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« L’affaire Abdallah est aussi un désastre médiatique »

Dans son film consacré à l’affaire Georges Ibrahim Abdallah (L’affaire Abdallah, 2026), Pierre Carles revient sur un épisode majeur de désinformation médiatique. Il analyse comment une fausse piste, relayée par les grands médias, a pesé sur le sort du militant libanais pendant plus de quarante ans. Il évoque également la réception du film, les limites de la critique des médias dans les médias dominants, et la place du documentaire dans un paysage médiatique verrouillé. Entretien.


Acrimed : Ton film montre que les médias ont joué un rôle central dans l’affaire Abdallah. Comment ?

Pierre Carles : Les médias ont joué plusieurs rôles, tous néfastes. D’abord, ils ont contribué à fabriquer ou à reproduire la figure du « terroriste », à propos de Georges Abdallah, en faisant quasi-systématiquement l’amalgame entre la résistance radicale pouvant aller jusqu’à des assassinats ciblés, et le terrorisme à l’égard de la population civile pratiqué par des fondamentalistes religieux comme Daech. Ce glissement existait déjà dans les années 1980, mais il s’est accentué après le 11 septembre 2001 : toute lutte armée non étatique est désormais classée « terroriste », qu’il s’agisse de mouvements communistes, indépendantistes, nationalistes ou religieux. On met dans le même sac les FARC, l’ELN, Al-Qaïda et Daech, afin de disqualifier toute forme de résistance radicale. Ces dernières années, les grands médias ont banni de leur vocabulaire les termes « guérillero » et « fedayin » pour parler des résistants palestiniens et pro-palestiniens. C’est le qualificatif infamant « terroriste » qui l’a remplacé, afin de couper court à toute discussion sur la légitimité des actions de résistance.

Dans le cas Abdallah, cette logique a été amplifiée par le contexte : en 1986, une vague d’attentats meurtriers revendiqués par un mystérieux CSPPA (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes) frappe la France. Le CSPPA demande la libération de plusieurs prisonniers politiques, dont Georges Abdallah, incarcéré depuis 1984, après que son groupe armé, les FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), a revendiqué l’assassinat en 1982 de l’attaché militaire étasunien en poste à Paris et d’un fonctionnaire israélien, agent du Mossad, après qu’Israël avec l’assentiment des États-Unis attaque le Liban, comme il continue de le faire de nos jours. Mais les attentats de 1986 dans les rues de Paris n’avaient rien à voir avec le mode opératoire des FARL. Il ne s’agissait pas d’assassinats ciblés, cette fois-ci, mais de bombes tuant et blessant des civils de manière indiscriminée, soit des attentats à caractère terroriste. Ces attaques étaient en réalité menées par des membres du Hezbollah missionnés par l’Iran, en réaction au soutien militaire français à l’Irak en guerre contre l’Iran et au refus de Paris de régler un contentieux financier datant du régime du Shah.


Comment cette fausse piste a-t-elle été construite ?

Un journaliste du Monde, Edwy Plenel, s’est fait intoxiquer par une source qui lui a fourni de fausses informations. Le Monde, alors perçu comme le « quotidien de référence », a entraîné toute la presse derrière lui : radios, télévisions, journaux ont repris sans vérification l’idée que les attentats seraient liés aux « frères Abdallah » et à la Syrie. Une thèse totalement infondée.

Plenel avait déjà obtenu des informations exclusives dans l’affaire du Rainbow Warrior, probablement de cette source. Il lui faisait confiance, donc. Mais cette fois, il s’est trompé – ou a été trompé. Cette information erronée a ensuite été reprise sans vérification approfondie par ses confrères du Monde, mais aussi par Libération, Le Figaro, Le Nouvel Observateur et d’autres médias. On peut parler de « journalisme de préfecture » : les médias se contentent souvent de relayer des informations provenant de la police ou de la justice sans enquête indépendante. Hervé Brusini, ancien de France Télévisions, a d’ailleurs reconnu que les rédactions manquaient cruellement de services d’enquête à l’époque. Certains journalistes interrogés dans le film (Véronique Brocard de Libération, Georges Marion du Monde, Hervé Brusini) ont accepté de revenir sur ces erreurs. Edwy Plenel, en revanche, a refusé de s’expliquer devant notre caméra. C’est bien dommage. Son témoignage aurait permis d’avancer dans la compréhension de cette opération de désinformation.


Dans tes films, tu utilises parfois des stratagèmes, des ruses, pour obtenir des réponses. Pourquoi ne pas l’avoir fait ici avec Edwy Plenel ?

Parce que ce long-métrage est un film-enquête essentiellement fondé sur la coopération des interlocuteurs : d’anciens directeurs du contre-espionnage ont accepté de témoigner sans pratiquer la langue de bois. Même un important magistrat antiterroriste étiqueté à droite, comme Alain Marsaud, s’est prêté au jeu de la vérité. Et au moins trois journalistes protagonistes de la monumentale fake news de 1986, ont accepté de revenir sur leur travail, de se pencher sur leurs erreurs dans ce dossier. Notre objectif, avec mon équipe, n’était pas de piéger qui que ce soit mais de tenter d’examiner avec eux ce qui avait failli. C’eut été tout à l’honneur d’Edwy Plenel de faire de même, d’accepter de s’expliquer sur cette monumentale erreur dans son parcours de journaliste d’investigation. Son éclairage aurait été précieux pour avancer dans la compréhension de cette histoire. Mais il semblerait qu’il ne soit pas trop enclin à l’autocritique.


Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas démenti ?

Parce qu’admettre que les attentats venaient d’Iran revenait à reconnaître que la France était indirectement responsable des morts dans les rues Paris. La France avait en quelque sorte provoqué cette opération de représailles iranienne en soutenant militairement l’Irak de Saddam Hussein et en refusant de régler ses dettes envers Téhéran, le fameux contentieux Eurodif. Le Premier ministre Jacques Chirac, le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, le ministre délégué à la Sécurité Robert Pandraud, sans compter de hauts responsables de la DST (Direction de la surveillance du territoire) savaient que les attaques étaient commanditées par l’Iran, même si le régime des mollahs n’avait pas déclaré officiellement la guerre à la France comme l’explique le magistrat antiterroriste Alain Marsaud dans le film. Le gouvernement français a laissé prospérer la fausse piste, a laissé courir la fake news. Ça l’arrangeait politiquement.


Cette désinformation a-t-elle eu un impact judiciaire ?

Oui. Comme le raconte Alain Marsaud, les juges de la cour spéciale qui ont condamné Abdallah en 1987 avaient en tête les attentats-massacres de 1986 et la présumée responsabilité des frères Abdallah dans ceux-ci, même si ces attentats n’étaient pas à l’ordre du jour du procès de février 1987. Abdallah a « payé » pour ces attentats dans lesquels il n’était pour rien, lui ont confié ses collègues magistrats [1]. Cette étiquette « terroriste », qu’on lui a collée en 1986, ne l’a plus jamais quitté.

Même trente ans plus tard, lors des audiences de libération conditionnelle, l’avocat de la partie civile américaine, Georges Kiejman, agitait encore les coupures de presse de l’époque comportant ces fausses informations. Et comme les archives du Monde n’ont jamais été corrigées, il arrive que les jeunes journalistes qui travaillent sur le sujet reproduisent les mêmes erreurs de nos jours.


Comment les médias ont-ils accueilli ton film ?

Globalement bien. Télérama, Libération, même Les Inrockuptibles ont chroniqué positivement. Deux exceptions : Franc-Tireur, un organe de presse de droite, mais ça c’était prévisible, et... Le Monde. Leur critique, signée Jacques Mandelbaum, est non seulement négative mais surtout très étrange : elle passe totalement sous silence le rôle du journal dans la désinformation de 1986. C’est un oubli tellement énorme qu’il en devient suspect.

On parle, en effet, d’un film qui démontre, documents et témoignages à l’appui, que Le Monde a joué un rôle majeur dans la diffusion d’une fausse thèse liant Abdallah aux attentats de 1986. Et la critique du Monde… n’en dit pas un mot.

Jacques Mandelbaum, qui a signé l’article, est critique cinéma. Il n’est ni journaliste d’investigation, ni spécialiste du Proche-Orient, ni familier des dossiers antiterroristes. Or il s’est mis en tête de « contre-enquêter » sur un film qui repose sur cinq ans de travail, des dizaines d’entretiens, des archives judiciaires, des documents diplomatiques, des témoignages de magistrats, de policiers, de journalistes…

Sa « contre-enquête » a consisté à aller chercher trois ou quatre informations sur Internet, probablement dans les archives du Monde, et à en tirer des conclusions hâtives. C’est exactement le travers que le film dénonce : l’absence de vérification, la dépendance à une source unique, la reproduction d’erreurs anciennes.

Le plus ironique, c’est que Le Monde dispose de journalistes parfaitement compétents pour examiner le sujet. Benjamin Barthe, par exemple, est un spécialiste du Proche-Orient. Ils auraient été beaucoup plus compétents pour réaliser une contre-enquête sur notre enquête, s’ils estimaient que celle-ci comportait des lacunes.


Tu as écrit au courrier des lecteurs. As-tu eu une réponse ?

Aucune réponse. Silence total. En revanche, ils ont discrètement modifié un passage de l’article en ligne, en reconnaissant que Le Monde avait bien participé à la désinformation en 1986. C’est la seule concession qu’ils ont faite. Ce geste minimal montre qu’ils savent très bien qu’ils ont un problème. Mais ils ne veulent pas l’assumer publiquement.


Et du côté de Mediapart cofondé par Edwy Plenel, comment a-t-on réagi à ton film ?

C’est peut-être le silence le plus révélateur de tous. Mediapart se revendique comme un média d’investigation, indépendant, critique, et sur le papier, L’Affaire Abdallah cochait toutes les cases pour les intéresser : raison d’État, ingérences étrangères, justice d’exception, pressions diplomatiques, désinformation médiatique… C’est un sujet Mediapart par excellence. Et pourtant : rien. Pas une ligne sur le film.

Ce silence ne peut pas s’expliquer par l’ignorance. Un journaliste de Mediapart est venu à une projection de presse du film tandis qu’une autre a reçu un lien du distributeur pour le visionner. Ils savaient donc ce que le film contenait, ce qu’il démontrait, et surtout ce qu’il révélait sur le rôle d’Edwy Plenel en 1986.

Mais le média, en tant qu’institution, n’a rien publié. Ce n’est pas un oubli. C’est un choix éditorial. Déjà, en 2013, lorsque Mediapart avait publié un semblant d’enquête sur l’affaire Abdallah, ils avaient omis d’évoquer le rôle d’Edwy Plenel dans cette histoire. Pourquoi font-ils de même lors de la sortie du film ? Probablement parce que L’Affaire Abdallah touche directement l’un des fondateurs de Mediapart... Critiquer le film, c’était devoir argumenter. En parler positivement, c’était valider le travail du film. Et en parler tout court, c’était devoir évoquer la responsabilité de Plenel dans la désinformation de 1986. Résultat : le silence. Le silence comme aveu.


Pourquoi l’affaire Abdallah est-elle restée si longtemps dans l’ombre médiatique ?

En grande partie, parce qu’Abdallah portait cette étiquette infamante de « terroriste ». Les grands médias ne se précipitent pas pour documenter des injustices commises à l’égard de « terroristes ». Ils se disent, consciemment ou inconsciemment, « ce n’est pas grave », « ça ne vaut pas une enquête », voire « bien fait pour eux ». C’est mon hypothèse. Seule la presse militante ou engagée (Le Monde diplomatique, Afrique-Asie, L’Humanité) a suivi le dossier pendant des décennies. La presse mainstream, elle, a pratiqué l’omerta. Seule RFI fait exception. Une émission comme « Affaires sensibles » (France Inter) aurait dû consacrer une émission à l’affaire Abdallah depuis ses débuts (2014) étant donné que la durée de détention d’Abdallah était déjà hors norme à l’époque et que les ingérences des États-Unis dans le dossier judiciaire s’avéraient multiples. Or Fabrice Drouelle a attendu 2024, soit 10 ans, pour s’intéresser à cette histoire, et seulement après que son confrère Benoît Collombat, journaliste à la cellule investigation de Radio France, a réalisé une enquête sérieuse – tardive, certes, mais solide – pour « Secrets d’info » (France Inter). Que ce soit dans Le Monde ou sur France Télévisions, il aura fallu attendre 2024 pour que le sujet commence enfin à être traité. Pendant dix ans (2014-2024), on a assisté à un véritable blackout.


Le site de critique des médias Arrêt sur Images en a-t-il parlé ?

Oui mais de manière anecdotique à deux reprises [2]. On pourrait penser que l’affaire Abdallah, et en particulier l’opération de désinformation de 1986, serait pour eux un sujet naturel [3].

À l’époque où il avait son émission sur France 5, Daniel Schneidermann, le fondateur d’Arrêt sur images, n’avait pas enquêté sur le rôle du Monde dans l’affaire Abdallah alors qu’il connaissait très bien cette histoire pour avoir partagé la vie de l’écrivaine Chloé Delaume. Or celle-ci est... la nièce de Georges Abdallah. Est-ce parce qu’il était aussi journaliste au Monde à l’époque de l’opération de désinformation de 1986 que Schneidermann s’est interdit d’enquêter ? Faut-il y voir une sorte de vieux réflexe corporatiste ? Dans la BD [4] consacrée à cette affaire, nous lui avions posé la question : il estimait alors qu’il y avait des sujets plus intéressants.


Pourquoi ton film a-t-il été refusé par les chaînes de télévision ?

Parce que les chaînes n’apprécient pas trop les films mettant en cause les institutions médiatiques et mettant à l’honneur des résistants arabes. Les responsables des programmes documentaires sont frileux. Une critique des médias, surtout lorsqu’elle touche à des institutions puissantes comme Le Monde ou à des affaires d’État, a peu de chance d’être financée. Et pas question pour elle de présenter Abdallah comme un résistant, ce qu’il est pourtant, objectivement. Son profil de militant communiste, internationaliste, prenant les armes contre une puissance étrangère (Israël) et son principal soutien (les États-Unis), n’est-il pas proche d’un Missak Manouchian, récemment panthéonisé ? S’il s’était battu pour les Ukrainiens – contre la Russie donc – plutôt qu’en faveur des Palestiniens – soit contre Israël –, c’est certain que les grands médias se seraient intéressés à lui. En tant que « terroriste arabe », Abdallah cochait toutes les mauvaises cases.

La chaîne de télévision franco-allemande Arte a refusé le film pour de drôles de motifs : « C’est une histoire spécifiquement française […] qui ne concerne guère nos voisins européens » a répondu, sans rire, la directrice adjointe de l’unité Société et Culture d’Arte France. On l’a aussi envoyé à France Télévisions et à Netflix qui n’ont même pas répondu.


Le cinéma est-il devenu le dernier espace de liberté ?

Probablement. Avec l’édition livre où j’ai pu publier, avec le dessinateur Malo Kerfriden, une version BD de cette enquête, plus fouillée, plus étoffée, intitulée Dans les oubliettes de la République (éditions Delcourt). Mais c’est un espace fragile. Le cinéma permet encore de produire des films indépendants comme celui-ci. On trouve encore, dans l’économie du long-métrage documentaire, des ressources financières pour réussir à mener à bien un travail d’investigation long, rigoureux, sans pression, pour ne pas avoir à s’autocensurer. Il faut juste déjouer la censure économique, la principale. Ma productrice Annie Gonzalez est très forte pour cela. Elle trouve des financements. On sollicite aussi les spectateurs et spectatrices par le biais d’appels à dons. Bref, c’est encore possible de faire ce genre de film, nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à le faire, mais on touche un public plus restreint qu’à la télévision. On a même une audience inférieure à celle de youtubeurs ou d’influenceurs sur les réseaux sociaux, qui ne constituent pas une alternative car ils n’ont pas la capacité de produire ce genre de films.


Tu t’inscris dans une tradition de critique radicale des médias. Quels sont tes repères ?

Dans les années 1990, la critique des médias était vive. Les sociologues Patrick Champagne et Pierre Bourdieu ont été déterminants. Sur la télévision est un texte fondateur : il montre que les journalistes sont pris dans un champ social avec ses contraintes, ses hiérarchies, ses intérêts. Bourdieu explique que les journalistes ne sont pas libres : ils sont soumis à des logiques d’audience, de concurrence, de rapidité, qui les poussent à produire une pensée conforme, rapide, peu critique. L’Affaire Abdallah en est une illustration parfaite. Serge Halimi, avec Les Nouveaux Chiens de garde, a prolongé ce travail en nommant les choses. Et les responsables du système. Il a montré comment une poignée d’éditorialistes occupent l’espace médiatique, comment ils se cooptent, comment ils verrouillent le débat public. L’avènement d’Acrimed a aussi apporté quelque chose d’essentiel : la rigueur. La critique des médias, ce n’est pas un coup de gueule, c’est un travail de veille, de documentation, de contextualisation. Alain Accardo et Gilles Balbastre, enfin, ont apporté une dimension essentielle : les journalistes ne sont pas seulement des individus qui manquent de courage ou de rigueur. Ils sont des agents pris dans un système social. Avec Journalistes précaires, ils ont montré que la précarité induit structurellement un journalisme de mauvaise qualité, superficiel, docile... Je n’ai pas cité Julien Brygo, Olivier Cyran, Daniel Mermet, Nina Faure, le journal PLPL (Pour Lire Pas Lu), Zaléa TV (devenu Les Mutins de Pangée), et j’en oublie, qui ont eux aussi contribué à forger une critique radicale des médias.

Mais dès son irruption, cette critique radicale des médias a été concurrencée par des formes plus soft comme l’émission de télévision « Arrêt sur images ». Le système a cette capacité de récupérer tout ce qui peut s’insérer dans la société du spectacle, faire marchandise, et de mettre rapidement en place des ersatz. Il a donc recyclé la critique des médias dans les médias mainstream, mais en faisant en sorte qu’elle soit anecdotique, qu’elle ne remette fondamentalement rien en cause.

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on est passé à une autre étape. Les formats courts privilégiés par Instagram, TikTok et compagnie, renforcent un conservatisme structurel, favorisent les idées préconçues. La journaliste Léa Polverini a montré l’effet produit par les réseaux sociaux sur le glissement à droite des électeurs. Les plateformes numériques valorisent des vidéos courtes, des contenus brefs, faisant appel à l’émotion plus qu’à la raison. Cette dernière nécessite un temps d’installation et d’exposition bien plus long. Pour contrer les idées dominantes, essentiellement de droite voire d’extrême droite, les réseaux sociaux ne sont pas des alliés, même si certains youtubeurs continuent d’y croire. Sans compter qu’on peut revenir à des mécanismes de censure à l’ancienne, comme lorsque Youtube, propriété d’Alphabet (Google), censure les vidéos iraniennes hilarantes se moquant de Donald Trump et de l’impérialisme américain.


Quel est, pour toi, l’enjeu de la critique des médias aujourd’hui ?

La critique des médias doit être radicale – au sens d’aller à la racine. Comprendre les structures, les intérêts, les logiques sociales qui produisent l’information. Pas seulement pointer des erreurs individuelles. L’Affaire Abdallah montre qu’un récit médiatique, même faux, peut devenir une vérité sociale, judiciaire et politique. C’est pour cela que la critique des médias n’est pas un luxe intellectuel : c’est une nécessité démocratique. Une dernière remarque : les grands médias sont a-historiques, ils racontent les choses collés à l’actualité. Or, il faut se battre pour des mises en perspective historique. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes derniers films où il est question de l’histoire des FARC (Colombie) et de celle d’Abdallah et des FARL (Liban/Palestine). Il ne faut pas cesser de se référer à l’Histoire, pour ne pas se faire avoir.


Propos recueillis par Mathias Reymond

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