Depuis quelques annĂ©es, et particulièrement depuis quelques mois, une petite musique se diffuse sur les plateaux : « Le Pen ne fait plus peur ». Le philosophe mĂ©diatique et ex-ministre Luc Ferry n’est pas le dernier Ă jouer (et rejouer) sa partition :
Moi, je suis pas sectaire, je ne pense pas que Marine Le Pen soit fasciste. Je la connais un peu, je sais très bien qu’elle n’est ni raciste ni antisĂ©mite, je suis dĂ©solĂ© de dire ça Ă mes amis intellectuels de gauche qui veulent Ă tout prix dire « c’est le nazisme qui revient ». Regardez madame Meloni en Italie : c’est pas le fascisme qui est revenu en Italie. Tout ça est assez ridicule. Marine Le Pen, c’est la droite populaire et rĂ©publicaine. (CNews-Europe 1, 3/01)
Et de se livrer à un grand exercice de réhabilitation :
- Luc Ferry : Elle est moins à droite que Pandraud et Pasqua en 1970, voilà c’est la vérité. Et ça n’a rien à voir avec l’extrême droite. L’extrême droite elle était antisémite, elle était raciste.
- Sonia Mabrouk : C’est quoi votre définition de l’extrême droite, d’ailleurs ?
- Luc Ferry : L’extrême droite, comme l’extrême gauche, était révolutionnaire…
- Sonia Mabrouk : Factieuse ?
- Luc Ferry : Elle était factieuse, elle assassinait les opposants, elle voulait prendre le pouvoir par les armes et par la violence, elle était antisémite et raciste. Ce n’est absolument pas le cas de Marine Le Pen, qui n’est ni antisémite ni raciste, qui est évidemment républicaine. Maintenant on peut avoir… moi, j’ai des désaccords avec le Rassemblement national, mais beaucoup plus sur le plan économique que sur le plan moral ou politique. Il faut arrêter de dire que c’est le fascisme et que c’est l’immoralité, c’est pas vrai ! C’est simplement faux ! Et les 42% qui ont voté pour elle savent que c’est faux. Et donc quand on insulte ces gens-là , on les renforce… à la limite, on va les rendre racistes si on continue. Voilà , c’est idiot comme raisonnement. Cette espèce de moralisme débile des intellectuels de gauche est fascinant pour moi. (CNews-Europe 1, 3/01)
Luc Ferry ne dĂ©tient pas le monopole de la banalisation mĂ©diatique de l’extrĂŞme droite. Mais il en est, indĂ©niablement, l’un des artisans. Tout comme le sont les mĂ©dias et les journalistes qui se repaissent de ce type d’intervention… et d’intervenant. Ă€ l’analyse solide et Ă©tayĂ©e, portĂ©e par des spĂ©cialistes – des historiens, des politistes ou des sociologues dont l’extrĂŞme droite est le sujet de recherche –, les mĂ©dias dominants vont prĂ©fĂ©rer inviter un toutologue, sans aucune autre lĂ©gitimitĂ© que celle de disposer d’un capital mĂ©diatique et de maĂ®triser l’art du prĂŞt-Ă -penser. Bon client par excellence, Luc Ferry rĂ©pond Ă tout, s’inscrit parfaitement dans l’air du temps… et sait se rendre disponible. C’est ainsi que, le lendemain (3/01), on le retrouve sur RTL. Yves Calvi : « J’aimerais revenir sur vos propos hier. Marine Le Pen, nous dites-vous, c’est dĂ©sormais la droite populaire et rĂ©publicaine. Elle n’est plus ou pas d’extrĂŞme droite, pour dire les choses très simplement ? » Et Luc Ferry de se rĂ©pĂ©ter, encore : « Marine Le Pen, c’est une droite populiste, une droite populaire, c’est une droite nationaliste, c’est une droite souverainiste mais ça n’est pas… elle est absolument rĂ©publicaine, elle est pas contre-rĂ©volutionnaire, elle est pas contre l’hĂ©ritage des Lumières, elle n’est ni raciste ni antisĂ©mite ».
Maxime Friot