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Suspense médiatique : et si Léa Salamé ne revenait pas ?

Indépendance… ou hypocrisie générale ?

« Et si Léa Salamé ne revenait pas au 20 Heures de France 2 ? » La question, en appel de Une, a l’air prioritaire pour Le Parisien, qui a missionné deux de ses plus fins limiers sur cette enquête (18/08). Initialement, nous explique le quotidien, la présentatrice du JT, dont la première saison n’a pas été une franche réussite, devait revenir à l’antenne le lundi 24 août. Seulement voilà : l’entrée en campagne de son conjoint Raphaël Glucksmann se précise… « Le retour de Léa Salamé lundi me paraît très compliqué », souffle un cadre de France Télévisions au Parisien. En effet, la présentatrice a toujours affirmé, dès son embauche en juin 2025, qu’elle se déporterait du JT en cas de candidature de son compagnon. Mais pour le moment, rien d’officiel, et le quotidien de Bernard Arnault continue donc d’entretenir le feuilleton estival : « Nous y verrons plus clair à la fin du mois. »

Dans un autre titre détenu par Arnault Bernard, quelques jours plus tôt, une publication tapageuse semblait y voir déjà très clair : le couple Glucksmann/Salamé faisait la Une de Paris Match, en maillots de bain, en train de s’enlacer dans les vagues : « Plus amoureux que jamais, Léa Salamé et Raphaël Glucksmann, l’heure des grandes décisions » (13/08). Le reportage « people » qui accompagne ces photos de vacances est un monument de niaiseries et de dépolitisation : « Le temps d’un baiser, le débatteur et l’intervieweuse se réduisent tendrement au silence. » « La reine du 20h » est dans une « situation périlleuse, ose Paris Match. Elle le sait : quoi qu’il arrive, elle sera attaquée. » Mais encore : « C’est l’ironie de l’histoire : qu’elle, l’affranchie, […] voie son destin professionnel lié à celui d’un homme au point de devoir quitter, même momentanément, son poste au JT. » Le style désuet de cette fausse « paparazzade » culmine dans les légendes des photos : « Pause romantique au creux des vagues… Mais Léa l’hyperactive aura tout de même besoin de ses vingt minutes de natation quotidienne » ; « Fou rire après une glissade sur les galets, sur une plage du cap Corse, où ils aiment prendre un moment seul à seul, en fin de journée » ; « Presque incognito parmi les touristes, ils n’ont besoin de lunettes noires que pour se protéger du soleil. » Ad nauseam.



Dépolitisation, personnalisation, peopolisation : rien de très neuf. Tout est bon pour gonfler le capital médiatique et occuper l’espace. La fausse « paparazzade » fait ainsi ricochet en agitant le bocal médiatico-politique : de Libération à L’Opinion, en passant par les pages TV du Figaro, toute la presse y va de son petit commentaire – critique ou non – et de ses questionnements indigents. Et c’est ainsi que le bruit médiatique fait diversion.

Car cette couverture de Léa Salamé « l’affranchie », qui n’est pas sans rappeler celle de précédents couples « médiatico-politiques » – Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn, Christine Ockrent et Bernard Kouchner, Béatrice Schönberg et Jean-Louis Borloo, Isabelle Saporta et Yannick Jadot, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, Valérie Trierweiler et François Hollande, etc. – se concentre comme de coutume sur les romances people et les enjeux de mercato médiatique… au détriment des (bonnes) questions que ne se posent jamais les journalistes : en premier lieu, celle de l’endogamie structurelle au sein des « élites » politiques et médiatiques françaises. Et comme nous l’écrivions déjà en 2010 au moment de la suspension d’Audrey Pulvar d’une émission politique sur i-Télé après l’annonce de la candidature d’Arnaud Montebourg aux primaires socialistes, le « débat » sur la proximité entre le pouvoir politique et les médias se trouve circonscrit au cas des « journalistes conjoints », éludant de ce fait « la variété et la multiplicité des connivences entre les journalistes et les centres de décision ».

Déjà en campagne, Léa Salamé se prête évidemment au jeu en laissant encore planer le doute sur son retour à la présentation du JT de France 2. Et les bruits de couloir de s’ajouter aux bruits de couloir… « Léa est au planning. Mais tout le monde est persuadé qu’elle part », glisse un salarié de France Télé au Figaro (20/08), tandis que la presse « people » se repaît de ses atermoiements : « Léa Salamé de retour au 20h de France 2 dans deux semaines ? Pourquoi ce n’est pas si simple… » (Gala, 14/08) ; « Léa Salamé écartée du 20h de France 2 ? » (Voici, 29/07) ; « Léa Salamé, son avenir menacé sur France 2 ? À cause de Raphaël Glucksmann, "on la sait torturée" » (Closer, 13/08).

Outre l’effet de peopolisation d’une star de l’information, tous ces titres entretiennent une fiction dépolitisante, dans laquelle le fait que la présentatrice du JT soit la compagne d’un homme politique de premier plan n’aurait d’effet sur son traitement de l’actualité politique qu’à partir du moment où ce dernier entre officiellement en campagne. Et encore : il s’agit plus précisément d’écarter tout soupçon, tant il est entendu que le reste du temps et en règle générale, Léa Salamé « l’affranchie » n’est jamais partisane. Du reste, personne ne songe à décorréler la question (posée ponctuellement) de « l’indépendance » d’une journaliste de celle de son compagnonnage amoureux : la position sociale de Léa Salamé, sa pratique du journalisme politique, l’entre-soi sociologique dans lequel elle évolue ne sont, eux, nullement en jeu. D’ailleurs, Le Figaro l’assure : « France Télévisions ne veut pas laisser de place à la confusion : il s’agit bien d’une mise en retrait temporaire », et Léa l’hyperactive retrouvera son fauteuil – et le certificat d’« impartialité » qui va avec ? – dès la campagne terminée. Comble de l’hypocrisie générale : elle gardera par ailleurs, le temps de la présidentielle, l’émission de divertissement, de bavardages et d’entre-soi qu’elle co-produit et présente en grandes pompes sur France 2, « Quelle époque ! ».

Toute cette comédie autour du retrait de la présentatrice du JT aurait pu nous être épargnée : dès fin juillet, LCI avait annoncé le premier débat télévisé de la campagne, organisé (comme un signe) en collaboration avec le MEDEF, le 27 août. Au programme, la plupart des « gros » candidats officiellement déclarés… ainsi que Raphaël Glucksmann. Mais la mise en scène de son retrait semble être une chose importante pour Léa Salamé, qui peut compter sur la bienveillance d’une large partie de la presse, à commencer par les titres « people ». Il y a quelques mois, le magazine Closer titrait carrément : « Léa Salamé bientôt Première dame de France ? Raphaël Glucksmann prêt à l’exploit pour lui offrir le titre » (04/10/25).


***


Les spéculations concernant son remplacement ne dureront elles pas longtemps : c’est le tout désigné Jean-Baptiste Marteau qui lui succèdera. Jamais partisan, lui non plus, ce sémillant journaliste fut par le passé président des jeunes UMP de l’Oise. Décidément…


Jérémie Younes

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