Dès les dĂ©buts du mouvement des gilets jaunes, le correspondant de LibĂ©ration Ă Bruxelles n’a pas manquĂ© une occasion de faire connaĂ®tre, via Twitter, l’étendue de son mĂ©pris Ă l’égard du mouvement des gilets jaunes. Ces derniers sont d’abord qualifiĂ©s de « beaufs », voire de « beaufs d’extrĂŞme-droite »â€¦


… puis c’est l’escalade : « France moisie », « factieux » Ă « embastiller » d’urgence, « beaufs poujadistes », ou encore « antisĂ©mites » et « homophobes ». Jean Quatremer n’est dĂ©cidĂ©ment pas en reste d’adjectifs fleuris pour qualifier le mouvement :





Dans ce florilège loin d’être exhaustif, notons cet exemple subtil de critique des mĂ©dias, accusĂ©s d’avoir « rĂ©percutĂ© le moindre rot jaune » :

La furia du correspondant de Libération est telle que la rubrique Checknews, sur le site du quotidien, y revient en précisant que la rédaction n’est pas en accord avec ses propos.
Dans ses saillies contre le mouvement des gilets jaunes, Jean Quatremer raille à plusieurs reprises les fausses informations qui circulent sur les pages Facebook des gilets jaunes. Pourtant cela ne l’a pas empêché de se faire, lui-même, le relais de fausses informations.
Le 29 décembre, il rediffuse, commentaire à l’appui, un message (depuis effacé et indisponible) laissant entendre qu’un incendie de voitures devant le siège du Parisien (depuis reconnu comme accidentel) serait le fait de gilets jaunes. Et lorsqu’il réalise l’erreur, loin de faire son mea culpa, il persiste et signe, livrant à nouveau sa vision apocalyptique du mouvement :

Ce n’est pas tout puisque le 13 janvier, Jean Quatremer relaie un article d’une revue amĂ©ricaine au titre Ă©vocateur : « Le cĹ“ur rĂ©pugnant, illibĂ©ral et antisĂ©mite du mouvement des Gilets jaunes ». L’illustration est Ă l’avenant :

Un article qui relève une sĂ©rie « d’anecdotes » (comme le reconnaĂ®t l’auteur) visant Ă Ă©tablir la gĂ©nĂ©ralitĂ© selon laquelle le mouvement des gilets jaunes serait antisĂ©mite. Avec Ă la clĂ© une « fausse nouvelle » : le gilet jaune Éric Drouet aurait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© Ă Paris avec une « arme Ă feu illĂ©gale ». Or celui-ci a bien Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© pour port d’arme illĂ©gal, mais il s’agirait d’une « sorte de matraque » selon les policiers et d’un « bout de bois » selon son avocat [1].
Enfin, le 15 janvier, Jean Quatremer se moque (comme nombre de ses confrères et de commentateurs) d’une jeune femme gilet jaune interviewĂ©e par BFM-TV qui aurait Ă©voquĂ© l’existence d’« 1% d’extraterrestres » :

Problème : la jeune femme avait Ă©tĂ© coupĂ©e au montage, et son propos dĂ©formĂ© puisqu’elle Ă©voquait les très riches, comme l’explique cette vidĂ©o. Mais lorsqu’il s’agit de railler les gilets jaunes, il semble que Jean Quatremer ne soit pas très enclin Ă vĂ©rifier ses sources...
Jean Quatremer est certes un cas Ă part, Ă classer parmi la frange des journalistes particulièrement mal disposĂ©s Ă l’Ă©gard des gilets jaunes, et qui ne manquent pas une occasion de vocifĂ©rer leur mĂ©pris (avec par exemple, Brice Couturier). Mais les exemples de « fausses nouvelles » citĂ©es par Jean Quatremer sont nĂ©anmoins significatifs d’un travers frĂ©quent dans l’Ă©lite journalistique. Ceux-lĂ mĂŞme qui sont prompts Ă dĂ©noncer les abus qu’ils associent Ă l’usage des rĂ©seaux sociaux par la masse des profanes (non-journalistes) en arrivent Ă oublier qu’ils sont eux-mĂŞmes les victimes de biais de confirmation ; privilĂ©giant les informations qui confirment leurs idĂ©es prĂ©conçues (voire leur mĂ©pris de classe), qu’importe leur vĂ©racitĂ© et au mĂ©pris de toute dĂ©ontologie.
Frédéric Lemaire