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Ouest-France contre les syndicalistes rouges d’EDF (2)

Avant que, le 19 juin 2004, François-RĂ©gis Hutin ne pleure tout son saoul contre les dĂ©lits d’atteintes Ă ... l’Ă©galitĂ©, perpĂ©trĂ©s par les syndicalistes d’EDF (lire : « Ouest-France contre les syndicalistes rouges d’EDF »), il s’Ă©tait trouvĂ© un autre Ă©ditorialiste d’Ouest France - Paul Burel - pour administrer une leçon de biensĂ©ance libĂ©rale aux salariĂ©s en lutte.

L’Ă©ditorial (qu’on lira ci-dessous) est paru le mercredi 16 juin 2004 [1]. Brève revue des poncifs habituels de cette prose indigente et dominante, parue sous le titre subtil « La tĂŞte et les jambes ».

Au nom de l’opinion publique

Qu’on se le dise : la CGT « peut difficilement continuer Ă  ignorer une opinion publique assez peu rĂ©ceptive Ă  son message, perçu le plus souvent comme un repli catĂ©goriel et immobiliste ».

On admirera cet oracle qui parvient Ă  faire parler l’opinion publique, surtout quand elle est muette, afin de pouvoir parler en son nom.

Haro sur les syndicalistes

Sans doute est-ce cette opinion publique dont notre bon Ă©ditorialiste se fait l’interprète dans les couplets habituels qu’il entonne pour couvrir la voix des salariĂ©s.

Premier couplet : le mĂ©pris englobant contre toute forme de contestation qui n’a pas reçu l’aval du donneur de leçons du grand ouest : « Les contestataires radicaux d’EDF [...] semblent avoir pris des cours chez les intermittents  » [2].

Deuxième couplet : l’imputation habituelle aux syndicalistes de motifs Ă©trangers Ă  ceux qu’ils invoquent. Des motifs, on s’en doute, revanchards, corporatistes et boutiquiers : la CGT ne serait pas «  mĂ©contente de prendre sa revanche après l’Ă©chec de la contestation contre les rĂ©formes des retraites et de l’assurance maladie. Et de continuer Ă  capitaliser de nouveaux militants, notamment au dĂ©triment d’une CFDT jugĂ©e trop molle, trop complaisante » [3].

Troisième couplet : c’est la faute Ă  la base (les « jambes »), privĂ©e de la raison qui gagne les cerveaux dirigeants (la « tĂŞte ») : « Il importe (sic) aussi de rappeler (re-sic) que chez les Ă©lectriciens cĂ©gĂ©tistes, il y a souvent un problème de court-circuit entre la tĂŞte dirigeante - teintĂ©e de rĂ©formisme sans le dire - et les jambes, la forte fraction militante immobiliste, arc-boutĂ©e au statu quo sans le revendiquer.  »

... Que l’on distinguera (voir plus loin) de tout « grĂ©viste normalement constituĂ© (sic) du privĂ©.  »

Vive Sarkozy !

« La CGT peut d’autant moins faire la fine bouche que Nicolas Sarkozy s’est montrĂ© gĂ©nĂ©reux  » ... Sarkosy dont Burel nous apprend quelques lignes plus loin, après avoir dressĂ© le « catalogue de ses concessions [qui] ferait rĂŞver tout grĂ©viste normalement constituĂ© du privĂ© » qu’il s’agit d’un « ministre prodigue ».

Ce qui est moderne, c’est l’inĂ©vitable (et rĂ©ciproquement) !

D’un bout Ă  l’autre, l’argumentaire nĂ©o-libĂ©ral bat son plein. Mais la conclusion vaut son pesant de fatalitĂ© très moderne : « Quoi qu’il en soit aucune politique de l’autruche ne saurait aujourd’hui se justifier. Dans le contexte de la libĂ©ralisation massive et inĂ©vitable du marchĂ© de l’Ă©nergie, le statu quo serait suicidaire. Face Ă  des concurrents agressifs et sans entraves, EDF n’a que le choix de se moderniser pour lutter Ă  armes Ă©gales. A chances Ă©gales. Tous combat corporatiste d’arrière-garde ne pourrait qu’affaiblir un fleuron que beaucoup de pays nous envient » [4].

C’Ă©tait un Ă©ditorial, donc un libre commentaire. Question : qui dispose dans le Grand Ouest des moyens Ă©quivalents de faire entendre une autre voix ?


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