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L’université menacée par « l’islamo-gauchisme » ? Une cabale médiatique bien rodée

par Nicolas Roux, Pauline Perrenot,

Problème public numéro un à l’université ? Depuis les déclarations de la ministre Frédérique Vidal face à Jean-Pierre Elkabbach autour des « universités en proie à "l’islamo-gauchisme" » (un des thèmes de « l’interview-tribune » de CNews), et ses velléités de commander une enquête sur le prétendu phénomène dans les facultés françaises, le sujet est traité partout dans les grands médias. Enième illustration de la capacité de ces derniers à co-construire un problème public en grossissant et déformant les faits convoqués en plus de balayer les positions du CNRS d’un revers de main, l’épisode nous invite à nous repencher sur une précédente séquence, ayant largement labouré le terrain de la cabale politico-médiatique actuelle : le « Manifeste des 100 » publié dans Le Monde en octobre 2020, et pour ce qui concerne Acrimed, ses dites « preuves à l’appui », composées majoritairement d’articles de presse.

« Comment l’islamo-gauchisme gangrène les universités » (Une du Figaro, 12/02), « alliance entre Mao Tsé-Toung et l’ayatollah Khomeini » (Jean-Pierre Elkabbach, CNews, 14/02), « peste intersectionnelle qui ronge les facs » (Raphaël Enthoven, Twitter, 16/02), « Nos facs sont-elles gangrénées par l’islamo-gauchisme ? » (« Grandes gueules, RMC, 17/02), « Islamisme à l’université : faut-il confier l’enquête au principal suspect ? » (Le Point, 17/02), « "Islamo-gauchisme" à l’université : comment Frédérique Vidal s’est piégée » (L’Express, 19/02), « Islamo-gauchisme : la ministre persiste » (en Une du JDD, 21/02), « Islamo-gauchisme dans les universités : "Il n’y a pas lieu de faire de polémique", selon Vidal » (en interview chez RTL, 22/02), « Islamo-gauchisme : il faut sauver la soldate Vidal » proclame Franz-Olivier Giesbert qui parle lui de « totalitarisme » (Le Point, 25/02), « Universités : les nouveaux fanatiques » (LCI, 27/02)… Une nouvelle séquence de chasse aux sorcières médiatique, coproduite avec une partie de la classe politique et du gouvernement (ministre de l’Enseignement supérieur en tête), s’est déroulée en ce mois de février 2021 sur les plateaux des chaînes d’info, dans les pages de certains quotidiens nationaux et d’une grande partie de la presse magazine, en passant par les comptes Twitter des éditocrates, gagnant une nouvelle fois l’ensemble du paysage médiatique.



Si tous les médias ne versent pas dans le même degré d’outrances, et si certains (rares) ont même (enfin) l’idée d’inviter des chercheurs jusqu’alors inaudibles dans l’espace du débat autorisé, le sujet de « l’islamo-gauchisme » – et de sa prétendue omniprésence dans les universités françaises – occupe bel et bien le haut de l’agenda. La mécanique est alimentée par d’innombrables dépêches AFP, occupées à titrer sur la moindre « petite phrase » de responsable politique, par d’intarissables « débats » et par de multiples interviews, conduites par d’infatigables journalistes tribuns… sans compter les tribunes et pseudo « enquêtes », en passant par les instituts de sondage, qui ne résistent pas à entretenir la machine médiatique (savamment sollicités par les médias eux-mêmes) en fabriquant l’opinion qu’ils prétendent sonder [1].



Les émissions de service public n’y coupent pas non plus : « Islamo-gauchisme : entre opportunisme politique et débat scientifique » titre la matinale de France Culture (23/02), « Enquête ouverte sur "l’islamo-gauchisme" à la fac » annonce « C à vous » (France 5, 17/02) dans une discussion avec… Gérald Darmanin ; « Islamo-gauchisme : fantasme ou réelle menace politique ? » demande encore « C ce soir » (France 5, 17/02) ; « Islamo-gauchisme : la polémique » titre à son tour « C l’hebdo » (20/02), « Islamo-gauchisme à l’université : fantasme ou réalité ? » radotent « Les Informés » (France Info, 18/02), « Islamo-gauchisme : Frédérique Vidal s’invite au cœur du débat politique » ose le 20h de France 2 (21/02). Revenant sur les propos de la ministre, France Inter en fait même son « mot de la semaine » (21/02), dont le « décryptage » est confié au fin analyste et expert Renaud Dély, éditorialiste sur France Info et Arte [2]. Et le 26 février, à peine deux minutes avant la fin de l’interview matinale, Nicolas Demorand (France Inter) demande à Gabriel Attal, porte-parole de LREM, s’il « estime que "l’islamo-gauchisme" gangrène l’université […], oui, non ? »

Pendant ce temps, les problèmes structurels qui frappent de plein fouet l’université (manque de moyens et des postes pérennes, précarité voire détresse économique et morale des étudiants, etc.) sont relégués au second plan dans les grands médias, les angles morts révélés par ce genre d’obsessions éditoriales se multipliant. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) par exemple, menée par le gouvernement actuel et encore combattue par « 114 universités et écoles, 330 labos, 30 collectifs de précaires, 157 revues, 16 sociétés savantes, 47 séminaires, 39 sections CNU et 11 sections CoNRS, 54 évaluateur·trices de l’HCERES… » [3], reste ainsi plus que jamais « d’actualité » dans les faits, quoique négligée et traitée de manière superficielle par une grande partie des médias dominants. Car rien n’y fait : déformant ou hypertrophiant certains "faits" d’actualité encore plus que d’ordinaire, la focale médiatique construit « l’islamo-gauchisme à l’université » et les théories intersectionnelles ou décoloniales comme un problème public de premier plan. Ainsi Le Figaro peut-il se fendre de trois Unes sur le sujet entre le 12 et le 26 février, et Le Point y consacrer pas moins de trois éditoriaux dans son numéro du 25 février, dont celui de BHL qui a tranché du haut de sa superbe : « Un spectre hante les universités et que ce soit celui de l’islamo-gauchisme n’est pas douteux. Que les universités […] ne puissent elles-mêmes s’y dérober et devenir je ne sais quels territoires perdus de la pensée critique me semble également l’évidence. »



Un terrain médiatique labouré de longue date : le cas du « Manifeste des 100 »


Il faut dire que ce discours contre l’université française (et les études post-coloniales en particulier) a gagné en amplitude depuis l’assassinat de Samuel Paty. En octobre 2020 s’étaient en effet déjà multipliés les tribunes alarmistes, les éditos survoltés et les Unes tapageuses. Et depuis, les stars de l’info n’ont de cesse d’entretenir le même climat anxiogène à coups de questions désinformées, comme ce 1er février où Léa Salamé interrogeait Gérald Darmanin :

Si on parle de ce qui se passe dans nos universités françaises, ces idées racialistes, indigénistes, qui viennent des campus américains, cette idéologie... idée différentialiste, aujourd’hui, elle n’a pas gagné selon vous dans les universités françaises ? Vous n’avez pas l’impression qu’elle gagne du terrain chaque jour ?


Les « polémiques » et « controverses » actuelles ne sauraient donc être abordées sans rappeler combien le terrain médiatique est labouré de longue date par des « entrepreneurs de cause », reçus à colonnes ouvertes et micros branchés.

Revenons ainsi sur un cas emblématique. Le 31 octobre 2020, une centaine d’universitaires (auxquels se sont ajoutés cent-cinquante-huit nouveaux signataires) publiaient dans Le Monde une tribune en soutien à Jean-Michel Blanquer, lequel dénonçait au micro d’Europe 1 un « islamo-gauchisme » qui « fait des ravages à l’université » [4]. Les signataires reprenaient alors à leur compte ces graves accusations. Ils s’alarmaient en outre d’un « militantisme parfois violent » et d’un « déni » des universitaires (en général), et d’une « liberté de parole tend[ant] à [se] restreindre de manière drastique » à l’université. Que pointaient-ils du doigt ? « L’islamisme », et plus diversement « les idéologies indigéniste, racialiste et "décoloniale" (transférées des campus nord-américains) » qui nourriraient une « haine des "blancs" et de la France ». Des « idéologies » dont les signataires s’attachaient à montrer la matérialisation en-dehors de l’université, en pointant notamment « le port du voile […] qui se multiplie ces dernières années ». En conclusion, ils demandaient à la ministre Frédérique Vidal « de mettre en place des mesures de détection des dérives islamistes [à l’université], de prendre clairement position contre les idéologies qui les sous-tendent, et d’engager nos universités dans ce combat pour la laïcité et la République ».


Des « preuves à l’appui » médiatiques


L’histoire aurait pu en rester là : une prise de position dans les pages « idées » d’un grand quotidien, comme il y en a des dizaines chaque semaine. Mais les signataires du « Manifeste » sont allés plus loin, en créant un site internet sur lequel ils revendiquent — entre autres — de mobiliser des « preuves » à l’appui de leur propos. Ce qui était « opinion » deviendrait ainsi « faits », comme on peut le lire sur la page d’accueil du site : « […] Tous les éléments rassemblés sur ce site depuis la publication du Manifeste en témoignent : articles de presse, livres, témoignages, mais aussi exemples de connivences entre des islamistes patentés et certains universitaires et chercheurs militants. […] Parlons moins mais parlons vrai. Parlons des faits. »

Or il s’avère que le corpus des « preuves » en question est presque exclusivement constitué d’articles et d’émissions publiés et diffusées majoritairement dans les grands médias : 47 articles, cinq livres, trois émissions de radio et un documentaire [5]. Ce qui ne pouvait manquer d’interpeller un observatoire des médias comme Acrimed [6]. « Parlons des faits. » Dont acte. Nous nous sommes donc attelés à analyser et objectiver le corpus fourni : les articles/émissions cités s’appuient-ils sur des données scientifiques, statistiques et sur un ensemble d’éléments à même d’étayer les accusations contre l’université française dans son ensemble ? Quel statut ont ces articles ? Sont-ce des enquêtes, des reportages ou des tribunes et des commentaires ? Quel est le statut de leurs auteurs ? Comment présentent-ils les travaux en sciences sociales incriminés ? Les relayent-ils seulement ? Etc.

Le nombre important d’articles laissait penser que les universitaires s’étaient donné la peine de bien faire leur travail ; qu’ils avaient puisé dans un corpus hétérogène (où le commentaire se nourrit de l’enquête et des statistiques) et pluraliste (où les journaux d’opinion côtoient les journaux d’information et d’investigation). Et pourtant…


Vous avez dit « preuves » ?


Sauf erreur de notre part, il n’y a tout simplement aucune statistique ou étude empirique approfondie sur l’invasion des théories dites « indigénistes » ou « racialistes », encore moins sur les prétendues « connivences entre des islamistes patentés et certains universitaires et chercheurs militants », pas plus que sur la restriction « drastique » de « la liberté de parole » à l’université. Ces questions sont pourtant au centre du propos du « Manifeste ». Vous avez dit « preuves » ?

Une absence d’autant plus problématique que les différents articles du corpus usent (et abusent) de qualificatifs soulignant la progression, en nombre et en intensité, de ce qui est présenté comme une « menace » ou un « danger ». Entre autres : « montée croissante des pensées racialiste, décolonialiste et indigéniste » qui « inquiète de nombreux étudiants et parlementaires » (Le Figaro, 10 janvier 2021) ; « le politiquement correct et l’affirmation du droit des minorités se sont largement répandus dans les facultés » (L’Opinion, 30 octobre 2019) ; « l’emprise croissante d’un dogme qui […] ignore la primauté du vécu personnel et dénie la spécificité de l’humain » (Le Monde, 25 septembre 2019) ; « En quelques années, les théories intersectionnelles se sont imposées dans les amphis des sciences sociales » (Marianne, 12 avril 2019) ; « l’influence grandissante de l’islamo-gauchisme sur la faculté » (Causeur, 20 novembre 2017)…

Une menace grandissante sans statistique ? Et pour cause [7]

Mais cette absence de données chiffrées ne suffit évidemment pas à rejeter en bloc les « preuves à l’appui » du Manifeste. Une autre interrogation peut alors porter sur le nombre d’enquêtes et de reportages dans le corpus. Et force est de constater que le journalisme d’investigation n’y a pas bonne presse…

Les tribunes ou formats apparentés (communiqués, éditos…) arrivent largement en tête : près de la moitié des articles (21 sur 47), auxquels il faut ajouter les interviews (8). Ils sont suivis des chroniques (ou d’articles non basés sur un reportage) signées de journalistes « maison » (13). En résumé, seuls cinq articles se basent sur une enquête. Et encore reste-t-il à souligner la déontologie pour le moins approximative qui les caractérise, notamment en termes de pratique du contradictoire et de pluralité des sources (voir en annexe 1, une courte analyse de l’une des enquêtes). Ces enquêtes se résument bien souvent à l’interview de quelques enseignants, étudiants et militants (dont on ne sait pas comment ils sont sélectionnés, ni à quel point ils sont représentatifs ou illustratifs de l’objet de l’article) et/ou à la retranscription de propos entendus durant un évènement. Le tout est rarement contextualisé et circonstancié. Quel statut accorder en effet à une invective lancée par un étudiant à un enseignant durant un cours ou un séminaire, ou à des tensions et conflits entre militants lors d’une réunion ? Dans quelle mesure peut-on parler d’une tendance régulière ou croissante à l’université, et si c’est bien le cas, dans quelles proportions ?

Plus généralement, il est pour le moins significatif qu’aucun article scientifique publié dans une revue à comité de lecture (faisant appel à des pairs et à des relecteurs extérieurs pour évaluer l’article) ne vienne « appuyer » une tribune d’universitaires. Pour gage de sérieux scientifique, peut-être ses auteurs se contentent-ils des cinq livres référencés sur leur site, qui font la part belle à l’essai et qui ne s’éloignent guère de leur espace intellectuel de prédilection. L’un d’eux est ainsi écrit par un des premiers signataires du « Manifeste » (Pierre-André Taguieff, à l’origine du « concept » d’« islamo-gauchisme »), qui occupe également une bonne place dans les articles de presse « à l’appui » : une fois comme auteur, deux fois dans des entretiens donnés au Figaro et une fois avec un extrait de l’un de ses essais. Un deuxième ouvrage « preuve » (constitué, en guise d’enquête, de « témoignages et verbatim […] recueillis lors de colloques, de sessions universitaires ou de rassemblements associatifs ») est rédigé par Anne-Sophie Nogaret et Sami Biasoni. Tous deux écrivent pour Causeur. La première apparaît à plusieurs reprises dans les articles de presse du corpus. Et le second est, en plus de ses fonctions universitaires (chargé de cours à l’Essec, doctorant en philosophie à l’ENS), banquier d’investissement et conseiller politique LR… Les autres livres sont : un essai de Pascal Bruckner, que l’on ne présente plus (et qui a préfacé l’ouvrage d’Anne-Sophie Nogaret et Sami Biasoni…) ; un essai de Fatiha Boudjahlat, habituée des colonnes de Causeur et Valeurs actuelles ; un ouvrage du sociologue Manuel Boucher, dont une tribune publiée dans Marianne figure également dans le corpus, dans laquelle il s’en prend à Clémentine Autain (députée du groupe La France insoumise) qui serait dans « une logique munichoise servant les intérêts des extrémistes nationalistes ». Sic.


Vase clos : des médias d’opinion (de droite) massivement mobilisés


L’impression de vase clos se poursuit lorsque l’on regarde d’un peu plus près les médias mobilisés, ainsi que la circulation entre ses signataires et les intervenants des articles de presse. Sur les 50 auteurs des 47 articles, on dénombre 26 auteurs universitaires [8], parmi lesquels… 22 sont logiquement signataires du « Manifeste des 100 ». Ainsi, on ne s’étonne guère que plus de la moitié des articles (28) comporte au moins une référence à un signataire de la tribune, ou que leur auteur se retrouve dans une autre « preuve à l’appui ».

Ensuite, il est à noter que près de la moitié des articles (20) proviennent de médias d’opinion, marqués à droite voire à l’extrême droite : Figarovox (5), Le Point (7), L’Opinion (3), Causeur (2), Atlantico (2), Le Figaro (1).

En deuxième position du corpus figurent une diversité de sources intermédiaires (12 au total), que l’on ne peut soupçonner d’être en opposition à ce peloton de tête. On y trouve d’abord cinq articles de médias dédiés à l’information ou à la discussion « intellectuelle » : le « portail des livres et des idées » Nonfiction livre quatre contributions (en réalité une contribution en quatre parties, du même auteur : un sémanticien… François Rastier), la cinquième venant d’une revue électronique de philosophie « dévolue à la présentation et l’analyse des nouveautés éditoriales publiées en langue française » (Actu Philosophia). Quatre autres articles de cette deuxième catégorie viennent ensuite de médias qui se destinent à la réponse à l’actualité, à l’opinion ou à la demande politique : une plateforme se définissant comme un « organisateur de débats pressants » (Persuasion), une « agence intellectuelle » se disant « d’inspiration réformiste » (Telos), un observatoire du « conspirationnisme » (Conspiracy Watch) et un blog (Mezetulle). Les trois derniers sont signés du journal satirique Charlie Hebdo, par deux fois, et d’une association, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

Enfin, une troisième et dernière catégorie est composée de médias classés « au centre » ou « à gauche » (15 au total) : Le Monde (5), Marianne (5), Libération (3), Télérama (1) et L’Obs (1).

À propos de ce panorama, on remarquera que les médias les plus représentés contribuent activement depuis au moins une décennie à construire le « problème » de l’islam et de l’immigration dans le débat public, et à fustiger sans discontinuer les « obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité », pour reprendre la formule placardée en Une de Marianne (avril 2019) : trois thématiques dont ces médias font régulièrement leurs choux gras, quand elles ne sont pas érigées en obsessions éditoriales [9]… En témoignait (encore) dernièrement la Une du Point [10] (14 janvier 2021), agitant comme des épouvantails les « déboulonneurs », « indigénistes », la « gauche racialiste » mais également « l’écriture inclusive ».



Si d’autres médias et acteurs politiques (du côté de la gauche républicaine notamment) se sont appropriés ce sujet, une récente étude statistique de l’Ina [11] corrobore d’ailleurs le rôle joué par cette (petite) poignée d’entrepreneurs médiatiques – chroniqueurs ou titres de presse – dans la légitimation et la promulgation du pseudo « concept » d’« islamo-gauchisme » et partant, dans la banalisation de son usage dans le débat public :

À compter de cet événement [l’attentat contre Charlie Hebdo], le terme [« islamo-gauchisme »] trouve ses entrepreneurs de cause : un petit nombre de journalistes le convoqueront désormais à l’envi, contribuant à en ritualiser l’usage. Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel, surtout, mais aussi Éric Zemmour, Alexandre Devecchio, Étienne Gernelle et Michel Onfray à la fin de l’année 2015, forment ce personnel médiatique rassemblé autour d’un petit nombre de titres — Le Figaro, Le Point, Marianne.


Autant dire qu’au total, ce corpus est l’incarnation d’une information et d’idées qui circulent en vase clos [12] : forte homogénéité des médias mobilisés qui répond à l’homogénéité toute aussi importante des auteurs des articles. En résumé, les opinions de ces universitaires (notamment les plus médiatiques d’entre eux) ne pouvaient que rencontrer celles des médias qui en assurent déjà la visibilité et la promotion…


Un corpus qui révèle davantage les biais ordinaires du journalisme dominant que des « preuves » factuelles


Sans même mentionner la part non négligeable de productions du corpus dans lesquelles on peine à trouver le moindre lien avec la problématique initiale (l’université) [13], il faut enfin souligner combien les différents articles de presse et émissions mis en avant sont avant tout des « preuves à l’appui » des travers ordinaires du journalisme dominant. Un journalisme notamment marqué par l’affranchissement quasi systématique du contradictoire, entre autres règles professionnelles de base : ainsi les termes du débat ne sont-ils quasiment jamais interrogés, les travaux universitaires incriminés rarement cités, et le pluralisme… piétiné (dans le cas des cinq enquêtes figurant dans le corpus).

Et quand il ne s’agit pas de tribune (un format qui ne permet pas la contradiction), il n’est pas rare que les interviews soient d’une complaisance à l’égard des intervenants (voir deux exemples en annexe 2), n’ayant d’égal que la disqualification violente et arbitraire des chercheurs, étudiants et universitaires taxés contre leur gré [14] d’« indigénistes » ou d’ « identitaires ». Souvent en leur absence, et plus encore en leur présence : car lorsque ces derniers ont la rare occasion de présenter leur point de vue, on peut apprécier les conditions dans lesquelles ils sont reçus…

Reportons-nous pour cela à l’une des trois émissions de France Culture citées « à l’appui » du Manifeste : « Signes des temps » (25 octobre 2020), consacrée à « la crise dans l’enseignement et crise de la gauche après l’assassinat de Samuel Paty ». Une émission bien connue d’Acrimed puisque nous l’épinglions déjà dans notre article consacré à la traque médiatique des « islamo-gauchistes », comme une illustration exemplaire d’ « interrogatoires journalistico-policiers en règle », durant laquelle Marc Weitzmann [15] est rapidement sorti de son rôle de présentateur pour endosser celui de procureur contre Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant Unef. En effet, si les trois autres intervenants avaient eu droit à des questions ouvertes les invitant à rebondir sur les termes de leurs propres écrits, Mélanie Luce s’est vue sommée de répondre à une série d’accusations. Le tout enrobé de sous-entendus, amalgames et suspicions à son encontre (voir en annexe 3).

Ainsi la question du pluralisme dans les différentes productions médiatiques « à l’appui » se joue-t-elle autant dans l’absence – ou la disqualification immédiate – de contradicteurs que dans les cadrages à sens unique du débat. L’escroquerie des « preuves à l’appui » est de taille lorsque l’on constate que France Culture (dont trois émissions sont citées dans le corpus, et dans lesquelles on peut aisément repérer des nuances et contre-arguments au propos du « Manifeste »), a pourtant beaucoup produit sur la question. Notamment, une série documentaire de l’émission « LSD » en quatre épisodes (« Les débats de société à l’assaut de l’université », quatre heures au total), n’apparaît pas dans les « preuves à l’appui », alors qu’elle donne à voir ce que la pratique d’un (vrai) pluralisme, incluant donc les chercheurs concernés, apporte à la salubrité du débat public.


***


Ainsi les amalgames et les analyses fourre-tout (« islamisme », travaux « décoloniaux/racialistes », port du voile, etc.) cachent-ils donc très mal le caractère hautement politique du « Manifeste », appuyé par et sur une série d’articles loin d’être « factuels » ou « neutres ». Tous répondent en réalité d’un raisonnement circulaire, qui pourrait se résumer comme suit : « Il existe un danger "islamiste" et "racialiste" à l’université. La preuve ? Nous le dénonçons. »

Le problème n’est pas tant que ce monde d’entre-soi puisse se satisfaire d’une circulation intellectuelle et médiatique en circuit fermé : ils ont évidemment le droit de penser ce qu’ils veulent, et de le dire publiquement ! C’est finalement le pluralisme des idées et des opinions dans les médias dominants qui est en jeu, et son déséquilibre structurel flagrant. De même que l’appauvrissement en continu du débat public. Il est ainsi pour le moins surprenant, de la part d’universitaires et chercheurs censés être au fait des courants de pensée et des discussions et controverses académiques nécessaires à la progression de la connaissance, de les voir rabattre un ensemble de recherches en sciences humaines et sociales à une « haine des "blancs" » ou à des traces suspectes d’« islamo-gauchisme »… Encore plus surprenant d’accuser des adversaires de faire œuvre d’idéologie et non de science, de sacrifier les idéaux de la recherche pure sur l’autel de leur militantisme – une conception en outre épistémologiquement douteuse de la « neutralité » absolue du savant – tout en déroulant d’un autre côté une litanie de jugements éminemment marqués idéologiquement, sans avoir recours au moindre travail scientifique rigoureux — ou en ignorant superbement les travaux existants. Le tout en recevant les soutiens d’Emmanuel Macron, en mobilisant les analyses d’une conseillère régionale du Val-d’Oise, ou encore en étant signataires de l’appel des 80 intellectuels contre le « décolonialisme » aux côtés d’Alain Finkielkraut et… Bernard de la Villardière.

De tels discours bifaces et autres pétitions de convictions pourraient ainsi faire sourire s’ils ne s’inscrivaient pas dans une offensive politico-médiatique d’ampleur. Et dont les conséquences dépassent en réalité de loin le bavardage hors sol : ainsi des attaques concrètes contre la recherche, son autonomie et les libertés académiques voient-elles le jour, depuis la mission d’information sur les « dérives idéologiques à l’Université » réclamée par deux députés LR, jusqu’à l’enquête souhaitée au plus haut sommet de l’État par la ministre Frédérique Vidal [16]. Une croisade médiatico-politique, décuplée depuis les attentats de 2015, qui montre plus que jamais les dangers d’un fonctionnement médiatique donnant, à travers un ensemble de mécanismes, le primat à « l’opinion » sur l’information et la connaissance scientifique.


Nicolas Roux et Pauline Perrenot


Annexe 1

« L’enquête » telle que pratiquée par Le Figaro

La question du pluralisme peut être aussi posée à l’aune des sources mobilisées dans les (rares) enquêtes du corpus. Voici un exemple tiré du Figaro (« À Sciences Po Paris, l’idéologie racialiste fait peu à peu son nid », 10/01/2021). L’article pointe du doigt « une montée croissante des pensées racialiste, décolonialiste et indigéniste » dans la grande école parisienne. Le journaliste amorce son reportage par le témoignage d’un étudiant qui « préfère conserver son anonymat par peur de représailles », situant d’emblée le lecteur dans une ambiance de terreur. Deux polémiques sur les réseaux sociaux et une « controverse » feront office de « terrain journalistique » à l’appui de la thèse initiale. Parmi elles, la perturbation d’une conférence d’Alain Finkielkraut en avril 2019, co-organisée par un membre d’une association souverainiste de Sciences Po Paris, mais également… journaliste au Figaro (ainsi qu’à Marianne). C’est bien peu… et fort partial, à l’image des interlocuteurs mobilisés par Le Figaro pour cette « enquête » : un élu LR, le secrétaire général du groupe LR à Sciences Po Paris, le responsable du syndicat Uni de l’école (marqué à droite) ainsi que Sami Biasoni (encore lui !), Anne-Sophie Nogaret (encore elle !), et… Barbara Lefebvre (omniprésente sur les plateaux des « Grandes gueules », LCI, écrivant également pour Causeur). Un représentant de l’Unef sera cité comme caution. Quant aux étudiants incriminés, ils auront droit à une phrase dans l’ensemble de l’article. Fermez le ban.


Annexe 2

Complaisances et (gros) mots valise : les cas du « Grand entretien » avec Pierre-André Taguieff dans le FigaroVox (10 novembre 2020) [17] et de l’interview d’Atlantico avec l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler (22 octobre 2020).

- Le Figarovox face à Pierre-André Taguieff

Le journal commence par rapporter une citation tonitruante, toute gonflée de généralités (« le postcolonialisme […] risque d’entraîner toutes les familles de la gauche dans l’adhésion à une vision identitaire »), avant d’exprimer sa compassion avec l’invité en reprenant les mêmes termes du débat : « Quelle est cette vision identitaire qui vous inquiète ? » Puis, Taguieff nage dans les propos dénonciateurs et caricaturaux au sujet non plus de l’université mais cette fois-ci d’une certaine gauche (la « gauche de la gauche est rageusement anti-occidentale », la gauche « molle », celle des « bien-pensants ») ou des théories intersectionnelles (qu’il qualifie de « supplément de verbiage pseudo-savant »), sans être questionné sur de telles affirmations/disqualifications. Au contraire : les relances (du type : « "Il est facile de reconnaître dans cette bouillie discursive des traces de l’utopie communiste". Qu’est-ce qui vous donne à penser que nous faisons face à un "marxisme racialisé" à l’heure où les marxistes purs et durs sont difficiles à dénicher ? ») vont dans le même sens. Taguieff peut donc terminer aisément son « analyse » (dénuée d’enquête, de références ou de statistiques) par un adage dogmatique (à l’aide d’une référence littéraire, gage d’engagement éclairé) dont on se demande, à la lecture de l’interview, si elle ne pourrait pas tout aussi bien être retournée à son auteur : «  Rien n’est plus pitoyable que la bonne conscience et la lâcheté tranquille de ceux qui, pour paraphraser Camus, n’ont jamais placé que leur fauteuil ou leur micro dans ce qu’ils croient être le sens de l’histoire. »

- Atlantico face à Florence Bergeaud-Blackler

Autre exemple : l’interview de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler (Atlantico). Passons sur le titre choisi par le média (« Comment les islamistes ont réussi à noyauter la pensée universitaire sur... l’islamisme »), qui ne s’embarrasse pas de nuance. Le chapô est encore plus instructif car plus ambigu : « Après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, de nombreuses questions se posent sur les défis au cœur de l’Éducation nationale. L’université est également concernée. La pensée universitaire est-elle suffisamment mobilisée face à certaines idéologies ? Les chercheurs qui travaillent sur l’islamisme ont-ils des difficultés ? » On découvrira rapidement que les réponses sont dans les questions… Il faut dire que l’universitaire est encouragée par l’intervieweur, qui reprend son vocabulaire (« Que suggérez-vous pour traiter la forêt de l’islamisme ? ») ; le tout en passant par quelques questions a priori hors sujet au vu de l’angle initial de l’article, comme ce moment où le journaliste demande s’il faut « dissoudre le Collectif contre l’islamophobie en France », en réalité grand accusé de l’entretien.

Car ce qui compte, au fond, c’est que le propos de l’universitaire vienne nourrir l’obsession éditoriale sur le « problème » de l’islam, bien plus que de voir en quoi consistent précisément les théories intersectionnelles et décoloniales, dans leur profondeur historique et leur diversité. Que recouvrent-elles dans le champ de la recherche ? On ne le saura point, car les travaux ne sont jamais cités ou donnés à voir de manière précise et référencée. L’auteure se contente de les incriminer, en les dépeignant comme des « "idéologies bulldozers" caricaturales et culpabilisantes », qui « réduisent les êtres humains à la combinatoire de trois variables – sexe, race, classe –, et combattent l’"Occident" accusé d’être responsable des malheurs du monde ». Une fois encore, on admettra que c’est là une façon pour le moins caricaturale de « présenter » ces théories.


Annexe 3

Exemple de deux questions adressées à Mélanie Luce par Marc Weitzmann (« Signes des temps », France Culture, 25 octobre 2020).

- Mélanie Luce, en tant que présidente de l’Unef qu’est-ce que vous pensez de tout ça ? Parce que vous avez été vous-même… alors le syndicat a été mis en cause, notamment dimanche dernier [lors de la manifestation hommage à Samuel Paty], […] et s’est fait traité par certains manifestants de « collabo ».

- Sur les questions d’enseignement, sur les questions d’égalité homme-femme, y a-t-il oui ou non une progression de l’islamisme militant dans les écoles et dans les facs, puisqu’une de vos figures publiques est elle-même voilée ?

Chacun appréciera la mise à l’index d’une étudiante portant le voile, qualifiée de « preuve » ultime d’un « islamisme militant ». Et en réalité, peu importent les réponses de Mélanie Luce. Le journaliste-procureur (reconnaissant littéralement « met[tre] en cause » la syndicaliste) n’y entend rien… tant l’affaire est, elle, entendue : l’Unef fait l’objet de « nombreux problèmes », comptable d’une « histoire […] parsemée de problèmes » et Mélanie Luce, légitimement étrillée parce que « dans le déni ». Voilà un bel exemple d’émission à charge et du deux poids deux mesures (temps de parole inégal entre les invités, relances différenciées encourageant l’un à poursuivre et interrompant l’autre, prise à partie d’un camp pour mieux soutenir l’autre) qui peut sévir sur les antennes, y compris de radio publique.

 

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Notes

[1Voir L’Ifop pour CNews et Sud Radio, « Les Français et la notion d’islamo-gauchisme », 19/02 et Odoxa pour France Info et Le Figaro, « Islamo-gauchisme : les Français soutiennent F. Vidal mais doutent de la sincérité de sa démarche », 24/02.

[2Contre-vérités à l’appui, Renaud Dély exposera durant les premières minutes de la chronique les « piliers fondamentaux » de ce « concept politique » pour affirmer quelques phrases plus tard que « l’islamo-gauchisme » «  n’est pas un concept scientifique » et que « le CNRS a raison de dire qu’il n’y a pas de réalité scientifique »… L’émission est disponible en replay sur le site de France Inter.

[3Selon le décompte de la Coordination nationale « Université ouverte », motrice dans une mobilisation d’ampleur ayant cours depuis des mois.

[4Le ministre dénonçait alors « ce que l’on appelle communément islamo-gauchisme », une idéologie qui « fait des ravages à l’université » et « mène au pire ». Le ministre y pointait des « complicités intellectuelles » menant à des crimes comme l’assassinat de Samuel Paty (Europe 1, 22 octobre).

[5Notre analyse ne prend pas en compte les « preuves à l’appui » concernant « l’étranger » : les signataires se limitant à attaquer l’université française, nous cantonnerons nous aussi l’analyse dans ce périmètre. Par ailleurs, les auteurs continuant d’alimenter leurs « preuves à l’appui », il faut souligner que notre recensement s’arrête au 12 février.

[6Précisons aussi d’emblée qu’il n’entre pas dans les intentions des auteurs ni les attributions d’Acrimed de se prononcer sur le caractère politique de la tribune, ni sur le bien-fondé épistémologique des approches intersectionnelles, des perspectives post-coloniales ou des études de genre à l’université. L’article porte le regard sur ce qui fonde le « Manifeste des 100 » et soutient son argumentation.

[7Cherchant à apporter des éléments tangibles au débat, Mediapart a publié des statistiques de deux chercheurs (Patrick Simon et Juliette Galonnier) portant sur une quinzaine de revues de sciences sociales. Leur étude indique que, sur la période 1960-2018, les articles traitant de la « question raciale » représentent 2% du total des publications, la proportion passant à 3% pour la période 2015-2020. Voilà qui relativise l’idée d’une « emprise » et qui explique sans doute l’absence de chiffres parmi les « preuves à l’appui ». « En France, les recherches sur la question raciale restent marginales », Mediapart, 8 février 2021

[8Nous avons intégré à ce décompte les auteurs collectifs comme Vigilances université par exemple, qui est plusieurs fois cité dans les « preuves à l’appui ».

[9À ce sujet, consulter nos rubriques « Islam » et « Islamisme », notamment nos recensions des « obsessions islamiques de la presse magazine » et du Point en particulier, en pointe sur le sujet depuis 2015. Mais également notre analyse des « enquêtes » de Marianne à ce propos ou la contre-enquête et critique des médias en actes de Sihame Assbague et Widad Ketfi, « Le Figaro à Saint-Denis : Désinformation-sur-Seine ».

[10Voir à ce titre le numéro du Point (14/01/2021) consacrant un dossier aux « nouveaux fanatiques », dont les « indigénistes » et la « gauche racialiste », tout comme le récent édito du Figaro intitulé « Comment l’islamo-gauchisme gangrène les universités » (12/02/2021).

[11Voir « Islamo-gauchisme : carrière médiatique d’une notion polémique », Ina, La revue des médias, 27 novembre 2020. Voir aussi « Le rôle de la presse dans la diffusion du terme "islamo-gauchisme" », Nikos Smyrnaios, Ephemeron, 28 février 2021.

[12Il nous reste à mentionner que le seul documentaire mobilisé dans le corpus (« Islamogauchisme, la trahison du rêve européen ») parachève la démonstration du « vase clos » : des habitués des interventions médiatiques sur ce sujet comme Philippe Val, Raphaël Enthoven, Pascal Bruckner, Carline Fourest, Brice Couturier ou encore Zohra Bitan y interviennent en tout confort d’entre-soi. La journaliste Judith Bernard en a d’ailleurs livré une critique (Contretemps, 4/02).

[13À titre d’exemple, l’article de Hugues Micheron et Bernard Haykel dans Persuasion (15/11/2020) n’étudie pas l’université française mais les réseaux terroristes islamistes à l’échelle mondiale. On pense également à des articles portant sur les débats en cours dans les institutions culturelles autour de l’interprétation d’œuvres d’art et d’objets culturels. C’est par exemple le cas de l’article de Télérama cité dans le corpus (« Appropriation culturelle : vers une nouvelle forme de censure ? », 31/03/2020), ou encore un article de juin 2017, faisant état de débats au sein de cercles militants et non universitaires (« La gauche déchirée par le "racisme antiraciste", Le Monde, 9/06/2017).

[14Comme le souligne la journaliste Chloé Leprince, « sauf erreur, on ne trouve ainsi personne à se définir soi-même de cette étiquette bizarre de “chercheur identitaire”. Ni d’ailleurs des travaux que leurs auteurs désigneraient comme des recherches “identitaires”. Quand des textes académiques mobilisent le mot “identité”, leurs auteurs sont bien plus souvent du côté de ceux qui veulent s’en défier. […] En disant “identitaire” aussi bien pour des polémiques médiatiques, des affrontements à hauteur de réseaux sociaux que pour des travaux universitaires, on contribue en fait à oxyder le débat intellectuel en floutant ses frontières. On corrode aussi, au passage, quantité de travaux qui à la fois sont bien plus précis sur les mots et les catégories qu’ils mobilisent, et qui souvent les mettent en tension et les problématisent. » « Identité et race : le débat peut-il être autre chose qu’un champ de mines ? », France Culture, 5 février.

[15Dont nous relevions précédemment une fake news à propos de l’agression de deux femmes voilées. Lire sur le site d’Acrimed « Après Conflans, toujours moins de pluralisme », 9 décembre 2020.

[16Rappelons que la ministre de l’Enseignement supérieur a affirmé vouloir confier au CNRS une enquête «  bilan de l’ensemble des recherches » à l’université, provoquant l’ire des institutions (des présidents des universités au CNRS) mais également des enseignants-chercheurs, dont plus de 600 ont réclamé sa démission par le biais d’une tribune publiée dans Le Monde (20/02), rejoints depuis par plus de 10 000 signataires.

[17Qui est présenté comme « philosophe, politiste et historien des idées, directeur de recherche au CNRS, et l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages », et dont l’interview commence par l’évocation de son dernier ouvrage L’Imposture décoloniale. Science imaginaire et pseudo-antiracisme, Paris, Éditions de l’Observatoire/Humensis, 2020.

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