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En bref

Bruno Jeudy traque les « faux » gilets jaunes (BFM-TV)

Dans la soirĂ©e du samedi 8 dĂ©cembre, l’éditorialiste Bruno Jeudy prend Ă  partie un gilet jaune prĂ©sent sur le plateau de BFM-TV. Alors que celui-ci vient de dĂ©noncer les privatisations mises en Ĺ“uvre par le gouvernement, Bruno Jeudy reproche Ă  son invitĂ© ses « obsessions politiques » qui ne sont pas « dĂ©mocratiques », et l’accuse de ne pas ĂŞtre « un vrai gilet jaune ». Il illustre ainsi une tendance de certains Ă©ditocrates Ă  vouloir distribuer les rĂ´les, entre les bons et les mauvais gilets jaunes.

Le soir de la journĂ©e d’action du samedi 8 dĂ©cembre, Christophe Couderc est invitĂ© sur le plateau de BFM-TV en tant que gilet jaune. InterrogĂ© sur les annonces d’Emmanuel Macron, il fait savoir qu’il n’attend rien de celui qu’il prĂ©sente comme le « prĂ©sident des riches ». Il Ă©voque ensuite une information publiĂ©e dans Marianne selon laquelle des dizaines de dĂ©putĂ©s LREM sont issus de grandes entreprises françaises. Il dĂ©nonce, enfin, la vente par le gouvernement d’AĂ©roports de Paris, de la Française des Jeux, ou encore de certains barrages. C’en est trop pour l’éditorialiste Bruno Jeudy, qui fond avec morgue sur son invitĂ© [1] :



Cet Ă©change est Ă©difiant Ă  plusieurs Ă©gards. Ă€ commencer par la manière dont Bruno Jeudy se rĂ©serve le droit de dĂ©signer lesquels de ses interlocuteurs seraient des « vrais » et des « faux » gilets jaunes.

Un jugement qu’il rend au nom de sa propre conception (toute condescendante) de ce que seraient les gilets jaunes : « Les gilets jaunes que je vois rĂ©gulièrement, ici-mĂŞme, ils ne parlent pas comme vous. Parce que vous, vous ĂŞtes un faux gilet jaune ».

Voire au nom des tĂ©lĂ©spectateurs, dont il semble connaĂ®tre l’avis en temps rĂ©el : « Vous n’êtes pas un vrai gilet jaune, vous parlez comme un militant politique. Ecoutez, ça ne trompe aucun tĂ©lĂ©spectateur. »

Ou encore au nom de la « cause » des gilets jaunes, dont il serait le garant : « Vous devriez avoir honte […] Vous ne servez pas la cause de ceux qui, sur les ronds-points, se battent pour leurs fins de mois, se battent sans rĂ©flĂ©chir… se battent sans penser... sans remettre en cause la dĂ©mocratie. »

Car c’est bien connu : les « vrais » gilets jaunes ne sauraient articuler de propos « politiques », ou encore remettre en cause les institutions. Il faut dire que Christophe Couderc a commis un crime de lèse-majestĂ© : taxer Emmanuel Macron du titre de « prĂ©sident des riches », et Ă©voquer ses liens avec le pouvoir Ă©conomique… Cela semble constituer, pour Bruno Jeudy, une vĂ©ritable remise en cause de la dĂ©mocratie.

Dès lors, on est tentĂ© de souscrire aux propos de Christophe Couderc, lorsqu’il renvoie la balle Ă  son interlocuteur : « Je rĂ©fute votre accusation : vous, vous n’êtes pas un vrai journaliste. » Et s’il y a de quoi douter de la qualitĂ© de journaliste de Bruno Jeudy, une chose est sĂ»re : l’Ă©ditorialiste est un authentique chien de garde de l’ordre Ă©tabli.

Au-delĂ  de son seul cas, cet Ă©change illustre parfaitement la morgue des tenanciers des grands mĂ©dias face Ă  toute remise en cause de l’ordre dont ils se font les gardiens ; mais aussi leurs prĂ©tentions Ă  parler au nom de la majoritĂ©, et Ă  dĂ©signer les porte-parole et revendications lĂ©gitimes d’un mouvement qui ne cesse pourtant d’échapper Ă  leurs catĂ©gorisations mĂ©prisantes et Ă  leurs « analyses » trop souvent pleines de vide.


Frédéric Lemaire


Annexe : retranscription des interventions de Bruno Jeudy

« Mais monsieur, vous ne rĂ©vĂ©lez rien du tout, tout cela est connu, tout cela est public. ADP et la Française des Jeux vont ĂŞtre privatisĂ©s, c’est dĂ©jĂ  connu, ce sont des dĂ©cisions qui ont Ă©tĂ© annoncĂ©es de manière transparente. »

« Vous avez des obsessions monsieur, qui sont des obsessions politiques, et qui ne sont pas dĂ©mocratiques. »

« Mais prĂ©sentez-vous aux Ă©lections ! PrĂ©sentez-vous aux Ă©lections monsieur, c’est plus simple, je vous assure. »

« Les gilets jaunes que je vois rĂ©gulièrement, ici-mĂŞme, ils ne parlent pas comme vous. Parce que vous, vous ĂŞtes un faux gilet jaune, je vais vous dire. »

« Vous ĂŞtes un militant politique, vous n’êtes pas un vrai gilet jaune : vous parlez comme un militant politique. Ecoutez, ça ne trompe aucun tĂ©lĂ©spectateur. Vous ĂŞtes contre la dĂ©mocratie, vous voulez renverser le pouvoir, vous n’êtes pas un vrai gilet jaune. Vous devriez avoir honte, vous n’êtes pas un vrai gilet jaune »

« Moi on me connaĂ®t par ailleurs comme journaliste, alors que vous, vous n’êtes pas un gilet jaune. Vous ne servez pas la cause de ceux qui, sur les ronds-points, se battent pour leurs fins de mois, se battent sans rĂ©flĂ©chi… se battent sans penser... sans remettre en cause la dĂ©mocratie. »

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