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Quand Attac s’interroge sur les médias

par Henri Maler, Un collectif d’Acrimed,

Association adhérente d’Attac, Acrimed était invitée au CA d’Attac du 21 juillet 2007 pour introduire, avec la commission correspondante, un débat sur la question des médias. Depuis, une résolution a été soumise aux votes des adhérents en vue de l’Assemblée Générale d’Attac des 13 et 14 octobre. Nous publions ci-dessous le texte de cette résolution, la prise de position qu’elle nous inspire, ainsi que le résumé (très résumé…) de notre intervention au CA du 21 juillet, rédigé à la demande du dit CA, pour être publié sur le site d’Attac. (Acrimed)

I. Résolution n°9 « médias », soumise au vote par le CA d’Attac.

L’assemblée générale des 10 et 11 décembre 2005 avait adopté le vœu suivant : « nous demandons au CA de l’association de renforcer sa campagne de critique des médias ». Aujourd’hui, force est de constater que ce vœu a insuffisamment été pris en compte.

Attac France doit approfondir son analyse des médias pour mettre en lumière leur spécificité.

Dans quelle mesure les médias sont-ils des vecteurs de l’idéologie dominante et des acteurs de la mondialisation néolibérale ? Sont-ils dans leur globalité totalement liés aux puissances financières ou bien constituent-ils, au-delà de leur fonction de propagation de l’idéologie, un lieu de contradictions et donc un enjeu de luttes ?
De même, le rôle des industries de la culture et de la communication, ou la tentation de contrôle direct par le pouvoir politique des médias dominants, méritent d’être précisés.

Ces réflexions doivent être développées dans l’association, notamment via la commission « Médias », de telle sorte que les adhérents s’en approprient les termes.

La critique du système médiatique doit devenir un axe de travail transversal à l’ensemble des campagnes menées par Attac France dans le but de déconstruire à tous les niveaux le discours néolibéral et de mener une bataille pour la pluralité de l’information.

II. Une résolution consternante, par le CA d’Acrimed

Association adhérente, Acrimed ne s’était jamais, jusqu’à une date récente, exprimée collectivement au sein d’Attac (bien que certains de ses membres, à titre individuel, aient pris une part très importante dans les travaux du « groupe médias », puis de la « commission médias »). Si nous le faisons aujourd’hui publiquement, après avoir été invité au CA d’Attac du 21 juillet 2007 (voir un résumé de notre intervention ci-dessous), c’est parce que la résolution soumise à l’AG d’Attac est proprement consternante.

Cette résolution marque une régression considérable par rapport aux documents déjà adoptés par l’association : qu’il s’agisse du 4 pages publié en juin 2003 dans « Lignes d’Attac », sous le titre « Médias, information et mondialisation libérale » [1], du document préparatoire à l’assemblée générale des 10 et 11 décembre 2005 publié dans « Lignes d’Attac » de novembre 2005 sous le titre « Les grandes orientations d’Attac », ou encore de l’Appel à des Etats généraux pour une information et des médias pluralistes qu’Attac a contribué à rédiger.

La résolution propose qu’Attac, pour « renforcer sa campagne de critique des médias », approfondisse « son analyse ». Qui pourrait le refuser ? Mais quand la résolution se demande « Dans quelle mesure les médias sont-ils des vecteurs de l’idéologie dominante et des acteurs de la mondialisation néolibérale ? », elle transforme en question évasive la réponse positive qui figurait dans les documents précédents et, particulièrement dans le document intitulé « Les grandes orientations d’Attac » où l’on pouvait lire : « […] la critique sans concession du système médiatique, à la fois comme acteur économique de la mondialisation libérale et comme vecteur de son idéologie, doit devenir, beaucoup plus qu’elle ne l’a été jusqu’ici, une des priorités stratégiques d’Attac.  » Approfondissement ou retour à la case départ ?

Quant à la seconde question, telle qu’elle est formulée, elle n’a rigoureusement aucun sens. Les médias, s’interroge la résolution, « sont-ils dans leur globalité totalement liés aux puissances financières ou bien constituent-ils, au-delà de leur fonction de propagation de l’idéologie, un lieu de contradictions et donc un enjeu de luttes ? » Or personne ne soutient, sans la moindre précision, que les médias - parle-t-on des entreprises ou des rédactions ? - sont « dans leur globalité totalement liés aux puissances financières ». S’ils l’étaient, d’ailleurs, ils n’en seraient pas moins un « lieu de contradictions » et « un enjeu de lutte ». En tout cas les dites contradictions sont d’autant plus vives que s’accroît la dépendance à l’égard des appétits financiers (et politiques). Par conséquent, la question, telle qu’elle est posée, peut laisser entendre ou bien que, dans l’espoir de peser sur les contradictions, l’on devrait se dispenser de critiquer les tendances, économiques et idéologiques les plus lourdes et ceux qui en sont les porteurs. Ou bien, inversement, que la critique des tendances les plus lourdes empêche de traiter les médias comme un lieu de contradictions et un enjeu de luttes. Si l’une de ces interprétations devait prévaloir, elle réduirait à néant tout critique effective des médias.

Une résolution qui se prononce non sur des réponses, mais sur des questions et qui en appelle à une activité transversale sans en préciser les modalités risque fort de rester lettre morte, et la critique des médias par Attac de rester très discrète. Dire que nous le déplorons est un doux euphémisme. A moins que la pratique ne fasse oublier la résolution…

Le CA d’Acrimed

III. Acrimed au CA d’Attac du 21 juillet 2007

[Le texte ci-dessous est le résumé d’une intervention d’une vingtaine de minutes. Une version moins schématique sera publiée ultérieurement.]

En vous remerciant de nous avoir invités, je voudrais commencer par deux remarques préalables.

- La première concerne les relations entre Acrimed et Attac. Association adhérente d’Attac, Acrimed – notamment par respect pour notre vocation et notre propre démocratie interne – ne s’est pas exprimée et ne s’exprimera pas, en tant que telle, sur les débats d’orientation générale au sein d’Attac. Les adhérents de notre association l’ont toujours fait, sans la moindre ambiguïté de leur part, à titre individuel.
- La seconde concerne Attac et les médias. Force est de constater que les interventions sur la question des médias ont été rares et surtout que depuis fort longtemps les débats (et les divergences) la concernant sont restés prisonniers de désaccords généraux et de conflits internes qui ne la concernent pas directement. Peut-être est-il temps, au moment où Attac se relance, de remettre effectivement et pour elle-même la question des médias à l’ordre du jour. C’est dans cet esprit que, parlant pour Acrimed, je vous propose quatre cibles indissociables.

Critiquer

Deux raisons, au moins, plaident en faveurs d’une prise en charge effective (et trop longtemps différée) de la critique des médias par Attac.

- Du point de vue économique, les principales entreprises médiatiques (et industries de la culture, de la communication, du divertissement et des loisirs) ne sont pas des proies de la mondialisation libérale et du libéralisme économique, mais en sont des acteurs de premier plan qui jouent un rôle déterminant dans la financiarisation généralisée de toutes les activités humaines. Les médias publics et les médias privés de moindre importance que les conglomérats concentrés et multinationaux subissent, voire accentuent, cette tendance en raison, notamment, de la concurrence et de l’emprise de la publicité. Attac manquerait à sa vocation en le négligeant.
- Du point de vue éditorial, les médias dominants ne sont pas des observateurs de la mondialisation libérale, mais en sont des propagandistes. Pourquoi ? Il serait, si l’on veut éviter les explications mécanistes et les raccourcis économistes, trop long de l’expliquer ici. Mais l’orientation néolibérale des grands médias ne fait aucun doute. Et les différences entre les médias et entre les journalismes ne doivent pas masquer les tendances les plus lourdes, voire dispenser de les contester et d’en critiquer les porteurs. Attac manquerait à sa vocation en se taisant.

Attac devrait donc se donner pour objectif de conduire une critique publique et radicale, sinon dans tous les domaines, du moins autour de deux cibles :
- la critique des rapports, économiques et éditoriaux, entre les médias dominants et la mondialisation libérale ;
- la critique du traitement médiatique des propositions et des activités d’Attac (et, plus généralement, du mouvement altermondialiste).

Proposer

Des propositions de transformation de l’ordre médiatique existant, empruntées pour l’essentiel – et c’est tant mieux… – aux documents de l’OFM et aux propositions d’Acrimed, figurent (sans avoir été discutées autant qu’il le faudrait), dans le Manifeste d’Attac.

Mais de telles propositions resteront des chiffons de papier si elles ne sont pas débattues et améliorées au sein de l’Association et si elles demeurent coupées d’une critique intransigeante qui fasse sentir leur nécessité.

Attac devrait donc se donner pour objectifs de favoriser l’appropriation démocratique par ses adhérents de la critique des médias et des débats sur les conditions de leur transformation.

Agir

La participation d’Attac aux initiatives sur les médias est restée à ce jour plutôt symbolique. Attac est une association adhérente de l’OFM, mais l’OFM est en sommeil. Attac a souscrit aux Etats généraux pour le pluralisme, mais sa contribution n’a guère été collective.

Les Etats généraux ont favorisé la convergence – et c’est déjà beaucoup – des principaux syndicats de journalistes, des associations de critique des médias et de nombreux médias du tiers secteur. Ils ne forment pas une organisation, mais existent comme un processus qui se justifie par les initiatives qu’ils sont en mesure de prendre.

Attac devrait donc se donner comme objectifs de soutenir les actions des composantes des Etat généraux, de contribuer à leur animation ou à l’animation d’autres initiatives équivalentes.

Médiatiser

La médiatisation des activités et des propositions d’Attac devrait être cohérente avec la critique des médias dominants. Ce qui est loin d’être le cas. Pour ne pas être dépendante des médias dominants et des conditions qu’ils imposent, Attac devrait :
- Contribuer à la constitution d’un espace médiatique indépendant : en soutenant prioritairement les médias associatifs du tiers secteur et en renforçant d’abord ses propres médias. Internet offre des ressources qui sont encore sous-exploitées (son et vidéos et, à terme, – pourquoi pas ? - radio et télévision). Le site d’Attac – ce ne sont pas ses responsables qui nous contrediront – n’est pas à la hauteur des nécessités [2].
- Se doter d’une charte régulant ses rapports aux médias. Un projet de charte a été élaboré par la « Commission médias ». Il est, du moins pour certains de ses articles, controversé ? Fort bien. Mais est-ce une raison pour ne pas adopter quelques principes et quelques règles soumis, comme tous les textes d’orientation, au débat permanent et à des révisions démocratiques ?

Henri Maler, pour Acrimed

- Voir notre rubrique « Les médias et Attac, Attac et les médias.

 

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Notes

[1Lui-même extrait d’un texte plus détaillé, publié ici même.

[2Des améliorations notables ont été apportées depuis. Note du 27 septembre.

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