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CommuniquĂ© de l’Internationale sardonique

« L’offensive d’hiver du parti de la presse et de l’argent »

L’Internationale sardonique nous a fait parvenir le communiquĂ© suivant, paru sur le site (dĂ©sormais fermĂ©) du journal PLPL (Pour Lire Pas Lu)le 30 dĂ©cembre 2003  [1].

" Si nous sommes attaquĂ©s par l’ennemi, c’est une bonne chose, car cela prouve que nous avons tracĂ© une ligne de dĂ©marcation bien nette entre l’ennemi et nous. Et si celui-ci nous attaque avec violence, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dĂ©nigrant tout ce que nous faisons, c’est encore mieux, car cela prouve non seulement que nous avons Ă©tabli une ligne de dĂ©marcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remportĂ© des succès remarquables dans notre travail. " (Mao TsĂ©-Toung)

Le parti de la presse et de l’argent (PPA) a lancĂ© son offensive d’hiver contre la Sardonie libre : l’existence d’une critique radicale des mĂ©dias lui est insupportable. En l’espace de cinq semaines, La Peste France Inter, le Quotidien vespĂ©ral des marchĂ©s [ex-Le Monde], Bernard-Henri LĂ©vy et Philippe Val ont attaquĂ© et diffamĂ© PLPL [2]. Il leur faut dĂ©truire la Sardonie avant que la Sardonie ne les ait dĂ©truits. Autant dire que le compte Ă  rebours est dĂ©clenchĂ©.

Ces piqĂ»res d’insectes ont trempĂ© la dĂ©termination des Sardons. L’afflux d’abonnements et de messages de soutien a mĂŞme temporairement submergĂ© nos services administratifs. Profitant d’un instant de rĂ©pit, l’Internationale sardonique livre le rĂ©cit de ces escarmouches et en analyse la portĂ©e.

L’offensive d’hiver du PPA

Le 18 novembre 2003, sur France Inter, dans l’Ă©mission de Pascale Clark, Nicolas PoincarĂ©, pigiste Ă  TF1 et grand reporter Ă  France-Info promenĂ© par l’OTAN au moment de la guerre du Kosovo, consacre plusieurs minutes Ă  notre journal  [3] qu’il a dĂ©couvert en surfant sur internet entre deux safaris : " Maintenant, avec la mondialisation, on peut ĂŞtre Ă  Abidjan et s’intĂ©resser aux mĂ©dias locaux de la haine, et puis faire un tour sur Internet et dĂ©couvrir qu’on a aussi nos petits mĂ©dias de la haine... " Naturellement, cette grande enquĂŞte, payĂ©e par la redevance du contribuable, ne lui a pas permis de dĂ©couvrir que PLPL est un journal papier dont seule une partie des articles se trouve en ligne. La prĂ©sentation de PLPL par PoincarĂ© fait penser Ă  une enquĂŞte de Bernard-Henri LĂ©vy : " C’est très personnalisĂ© et, euh..., très haineux. Bah euh, euh, le combat principal c’est contre la presse donc euh...mais au-delĂ  effectivement il y a un anti-amĂ©ricanisme qui frise le racisme. " Du " combat principal contre la presse ", PoincarĂ© ne soufflera mot. Il bafouillera en revanche la liste des surnoms attribuĂ©s par PLPL aux roitelets du PPA devant une Pascale Clark ravie. L’homme que Jean-Marie Cavada a nommĂ© Ă  la direction de France Inter, Jean-Luc Hees, sera satisfait. LaurĂ©at de la seizième Laisse d’Or de PLPL (septembre 2003) pour avoir comblĂ© les laboratoires pharmaceutiques en licenciant le chroniqueur Martin Winkler, Hees avait en effet jurĂ© de se venger.

Le 9 dĂ©cembre 2003, Le Monde s’engouffre dans la brèche. Il publie un article mensonger affirmant que les membres fondateurs de l’Observatoire français des mĂ©dias seraient dĂ©chirĂ©s entre les adeptes des " attaques personnelles contre les journalistes " et " les professionnels de l’information "  [4]. Ce dĂ©bat n’a jamais eu lieu que dans l’imagination moustachue d’Edwy Plenel, mais peu importe. Un encadrĂ© titrĂ© " Les attaques de ’Pour lire pas lu’ " permettait aux quelques lecteurs que Le Monde a conservĂ©s d’identifier les mĂ©chants :

Les attaques de "Pour lire, pas lu"
FondĂ© en juin 2000 par le journaliste Pierre Carles et animĂ© par Serge Halimi, membre de l’Observatoire français des mĂ©dias et journaliste au
Monde diplomatique, le journal bimestriel Pour lire, pas lu (PLPL) attaque rĂ©gulièrement tous les organes de presse et se livre Ă  des charges personnelles Ă  l’encontre des journalistes, et particulièrement les dirigeants du Monde. Ainsi, dans chaque numĂ©ro, Jean-Marie Colombani est surnommĂ© "Raminagrobis", Edwy Plenel "le roi du tĂ©lĂ©achat" et Alain Minc "le nabot malfaisant". Pour PLPL, Laurent Joffrin, directeur de la rĂ©daction du Nouvel Observateur, est un "mouchard", et l’Ă©ditorialiste Alexandre Adler est surnommĂ© "triple crème".
PLPL attribue rĂ©gulièrement "la laisse d’or" Ă  un journaliste qu’il considère comme servile. A l’Ă©tĂ© 2002, cette "distinction" a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  notre confrère Nicolas Weill pour son "sionisme militant". En septembre, Jean-Luc Hees, directeur de France-Inter - surnommĂ© "la peste" -, Ă©tait citĂ© pour avoir Ă©cartĂ© de l’antenne le romancier Martin Winkler. Les journalistes de la radio publique Ă©taient traitĂ©s de "policiers heesiens". "

Ce texte non signĂ© comporte plusieurs erreurs qui suffiraient Ă  disqualifier n’importe quel journaliste sardon, mais qui au Monde garantissent une promotion rapide. L’actuel directeur adjoint de la rĂ©daction, Jean-Paul Besset, n’est-il pas montĂ© en grade quelques semaines après un article racoleur et bourrĂ© d’erreurs sur l’" affaire Alègre " [5] ? Comme France Inter, Le Monde n’Ă©voque de PLPL que les surnoms dont la Sardonie affuble les outres vaniteuses du PPA. Du contenu du journal, les lecteurs du Monde ne sauront rien. Dans son Ă©dition du 26 fĂ©vrier 2003, le Quotidien vespĂ©ral des marchĂ©s avait usĂ© du mĂŞme procĂ©dĂ© en publiant un encadrĂ© presque identique, Ă  l’Ă©poque destinĂ© Ă  discrĂ©diter les auteurs de La Face cachĂ©e du Monde (lire PLPL n°14). Avec, dĂ©jĂ , les mĂŞmes inexactitudes. Par exemple, Alain Minc n’est plus appelĂ© depuis deux ans " le nabot malfaisant ", une expression d’ailleurs empruntĂ©e Ă  notre ami Karl Marx qui l’employa contre Adolphe Thiers, massacreur de la Commune de Paris (deuxième essai de rĂ©daction de La Guerre civile en France, Editions sociales, 1972, pp. 244-45). Un arrĂŞt historique du Tribunal de grande Instance de Paris (28 novembre 2001, publiĂ© par PLPL n°8) ayant jugĂ© Minc coupable de " plagiat " pour des propos " servilement reproduits ", notre journal a rebaptisĂ© le prĂ©sident du conseil de surveillance du Monde " le plagiaire servile ". Le Monde, incapable d’offrir une promotion Ă  Alain Minc pour le fĂ©liciter d’un arrĂŞt aussi infamant puisque le plagiaire dirige de fait le journal, contesterait-il " l’autoritĂ© de la chose jugĂ©e " ? Enfin, la " Laisse d’or " n’a pas Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  Nicolas Weill pour son seul " sionisme militant " (une option politique que Weill revendique dans son livre Une histoire personnelle de l’antisĂ©mitisme paru en 2003), mais aussi pour son " balladurisme intellectuel ", son adoration de Luc Ferry, son aversion pour Noam Chomsky et, plus gĂ©nĂ©ralement, pour sa " haine de l’intelligence " (PLPL n° 10, juin-aoĂ»t 2002).

Non content d’avoir limitĂ© son enquĂŞte sur PLPL Ă  un vieux glossaire, le QVM le falsifie [6]. Ainsi, selon Le Monde, PLPL aurait qualifiĂ© Laurent Joffrin de " mouchard ". C’est un mensonge. Laurent Mouchard est simplement le nom d’Ă©tat civil du directeur de la rĂ©daction du Nouvel Observateur. Joffrin est un pseudonyme, comme pourra le vĂ©rifier sans peine quiconque consulte un Who’s Who ? ou un annuaire des biographies de la presse. Ce tripatouillage policier (un de plus) est d’autant plus rĂ©jouissant que le mĂ©diateur du Monde alertĂ© deux semaines plus tĂ´t par la rĂ©currence des malversations de Plenel et de ses sbires, rappelait que les guillemets c’Ă©tait sacrĂ©... En passant sous silence les analyses documentĂ©es et sourcĂ©es de PLPL, en rĂ©duisant notre journal a un glossaire satirique de quelque lignes, puis en suggĂ©rant que l’Observatoire français des mĂ©dias est la proie de PLPL (qui n’en est pas membre...), c’est l’ensemble de la critique des mĂ©dias que le PPA entend disqualifier.

Contrairement Ă  ce qu’affirme le QVM, PLPL n’est pas " animĂ© par Serge Halimi ", mais par une dizaine de personnes parmi lesquelles figure Serge Halimi. La personnalisation de l’action collective signe le mĂ©pris des roitelets de la presse qui s’attribuent en permanence le travail d’autrui. Mais cette fois, elle n’est pas innocente : le directeur de la rĂ©daction du Monde voue Ă  l’auteur des Nouveaux chiens de garde une haine tenace depuis que ce dernier a eu l’indĂ©licatesse de le citer dans son chenil. En associant sous n’importe quel prĂ©texte un auteur qu’il redoute Ă  une publication prĂ©sentĂ©e comme dĂ©gradante, le Roi du tĂ©lĂ©achat Edwy Plenel et son compère Ramina espĂ©raient discrĂ©diter notre camarade. Nouvel Ă©chec.

Furieux, les chefs du Monde font alors appel Ă  leur " grand reporter " Bernard-Henri LĂ©vy. Celui-ci vient d’ĂŞtre ridiculisĂ© par une enquĂŞte accablante de la New York Review of Books (traduite et publiĂ©e par Le Monde diplomatique de dĂ©cembre 2003, voir Le scandale BHL, PLPL 17, dĂ©cembre 2003), qui rĂ©vèle les falsifications de son livre Qui a tuĂ© Daniel Pearl ? Un ouvrage encensĂ© Ă  de nombreuses reprises par Plenel et Colombani. BHL est pourpre de fureur. InvitĂ© par LibĂ©ration Ă  publier son " journal de la semaine " (20.12.03), il fulmine : " Si je pense, aujourd’hui, Ă  Serge Halimi, ce n’est pas seulement Ă  cause du tombereau d’injures qu’il me dĂ©verse sur la tĂŞte dans le dernier Monde diplo. Ce n’est mĂŞme pas Ă  causer de la façon, contraire Ă  toutes les règles du mĂ©tier, dont il lui arrive de traiter les Ă©minences de la maison sĹ“ur : Colombani en " Raminagrobis ", Minc en " nabot malfaisant ", Plenel rebaptisĂ© " tĂ©lĂ©achat ". " Edwy Plenel est ainsi privĂ© du titre de noblesse auquel il a consacrĂ© la dernière partie de sa vie (" Roi du tĂ©lĂ©achat " et non pas " tĂ©lĂ©achat "). Ă€ cette erreur, qui lui garantira un poste de directeur adjoint de la rĂ©daction du Monde s’il le rĂ©clame, BĂ©achèle ajoute l’aveu de son exquise modestie. Il rĂ©vèle qu’il pense Ă  Serge Halimi Ă  cause de " la singulière dĂ©chĂ©ance " du Monde diplomatique qui, depuis 1975, serait devenu " la version chic de nos populismes ". Pourquoi 1975 ? Parce qu’Ă  cette date, Le Monde diplomatique cessera de publier des textes de... BHL. Lequel BĂ©achèle oriente dĂ©sormais le jet de ses incontinences littĂ©raires vers Le Monde et le Point.

La Saint Sylvestre approchait. PLPL, qui n’avait rien demandĂ© de tel dans sa lettre au Père-noĂ«l, se voit gratifiĂ© d’un Ă©ditorial acrimonieux signĂ© Philippe Val dans le Non-EvĂ©nement du mercredi (NEM, ex-Charlie Hebdo) du 24 dĂ©cembre 2003  [7]. Le troubadour qui chantait avec Patrick Font pour les dĂ©possĂ©dĂ©s a bien changĂ©. Depuis 1999, le voici Ă©levĂ© au rang des Ă©ditorialistes en vue. Val discute philosophie avec Laurent Mouchard, " dĂ©bat " avec Jean-Marie Messier, caquette avec Jean-Luc Hees, badine avec Franz-Olivier Giesbert, qui trouve ses Ă©ditos « passionnants » [8]. Il cĂ©lèbre l’ordre qui l’a consacrĂ©. Mais " l’ambition souvent fait accepter les postures les plus basses : c’est ainsi qu’on grimpe dans la mĂŞme posture que l’on rampe " (Swift). PurgĂ© de ses Ă©lĂ©ments rĂ©fractaires, Charlie Hebdo est aussi aseptisĂ© qu’un bloc opĂ©ratoire. Val y dĂ©ploie sans entrave son exĂ©cration la gauche radicale, qu’il compare sans cesse au fascisme ; le linguiste amĂ©ricain Noam Chomsky, coupable de n’avoir jamais remarquĂ© son existence intellectuelle, y est qualifiĂ© de nĂ©gationniste [9]. Pour la baudruche prĂ©tentieuse qui signe les interminables Ă©ditos du NEM sans soupçonner que les lecteurs n’achètent ce journal que pour lire " Maurice et Patapon ", le style pamphlĂ©taire " est organiquement raciste " et " s’est rendu activement complice de crimes contre l’humanitĂ© " (NEM, 13.8.03). Une telle ânerie laisse pantois : Voltaire Ă©tait donc " raciste " et Paul Nizan, l’auteur des Chiens de garde abattu par les nazis, Ă©tait " complice de crimes contre l’humanitĂ© ".

L’origine de l’Ă©ditorial anti-sardon du 24 dĂ©cembre remonte Ă  un cocktail dĂ®natoire donnĂ© Ă  Radio France : Val avait promis de venger son patron Jean-Luc Hees, bouleversĂ© d’avoir reçu la Laisse d’Or de PLPL après sa rivale de France Culture Laure Adler (PLPL, n°4). Val rĂ©dige alors un rapport de police qui le place dans les starting-blocks pour la succession de Nicolas Sarkozy. En bon analphabète historique et mondain, Val compare notre publication dĂ©licieuse aux " feuilles d’extrĂŞme droite des annĂ©es trente " (NEM, 24.12.03). Puis, comme France Inter, comme Le Monde, comme BHL, il rĂ©cite l’index des surnoms utilisĂ©s par PLPL. Val juge " honteux et dĂ©gueulasse " que Laurent Mouchard s’appelle Laurent Mouchard. Il se rĂ©volte contre l’appellation de " nabot malfaisant " (naguère) attribuĂ©e Ă  Alain Minc car ce dernier " n’a pas choisi sa taille et la forme de son corps ". C’est exact. Mais n’est-ce pas la mĂŞme verve satirique qui pousse Philippe Val Ă  Ă©crire : " c’est Ă  ses oreilles qu’on devinait que Peyrefitte Ă©tait un homme d’envergure " (NEM, 1.12.99) ? Lui non plus n’avait pas choisi la forme de ses oreilles ; pas plus qu’Edouard Balladur, surnommĂ© " le goitreux " par Charlie Hebdo, n’a choisi celle de sa gorge ; pas plus que Raffarin ou Kessler, rĂ©gulièrement caricaturĂ©s par un profil moins que svelte, celle de leur tour de taille ; pas plus Claude Allègre ses " sourcils de gĂ©ants " qui, selon Val, " l’empĂŞchent de penser " (22.03.00), etc. S’astreindre aux canons moraux du rĂ©dacteur en chef de Charlie Hebdo impose-t-il en revanche de publier des odes au " courage intellectuel " d’Oriana Fallaci après qu’elle ait comparĂ© les Arabes Ă  des " rats " (NEM, 23.10.02) ? Ou d’assimiler les Ă©lecteurs d’Arlette Laguiller Ă  des " chimpanzĂ©s au Congo " (France Culture, 25.6.02) ?

Ce 24 dĂ©cembre, la casuistique valienne rĂ©servait au lecteur bien d’autres trĂ©sors de rigueur. Serge Halimi est accusĂ© de " rĂ©dige[r], sans les signer, la plupart des articles " de PLPL, ce qui est faux ; notre camarade est Ă©galement prĂ©sentĂ© comme le " fondateur " d’un journal créé en rĂ©alitĂ© Ă  l’initiative de Pierre Carles. Puis, sous couvert de dĂ©noncer Halimi, Val rĂ©dige en creux son autoportrait : " Ses [Mes] petits fusibles ont fondu. [...] Le malheureux s’est [Je me suis] mis Ă  se vautrer dans la dĂ©nonciation, usant de procĂ©dĂ©s rĂ©vĂ©lant une dĂ©chĂ©ance morale qui fait pitiĂ© ". Mieux : en critiquant la presse sans en dĂ©missionner, les journalistes sardons se condamneraient au " destin lamentable de parasite dans la charpente ". A Charlie Hebdo, un hebdomadaire balayĂ© par les purges, un salariĂ© dĂ©missionne ou se soumet. Depuis trois ans, c’est d’ailleurs le calme plat. Plus rien ne bouge, sauf les lecteurs qui par milliers abandonnent ce journal et s’abonnent Ă  PLPL.

En dĂ©vorant le NEM, Jean-Luc Hees trĂ©pigne sur son fauteuil en cuir : il appelle Val pour le fĂ©liciter de son Ă©ditorial et lui suggère aussitĂ´t d’en dĂ©cupler l’Ă©cho grâce Ă  sa chronique sur France Inter [10]. Le lundi 29 dĂ©cembre, c’Ă©tait chose faite : le rĂ©dacteur en chef de Charlie Hebdo relisait son Ă©ditorial Ă  l’antenne et cĂ©lĂ©brait au passage l’indĂ©pendance d’esprit de Hees  [11].

Le sens de ces attaques

Au delĂ  des calomnies (qui nous honorent), la direction des coups indique la stratĂ©gie du PPA contre la Sardonie (qui l’assaille).

En premier lieu, le PPA entend conserver le monopole de la critique des mĂ©dias que lui contestent PLPL, sa vitrine universitaire Acrimed (www.acrimed.org) ou la crĂ©ation d’un Observatoire français des mĂ©dias. Or les barons du journalisme entendent accrĂ©diter l’idĂ©e que toute critique extĂ©rieure serait porteuse d’un nouveau totalitarisme. Cette ligne de dĂ©fense a Ă©tĂ© thĂ©orisĂ©e par Colombani : " La presse se voit demander quel contre-pouvoir vient Ă©quilibrer celui qu’elle exerce. Le risque existe donc que la presse libre soit tenue pour un pouvoir d’influence. " Or, selon Ramina, il est " impossible de rĂ©guler, contrĂ´ler ou discipliner la presse du dehors sans remettre en cause ce qui fonde le principe mĂŞme de la libertĂ© d’expression. L’Histoire permet hĂ©las de le vĂ©rifier constamment : dès que surgit une tentation autoritaire, la libertĂ© de la presse est atteinte " [12]. En somme : certains nous disent qu’il faut critiquer la presse, mais le faire c’est favoriser la tyrannie. Donc, s’il faut malgrĂ© tout critiquer la presse, ce doit ĂŞtre le travail exclusif des journalistes : " Chaque rĂ©daction doit dĂ©fendre elle-mĂŞme l’Ă©thique de son mĂ©tier, la garantir, la rĂ©guler "  [13]. On imagine le monde merveilleux dans lequel nous vivrions si seuls les militaires pouvaient critiquer l’armĂ©e et seuls les matons les prisons....

MalgrĂ© sa haine du Monde, uniquement liĂ©e au fait que ce journal l’avait Ă©gratignĂ© et n’annonce pas tous ses tours de chant, Philippe Val a applaudi ce credo partagĂ© par tous les patrons de presse. Dans son Ă©ditorial anti-PLPL, il prĂ©tend qu’une critique du journalisme rĂ©alisĂ©e par des non-journalistes ne se justifie plus car " ce travail d’analyse [est] devenu la routine d’Ă  peu près tous les dĂ©bats sur les mĂ©dias et de toutes les pages mĂ©dias " (Charlie Hebdo, 24.12.03). Toute intrusion extĂ©rieure s’assimilerait Ă  une " milice de la presse " et dĂ©boucherait sur une dictature, puisque " chacun sait que dans une dictature on peut faire le bonheur du peuple sans ĂŞtre emmerdĂ© par des journalistes ". PLPL doit s’incliner sur ce point : Val est un grand spĂ©cialiste des dictatures et la sienne est l’une des mieux tenues.

Les journalistes, seuls autorisĂ©s Ă  critiquer les mĂ©dias ? L’idĂ©e est d’autant plus avantageuse qu’elle garantit une vie paisible aux monarques du PPA. Au moment de licencier Daniel Schneidermann, coupable d’avoir Ă©cornĂ© Le Monde dans un livre, le directeur Jean-Marie Colombani a expliquĂ© : « Un journaliste n’a pas le droit d’Ă©crire contre son entreprise ! ». MĂŞme son de cloche du cĂ´tĂ© de Val : un journaliste qui critique son employeur est un " parasite dans la charpente " qui doit dĂ©missionner pour Ă©chapper Ă  son " destin lamentable " (NEM, 24.12.03). A moins qu’il ne rampe aux pieds du patron en psalmodiant des excuses. Pour laver l’affront sardon infligĂ© Ă  Jean-Luc Hees par PLPL Daniel Mermet est ainsi sommĂ© par Val de " protester vĂ©hĂ©mentement de l’honnĂŞtetĂ© jamais prise en dĂ©faut de Hees, sous la direction duquel il s’honore de faire son travail librement " [14] (NEM, 24.12.03). Ce ne serait plus " LĂ  bas si j’y suis " mais " Merci patron ! ".

Puisque, pour le PPA, la critique des mĂ©dias doit ĂŞtre rĂ©servĂ©e aux seuls journalistes qui s’interdiront de critiquer les mĂ©dias s’ils veulent rester journalistes, tout va bien. Mais tout irait mieux encore si le PPA pouvait prĂ©ventivement purger l’Observatoire français des mĂ©dias (OFM) de la chienlit radicale et sardone [15]. Alors mĂŞme qu’il n’a pas encore produit la moindre analyse, cet Observatoire inquiète : ses instances ne sont pas polluĂ©es par le caquetage des dirigeants de la presse parisienne. L’article et le petit encadrĂ© du Monde contre PLPL et l’OFM (9 dĂ©cembre) avaient pour perspective de trier le bon grain " les professionnels de l’information " de l’ivraie (Acrimed et PLPL).

Cette tentative de maintien de l’ordre mĂ©diatique a mobilisĂ© le soldat Philippe Val qui se languit des guerres depuis la fin de celle du Kosovo. Lui aussi cĂ©lèbre la prĂ©sence " parmi les actuels participants de l’OFM [...] des journalistes comme Jean-Marie Vadrot, Marc Lecarpentier ou Marcel Trillat ". Mais il dĂ©plore aussitĂ´t la prĂ©sence d’Ignacio Ramonet et le fait " que Serge Halimi soit un des initiateurs de l’OFM ". Redoutant que des experts radicaux lancent une commission d’enquĂŞte pour examiner la manière dont Charlie Hebdo est dirigĂ© depuis quelques annĂ©es, Val lance l’inquisition : " Si l’Observatoire français des mĂ©dias sert Ă  insulter et diffamer en prioritĂ© ceux qui se font la plus haute idĂ©e de leur mĂ©tier, alors ce n’est pas la corruption et la collusion qu’il combat, c’est le journalisme libre, en tant qu’il est un Ă©lĂ©ment dĂ©terminant de la dĂ©mocratie ". Parce que PLPL a critiquĂ© le patron de France Inter, celui du Nouvel Observateur et le prĂ©sident du Conseil de surveillance du Monde, Val-Torquemada met en demeure les fondateurs de l’OFM d’Ă©laguer ses rangs. Et profère cette terrible menace : " Tant que l’OFM ne se dĂ©solidarisera pas publiquement de ces propos [ceux de PLPL], et ne leur demandera pas de s’excuser clairement ou de quitter l’OFM, je demande que mon nom soit retirĂ© de la liste des membres fondateurs d’ATTAC, qui est Ă  l’origine du projet. " Bon vent !

La mise en Ĺ“uvre de cette stratĂ©gie pĂ©pĂ©iste [du PPA] exigeait de disqualifier personnellement les critiques radicaux des mĂ©dias. C’est le sens des attaques de France Inter, du Monde, de BHL et de Philippe Val contre PLPL, contre Acrimed, contre Noam Chomsky et contre Serge Halimi. Les dĂ©noncer publiquement comme des chiens enragĂ©s, occulter leurs travaux ou les ramener Ă  la formulation narquoise de quelques surnoms, tout cela vise un triple objectif. Il s’agit d’abord de dĂ©considĂ©rer l’analyse radicale des mĂ©dias auprès des radicaux eux-mĂŞmes, en la dĂ©peignant comme ignominieuse. Les lecteurs jugeront. Ensuite, de fragiliser la position des auteurs critiques en incitant diverses institutions Ă  se dĂ©solidariser d’eux, voire en enjoignant leurs employeurs Ă  les licencier. Les syndicats de journalistes apprĂ©cieront. Enfin, les prĂ©lats du PPA espĂ©raient isoler les libres penseurs en dĂ©courageant les journalistes indĂ©pendants et les intellectuels engagĂ©s de s’afficher Ă  leurs cĂ´tĂ©s. Croient-ils vraiment qu’ils se soumettront ?

Après avoir analysĂ© la situation en dĂ©gustant une dinde aux marrons, le conseil scientifique sardon a fait une dĂ©claration : l’offensive d’hiver du PPA annonce sa retraite de Russie et les conquĂŞtes de printemps de la Sardonie.

Vive la Sardonie libre !

Vive PLPL ! !

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