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Jean Quatremer, grand pourvoyeur de « fake news » sur les gilets jaunes

par Frédéric Lemaire,

C’est peu dire que certains journalistes ne portent pas le mouvement des gilets jaunes dans leur cœur. Les raisons peuvent en être nombreuses : antipathie vis-à-vis de la contestation sociale, mépris de classe, ou encore réaction corporatiste face aux critiques virulentes des médias. Jean Quatremer figure parmi les journalistes en vue qui ont exprimé le plus bruyamment leur aversion à l’égard du mouvement. Au risque de faire précisément ce que reproche l’élite journalistique aux gilets jaunes : relayer des fausses informations – des « fake news ».

Dès les débuts du mouvement des gilets jaunes, le correspondant de Libération à Bruxelles n’a pas manqué une occasion de faire connaître, via Twitter, l’étendue de son mépris à l’égard du mouvement des gilets jaunes. Ces derniers sont d’abord qualifiés de « beaufs », voire de « beaufs d’extrême-droite »…




… puis c’est l’escalade : « France moisie », « factieux » à « embastiller » d’urgence, « beaufs poujadistes », ou encore « antisémites » et « homophobes ». Jean Quatremer n’est décidément pas en reste d’adjectifs fleuris pour qualifier le mouvement :







Dans ce florilège loin d’être exhaustif, notons cet exemple subtil de critique des médias, accusés d’avoir « répercuté le moindre rot jaune » :



La furia du correspondant de Libération est telle que la rubrique Checknews, sur le site du quotidien, y revient en précisant que la rédaction n’est pas en accord avec ses propos.

Dans ses saillies contre le mouvement des gilets jaunes, Jean Quatremer raille à plusieurs reprises les fausses informations qui circulent sur les pages Facebook des gilets jaunes. Pourtant cela ne l’a pas empêché de se faire, lui-même, le relais de fausses informations.

Le 29 décembre, il rediffuse, commentaire à l’appui, un message (depuis effacé et indisponible) laissant entendre qu’un incendie de voitures devant le siège du Parisien (depuis reconnu comme accidentel) serait le fait de gilets jaunes. Et lorsqu’il réalise l’erreur, loin de faire son mea culpa, il persiste et signe, livrant à nouveau sa vision apocalyptique du mouvement :


Ce n’est pas tout puisque le 13 janvier, Jean Quatremer relaie un article d’une revue américaine au titre évocateur : « Le cœur répugnant, illibéral et antisémite du mouvement des Gilets jaunes ». L’illustration est à l’avenant :



Un article qui relève une série « d’anecdotes » (comme le reconnaît l’auteur) visant à établir la généralité selon laquelle le mouvement des gilets jaunes serait antisémite. Avec à la clé une « fausse nouvelle » : le gilet jaune Éric Drouet aurait été arrêté à Paris avec une « arme à feu illégale ». Or celui-ci a bien été arrêté pour port d’arme illégal, mais il s’agirait d’une « sorte de matraque » selon les policiers et d’un « bout de bois » selon son avocat [1].

Enfin, le 15 janvier, Jean Quatremer se moque (comme nombre de ses confrères et de commentateurs) d’une jeune femme gilet jaune interviewée par BFM-TV qui aurait évoqué l’existence d’« 1% d’extraterrestres » :



Problème : la jeune femme avait été coupée au montage, et son propos déformé puisqu’elle évoquait les très riches, comme l’explique cette vidéo. Mais lorsqu’il s’agit de railler les gilets jaunes, il semble que Jean Quatremer ne soit pas très enclin à vérifier ses sources...


***


Jean Quatremer est certes un cas à part, à classer parmi la frange des journalistes particulièrement mal disposés à l’égard des gilets jaunes, et qui ne manquent pas une occasion de vociférer leur mépris (avec par exemple, Brice Couturier). Mais les exemples de « fausses nouvelles » citées par Jean Quatremer sont néanmoins significatifs d’un travers fréquent dans l’élite journalistique. Ceux-là même qui sont prompts à dénoncer les abus qu’ils associent à l’usage des réseaux sociaux par la masse des profanes (non-journalistes) en arrivent à oublier qu’ils sont eux-mêmes les victimes de biais de confirmation ; privilégiant les informations qui confirment leurs idées préconçues (voire leur mépris de classe), qu’importe leur véracité et au mépris de toute déontologie.


Frédéric Lemaire

 

Notes

[1Comme le relate cet article de Libération.

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