Les informations vĂ©rifiables et vĂ©rifiĂ©es Ă©tant trop rares, l’importance de l’évĂ©nement se mesure alors non Ă ce que l’on peut en dire, mais au fait que l’on en parle : « rĂ©vĂ©lations » hypothĂ©tiques et supputations politiques et sondagières qui certifient… au conditionnel ; diffusions des rumeurs (et, parfois, des rumeurs sur des rumeurs) qui permettent de se faire gloire de les dissiper ; pseudo-enquĂŞtes en marge prĂ©tendant Ă©clairer ce que l’on ignore… Ce n’est pas parce que l’on n’a rien Ă dire qu’il ne faut rien Ă©crire.
Le Journal du dimanche du 3 juillet propose un condensé du pire, inégalement distribué selon les titres :

Supputations aléatoires concernant un hypothétique retour
– Puisque ce que l’on a appris le 1er juillet ne suffisait pas Ă noircir du papier ou Ă remplir du temps d’antenne, le journalisme-fiction a pris le relais. Lepoint.fr rĂ©sumait bien, le 4 juillet, la situation : « L’ex-patron du FMI n’a pas encore rĂ©cupĂ©rĂ© son passeport que les spĂ©culations vont bon train. Quel genre de retour fera-t-il s’il est blanchi des accusations de viol et d’agression sexuelle dont il fait l’objet depuis sept semaines ? » Et rien de tel, pour alimenter les spĂ©culations, qu’un sondage, tel que celui commandĂ© par… Le Point : « D’après un sondage Ipsos/“Le Point”, une courte majoritĂ© de Français ne voit pas l’ex-patron du FMI revenir sur la scène politique ». Rappelons qu’à l’heure actuelle les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn n’ont pas Ă©tĂ© abandonnĂ©es, que nul ne sait encore s’il sera ou non jugĂ©, s’il sera ou non condamnĂ©, etc. Le sondage du Point est donc plus que… spĂ©culatif. Interroger des Français sur ce qu’ils souhaitent en leur proposant en guise de menu des questions qui ne reposent que sur des hypothèses, faut le faire. Et ils le font.
– Le Nouvel Observateur y est lui aussi allĂ© de son sondage, posant, Ă « un Ă©chantillon reprĂ©sentatif de 860 Français », la question suivante : « Compte tenu des derniers dĂ©veloppements de l’affaire Dominique Strauss-Kahn et si aucune charge n’était retenue contre lui par la justice amĂ©ricaine, pensez-vous qu’il sera candidat Ă la primaire socialiste pour l’élection prĂ©sidentielle de 2012 ? ». Une question prudente (« si… »), et un judicieux commentaire (« Encore faudrait-il qu’il le veuille ! »), qui n’empĂŞchent pas Le Nouvel Obs de parler… au futur : « Reste que pour pouvoir repasser par la case primaire, une fois blanchi par la justice amĂ©ricaine, DSK devra ramer sec. Il a aujourd’hui, face Ă lui, une opinion sceptique sur ses chances de retour dans le jeu socialiste ». Mais pourquoi l’opinion est-elle « sceptique » ? « Ce doute s’explique en partie par le caractère non encore conclusif de la sĂ©ance du vendredi 1er juillet devant le tribunal de New York », explique Le Nouvel Obs. Une question se pose alors : avait-on besoin d’un sondage pour savoir ce que tout le monde sait, c’est-Ă -dire que, pour l’instant, personne n’est sĂ»r de rien ? Mystère…
– Sur Lexpress.fr, dans un article publiĂ© le 4 juillet (« avec AFP »), on apprend ceci : « Si tout le monde donne son avis en France sur son Ă©ventuel retour dans la course Ă la primaire, il n’est pas certain que le sujet soit celui qui prĂ©occupe le plus l’intĂ©ressĂ© pour le moment. Selon l’un des proches de DSK, Jean-Christophe Cambadelis, qui s’exprimait ce lundi matin sur France Culture, affirmant avoir eu son ami au tĂ©lĂ©phone : “Je n’ai pas reçu de message de DSK me demandant de parler pour rouvrir les dates de candidatures aux primaires”. Dominique Strauss-Kahn “veut simplement ĂŞtre lavĂ© de l’injustice qui lui a Ă©tĂ© faite” ». D’oĂą, sans doute, le titre de l’article :

Et le chapeau :

Puisque ni DSK ni ses proches ne posent la question, il fallait bien que L’Express, à l’instar de ses confrères, s’en charge.
– Mais c’est sans doute Sylvie Pierre-Brossolette, dans Le Point datĂ© du 7 juillet, qui remporte la palme de la certitude… la plus hypothĂ©tique : « Si DSK a Ă©tĂ© injustement accusĂ©, on en revient Ă la case dĂ©part. […] Si les Français passent l’éponge, ou mĂŞme traitent DSK en hĂ©ros victime d’une justice amĂ©ricaine fĂ©roce, le candidat de l’ElysĂ©e trouvera face Ă lui un camp mieux armĂ© pour lui donner la rĂ©plique. Oui, le retour de DSK bouleverse la donne. Et pas seulement Ă gauche ». Sylvie Pierre-Brossolette disposerait-elle d’informations confidentielles ? Sans doute pas : elle se contente de rĂŞver tout haut, entre deux consultations de sa boule de cristal.
Douteuses rumeurs au sujet de l’improbable complot
Aucun mĂ©dia n’a ouvertement affirmĂ© que DSK avait Ă©tĂ© victime d’un « complot ». Mais peu d’entre eux ont rĂ©ussi l’exploit de ne pas Ă©voquer, d’une façon ou d’une autre, l’idĂ©e d’une conspiration contre l’ancien directeur gĂ©nĂ©ral du Fonds monĂ©taire international, rigoureusement attribuĂ©e Ă « certains »...
– Ainsi, dans son Ă©dition datĂ©e du 7 juillet, Le Point explique : « Depuis le 14 mai et l’arrestation de DSK, cette idĂ©e hante certains esprits, occupe les conversations de bistrot et se dĂ©veloppe abondamment sur internet. Elle paraĂ®t vraisemblable Ă certains, dès lors que l’on se penche sur le calendrier Ă©lectoral, quand on se remĂ©more l’extrĂŞme mĂ©fiance du socialiste qui craignait, bien avant ses dĂ©boires, d’être mis sur Ă©coute par GuĂ©ant, et quand on apprend que le chef de la police new-yorkaise a Ă©tĂ© dĂ©corĂ© de la LĂ©gion d’honneur par Sarkozy lui-mĂŞme en 2006. Des Ă©lĂ©ments qui, s’ils ne rĂ©vèlent rien Ă eux seuls, suffisent Ă entretenir les thèses du complot ».
Pour rĂ©pondre Ă « on » et Ă « certains », Le Point nous offre un exemple exemplaire du traitement allusif et dubitatif de la thèse du complot. Rien ne permet de le prouver… tant qu’il n’a pas Ă©tĂ© dĂ©jouĂ© ou Ă©ventĂ©. Mais rien ne permet vraiment de l’infirmer tant que la vĂ©ritĂ© n’est pas connue : la force relative de toute prĂ©tendue explication par un complot repose prĂ©cisĂ©ment sur l’existence de « zones d’ombre » tant que la vĂ©ritĂ© n’est pas connue. Et comme Le Point ne la connaĂ®t pas, il rĂ©pond Ă ceux qui brodent par ses propres broderies. Mais si ça peut faire vendre…
– Le Nouvel Observateur, dans son Ă©dition du 7 juillet, s’aventure lui aussi sur la piste de la conspiration. L’hebdomadaire s’interroge sur l’attitude du groupe Accor, propriĂ©taire du Sofitel de New York, dont la direction aurait montrĂ© peu d’entrain Ă communiquer certains Ă©lĂ©ments requis par les avocats de DSK. Et l’on apprend (avec moult conditionnels) que Claude GuĂ©ant a Ă©tĂ© averti de l’arrestation de DSK par son directeur de cabinet, lui-mĂŞme prĂ©venu par le coordonnateur national du renseignement, qui l’aurait appris du directeur de la sĂ©curitĂ© du groupe Accor, qui s’avère ĂŞtre l’« ex-patron de la brigade anti-gang ». D’oĂą cette conclusion, elle aussi exemplaire : « VoilĂ encore du grain Ă moudre pour tous les complotistes ». Du grain Ă moudre fourni par Le Nouvel Obs, qui alimente les soupçons qu’il rĂ©cuse en les diffusant… sans ĂŞtre en mesure de les rĂ©futer. Du grain Ă moudre pour Le Nouvel Observateur, donc. Mais si ça peut faire vendre…
La thèse ou l’hypothèse d’un complot, aussi fragile soit-elle, ne relève pas, Ă proprement parler de la « thĂ©orie du complot », qui tente d’expliquer tout ou presque dans la vie et l’histoire des sociĂ©tĂ©s par l’existence de complots rĂ©els ou imaginaires. Mais qu’importe Ă nos imperturbables enquĂŞteurs : le thème mĂŞme de la « thĂ©orie du complot » alimente le « mystère » que l’on prĂ©tend percer, en amalgamant, sous cette appellation, des interrogations prudemment dubitatives et des assertions excessivement douteuses. Or brandir la « thĂ©orie du complot » (en gĂ©nĂ©ral pour s’en dĂ©marquer) est devenu, depuis les Ă©vĂ©nements du 1er juillet, un sport mĂ©diatique national. Quelques exemples : « DSK : retour de flamme pour la thĂ©orie du complot » (France-Soir, 2 juillet) ; « DSK : au PS, la thĂ©orie du complot ressuscite » (Lefigaro.fr, 4 juillet) ; « Affaire DSK : la thĂ©orie du complot sĂ©duit les clients du Sofitel de New York » (20minutes.fr, 2 juillet)...
Pseudo-enquĂŞtes en marge
Mais comme le journalisme d’anticipation et les rumeurs sur une hypothĂ©tique conspiration ne suffisent pas Ă noircir les pages, ou les Ă©crans, la presse Ă©crite nous a offert son lot d’articles « exclusifs » et autres « enquĂŞtes » qui permettent au lecteur de savoir absolument tout, sans pour autant ĂŞtre informĂ© de quoi que ce soit.
– Dans son dossier de 20 pages (!) consacrĂ© Ă l’affaire DSK, Le Nouvel Observateur datĂ© du 7 juillet nous propose ainsi un grand moment de bravoure journalistique. L’article est titrĂ© « Ce qui fait tenir Anne Sinclair ». Le chapeau annonce la couleur : « Depuis le 14 mai, elle soutient son mari sans faiblir et sans douter. Comment cette femme intelligente, riche et cĂ©lèbre, accepte-t-elle les infidĂ©litĂ©s ? EnquĂŞte sur une Ă©pouse fusionnelle ». On ne dĂ©couvrira pas grand-chose Ă la lecture de l’« enquĂŞte », en tout cas pas grand-chose que l’on n’aurait dĂ©jĂ appris, par exemple, ici :

On ne saura pas, en tout cas, si l’on accepte plus facilement les infidĂ©litĂ©s lorsque l’on est stupide, pauvre et inconnue. Le Nouvel Obs, Ă l’image de LibĂ©ration, cĂ©derait-il Ă la tentation people ? Voire... Extrait : « Lorsqu’elle est plongĂ©e dans la bataille, Anne Sinclair rayonne. Mais demain, le chagrin pourrait resurgir. Lors de son dernier passage Ă Paris, pour la naissance de sa petite-fille, elle s’est enfermĂ©e avec le nouveau-nĂ©. Puis a brutalement annulĂ© ses rendez-vous et Ă©courtĂ© on sĂ©jour : elle ne supportait plus les regards inquisiteurs ». Passionnant. Et plus loin : « Les paparazzi ont remarquĂ© qu’elle avait Ă´tĂ© son alliance, “simplement parce qu’elle avait maigri”, assure un proche ». Subtil procĂ©dĂ© stylistique, qui permet au Nouvel Obs de se dĂ©marquer des fouilleurs de poubelles (« les paparazzi ont remarquĂ© »), tout en reprenant leurs informations.
– Dans son Ă©dition datĂ©e du 10 juillet, Le Monde publie un article au titre prometteur : « On ne rĂ©veille pas le prĂ©sident ».
Dès les premières lignes, le dĂ©cor est plantĂ© : « Ces nuits-lĂ restent toujours comme des moments Ă©tranges dans un quinquennat : quand, Ă l’heure oĂą dorment les prĂ©sidents, surgit un Ă©vĂ©nement qui ne relève pas seulement du fait divers mais aussi de la diplomatie, voire de la politique. Comme ce soir d’aoĂ»t 1997 oĂą Lady Di est morte sous un pont parisien, la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai restera gravĂ©e dans la chronique française ».
Pas sĂ»r que l’article du Monde restera, lui, gravĂ© dans quoi que ce soit, mĂŞme s’il a probablement Ă©tĂ© très apprĂ©ciĂ© au Nouveau DĂ©tective : « Soucieux de laisser cette affaire empoisonner la seule gauche, l’ElysĂ©e s’est montrĂ© très discret sur la manière dont le chef de l’Etat a appris la nouvelle ». VoilĂ qui mĂ©ritait bien une enquĂŞte approfondie et un « rĂ©cit de ces heures cruciales dans l’entourage du prĂ©sident ».
Dans l’article lui-mĂŞme, pas grand-chose Ă se mettre sous la dent, si ce n’est une description de la « chaĂ®ne » de transmission de l’information, qui confirme la thèse du… Nouvel Obs (voir plus haut). Arrive ensuite le moment, tant attendu, oĂą l’on va savoir comment le chef de l’Etat lui-mĂŞme a appris la nouvelle de l’arrestation de DSK : « Vers 2 heures du matin, alors que le New York Post et le New York Times “sortent” l’arrestation de DSK, confirmant les premiers tweets Ă©changĂ©s trois heures plus tĂ´t, Nicolas Sarkozy est, semble-t-il, rĂ©veillĂ© et apprend la nouvelle Ă son tour. Et non pas, comme l’a dit d’abord l’ElysĂ©e, “le matin, Ă l’heure du petit-dĂ©jeuner”. » « Semble-t-il ». Tout ça pour ça.
Bref : tout ce que Le Monde sait, c’est qu’il ne sait pas grand-chose ; et nous savons désormais qu’il tenait à le faire savoir.
– Troisième et dernier exemple de ce journalisme d’exploration des bas-cĂ´tĂ©s et des arrière-cours : un article publiĂ© dans L’Express du 7 juillet sous un titre qui en dit long : « 2012 : comment il s’Ă©tait prĂ©parĂ© ». OĂą l’on dĂ©couvre avec grand intĂ©rĂŞt, sur pas moins de trois pages, des informations pĂ©rimĂ©es. Extraits : « A Paris, son Ă©quipe a repĂ©rĂ© des locaux. L’organigramme n’est pas dĂ©finitif, mais Laurent Fabius s’impose dĂ©jĂ en directeur de campagne » ; « Sa plume, Guillaume Bachelay, et Gilles Finchelstein ont planchĂ© sur la dĂ©claration de candidature, “nettement marquĂ© Ă gauche” » ; « Sur le fond, il est clair : il vantera le modèle Ă©conomique français, apportera des solutions face Ă la mondialisation, proposera de nouveaux rapports au sein de l’entreprise ». Etc.
S’agit-il de recycler des notes qui sommeillaient depuis le 15 mai, rendues inutilisables par les Ă©vĂ©nements du Sofitel ? S’agit-il de pousser l’exercice de journalisme-fiction jusqu’à l’extrĂŞme, en relatant, souvent au futur, ce qui ne se produira pas ? Difficile de se prononcer. Et difficile de ne pas savourer ce passage des plus baroques, Ă©voquant une rencontre entre Nicolas Hulot et DSK : « Hulot laisse alors entendre Ă son hĂ´te que, s’il est dĂ©signĂ© par les Ă©cologistes, il ne sera pas celui qui, comme Jean-Pierre Chevènement en 2002, fera perdre le candidat socialiste. Lui saura tirer les enseignements d’un risque d’élimination ». Grâce Ă L’Express, on aura donc appris qu’en cas d’hypothĂ©tiques « risques d’élimination », Nicolas Hulot, battu quelques jours plus tard Ă la primaire Ă©cologiste, n’aurait pas fait perdre DSK Ă une Ă©lection prĂ©sidentielle Ă laquelle il n’est pas – ou pas encore… – candidat. Ce journalisme rĂ©trospectif sur de faits dĂ©sormais sans consĂ©quences se veut sans doute un modèle de prise de distance avec le flux des Ă©vĂ©nements qui serait l’apanage de la presse Ă©crite... En attendant de savoir et de pouvoir informer sur l’actualitĂ©.
Informer ou spéculer ?
Nombre de journalistes en charge de « l’affaire » veulent ajuster Ă leur frĂ©nĂ©sie les lenteurs de la justice et de la police. Mais le temps d’une enquĂŞte judiciaire n’est pas le temps d’une enquĂŞte mĂ©diatique. Dès lors la moindre bribe d’information (hormis quelques fait avĂ©rĂ©s, comme les dĂ©cisions et les actes du procureur, de la dĂ©fense et de l’accusation) est immĂ©diatement rendue publique sans vĂ©rification ni recoupement, ni croisement avec d’autres informations. Et pour cause : celles-ci ne sont pas encore disponibles. Cette prĂ©cipitation a un coĂ»t. Cette frĂ©nĂ©sie n’est pas sans consĂ©quences. PrivĂ©s des moyens d’une enquĂŞte policière, les journalistes en sont rĂ©duits Ă des expĂ©dients.
Les Tintins du journalisme explorent… les colonnes des journaux, Ă l’affĂ»t de la moindre rĂ©vĂ©lation. De quelles sources, en effet, disposaient et disposent les journalistes en France ? A de très rares exceptions près, des sources mĂ©diatiques Ă©tats-uniennes, elles-mĂŞmes tributaires de sources proches de l’enquĂŞte, du procureur ou de la dĂ©fense. C’est ainsi que les tabloĂŻds sont devenus une source d’informations, Ă commencer par le New York Post. Quand ce dernier accumule les informations invĂ©rifiables Ă charge contre DSK, des journalistes les reproduisent en les flanquant d’un conditionnel de prĂ©caution. Les prĂ©tendues informations viennent-elles Ă ĂŞtre soupçonnĂ©es en raison de la partialitĂ© tapageuse des « unes » contre DSK et des mensonges attribuĂ©es Ă la victime prĂ©sumĂ©e ? Rien ne change : c’est Ă la mĂŞme source que s’abreuvent certains journalistes, pour glaner des informations toujours protĂ©gĂ©es par le conditionnel.
Le prĂ©sent piĂ©tine, le temps se prĂ©lasse : les jours passent et l’on attend. Mais le journalisme n’attend pas. Le journalisme d’anticipation l’emporte alors sur le journalisme d’attestation. Une journĂ©e sans « affaire DSK » est comme un jour sans tabac pour un fumeur invĂ©tĂ©rĂ©. Les mĂ©dias de flux – tĂ©lĂ©, radios, sites en temps rĂ©el – se gavent et nous gavent d’expĂ©dients. Interrompues par de rares informations effectives, les hypothèses coulent Ă flot.
Le journalisme de pronostic, en panne de rĂ©cits d’évĂ©nements effectifs, se complait alors dans les scĂ©narios type « ce qui pourrait se passer » – dĂ©clinĂ©s, pour donner des gages de sĂ©rieux, en plusieurs variantes – qui tiennent lieu d’exposĂ© et d’analyse de ce qui se passe. ScĂ©narios de ce qui pourrait se passer Ă chaque audience, scĂ©nario de ce qui pourrait se passer au sein du Parti socialiste ou en vue de la prĂ©sidentielle, sur l’issue de la procĂ©dure et le retour ou le retrait de DSK. ScĂ©narios rĂ©digĂ©s avec sondages Ă l’appui, bien sĂ»r.
Evidemment, le traitement mĂ©diatique de « l’affaire » ne se rĂ©duit pas aux seuls exemples que nous avons rapportĂ©s et commentĂ©s ici. Quelques rares journalistes tentent de ne pas cĂ©der Ă la frĂ©nĂ©sie ambiante, et tous les titres de la presse Ă©crite, imprimĂ©e ou en ligne, bien qu’ils soient engagĂ©s sur la mĂŞme pente glissante, ne la dĂ©valent pas Ă la mĂŞme vitesse. Reste Ă savoir si certains arriveront Ă la remonter…
Julien Salingue et Henri Maler