Le chĹ“ur des chiens de garde de la station Lagardère-BollorĂ© reprend toujours la mĂŞme rengaine, comme le concède d’ailleurs GĂ©raldine Woessner, agacĂ©e : « Ça fait vingt ans que j’Ă©cris des articles pour des rĂ©formes des retraites ; ça fait vingt ans que j’Ă©cris la mĂŞme chose. Ă€ chaque rĂ©forme qui vient, je sais que je vais le réécrire dans dix ans car le problème ne sera pas rĂ©glĂ©. » (23/01).
Une réforme aussi inévitable qu’indispensable
Par temps de rĂ©forme, l’antenne d’Europe 1 n’est donc plus qu’une laborieuse logorrhĂ©e libĂ©rale, oĂą se dĂ©ploie l’argumentaire du gouvernement, jour après jour, Ă©mission après Ă©mission. En guise de pluralisme, l’ensemble du panel des professionnels du commentaire est reprĂ©sentĂ© ! Dans la famille des Ă©conomistes libĂ©raux, on demande Nicolas Bouzou : « La rĂ©forme n’est pas injuste. Elle ne vise pas seulement Ă sauvegarder le système, mais Ă sauvegarder le niveau des pensions », affirme-t-il le 11 janvier, pour mieux se rĂ©pĂ©ter quelques jours plus tard – « La rĂ©forme actuelle est bĂ©nigne » (18/01) –, et enfoncer le clou : « AmĂ©liorer l’Ă©ducation, construire des logements, dĂ©carboner l’Ă©conomie, ça nĂ©cessite de travailler plus, pas moins. » (19/01) Dans la famille des Ă©ditocrates indĂ©boulonnables, on demande le duo Nicolas Beytout / Philippe Val. Bonne pioche, Ă nouveau ! Le premier : « C’est une bonne rĂ©forme. » (22/01) Le second : « Quand retombera la poussière des fantasmes que soulèvent les protestations, on se retrouvera face Ă la rĂ©alitĂ© tĂŞtue de la dĂ©mographie [...]. Tous les spĂ©cialistes sont d’accord sur un point : il faut rĂ©former pour que l’indispensable solidaritĂ© soit soutenable. » (16/01) Dans la famille des petits chefs de rĂ©daction, on demande Le Figaro : « L’essentiel, c’est que la rĂ©forme soit votĂ©e » rĂ©clame Alexis BrĂ©zet le 10 janvier. « Cette rĂ©forme, c’est un indispensable ajustement technique », pontifie Vincent TrĂ©molet de Villers le lendemain – avant de la dĂ©clarer « absolument lĂ©gitime » (23/01) –, paraphrasĂ© par un autre journaliste du quotidien de Dassault, ayant lui aussi micro ouvert sur Europe 1 : « On ne peut pas ne pas faire cette rĂ©forme ! […] C’est une petite rĂ©forme […], assez comptable, tout Ă fait naturelle [sic] Ă dĂ©caler l’âge de la retraite tout en Ă©tant très sociale par ailleurs Ă pleins d’égards » certifie Mathieu Laine face Ă Sonia Mabrouk (26/01). D’ailleurs Nicolas Bouzou est formel : « Si on ne fait rien, c’est l’appauvrissement assurĂ© » (31/01).
La « justice sociale », c’est Ă©galement le message qu’entreprennent de diffuser les deux matinaliers-phare de la radio. Peu importe le mensonge, pourvu qu’il soit en Ă©cho Ă la communication du gouvernement : « Cette rĂ©forme est juste parce qu’on [...] doit arriver Ă l’Ă©quilibre » affirme Sonia Mabrouk (25/01), secondĂ©e par Dimitri Pavlenko : « Les avancĂ©es sociales de la rĂ©forme – il faut bien l’admettre – sont considĂ©rables » ose-t-il (13/01)... Ă rĂ©pĂ©tition : « Vous avez vu la pĂ©nibilitĂ©, il y a quatre personnes sur dix qui vont ĂŞtre exclues du dĂ©part Ă 64 ans, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ?! Le minimum contributif Ă 1 200 euros, etc. ! » (19/01)
Du cĂ´tĂ© des chroniqueurs d’Europe 1, un autre Ă©lĂ©ment de langage tourne Ă l’obsession : celui des « voisins europĂ©ens ». Et lĂ encore, nul besoin d’argumenter, la propagande est bien plus efficace :
- Charles Villeneuve : On n’est entourĂ©s que d’imbĂ©ciles finalement ! Les Espagnols, les Italiens, les Allemands. Des abrutis finalement ! Ils repoussent tous Ă 67 ans et pourquoi nous, nous le refusons catĂ©goriquement ? (21/01).
- Nicolas Bouzou : C’est grotesque [de ne pas repousser l’âge de dĂ©part Ă 67 ans], c’est ridicule ! On est absolument ridicules ! Regardez tous les autres pays : l’Espagne est en train de passer Ă 67 ans, l’Allemagne, ça fait longtemps, la Belgique, et plein d’autres pays. Écoutez, c’est pas sĂ©rieux ! Notre affaire n’est pas sĂ©rieuse ! (26/01).
Des voix discordantes ? Bien sĂ»r ! Celles qui dĂ©plorent le manque d’ambition d’Emmanuel Macron : « Le gouvernement n’a pas osĂ© faire une vraie rĂ©forme, dans dix ans, il faudra y revenir, le système sera Ă nouveau en dĂ©ficit ! », se dĂ©sole par exemple GĂ©raldine Woessner, pour qui reporter l’âge de dĂ©part Ă la retraite relève de « rustines » (12/01). Dans la mĂŞme Ă©mission, Charlotte d’Ornellas se lamente Ă son tour : « L’opposition grandit alors que cette rĂ©forme s’affaiblit par rapport Ă son caractère initial. » « J’attends le moment oĂą la rĂ©forme va coĂ»ter plus cher que les Ă©conomies qu’elle rapporte ! » se fâche encore Yves ThrĂ©ard (25/01), ne faisant que rabâcher ce que dĂ©plorait dĂ©jĂ l’inĂ©narrable Catherine Nay quatre jours plus tĂ´t : « Sur une rĂ©forme qui va rapporter 12 milliards, y a dĂ©jĂ 6 milliards en moins Ă cause de ce qu’on a lâchĂ© ! [...] Donc, on va jusqu’oĂą ? On va jusqu’oĂą ?! » (21/01)
Europe 1 s’adresse Ă Emmanuel Macron : « Tenir jusqu’au bout »
Dans ce flux Ă©ditorialisĂ© en continu, les conseillers du prince auront Ă©videmment fait la dĂ©monstration de leur implacable perspicacitĂ© : « On peut raisonnablement espĂ©rer que les grèves seront moins massives et leurs consĂ©quences moins violentes cette annĂ©e », se rassurait Alexis BrĂ©zet le 12 janvier. « Je ne crois pas Ă une très forte, Ă une très puissante mobilisation », prophĂ©tisait encore GĂ©raldine Woessner. D’ailleurs, comme dans la plupart des mĂ©dias, les devins d’Europe 1 n’en finissaient pas de prescrire la rĂ©signation : « Les Français ont intĂ©grĂ© que cette rĂ©forme passerait » dĂ©clarait par exemple Carole Barjon, avant de s’avancer plus encore dans le pronostic : « Et ça passera probablement Ă l’AssemblĂ©e. Faut rester prudents mais... » (16/01). « Rester prudents », mais ne pas lĂ©siner sur le soutien au gouvernement. Telle fut la ligne des commentateurs, accaparant un espace d’information pour le convertir en canal de communication Ă destination de l’ÉlysĂ©e :
- Alexis Brézet, 12 janvier : [Emmanuel Macron] ne peut pas abandonner, sinon, son quinquennat serait fini !
- David Renault d’Allonnes, 19 janvier, bien informĂ© après son dĂ©jeuner avec le prĂ©sident : Le million [de manifestants], s’il Ă©tait atteint, ne ferait reculer en rien Emmanuel Macron […]. Je pense que le prĂ©sident, il n’est pas du tout disposĂ© Ă reculer devant l’obstacle, y compris s’il y a 750 000 voire un million de personnes dans les rues.
- Vincent Trémolet de Villers, 20 janvier : Emmanuel Macron n’a pas d’autre choix que de tenir jusqu’au bout.
- GĂ©rard Carreyou, 21 janvier : Si [Emmanuel Macron] cède sur le fond, c’est fini !
- Sonia Mabrouk et Mathieu Laine, 26 janvier : Si Emmanuel Macron recule, s’il y a un signe de fébrilité, qu’en sera-t-il de son quinquennat ? / Surtout, il ne faut pas reculer […] S’il ne fait pas [la réforme], c’est la fin du quinquennat.
- Michèle Cotta, 28 janvier : Tout recul me semble catastrophique pour le pouvoir.
Ad lib.
Reste que face Ă l’ampleur du mouvement social, la morgue se trouve, au fil des jours, Ă©rodĂ©e. L’émission « Le club de la presse », oĂą des Ă©ditorialistes se retrouvent entre eux pour ne parler qu’à eux-mĂŞmes, est un indicateur palpable d’une lĂ©gère panique de l’éditocratie. Le 23 janvier par exemple, Dimitri Pavlenko perd patience : « OĂą est passĂ©e cette dĂ©termination macronienne sur cette rĂ©forme des retraites, sur laquelle le prĂ©sident a placĂ© tant de capital politique ?! » Le 24 janvier, Alexis BrĂ©zet Ă©voque une mobilisation d’une ampleur « inquiĂ©tante » et s’agace d’une « contagion assez foudroyante du doute, pour ne pas dire de la trouille dans les rangs de la macronie » : « le cĹ“ur de la matrice macronienne est contaminĂ© ! » Le 25 janvier, la discussion entre Yves ThrĂ©ard et Dimitri Pavlenko ressemble encore, en tout point, Ă un Ă©change entre deux communicants d’Emmanuel Macron. Tandis que le premier craint que le passage par l’article 47.1 ne soit pas constitutionnel, le second pense Ă haute voix : « Il y a aussi le risque juridique... On ne l’avait pas vu celui-lĂ . »
Aux grands maux les grands moyens ! Face Ă la rue, les militants d’Europe 1 n’hĂ©sitent pas Ă solliciter, dans la matinale, les lumières d’un expert parmi les experts, actuellement mis en examen dans l’affaire Sarkozy-Kadhafi. Sonia Mabrouk face à Éric Woerth : « C’est quoi la recette pour faire passer une rĂ©forme des retraites comme vous, vous l’avez fait ? » (23/01) Et l’on peut dire que l’entretien avec l’ancien ministre sarkozyste se fait en bonne camaraderie : « Est-ce que vous pensez qu’y a un dĂ©faut de comprĂ©hension de cette rĂ©forme ou que les Français n’ont pas compris qu’elle Ă©tait juste, comme vous le rĂ©pĂ©tez ? » Reformulons : la population n’a-t-elle pas compris ou la population n’a-t-elle pas compris ? Sonia Mabrouk semble avoir la rĂ©ponse Ă la question : « Il faut donner envie aux gens, il faut convaincre. » Europe 1 met tout en Ĺ“uvre pour... Car sa dĂ©fĂ©rence Ă l’égard des soutiens de la rĂ©forme n’a d’égal que la morgue de ses journalistes contre les contestataires.
Pour ĂŞtre bien reçu dans la matinale d’Europe 1 en effet, mieux vaut s’appeler Éric Woerth ou Bruno Le Maire que Marine Tondelier. Face Ă la seconde, nous dĂ©crivions « le jeu de massacre » auquel s’était livrĂ©e Sonia Mabrouk. Face au ministre de l’Économie, cinq jours plus tard, la mĂŞme intervieweuse rangeait son mĂ©pris sous le tapis. Pas d’interruptions, ou presque, et un tapis rouge : ainsi le ministre put-il promouvoir, pendant une minute en continu, une rĂ©forme « fondamentalement juste », qui « protège les plus modestes », qui « amĂ©liore les pensions des petits retraitĂ©s » et « amĂ©liore la condition de beaucoup de ceux qui ont des travaux pĂ©nibles » sans que l’intervieweuse n’amorce le dĂ©but du commencement d’une contradiction. Car ce dont Sonia Mabrouk voulait s’assurer avant tout, c’était que le gouvernement tienne bon et ne cède Ă aucune pression :
Parlons du cap. Est-ce que vous dites ce matin que quelles que soient les voix dissonantes dans la majorité, quoi qu’il arrive, quelle que soit l’ampleur de la mobilisation et malgré les menaces de blocage, il n’y aura aucune concession sur l’âge de départ à 64 ans ?
Satisfaite de la rĂ©ponse, Sonia Mabrouk lui enjoint d’Ă©tendre son message de fermetĂ© :
La bataille au Parlement va ĂŞtre aussi âpre. Et si les LR font dĂ©fection ? Il y a aussi aujourd’hui des voix dissonantes auprès de parlementaires et de dĂ©putĂ©s LR. Est-ce que vous faites le mĂŞme appel Ă la raison ?
Une lune de miel...
Haro sur les contestataires
A contrario, parce qu’ils s’écartent par dĂ©finition du chemin de « la-raison », la plupart des opposants sont vouĂ©s aux gĂ©monies. Face Ă Manuel Bompard (LFI), Sonia Mabrouk rĂ©sumait le « no alternative » : « Les dĂ©ficits, la dette, ça ne vous regarde pas que le système de retraite soit en danger ? On l’a lu, on l’a relu, vous l’avez relu ! 12 milliards de dĂ©ficit annuel […]. La rĂ©forme ou la faillite, vous nous promettez la faillite ! » (11/01) Aussi, tous les moyens envisagĂ©s pour s’opposer Ă la contre-rĂ©forme sont frappĂ©s du sceau de l’illĂ©gitimitĂ©. Appeler Ă descendre dans la rue ? Disqualification : « Quand vous appelez Ă manifester, qu’est-ce-que vous souhaitez au juste ? C’est le dĂ©sordre ? Bloquer le pays ? Est-ce que c’est de bloquer le pays quel que soit le temps du blocage et les consĂ©quences ? » S’opposer au projet de loi au Parlement ? Disqualification : « Est-ce qu’Ă l’AssemblĂ©e, vous misez sur l’obstruction quitte Ă transformer le parlement en Zad ? » Et deux semaines plus tard : « Vous dites qu’un dĂ©bat est nĂ©cessaire, notamment au Parlement. Pourtant, la Nupes a dĂ©posĂ© une pluie d’amendements qui va rendre le dĂ©bat quasiment impossible. Est-ce que vous n’êtes pas un peu... » (StĂ©phane Dupont face Ă Fabien Roussel, 29/01) Tant il est vrai que le « dĂ©bat » importe Ă Europe 1...
Et quand les chiens de garde ne balayent pas toute alternative des opposants en leur prĂ©sence, l’escadron des chroniqueurs permanents se charge de le faire en leur absence. Nicolas Bouzou est Ă©videmment en première ligne. Augmenter les cotisations sociales patronales ? « Ce n’est sans doute pas la meilleure des solutions. » Taxer les dividendes des actionnaires ? « Ce n’est sans doute pas le moment. » (16/01) Mathieu Bock-CĂ´tĂ© est Ă l’unisson : « Croire qu’il suffirait d’aller prendre des milliards cachĂ©s, c’est une erreur d’analyse et de courage politique. » (1/02) Pour la contradiction, on repassera (une nouvelle fois). Ce jour-lĂ , l’animateur Dimitri Pavlenko aurait pourtant pu mentionner l’objection qu’il glissera très discrètement le lendemain lors de sa conversation avec Charlotte d’Ornellas et David Revault d’Allonnes : « Depuis quarante ans, les actionnaires ont bien plus captĂ© la valeur que les travailleurs. » Rassurons nos lecteurs : ce n’était qu’un moment d’égarement. Quelques secondes plus tĂ´t dans l’émission, il canonnait en duo avec Charlotte d’Ornellas : « Nous sommes vice-champion du monde de la pression fiscale. » Ouf !
Concernant les opposants eux-mĂŞmes et leurs diffĂ©rents modes d’action, le verdict est identique et lĂ encore unanime : illĂ©gitimes. Le 12 janvier, Dimitri Pavlenko accueillait par exemple l’annonce de la grève des raffineurs avec une pondĂ©ration toute « journalistique » : « Ça y est, ils sont repartis ! Ils vont Ă nouveau mettre les raffineries en berne ! On va se repayer des pĂ©nuries de carburant ! » Une semaine plus tard, il adressera de nouvelles fĂ©licitations, cette fois-ci aux Ă©tudiants : « Quand on a dix-huit ans, on devrait dĂ©filer pour la retraite Ă 65 ans, parce qu’autrement, on va se faire Ă©trangler par les taux de cotisation dans les annĂ©es Ă venir ! » CorroborĂ©es, encore et toujours, par Nicolas Bouzou : « Manifester aujourd’hui quand on a dix-huit ans pour dĂ©fendre de futurs droits Ă la retraite, c’est intellectuellement parfaitement grotesque ! » (19/01)
Évidemment, les Ă©tudiants ne sont pas les seuls Ă ĂŞtre dĂ©lĂ©gitimĂ©s et Ă©tiquetĂ©s « non concernĂ©s » par Europe 1. Que les bĂ©nĂ©ficiaires de rĂ©gimes dits « spĂ©ciaux » osent s’incruster dans les manifestations ? Inadmissible : « Ce matin dans Les Échos, pour affiner notre regard sur les cortèges, Dominique Seux nous dit [qu’il] y avait beaucoup de salariĂ©s de la SNCF, de la RATP, d’EDF, de TotalEnergies, qui sont peu concernĂ©s par le passage Ă 64 ans, parce que eux, ils vont en fait partir avant [...]. J’ai envie de dire, de qui se moque-t-on finalement ? » (Dimitri Pavlenko, 1/02).
Entre-temps, les syndicalistes continuaient d’en prendre pour leur grade. Le 20 janvier, Vincent TrĂ©molet de Villers n’hĂ©sitait pas Ă les qualifier d’« agitĂ©s du bocal » et dissertait, en grand dĂ©mocrate, sur « la rĂ©quisition des personnels grĂ©vistes ». Mais le bashing avait commencĂ© bien plus tĂ´t :
Catherine Nay : Entendre monsieur LĂ©pine, le coordonnateur de la CGT chez Total, dĂ©clarer hier sur Europe 1 qu’il se bat pour la dĂ©mocratie. LĂ , on se dit, il se fout du monde ! En novembre dĂ©jĂ , c’est lui qui a privĂ© les Français de gasoil alors que leur grève n’Ă©tait que corporatiste pour leur augmentation de salaire ! [...] Alors, il ose se poser en dĂ©fenseur de la dĂ©mocratie alors qu’il en rit, alors qu’on devrait en pleurer. C’est insupportable ! (13/01)
Dire que cela fait plus d’un demi-siècle que l’on doit supporter les saillies de Catherine Nay… Le 18 janvier encore, comme la plupart des grands mĂ©dias, « Le club de la presse » Ă©tait Ă©videmment Ă la pointe du combat contre SĂ©bastien Menesplier (CGT Mines-Énergie) et les coupures ciblĂ©es d’électricitĂ© dans les permanences d’élus. Trois « journalistes »... pour un seul avis. « Mais quelle phrase ! » s’indigne Dimitri Pavlenko. « Très très mafieux, renchĂ©rit Mathieu Bock-CĂ´tĂ©. Ce sont des mĂ©thodes de gangsters [...] ! Ce sont des mĂ©thodes qui relèvent de l’intimidation la plus directe ! On est au seuil de la violence politique […]. Il y a une sortie du pĂ©rimètre mental de la dĂ©mocratie libĂ©rale ! » Et le petit dernier, Louis Hausalter, journaliste politique pour Marianne, de boucler la boucle : « Cette dĂ©claration, c’est une faute, pour le moins ! »
RĂ©capitulons : faire grève ? Niet ! Couper l’électricitĂ© dans des permanences d’élus ? Niet ! Les Ă©tudiants dans la rue ? Niet ! DĂ©fendre les « rĂ©gimes spĂ©ciaux » ? Niet ! Dans son catalogue, Europe 1 n’oublie pas d’aborder les initiatives de certains Ă©lus municipaux : fermer les mairies pour soutenir la mobilisation ? Toujours niet ! Et mĂŞme... intolĂ©rable :
- Sonia Mabrouk : Est-ce que c’est pas une façon d’organiser la chienlit ? (Face Ă Fabien Roussel, 29/01)
- Emmanuelle Ducros : La grève aux frais du contribuable, c’est une privatisation des moyens publics pour dĂ©fendre des convictions particulières. Et c’est rĂ©voltant. C’est un comportement fĂ©odal, comme si la ville Ă©tait gĂ©rĂ©e sur les deniers du maire. La grève, la contestation sociale, c’est une affaire de convictions personnelles, c’est parfaitement respectable. Mais lĂ , on dĂ©passe complètement ce cadre ! (30/01).
Emmanuelle Ducros métamorphosée en gardienne du service public... on aura tout vu. Et ainsi de suite, jour après jour.
Toujours prompts Ă dĂ©noncer les journalistes « militants », les chiens de garde d’Europe 1 ont une nouvelle fois dĂ©montrĂ© qu’ils en Ă©taient l’incarnation parfaite. Du reste, ils s’en fĂ©licitent : « Je sais comment vous dĂ©fendez la rĂ©forme des retraites. Vous la dĂ©fendez de façon plus cohĂ©rente et plus rĂ©pĂ©tĂ©e dans le temps qu’eux [le gouvernement] ne le font ! » (Charlotte d’Ornellas Ă Dimitri Pavlenko, 23/01). En 2019, après un mois Ă l’écoute d’Europe 1, nous faisions le constat d’un « traitement mĂ©diatique Ă sens unique », qui n’avait « l’air d’inquiĂ©ter personne au sein des instances "rĂ©gulatrices" censĂ©es veiller au respect du pluralisme. » Quatre ans plus tard, l’Arcom semble toujours dormir sur ses deux oreilles... et Europe 1 bĂ©nĂ©ficie toujours de l’étiquette de « mĂ©dia d’information ». Jusqu’à quand ?
Denis Pérais, avec Pauline Perrenot