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L’Écho Républicain et Attac : droit de réponse ou droit de censure ?

par Philippe Monti,

Nous avons déjà consacré aux rapports très harmonieux entre Attac Eure-et-Loir et L’Echo Républicain, un article édifiant : « Révélations de L’Echo Républicain sur Attac ». Rappel d’une partie des épisodes précédents et suite du feuilleton (Acrimed)

Droit de la presse ou droit de nuisance ?

Dans son édition du samedi-dimanche 20 et 21 septembre L’Echo républicain, publie, en page intérieure, dans une rubrique intitulée « confidentiel », une « brève » intitulée « Droit de la presse ». La voici :

« Dans les soirées-débat altermondialistes, Philippe Monti, le responsable départemental d’Attac 28 (Association pour la taxation des transactions financières), n’a de cesse de vitupérer les médias et les journalistes, coupables selon lui, d’être à la solde de grands groupes financiers acteurs de la mondialisation néo libérale. "Une entrave à la liberté de la presse", dit-il. Mais lorsqu’il est sollicité par un journaliste, Philippe Monti exige une relecture de l’article avant sa parution. Elle pas belle la liberté de la presse ? »

Le 23 septembre 2003, Philippe Monti adresse à L’Echo républicain, le « droit de réponse », dont on lira le texte plus loin.

Croyant sans doute qu’il pouvait jeter ce « droit de réponse » dans une corbeille à papier, L’Echo Républicain ne le publie pas. Ce qui lui vaut une lettre de rappel en date du 30 septembre.

« Monsieur,

Vous avez ignoré mon courrier du 23 septembre (courrier dont vous avez cependant accusé réception le 25 septembre 2003) : en effet, vous n’avez pas publié le droit de réponse que, conformément à la loi, je vous priais d’insérer.

Je me permets donc de vous rappeler - ou de vous faire découvrir ? - l’article 13 de la Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. En effet, le droit et la liberté de la presse, en Beauce comme partout en France, ne se réduisent pas à n’être que des épouvantails qu’on peut brandir pour instruire des procès d’intention malveillants. Ils garantissent aussi les personnes physiques et morales contre les abus de la presse.

Cet article (modifié par l’ordonnance 2000-916 2000-09-19 art. 3 JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002) énonce la chose suivante :

« Le directeur de la publication sera tenu d’insérer dans les trois jours de leur réception, les réponses de toute personne nommée ou désignée par le journal ou écrit périodique quotidien sous peine de 3750 euros d’amende sans préjudice des autres peines et dommages-intérêts auxquels l’article pourrait donner lieu.[...]

Cette insertion devra être faite à la même place et en mêmes caractères que l’article qui l’aura provoquée, sans aucune intercalation.

Non compris l’adresse, les salutations, les réquisitions d’usage et la signature qui ne seront jamais comptées dans la réponse, celle-ci sera limitée à la longueur de l’article qui l’aura provoquée. Toutefois, elle pourra atteindre cinquante lignes, alors même que cet article serait d’une longueur moindre, et elle ne pourra dépasser deux cents lignes , alors même que cet article serait d’une longueur supérieure. »

En conséquence, je vous prie de bien vouloir insérer le droit de réponse ci-dessous (provoqué par la brève intitulée « Droit de la presse » publiée en page 4 de votre édition des 20 et 21 septembre) (...) »

Suit alors le texte du droit de réponse envoyé le 23 septembre :

« Mis en cause dans l’édition des 20 et 21 septembre, en tant que président d’Attac 28 (Association pour la Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens), je m’étonne de ce qu’on me suppose l’intention et le pouvoir d’attenter à « la liberté de la presse ». Le ton et la virulence de la mise en cause relèvent de « libertés » que la presse ne s’autorise ni avec ses propriétaires, ni avec les notables, ni avec les élus (si bien servis par la « liberté de la presse »).

Les propos qui me sont prêtés sont une caricature dont la paternité n’appartient qu’à leur auteur anonyme de L’Echo républicain. Il serait bien difficile à sa rédaction de connaître les analyses développées par Attac 28 puisqu’aucun de ses journalistes n’a jamais assisté à aucune des conférences et aucun des débats organisés sous la seule responsabilité de l’association (Bernard Cassen, Serge Halimi, Yves Salesse, Susan George, etc.).

Attac 28 maintient ses critiques précises de la Une et du dossier de Stéphane Marchand publiés dans l’édition du 12 septembre : elles ont été détaillées dans un courrier de trois pages que L’Echo républicain n’a pas publié - ne serait-ce que partiellement - et auquel il ne répond en rien.

Pourquoi refuserait-on en Eure-et-Loir au président d’une association le droit de relire les propos qu’on va lui attribuer alors que c’est une pratique courante dans la presse nationale réputée « respectable » ?

La « liberté de la presse » autorise-t-elle donc désormais à publier des déclarations imaginaires pour nuire à ceux qui osent s’interroger sur la dépendance économique et idéologique des médias ? Pourquoi serait-il insultant pour les journalistes (aujourd’hui bien souvent encore plus précarisés que les autres salariés) de considérer les médias pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des entreprises comme les autres avec des propriétaires et des actionnaires qui veillent à défendre leurs intérêts ?

Belle conception de la « liberté de la presse » que celle qui se résume au pouvoir de faire dire n’importe quoi à ceux dont on ne redoute rien, à caricaturer et à censurer toute critique argumentée et informée ! »


Droit de réponse ou droit de censure ?

Après avoir longuement tergiversé, L’Echo Républicain publie, en page 6 de son édition du samedi 4 et dimanche 5 octobre, une version caviardée de ce « droit de réponse », assortie d’un commentaire. Et cela donne ceci :

« Suite à notre article dans notre édition des 20 et 21 septembre sous le titre "Droit de la presse", Philippe Monti, président d’Attac 28 (Association pour la taxations des transactions financières pour l’aide aux citoyens) nous demande d’insérer le droit de réponse suivant.

"Mis en cause dans l’édition des 20 et 21 septembre, en tant que président d’Attac 28, je m’étonne de ce qu’on me suppose l’intention et le pouvoir d’attenter à la liberté de la presse (..). Le propos qui me sont prêtés sont une caricature dont la paternité n’appartient qu’à leur auteur anonyme de l’Echo républicain (..). pourquoi refuserait-on en Eure-et-Loir au président d’une association le droit de relire les propos qu’on va lui attribuer alors que c’est une pratique courante dans la presse nationale réputée "respectable" ? (..) Belle conception de la "liberté de la presse" que celle qui se résume au pouvoir de faire dire n’importe quoi à ceux dont on ne redoute rien, à caricaturer et à censurer toute critique argumentée et informée !"

NDLR : Et pour être complètement informé, la critique doit aussi savoir que la relecture avant parution d’un article ou des propos qui vont y être rapportés ne répond en rien à des obligations journalistiques et déontologiques. Quant à sa pratique courante dans la presse nationale réputée "respectable", il n’y a, à notre connaissance, que nos confrères du Monde qui en font occasionnellement usage et le mentionnent en fin d’article." »

Ce qui a été coupé, signalé par les deux points de suspension - en Beauce on économise même les points de suspension ! - est systématiquement ce qui touche au fond : la servilité avec les notables et les effets du pouvoir économique sur les médias.

Le 13 octobre 2003, Philippe Monti adresse donc à L’Echo Républicain la mise au point suivante :

« Monsieur,

L’Echo républicain a publié dans son édition des 4 et 5 octobre le droit de réponse dont vous aviez accusé réception le 1er octobre. Cette publication est cependant le résultat de « coupes » dans le texte qui vous avait été adressé, « coupes » dont votre journal a pris seul l’initiative et la responsabilité. Cette étrange conception du droit de réponse appelle - encore une fois... - quelques observations :

1/ Le texte publié a été réduit à 20 lignes. Or, la loi (elle était intégralement citée dans mon courrier du 30 septembre) prévoit un minimum acceptable de 50 lignes. Donc, légalement, rien n’autorisait ce caviardage ; au contraire, tout l’interdisait.

2/ Cette censure montre combien il est légitime de se montrer prudent avec votre amour déclaré de la liberté de la presse : votre passion oublie spontanément que l’exercice de toute liberté est encadré précisément par la Loi.
Non seulement vous pensez pouvoir « librement » caricaturer et dénaturer les idées dont vous prétendez rendre compte, pouvoir « librement » jeter des anathèmes contre ceux dont vous estimez n’avoir rien à craindre, mais, en plus, vous vous arrogez sans scrupule le droit de rectifier « librement » les droits de réponse de ceux dont vous avez déformé la pensée : le quatrième pouvoir, pour le citoyen, très loin d’être un contre-pouvoir, devient alors un pouvoir tyrannique puisqu’il n’existe plus de moyen d’échapper publiquement à ses abus.
La formation d’un « cinquième pouvoir » - appelé de ses vœux par Ignacio Ramonet dans l’éditorial de l’édition d’octobre du Monde diplomatique - s’impose donc, à l’évidence, comme une urgence citoyenne.

3/ Les coupes que vous avez opérées obéissent à une cohérence idéologique transparente : vous avez délibérément censuré tout ce qui évoquait, d’une part, la complaisance de la PQR avec les notables et les élus locaux et, d’autre part, la mise en relief des contraintes issues de la dépendance économique générale des médias à l’égard de leurs puissants propriétaires.

Vous avez notamment éliminé les deux passages suivants :

- « Le ton et la virulence de la mise en cause relèvent de « libertés » que la presse ne s’autorise ni avec ses propriétaires, ni avec les notables, ni avec les élus (si bien servis par la « liberté de la presse »). »

- « La « liberté de la presse » autorise-t-elle donc désormais à publier des déclarations imaginaires pour nuire à ceux qui osent s’interroger sur la dépendance économique et idéologique des médias ? Pourquoi serait-il insultant pour les journalistes (aujourd’hui bien souvent encore plus précarisés que les autres salariés) de considérer les médias pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des entreprises comme les autres avec des propriétaires et des actionnaires qui veillent à défendre leurs intérêts ? »

Même dans un modeste journal de province, il est interdit de suggérer qu’il faudrait informer sur l’information. Il est interdit d’évoquer le pouvoir des propriétaires, des actionnaires et de la publicité dans les médias. Il est interdit de s’intéresser aux connivences entre les journalistes dominants et les grands groupes industriels et financiers (dans une presse de plus en plus concentrée et dominée par ces groupes).

Où est le droit à l’information des citoyens quand la presse censure unanimement la critique objective des médias, c’est-à-dire celle qui se fonde sur l’analyse des liens de causalité entre la propriété d’un média et ses choix idéologiques ? Pour masquer cette censure généralisée, il lui suffit ensuite de faire la promotion de la critique de surface des médias comme la pratique, par exemple, Daniel Schneidermann (et même cette « critique » - pourtant si peu critique pour les maîtres de la finance et pour le pouvoir des marchés - a conduit Le Monde à licencier l’animateur d’Arrêt sur images !).

Jusque dans L’Echo républicain cette censure semble s’exercer avec une vigilance implacable.

4/ L’artifice que vous utilisez pour la masquer est assez grossier : vous focalisez entièrement l’attention sur la seule question de la relecture des propos. Il s’agit d’un aspect bien mineur au regard de l’enjeu général.

Vous venez cependant de démontrer par les faits que, même quand on vous écrit en recommandé avec accusé de réception et que vous donnez alors l’illusion de publier un droit de réponse, vous déformez, vous caviardez et vous censurez. Il y a de quoi nourrir plus que des préventions quant à la fidélité de ce que vous allez publier après avoir recueilli des déclarations verbales !

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Directeur de la publication, l’expression de mes salutations distinguées.

Philippe Monti, Président d’Attac 28.

A t t a c 2 8
Siège social :
17 bis, rue St-Michel
28000 Chartres
attac28@attac.org

 

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