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Iran : l’éditocratie en renfort d’une « guerre juste »

par Jérémie Younes, Pauline Perrenot,

Le 28 février, alors que des discussions diplomatiques indirectes, sous médiation omanaise, avaient lieu à Genève, les États-Unis et Israël ont lancé une nouvelle guerre d’agression impérialiste contre l’Iran. Toute à son campisme et à son dédain habituel pour le droit international, la presse va-t-en-guerre légitime une « guerre juste ». Et de propagande en invisibilisation des victimes civiles, le bruit médiatique laisse une impression amère de superficialité, de légèreté et de grande confusion.

« C’est la fête, les gens sont en train de hurler aux fenêtres ! » Les États-Unis et Israël viennent de déclencher une campagne de bombardements intensifs sur Téhéran et l’annonce de la mort de l’ayatollah Khamenei est arrivée sur le plateau de LCI (28/02). Mona Jafarian exulte : « Ce sont des explosions de joie en ce moment en Iran. » L’émotion est partagée sur Franceinfo par le chroniqueur venu de CNews, Nathan Devers : « Moi je suis évidemment très ému [...], c’est un moment peut-être émouvant, et peut-être qu’enfin ce régime va tomber. » Des « peut-être » de précaution, mais beaucoup d’émotion. Comme au Parisien, chez l’éditorialiste Olivier Auguste (28/02) : « L’espoir, voire la joie », à peine « lesté d’un peu d’amertume ». « Une délivrance », lance Vincent Hervouët sur CNews (2/03). « Suprême délivrance », renchérit Franc-Tireur (4/03). Abnousse Shalmani dirait même plus [1] : « Je ne peux pas empêcher cette émotion-là, c’est que les Perses et les Juifs, c’est 2 600 ans d’histoire, alors pour moi ce qui est en train de se passer, c’est des retrouvailles, c’est une cousinade qui se retrouve, et ça, ça fait hyper plaisir. » (LCI, 2/03) « Les scènes filmées ont de quoi abasourdir, écrit encore Aurélien Viers dans Marianne (5/03). On a rarement vu un peuple applaudir des bombes lui tombant dessus. » Deux jours après les funérailles ayant réuni des milliers d’Iraniens suite au bombardement meurtrier de l’école primaire de Minab [2], il fallait oser.

Mais les bombes n’effraient aucun des exaltés qui pullulent sur les plateaux, auxquels le chaos inspire même des métaphores messianiques : « Les Iraniens s’inquiètent mais en même temps, c’est un sentiment de libération extraordinaire, s’emballe Vincent Hervouët sur CNews (2/03). Quand ils défilaient il y a quelques mois, c’était le Christ et le tyran. […] Et bien le tyran est mort ! Le ciel les a exaucés ! Le ciel, c’est à dire l’aviation israélo-américaine ! […] C’est une bénédiction ! » Même tonalité dans Valeurs actuelles (4/03), où l’inénarrable François d’Orcival parle d’un « châtiment à Téhéran » : « Nous étions trois jours avant une fête de vingt-quatre heures en Israël, Pourim, qui rappelle les événements rapportés dans un texte biblique, le livre d’Esther [...]. Pour la première fois avec cette ampleur, Israéliens et Américains réagissaient par une même opération pour abattre les restes du régime. L’heure des comptes était arrivée ; comme dans la Bible, et comme dans une tragédie du Grand Siècle. »

« En Iran, l’espoir d’un jour nouveau », titre Sud Ouest sur un mode plus réservé, mais néanmoins optimiste au lendemain de l’agression militaire (1/03) : « Si l’on ne peut pas se réjouir du feu de la guerre, concède la journaliste Aude Forbos, la mise hors d’état de nuire de ce dictateur sanguinaire qui a mis son peuple à genoux est une bonne nouvelle pour le pays comme pour l’équilibre du Moyen-Orient. » Sacrée prédiction. Guillaume Roquette formule la même dans son éditorial du Figaro (6/03) : « Il est permis de penser que [les frappes israélo-américaines] peuvent renforcer la paix à moyen terme. » « Un tyran de moins » titre en Une Franc-Tireur (4/03), jugeant que « la planète est plus sûre sans Khamenei ». Bref, comme Nicolas Baverez dans Le Point (5/03), la plupart des chefferies éditoriales, qui n’ont visiblement pas médité les désastres afghan, irako-syrien ou libyen du dernier quart de siècle, font un « pari sur l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient ».


« La guerre de Trump en Iran est juste »


En quelques heures en effet, la presse mainstream avait fait son choix éditorial : ce sera, au nom de la « civilisation », une « guerre juste », de celles qui ne sont pas légales mais incontestablement légitimes. Et d’ailleurs, il ne se trouve (presque) personne pour le contester. « Israël et les États-Unis défendent le monde libre », clame Jean Quatremer (LCI, 12/03) et « la guerre de Trump en Iran est juste », décrète Bernard-Henri Lévy, plus constant qu’un métronome (Le Point, 5/03). Dans Franc-Tireur (4/03), sa disciple Caroline Fourest le suit au mot près :

Caroline Fourest : Il ne s’agit pas d’une guerre impérialiste ni d’une invasion. Il s’agit d’éliminer suffisamment de tueurs au pouvoir pour permettre aux démocrates de reprendre leur pays en main, afin qu’une dictature cesse de menacer la paix de la région et du monde. Et cela change tout. Car c’est précisément ce qui sépare une guerre injuste d’une intervention risquée, mais qui vise juste.

Sur Franceinfo (1/03), le lieutenant-colonel Vincent Arbarétier n’en pense pas moins en évoquant un « droit d’ingérence humanitaire » : « Dans le cas de l’Iran, il y a une ingérence humanitaire. Et je dirais même qu’il est bien dommage que les Américains ne soient pas intervenus plus tôt… » Le lancement du journaliste Gilles Bornstein avait d’entrée cadré le « débat » et donné le ton du bruit médiatique : « La question s’énonce très clairement : tous les coups sont-ils permis quand il s’agit de faire tomber un dictateur ? Peut-on s’affranchir du droit international pour redonner la liberté à un peuple ? Bref, Iran : la fin justifie-t-elle les moyens ? » L’éditorialiste semble ne pas s’en rendre compte, mais tout le campisme de la presse alignée sur le récit israélo-américain est ici replié dans sa question, qu’il croit sans doute neutre et objective, voire équilibrée, mais qui suggère d’emblée que si les États-Unis et Israël se sont « affranchis du droit international », c’est forcément pour « redonner la liberté à un peuple ». Que pourraient-ils vouloir d’autre ?

Le fait que cette agression soit menée par des puissances néofascistes, et dans le cas de la seconde, par un dirigeant actuellement sous mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité, bénéficiant du soutien politique et militaire constant des États-Unis dans le génocide des Palestiniens, ne change rien à l’affaire. « Faute de légalité incontestable, reconnaît Bruno Jeudy dans La Tribune dimanche (1/03), l’opération se pare d’une légitimité morale : celle d’un droit d’ingérence invoqué au nom de la défense des libertés », que l’éditorialiste légitime plus qu’à son tour en reprenant à son compte le narratif d’« une guerre pour l’Histoire », chère aux gouvernements israélien et américain : « Qui versera des larmes sur l’anéantissement d’une dictature islamiste qui a instrumentalisé la foi pour asservir son peuple ? » Ceci posé, l’éditorialiste Luc de Barochez – passé du Point à L’Express sans dépaysement –, se charge de l’étape suivante en expliquant « pourquoi l’Europe doit s’impliquer en Iran » :

Luc de Barochez : Bien sûr, les précédents historiques tendent à prouver que les avions de combat ne sont pas un vecteur adapté pour promouvoir la démocratie. Il n’empêche : l’opération en Iran se présente comme une occasion historique de contrer et peut-être d’éliminer un régime malfaisant, qui fait régner la terreur depuis un demi-siècle au Proche-Orient et au-delà. […] Qu’on le veuille ou non, les Européens ne peuvent pas se soustraire à ce conflit. (L’Express, 5/03)

Dans cette ambiance de parti pris à courte vue, les plateaux télés font du cinéma de guerre, au point de scénariser des scènes de victoire dans lesquelles les troupes américaines entreraient à Téhéran sous les acclamations des Iraniens :

- Darius Rochebin : Il y a des Iraniens qui accueilleraient à bras ouverts les Américains […] Il y a ce mot de Jefferson qui dit : « Les États-Unis sont l’empire de la liberté. » Oui, c’est un impérialisme, mais qui diffuse la liberté.

- Peer de Jong : C’est comme au Vietnam. Absolument partout, il y a marqué « I love New York ».

- Darius Rochebin : Imaginez cette scène, les rues de Téhéran pavoisées pour accueillir peut-être pas Trump, mais un régime pro-américain.

Cette scène surréaliste, relevée par Samuel Gontier, s’est passée sur LCI (4/03). La chaîne du groupe Bouygues, qui tente de se distinguer par une spécialisation sur l’international, guettait depuis des semaines le retour de cette guerre. Aussi Darius Rochebin ne peut-il contenir son enthousiasme : « La guerre de très haute intensité, on y est ! »

À l’affût comme lui du moindre bourdonnement militaire, les professionnels du bavardage en ont pour leur compte : le commentaire technique de la guerre et le point de vue des « alliés » s’imposent partout dans un présentisme exacerbé. Et ce d’autant que sur les chaînes d’information en continu, les militaires supplantent les journalistes. Même Éric Brunet ne s’y retrouve plus : « Nous avons l’amiral Alain de Dainville qui est avec nous... Ah non, il va arriver dans quelques instants. Mais nous avons un autre amiral, voyez, nous avons beaucoup d’amiraux. » « Ils sont tous sur le plateau ! », renchérit la coprésentatrice en rigolant (LCI, 9/03).

On saluera ainsi « l’excellence et la finesse du renseignement israélien », comme Christian Makarian sur LCI (1/03), ou on repensera, émerveillée, à l’« incroyable » opération « des bipeurs au Liban », comme Alexandra Schwartzbrod (Libération) sur Franceinfo (1/03). BFM-TV produit immédiatement un long format sur « les coulisses de l’incroyable opération "Epic Fury" » (6/03). Marc Semo parle d’« un exploit » dans Challenges (5/03), béat devant les engins militaires israélo-américains qui « se sont très rapidement arrogé la maîtrise des airs ». Il en va encore d’« une prouesse » dans L’Express (12/03), qui glorifie en Une le compagnonnage « CIA-Mossad » pour son « nouvel art de la guerre », une semaine après que le directeur adjoint de la rédaction, Thomas Mahler, a ouvertement félicité « le stratège Bibi » : « Plus de deux ans après le jour le plus tragique de l’histoire d’Israël, le bilan de Tsahal et du Mossad est spectaculaire : le Hamas a été décimé, Hassan Nasrallah […] tué par une frappe, le dictateur syrien Bachar el-Assad est en exil à Moscou. Mais Bibi Netanyahou vient d’obtenir son plus prestigieux trophée avec la mort de Khamenei. » (L’Express, 5/03)



Propagande israélo-américaine : le grand déploiement


Incarnant le « grand méchant » par excellence, l’Iran est campé comme la source première de déstabilisation de la région : une « évidence » indiscutable au sein des grands médias, dans la roue de la propagande israélo-américaine. En ouverture du Nouvel Obs (4/03), si le directeur adjoint de la rédaction Grégoire Leménager dénonce un « mépris des règles du droit international », c’est néanmoins à l’Iran qu’il reproche d’« embraser le Moyen-Orient, comme c’est hélas déjà le cas au Liban », ce qui ne manquera pas de convaincre les centaines de Libanais tués et les centaines de milliers de déplacés du fait des bombardements... israéliens.

Dépeindre l’Iran en agresseur n°1 contre lequel Israël – et « l’Occident », plus généralement – se défend : tel est le travail auquel s’attèle sans relâche l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka. Si le diplomate est dans son rôle, le tapis rouge que lui déroulent la plupart des journalistes est, en revanche, proprement sidérant. Entre le 1er et le 11 mars, Joshua Zarka a cumulé 18 interviews dans l’audiovisuel, la plupart du temps sans grande contradiction : quel autre État impliqué dans des crimes contre l’humanité bénéficie d’une telle caisse de résonance… et d’une telle complaisance ? D’autant que si ses interventions ont incontestablement contribué à doper le bruit médiatique, les rédactions n’en avaient nullement besoin pour servir, toutes seules, de haut-parleur à la propagande israélienne.

« Le but premier, c’est d’annihiler les capacités militaires de l’Iran, et notamment le développement d’une arme nucléaire ? », demande Gauthier Le Bret à Olivier Rafowicz (CNews, 6/03). « C’est bien, vous pouvez être porte-parole », lui répond son invité. Des félicitations que le porte-parole (authentique) de l’armée israélienne pourrait adresser plus largement. Dans L’Express (5/03), sous la plume de Thomas Mahler, c’est toute sa propagande qui est ainsi dûment télégraphiée : « Une seule chose compte pour les Israéliens : que [l’Iran] soit durablement affaibli sur le plan militaire, privé de programme nucléaire et vacciné contre ses ambitions antisionistes. » Dans La Tribune dimanche (1/03), la correspondante à Tel-Aviv s’illustre elle aussi par un alignement total sur la propagande israélienne. Tandis que les appels va-t-en-guerre des hauts gradés militaires sont reproduits sans aucune forme de distance, la propagande de guerre la plus grossière tient lieu d’analyse absolument partout. Benjamin Netanyahou déclare-t-il vouloir « éliminer la menace existentielle posée par le régime iranien » ? La formule donne son titre à l’article – « Pour Israël, une guerre existentielle » – et ses slogans à la correspondante : « Israël réaffirme sa doctrine fondée sur le principe d’empêcher l’émergence d’une menace stratégique », soutient-elle, avant d’enfoncer le clou en conclusion : « L’État hébreu agit avant que la menace ne devienne irréversible. »

Dans ce chapitre, si les discours spécifiques sur la « menace nucléaire » de l’Iran varient d’un jour(nal) à l’autre avec leur lot d’approximations, les chefferies pratiquent généralement la politique de la peur. Au Parisien (12/03) par exemple, où le journaliste Enzo Guerini l’affirme comme « une certitude : la traque de l’uranium iranien est l’obsession du tandem Trump-Netanyahou », dont la parole est donc prise pour argent comptant : « Près de 200 kg d’uranium enrichi à 60 % […] sommeilleraient encore [en Iran]. Assez de matière pour produire plusieurs armes atomiques. Impensable, pour Washington (qui en fait son principal objectif de guerre) et Tel Aviv, de laisser à Téhéran une telle marge de manœuvre sans avoir des garanties de sécurité. » Peu importe que neuf mois plus tôt, à l’issue d’une « guerre des 12 jours » (juin 2025) qui semble n’avoir jamais avoir existé, les mêmes médias reprenaient en chœur les déclarations de « Donald Trump assur[ant] que les sites nucléaires [en Iran] sont "complètement détruits" » et celles de Benjamin Netanyahou selon lequel « Téhéran n’aurait "jamais l’arme atomique" » (BFM-TV, 25/06/2025). Peu importe les « concessions historiques faites par l’Iran » au cours des négociations des derniers mois en matière de matériel nucléaire (Orient XXI, 2/03). Et peu importe, évidemment, que contrairement à l’Iran, les États-Unis et Israël ne soient pas signataires du traité de non-prolifération nucléaire… et détiennent l’arme atomique. Dans un paysage médiatique où la moindre déclaration des responsables israéliens et américains tient lieu d’information, la presse peut bien se contredire du jour au lendemain.

Et mobiliser au gré du vent, tantôt l’un, tantôt l’autre versant de la propagande : « Epic Fury, ce n’est pas pour empêcher les Iraniens de se doter de la menace nucléaire, avance Jean Quatremer, tout aussi sûrement que Le Parisien disait le contraire. C’est pour renverser le régime, et c’est pour préserver la population » (LCI, 12/03). Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde sur un point : « La sécurité d’Israël devrait être la priorité du monde libre », clame Guillaume Roquette dans Le Figaro (6/03). Nicolas Baverez fait la synthèse… et l’ambassadeur d’Israël aurait pu la signer :

Nicolas Baverez : L’attaque contre l’Iran vise à la fois la réorientation profonde sinon la fin du régime, sa renonciation à la bombe nucléaire et à ses capacités balistiques, l’arrêt de la déstabilisation du Moyen-Orient comme des menaces existentielles contre Israël et l’Occident. (Le Point, 5/03)

Alors que se poursuit le génocide des Palestiniens, alors que l’annexion de la Cisjordanie se déroule dans l’indifférence générale, alors que de l’Iran au Liban, des civils meurent par milliers sous les bombes et subissent des déplacements forcés d’une ampleur terrifiante [3], c’est Israël qui est en proie à une « menace existentielle ». Omniprésente dans la bouche des commentateurs, cette rhétorique est le symptôme le plus éloquent de l’occidentalo-centrisme et de l’impensé suprémaciste et raciste qui structurent le récit dominant.

Dans ce cadre, il n’est pas étonnant que le 7 octobre 2023 soit (de nouveau) invoqué comme le début du commencement de l’histoire, cette fois non plus seulement palestinienne, mais moyen-orientale : « Cette guerre est l’ultime réplique du traumatisme des massacres du 7 octobre », assure l’omniprésent David Khalfa à Challenges (5/03), à l’instar du directeur délégué de la rédaction de Marianne, Aurélien Viers : « Netanyahou pourrait sortir grand gagnant de la séquence ouverte par le pogrom du 7 octobre 2023 – déclenchée par le Hamas, vassal de l’Iran. » (5/03) L’analyse sera paraphrasée par Michel Onfray deux jours plus tard sur CNews (7/03) : « Les frappes iraniennes sont la suite du 7 octobre. » Les « experts » médiatiques qui déracinèrent les événements du 7 octobre 2023 de la (longue) histoire du conflit colonial opposant l’État d’Israël aux Palestiniens – et surjouaient à l’époque « la main de l’Iran » – sont les mêmes qui, aujourd’hui, opèrent une décontextualisation dans la décontextualisation afin de mieux décrire l’agression israélo-américaine comme une « réplique ». Un récit frauduleux, qui n’est rien d’autre qu’une reconfiguration de la propagande israélienne elle-même, visant à légitimer l’agression israélo-américaine, dédouaner coûte que coûte l’État d’Israël… et réaffirmer son « droit à se défendre » contre une « menace existentielle ». Dans sa chronique de France Inter (1/03), Pierre Haski n’y coupe pas, évoquant « le massacre commis en Israël par le Hamas palestinien, l’un des "proxies" [de l’Iran] » pour sous-entendre, à son tour, qu’Israël ne ferait au bout du compte que « riposter » : « Cette attaque [du 7 octobre 2023], qui a ébranlé Israël dans ses certitudes protectrices, a déclenché un retour de bâton dont l’épilogue, sans doute provisoire, a été la mort du Guide suprême iranien. »

Dépolitisation et déshistoricisation : la persistance de ces deux biais n’en finit plus de miner le traitement médiatique de la région. « Le récit ne décrit pas toujours les faits, mais fixe le moment à partir duquel ils doivent être regardés, écrit Muzna Shihabi (Blast, 9/03). C’est ce renversement que le poète Mourid Barghouthi désignait par le mot secondly. Commencer l’histoire par "ensuite", écrivait-il, suffit à mettre le monde à l’envers. […] Commencez par le second moment, et […] les bombes deviennent défense. »


« Le droit international c’est formidable entre nations respectables »


Pour cette presse alignée sur la loi du plus fort, le droit international est donc devenu totalement accessoire. Le phénomène n’est pas nouveau : après l’avoir profondément enterré dans leur couverture du génocide des Palestiniens, les grands médias ont poursuivi dans la même veine au Venezuela et ailleurs. Les effets cumulatifs de ces transgressions tolérées font peu à peu passer des paliers au commentaire médiatique. Nombre d’éditorialistes n’ont donc plus aucun mal à balayer le droit international d’un revers de main, avant de parler d’autre chose. Et il est peu de dire que LCI, qui se targue d’être en pointe sur l’international, a aussi été en pointe sur la négation du droit international : « Le droit international ne peut pas être un totem d’immunité pour les tyrans », affirme Jean Quatremer, dans une chronique de quinze longues minutes qui a de quoi consterner historiens et juristes, dans laquelle le journaliste de Libération parle de « droit mou », de « légitime défense préventive » et de « lutte pour le monde libre » [4]. Sur la même chaîne, Luc Ferry lance lui aussi un cri du cœur autoritariste et suprémaciste (8/03) :

Luc Ferry : Tout ça, c’est des rengaines sur le droit international, vous savez la « souveraineté des États », le droit international... On se fout du monde ! Le droit international, il faut quand même réfléchir trois secondes... Parlons-en un peu sérieusement. Le droit international, c’est formidable entre nations respectables. [...] Tout ça n’est utile qu’entre gens raisonnables, entre démocraties, mais avec des voyous criminels, l’appel au droit international, non seulement c’est une plaisanterie, c’est une absurdité [...], mais ça dissimule en vérité dans les trois quarts des cas la haine d’Israël, pour ne pas aller plus loin.

De là à parler d’un « droit international antisémite », il n’y a qu’un pas, qu’ont déjà franchi plusieurs propagandistes s’agissant par exemple de l’ONU

Forcé d’admettre que « la Maison Blanche aurait dû, en bonne logique, s’autoriser d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations unies » – épargnant ici sagement Israël –, BHL fait quant à lui dans l’élaboration théorique (Le Point, 5/03). Revendiquant « une sorte de droit coutumier international né de l’expérience » de précédentes interventions militaires, il s’invente (comme de coutume) une loi (du plus fort) qui lui sied davantage, laquelle serait basée sur trois « autres principes » : « la "menace imminente", la "riposte collective entre alliés" et la "responsabilité de protéger" ». Ce n’est qu’après avoir réécrit le droit international sur son coin de table que l’éditocrate peut partir en guerre la conscience tranquille : « C’est sur [la] légitimité supérieure [de ces principes] qu’il convient de s’appuyer pour sauver le peuple iranien. On n’oppose pas un droit failli à des vies menacées. »

Emballez, c’est pesé. D’autres propagandistes ne se donneront pas autant de mal… En plein exercice de manipulation (ordinaire), dans le même journal, Géraldine Woessner déclare ainsi que « les juristes convergent sur un point : qualifier l’offensive de "manifestement illégale" relève davantage du jugement politique. » « Les juristes » seront ravis d’apprendre cette « convergence de fait », en particulier celles et ceux travaillant pour l’ONU qui, la veille, condamnaient des « attaques militaires illégales » et rappelaient que les bombardements « s’inscrivent dans un schéma plus large d’actions unilatérales illégales menées par les États-Unis et Israël qui déstabilisent toute la région, notamment en provoquant le déplacement arbitraire de milliers de personnes. » On retrouvait l’une des (trois) juristes interrogées par Géraldine Woessner, l’avocate Sarah Scialom [5], chez Gilles Bornstein quelques jours plus tôt sur Franceinfo (1/03), lui qui se demandait si « tous les coups étaient permis pour faire tomber un dictateur ». Le présentateur n’avait alors invité qu’une seule juriste pour répondre à sa question : celle qui, à peu près seule, explique que la guerre lancée par les États-Unis et Israël n’est peut-être pas illégale car « préemptive » – à ne pas confondre avec une guerre « préventive », élément de langage mobilisé les premiers jours par les gouvernements états-unien et israélien… et repris entre autres par Sophia Aram : « Israël lance une "attaque préventive" contre l’Iran » (Le Point, 5/03). Les exécutions extrajudiciaires ? « Un programme de regroupement familial orchestré par Israël », ironise l’humoriste, précédé sur ce ton, au premier jour des bombardements israélo-américains, par un éditocrate en fin de carrière :



Contre la violation du droit international = pro-Mollahs


Dans un tel périmètre de « pensée » autorisée, s’opposer aux violations du droit international relève d’un pari plutôt risqué. L’Espagne assure-t-elle le 2 mars que les États-Unis n’utiliseraient pas ses bases militaires pour son agression contre l’Iran ? « Terrifiant », juge le journaliste de Libération Jean Quatremer, qui ne peut en tirer qu’une conclusion : « L’Espagne, dévorée par un antisémitisme d’Etat, officiellement représentante des intérêts de la mollahrchie et du Hamas. » (X, 2/03) Dans la même veine sur Franceinfo (3/03), son confrère Marc Semo analyse la difficulté d’une « position commune » en Europe en raison de la coexistence entre des « pays type l’Allemagne » et des pays comme l’Irlande ou l’Espagne que le journaliste qualifie de « très clairement pro-palestiniens voire pro-Hamas quasiment ». La présentatrice tentera un léger recadrage… mais le reste des invités applaudit ou ne pipe mot.

Les rappels du droit international ont beau être peu nombreux, ceux qui les professent sont instantanément stigmatisés. « Il n’y a qu’ici en Europe, à la gauche, qu’il y a comme une forme d’agacement face à la fatalité américaine, d’anti-impérialisme qui renaît éternellement... », se désole Vincent Hervouët (CNews, 2/03). Franz-Olivier Giesbert est d’accord avec lui : « Les pleureuses qui ont condamné l’opération au nom du "droit international" [...] s’appellent Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin, Olivier Faure, Rima Hassan. Sans parler des Auguste à la bouche en cul-de-poule du Quai d’Orsay et, à l’autre bout de notre Vieux Continent, du charmant Vladimir Poutine ? » On remarquera que l’éditocrate n’hésite plus à écrire « droit international » entre guillemets, comme Caroline Fourest sur X (3/03), qui ne manque pas non plus l’occasion de taper sur « LFI et l’extrême gauche » dans Franc-Tireur (4/03) : « [Elles] nous expliquent qu’intervenir pour contrer un tyran relève du crime impérialiste. Un classique qui a toujours fait le jeu des salauds », tranche-t-elle. À l’unisson de son confrère Yann Barte, dans le même numéro : « Dès les premières frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, LFI a sauté sur son clavier pour désigner l’agresseur... et se ranger, sans surprise, du côté des mollahs. » Désinformation ordinaire… « Le pacifisme LFI ? », interroge-t-il : « Une colombe en carton-pâte qui roucoule pendant que les dictatures se renforcent. »



En posant la question à Brice Couturier, L’Express (5/03) savait à quoi s’attendre… et n’aura donc pas été déçu : « Toute une partie de la gauche, gagnée par l’islamo-gauchisme, pratique un double standard moral : quiconque se réclame de l’islam politique est considéré comme un allié. » La « partie de la gauche » dont parle Couturier et qu’il imagine proche de « l’islam politique » est très large et englobe, en fait, tous ceux qui osent dénoncer des violations du droit international ou des crimes de guerre.

Comme sur la Palestine, l’effet de stigmatisation et le verrouillage du débat opèrent indistinctement selon que ces voix proviennent du champ politique, humanitaire ou universitaire. Sur Franceinfo par exemple (2/03), c’est le géographe Bernard Hourcade qui en fait les frais face à Gilles Bornstein, dans une séquence où le présentateur eut (à nouveau) l’occasion d’étaler aux yeux du grand public l’ampleur de son inconséquence :



Hiérarchie et négation des vies humaines


Quiconque a suivi le naufrage des grands médias en Palestine ne sera pas surpris, enfin, de voir le constat se répéter en Iran : face à la légitimation de la loi du plus fort, l’invisibilisation des victimes civiles le dispute à la banalisation des bombardements perpétrés par Israël et les États-Unis. Passer le droit international par pertes et profits implique fatalement de légitimer ou de couvrir les crimes des pays « alliés », comme de déresponsabiliser leurs auteurs : ainsi le récit dominant de la « guerre juste » visant à « libérer le peuple iranien » se doit-il, aussi, d’être celui d’une « guerre propre ». Dans les grands médias, deux expressions ordinaires remplissent à merveille ce travail d’invisibilisation/légitimation/déresponsabilisation : les « frappes ciblées » et les « dommages collatéraux ». Il y en a beaucoup d’autres.

Sur Franceinfo (10/03), le présentateur Loïc de La Mornais invente par exemple le concept éloquent de « frappes chirurgicales mais qui ne le sont jamais complétement ». Il est alors question du bombardement de l’école de filles à Minab. Dans la bouche du présentateur, il n’en va pas là d’un crime, mais d’une « bavure », sinistre terme également présent en bandeau : « École bombardée en Iran : une bavure américaine ? » En plateau, Marc Lavergne, « directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste du Moyen-Orient », donne corps à l’expression :

Marc Lavergne : Il y a une erreur de tir de la part des Américains, sans doute, mais tout ça, ce ne sont que des victimes collatérales finalement, c’est pas le cœur du sujet.

Arrêt sur images a montré qu’en effet, le massacre de ces enfants était tellement peu « le cœur du sujet » qu’entre le 28 février et le 2 mars, les principales chaînes de télévision françaises ne lui ont consacré que « quatre minutes de temps d’antenne » (3/03). Le 2 mars sur CNews, Laurence Ferrari versait même dans la fake news à ce propos en affirmant qu’« il s’est avéré que c’était une frappe iranienne ». « Oui », lui rétorquait Rachel Khan. Oui… mais non : elle est américaine.

La presse hebdomadaire ne fait guère mieux. Au fil des cinq articles qui composent le dossier spécial « Iran » de Franc-Tireur (4/03), on dénombre seulement trois occurrences du terme « civil » sur un total d’un peu plus de 2 000 mots. Et pour l’hebdomadaire, il n’en existe qu’une seule catégorie : les civils tués par l’Iran. Dans son article, Caroline Fourest évoque ainsi la répression sanglante et les massacres menés par le régime iranien en janvier 2026, parle au futur « des militaires et même des civils [qui] seront touchés par [la] vengeance aveugle » de l’Iran... mais ne trouve bizarrement aucune place pour les civils massacrés au présent sous les bombes israéliennes et américaines. Ceux-là n’existent pas : aucun article n’en fait mention. Rappelons qu’en date du 3 mars, c’est-à-dire à la veille de la parution du numéro de Franc-Tireur, « le Croissant-Rouge iranien recensait déjà 787 victimes parmi les populations civiles » [6]. La dernière des (trois) occurrence du terme « civil » scelle définitivement la vocation propagandiste de Franc-Tireur. Ainsi apprend-on, sous la plume de Simone Rodan, chroniqueuse régulière de l’hebdomadaire et, accessoirement, ex-directrice de la branche française du lobby American Jewish Committee, que « dans les vingt-quatre heures » ayant suivi l’assassinat de Khamenei, « Israël dépêchait un officier à Abu Dhabi, à la demande des Émirats, pour conseiller sur la protection des civils ». Sûr qu’ils en connaissent un rayon...

Même oubli de Grégoire Leménager dans son éditorial du Nouvel Obs (4/03) : « En soixante-douze heures, déjà six soldats américains étaient morts », écrit le directeur adjoint de la rédaction, qui n’établira pas le début du commencement d’un décompte équivalent s’agissant des civils iraniens. Œillères volontaires également dans L’Express (5/03) : trois éditoriaux sur l’Iran, mais pas un mot concernant les victimes civiles. À la page 16 de l’hebdomadaire, dans un article entièrement focalisé sur le commentaire militaire et stratégique, il est fait mention de « 555 Iraniens » tués, et ceux-ci figurent littéralement dans une incise, après que L’Express parle de « déjà six morts du côté de l’armée américaine ». Au Point (5/03), BHL, Franz-Olivier Giesbert, Sophia Aram, Nicolas Baverez et Géraldine Woessner consacrent leurs chroniques à l’Iran… mais on n’y trouvera aucune trace non plus des victimes écrasées sous les bombes israélo-américaines.

Sur BFM-TV (8/03), devant les images de Téhéran en flammes après le bombardement de sites pétroliers, BHL pontifie : « Cela fait partie des horreurs de la guerre. » Et d’enfoncer le clou : « Il y a aujourd’hui quatre installations pétrolières qui ont été détruites. C’est horrible. C’est tragique. Où est-ce, l’escalade ? Où est la tragédie ? Est-ce que c’est ça, ou est-ce que c’est les 30 ou 35 000 civils mitraillés à bout portant les 8 et 9 janvier par le régime qui est aujourd’hui attaqué. Je veux dire, c’est ça la question. » Comme nombre de ses camarades éditocrates soutenant activement l’agression israélo-américaine, BHL ne peut pas dire « les deux », fait le tri entre les civils et entretient un raisonnement totalement normalisé au sein des grands médias : le meurtre de civils iraniens justifie le meurtre d’autres civils iraniens. Sur Franceinfo (2/03), Fahimeh Robiolle, présentée comme « ancienne ingénieure nucléaire en Iran », dirait même plus : « Il faut demander quand même l’avis aux Iraniens. […] Les Iraniens considèrent que tous ces bombardements, c’est une action humanitaire. » Bernard Hourcade s’en offusque et l’interrompt, mais le présentateur Gilles Bornstein recadre le tout en avançant que chacun peut s’exprimer : « C’est un débat. »

« Comme pour Gaza, écrivait Sarra Grira le 2 mars dans Orient XXI, les mêmes chroniqueurs sont aux abonnés absents quand Israël bombarde des hôpitaux, comme les trois établissements ciblés à Téhéran. Sans doute nous dira-t-on bientôt qu’ils abritaient des membres des Gardiens de la révolution, comme ceux de Gaza abritaient ceux du Hamas. » Il n’aura pas fallu attendre très longtemps… Le même jour en effet, la propagandiste Rachel Khan s’attelait à la tâche sur CNews, en parlant d’un peuple iranien « pris en otage » et d’un « régime des Mollah qui fait de sa population des boucliers humains ». C’est ici tout un plateau qui communie : « On a eu des images bien avant le début de la guerre qui montraient aussi qu’ils étaient installés dans les hôpitaux, soutient Sara Safari [7], et qu’ils étaient installés dans les écoles, pour pouvoir effectivement dire après : "Vous voyez, vous avez tué nos enfants et nos femmes". »

Franceinfo n’hésite pas à s’entourer d’experts portant le même message. Mahnaz Shirali par exemple, présentée comme « sociologue et politologue, spécialiste de l’Iran », qui déroule sans se voir opposer la moindre contradiction ni le moindre rappel au droit international :

Mahnaz Shirali : La première responsable de la mort de ces enfants [à Minab], c’est encore et toujours la République islamique, qui construit ses dépôts de munitions juste à côté des écoles primaires. […] Systématiquement […], les dirigeants de la République islamique, ils se cachent dans les crèches, ils se cachent dans les hôpitaux, ils se cachent dans les écoles. Et ça, ça veut dire prendre une population comme bouclier humain. (Franceinfo, 10/03)

La « spécialiste de l’Iran » avait du reste annoncé la couleur en qualifiant l’intervention israélo-américaine comme « la seule solution. Il n’y avait pas d’autre solution ». D’ailleurs, soutiendra-t-elle plus tard, « le but de cette guerre, c’est de démanteler les centres de répression qui ont massacré des enfants de ce pays pour que le peuple iranien arrive à prendre son destin politique en main, et je trouve ça très logique ». Un « mal nécessaire ? » l’interroge le présentateur. « Absolument. »

Même refrain sur LCI (7/03). Propulsée « experte » sur de nombreux plateaux de télévision pour commenter la situation en Iran, la mannequin iranienne Negzzia escorte la propagande : « Israël et les États-Unis attaquent seulement les endroits qu’il faut attaquer. Ils n’attaquent jamais les maisons, les gens normaux. Mais le problème, c’est que le gouvernement iranien se cache dans les hôpitaux et les écoles des enfants, où il cache ses armes. » Pataugeant dans le bavardage, les commentateurs invisibilisent les victimes civiles, laissant croire que seuls des tyrans sanguinaires – dont ils justifient les assassinats extrajudiciaires – seraient visés. En un coup de crayon de Xavier Gorce, ça donne ceci dans Le Point (3/03) :



***


Ce panorama n’a pas vocation à l’exhaustivité. Il retranscrit, néanmoins, le bruit médiatique tel qu’il s’impose dans les grands médias d’envergure nationale. Invisibilisant le « vrai visage de la guerre », les professionnels du bavardage quadrillent le débat public, au point de recouvrir et de rendre inaudibles les quelques correspondants présents en Iran, dont le travail mérite d’être salué. Invités pour des directs elliptiques avant d’être recouverts par le brouhaha ambiant, nombre d’entre eux voient leur travail bâclé, piétiné quotidiennement par les chefferies éditoriales et les journalistes les plus en vue. Économie médiatique à front renversé ; cadrage (à nouveau) dominant en soutien de l’agression israélo-américaine ; suivisme à l’égard du positionnement français ; (extrême) droitisation totale du débat public… Comment pourrait-il en être autrement ? Affligée par le climat médiatique ambiant, l’avocate franco-iranienne Chirinne Ardakani, présidente de l’ONG Iran Justice, résume l’inconséquence du dispositif général : « Quand […] je passe […] à chaque plateau 15 minutes pour déjà expliquer pourquoi est-ce qu’on peut agir pour protéger les populations civiles sans aller les bombarder en disant que c’est pour leur bien, évidemment il me reste 2 minutes pour expliquer ce qu’on pourrait faire concrètement pour aider les populations civiles. Vous voyez à quel point le débat, de plus en plus, il se rétrécit ? » (Franceinfo, 10/03) La remarque atteindra-t-elle son interlocutrice du jour, en l’occurrence Nathalie Saint-Cricq ? Rien n’est moins sûr…


Pauline Perrenot et Jérémie Younes

 
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Notes

[1Un extrait d’anthologie relevé par Blast.

[2« Une bombe a frappé l’école primaire de filles Shajareh Tayyebeh pendant les cours. Le bâtiment s’est effondré sur les salles de classe où se trouvaient encore les élèves. Selon les autorités iraniennes, le bilan est estimé entre 165 et 180 morts, majoritairement des écolières âgées de 7 à 12 ans, et environ 95 blessés. » (Orient XXI, 16/03).

[33, 2 millions d’Iraniens selon l’UNHCR et plus de 800 000 Libanais (AFP, 11/03).

[4Sur les outrances récurrentes de ce journaliste de Libération, lire : « À "Libé", Jean Quatremer provoque (encore) la colère de la rédaction » (Arrêt sur Images, 12/02).

[5Une avocate encore peu connue, mais assurément promise à un grand avenir médiatique. Il y a un an, sur RCJ, elle affirmait que les frappes menées par Israël sur Gaza étaient « parfaitement conformes au droit international » ; en avril 2025, elle était dans Le Monde et Le Parisien pour expliquer qu’Israël avait parfaitement le droit de bombarder des sites historiques protégés, comme la mosquée Al-Omari à Gaza, et répétait ceci dans une interview… pour le Fonds national juif (KKL), une structure fondatrice du sionisme, créée en 1901 pour acheter et gérer des terres en Palestine.

[7Membre de l’association Femme Azadi, comme Mona Jafarian. Au sujet de cette dernière et de Mahnaz Shirali, lire notre article « Iran : le lobbying pro-chah dans les médias français (2/03).

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