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Jean Quatremer, grand pourvoyeur de « fake news » sur les gilets jaunes

C’est peu dire que certains journalistes ne portent pas le mouvement des gilets jaunes dans leur cĹ“ur. Les raisons peuvent en ĂŞtre nombreuses : antipathie vis-Ă -vis de la contestation sociale, mĂ©pris de classe, ou encore rĂ©action corporatiste face aux critiques virulentes des mĂ©dias. Jean Quatremer figure parmi les journalistes en vue qui ont exprimĂ© le plus bruyamment leur aversion Ă  l’égard du mouvement. Au risque de faire prĂ©cisĂ©ment ce que reproche l’élite journalistique aux gilets jaunes : relayer des fausses informations – des « fake news ».

Dès les dĂ©buts du mouvement des gilets jaunes, le correspondant de LibĂ©ration Ă  Bruxelles n’a pas manquĂ© une occasion de faire connaĂ®tre, via Twitter, l’étendue de son mĂ©pris Ă  l’égard du mouvement des gilets jaunes. Ces derniers sont d’abord qualifiĂ©s de « beaufs », voire de « beaufs d’extrĂŞme-droite »â€¦



… puis c’est l’escalade : « France moisie », « factieux » Ă  « embastiller » d’urgence, « beaufs poujadistes », ou encore « antisĂ©mites » et « homophobes ». Jean Quatremer n’est dĂ©cidĂ©ment pas en reste d’adjectifs fleuris pour qualifier le mouvement :



Dans ce florilège loin d’être exhaustif, notons cet exemple subtil de critique des mĂ©dias, accusĂ©s d’avoir « rĂ©percutĂ© le moindre rot jaune » :



La furia du correspondant de Libération est telle que la rubrique Checknews, sur le site du quotidien, y revient en précisant que la rédaction n’est pas en accord avec ses propos.

Dans ses saillies contre le mouvement des gilets jaunes, Jean Quatremer raille à plusieurs reprises les fausses informations qui circulent sur les pages Facebook des gilets jaunes. Pourtant cela ne l’a pas empêché de se faire, lui-même, le relais de fausses informations.

Le 29 dĂ©cembre, il rediffuse, commentaire Ă  l’appui, un message (depuis effacĂ© et indisponible) laissant entendre qu’un incendie de voitures devant le siège du Parisien (depuis reconnu comme accidentel) serait le fait de gilets jaunes. Et lorsqu’il rĂ©alise l’erreur, loin de faire son mea culpa, il persiste et signe, livrant Ă  nouveau sa vision apocalyptique du mouvement :


Ce n’est pas tout puisque le 13 janvier, Jean Quatremer relaie un article d’une revue amĂ©ricaine au titre Ă©vocateur : « Le cĹ“ur rĂ©pugnant, illibĂ©ral et antisĂ©mite du mouvement des Gilets jaunes ». L’illustration est Ă  l’avenant :



Un article qui relève une sĂ©rie « d’anecdotes » (comme le reconnaĂ®t l’auteur) visant Ă  Ă©tablir la gĂ©nĂ©ralitĂ© selon laquelle le mouvement des gilets jaunes serait antisĂ©mite. Avec Ă  la clĂ© une « fausse nouvelle » : le gilet jaune Éric Drouet aurait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© Ă  Paris avec une « arme Ă  feu illĂ©gale ». Or celui-ci a bien Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© pour port d’arme illĂ©gal, mais il s’agirait d’une « sorte de matraque » selon les policiers et d’un « bout de bois » selon son avocat [1].

Enfin, le 15 janvier, Jean Quatremer se moque (comme nombre de ses confrères et de commentateurs) d’une jeune femme gilet jaune interviewĂ©e par BFM-TV qui aurait Ă©voquĂ© l’existence d’« 1% d’extraterrestres » :



Problème : la jeune femme avait Ă©tĂ© coupĂ©e au montage, et son propos dĂ©formĂ© puisqu’elle Ă©voquait les très riches, comme l’explique cette vidĂ©o. Mais lorsqu’il s’agit de railler les gilets jaunes, il semble que Jean Quatremer ne soit pas très enclin Ă  vĂ©rifier ses sources...


***


Jean Quatremer est certes un cas Ă  part, Ă  classer parmi la frange des journalistes particulièrement mal disposĂ©s Ă  l’Ă©gard des gilets jaunes, et qui ne manquent pas une occasion de vocifĂ©rer leur mĂ©pris (avec par exemple, Brice Couturier). Mais les exemples de « fausses nouvelles » citĂ©es par Jean Quatremer sont nĂ©anmoins significatifs d’un travers frĂ©quent dans l’Ă©lite journalistique. Ceux-lĂ  mĂŞme qui sont prompts Ă  dĂ©noncer les abus qu’ils associent Ă  l’usage des rĂ©seaux sociaux par la masse des profanes (non-journalistes) en arrivent Ă  oublier qu’ils sont eux-mĂŞmes les victimes de biais de confirmation ; privilĂ©giant les informations qui confirment leurs idĂ©es prĂ©conçues (voire leur mĂ©pris de classe), qu’importe leur vĂ©racitĂ© et au mĂ©pris de toute dĂ©ontologie.


Frédéric Lemaire

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