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Elections en Espagne : Claude Imbert-Aznar et la « victoire du terrorisme »

par Laurent Daguerre,

« N’en doutons pas : voici, de fait, la première et inquiétante victoire du terrorisme ! » s’exclame Claude Imbert dans son éditorial du 18 mars (« Pour qui sonne le glas », Le Point n°1644). De quoi parle-t-il ? Mais de la défaite du Partido Popular aux élections législatives espagnoles de mars 2004, voyons ! [1]

A propos du résultat de ces élections, qui a vu le PSOE l’emporter, Imbert ne craint pas d’invoquer «  la tentation  » « d’échapper au premier choix des assassins »  !

Certes, le fondateur du Point écrit, avec distance, comme s’il décrivait une fable : « Ainsi l’Espagne se trouva-t-elle désignée aux trains de la mort pour s’être ralliée à Bush dans l’expédition en Irak. Alors, Aznar se trouve puni par une opinion qui avait, en son temps, honni cette alliance . Puni, surtout, pour avoir, à la veille de l’élection, tenté par dissimulation d’imputer à l’ETA le crime d’Al-Qaeda. » Mais aussitôt, Imbert s’interroge :

« Mensonge d’Etat ?  » demande-t-il, mettant l’expression entre guillemets. La réponse, l’éditorialiste la met dans la bouche de Jose Maria Aznar : « Puni, dirait-il, lui, de s’être exposé aux côtés du « Grand Satan » américain parmi les premiers combattants de la gangrène qui le découronne aujourd’hui ».

C’est donc à Jose Maria Aznar que Claude Imbert choisit de rendre un hommage appuyé : « Aznar, congédié, quitte la scène après avoir illustré et conduit l’essor exceptionnel de l’Espagne, un des plus impressionnants du dernier siècle…L’Histoire, espérons-le, lui rendra les lauriers qu’Al-Qaeda lui arrache »

Ce n’est pas le peuple espagnol, mais Al-Qaeda qui aurait « découronné  » Aznar, lui aurait « arraché » ses lauriers. Si l’on comprend bien Claude Imbert, Aznar a payé le prix de son courage, face à un peuple munichois et ingrat et non le prix de son mépris et de ses mensonges. Claude Imbert n’en veut pas du tout à José Maria Aznar d’avoir pris les Espagnols pour des … « naïfs » comme l’écrit joliment BHL dans son bloc notes, dans le même numéro du Point. [2]


Le fondateur du Point nous donne ici une grande leçon de journalisme : admettre sans sourciller le mensonge et la raison d’Etat.

Laurent Daguerre

 

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Notes

[1On songe aux propos du présentateur d’Arte, le 17 mars au soir dans l’émission spéciale consacrée au drame de Madrid : « Certains commentateurs parlent à propos des élections de victoire du terrorisme. Cela pourrait être un bon mot de journaliste s’il n’était question de la mort de deux cent personnes ».

[2Pour BHL : « Sans doute Aznar a-t-il commis l’erreur de prendre les Espagnols pour des naïfs et peut-être n’aurait-il pas perdu s’il n’avait pas menti (…) » (« Bloc notes », Le Point du 18 mars 2004).

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