant ce temps, les tenants du journalisme de l’ordre paradent sur les plateaux. Ils traitent de « vermines » les manifestants. Ils condamnent ces derniers sans condamner de manière ferme et collective les violences que subissent leurs propres confrères. Ils s’indignent d’un slogan contre la police en oubliant les autres. Ils rĂ©duisent les violences policières Ă des « dĂ©rapages individuels ». Ils fabriquent de faux dĂ©bats sur la carte de presse. Ils arbitrent. Ils dĂ©crètent qui est journaliste de qui ne l’est pas. Ils salissent la profession.
Combien de temps ces commentateurs aux ordres, perroquets des préfectures, vont-ils encore bénéficier de l’appui symbolique de la profession ? Combien de temps encore avant une désolidarisation massive de toutes celles et ceux dont ils polluent le travail ?
Acrimed dénonce fermement toutes ces attaques et ces entraves à la liberté d’informer et d’être informé. Notre association apporte tout son soutien aux journalistes délibérément réprimés par la police et à celles et ceux qui tentent de faire leur travail face au mépris des chefferies éditoriales, des éditocrates, face à tous ces casseurs du journalisme !
L’association Acrimed
CrĂ©dit photos : Serge D’Ignazio

