« Campus » (l’Ă©mission animĂ©e par Guillaume Durand sur France 2) est une Ă©mission fourre-tout, animĂ©e par un bateleur. Tout et n’importe quoi pouvant faire l’objet de livres, on parlera de tout et de n’importe quoi, Ă propos de livres. Mais pas avec n’importe qui.
Un peu de tout ...
- Le Figaro : « On a dĂ©jĂ vu Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin ou Corinne Lepage sur votre plateau. Aujourd’hui, c’est Dominique Strauss-Kahn. Il n’y a pas assez d’Ă©missions politiques ? »
- Guillaume Durand : « Les hommes politiques Ă©crivent des livres et parfois de bons livres. En ce qui concerne Dominique Strauss-Kahn, c’est vrai que l’on va sans doute le voir dans les journaux et sur de nombreux plateaux de tĂ©lĂ©vision. Mais son ouvrage participe au dĂ©bat sur l’Europe et on ne va pas laisser la politique de cĂ´tĂ©. Comme je l’ai toujours dit, « Campus » est consacrĂ©e Ă tous les livres. »
Tous les livres, mais pas n’importe lesquels. Comme on va le lire... Mais nous apprendrons un peu plus loin dans le cours de l’entretien que tout est culturel :
- Le Figaro : « Mais, depuis la rentrĂ©e, il a quand mĂŞme Ă©tĂ© question de Bush, de la Corse, de l’Ă©cologie, de l’islam... Est-ce vraiment le rĂ´le de Campus ? »
- Guillaume Durand : « La réélection de Bush, c’est une affaire politique mais aussi culturelle. Quand il y a des Ă©vĂ©nements planĂ©taires qui concernent tout le monde, de quoi voulez-vous qu’on parle ? Du dernier roman de Michel Tournier qui n’existe pas ? [...] »
... Mais pas avec n’importe qui
- Le Figaro : « On a aussi l’impression de voir toujours les mĂŞmes figures mĂ©diatiques comme AndrĂ© Glucksmann, Eric Halphen ou Christine Ockrent que vous avez reçue deux fois depuis dĂ©but septembre... »
- Guillaume Durand : « C’est normal puisqu’on a fait deux Ă©missions sur les Etats-Unis et qu’elle a Ă©crit un livre sur le sujet. On ne va pas mettre l’histoire hors de la culture ! [bis] Il a aussi un problème d’Ă©dition : les ouvrages littĂ©raires de qualitĂ© sont rares. On n’a pas 25 Houellebecq en France. La preuve, c’est qu’on vient de donner un prix littĂ©raire Ă une morte (Irène NĂ©mirovsky, prix Renaudot pour Suite française). Sans recevoir Marc LĂ©vy, toutes les semaines, il faut tenir compte du grand public. Et encore, j’ai exclu pas mal de livres de « Campus ». On n’y parlera jamais des bouquins people "cra-cra" ou rĂ©visionnistes. »
Plusieurs dizaines d’ouvrages sont parus rĂ©cemment sur les Etats-Unis, mais le seul qui, selon Guillaume Durand mĂ©rite qu’on invite deux fois son auteur, c’est forcĂ©ment celui de Christine Ockrent. Mieux : ce livre serait l’Ă©quivalent des meilleurs ouvrages littĂ©raires ! Et comme ceux-ci « sont rares », autant ne parler deux fois que du chef d’Ĺ“uvre culturel de « la reine Christine ».
Qu’est-ce que le service public ? Un self-service rĂ©servĂ© Ă ses « animateurs » et Ă leurs invitĂ©s quasi-permanents ? Pas toujours, pas seulement. C’est aussi une cantine au rabais...
L’audience Ă moindres couts
Au dĂ©tour d’une question prĂ©cĂ©dente Guillaume Durand a dĂ©jĂ « mangĂ© le morceau » : « [...] Et puis en termes d’audience, les Ă©missions axĂ©es sur la littĂ©rature sont moins regardĂ©es que les autres. On fait en moyenne un peu plus de 10% de parts de marchĂ©. Mais quand il y a une spĂ©ciale Robbe-Grillet, on ne fait que 9%. C’est pourquoi nous essayons de maintenir un Ă©quilibre. »
A la dernière question du Figaro - « Campus se situe donc dans le consensus ? » - , il rĂ©pond, fiĂ©rot et penaud : « Il n’y a pas de public aujourd’hui pour une Ă©mission purement littĂ©raire, sinon on ferait 3% d’audience. »
Pas d’audience... et pas d’argent : « Nous avons aussi des contraintes budgĂ©taires. J’aimerais beaucoup faire un grand entretien avec Coetzee, un auteur que j’adore, mais il se promène entre Londres et l’Afrique du Sud et on n’a pas les moyens de le suivre. Si les Ă©missions littĂ©raires ont toujours eu la forme de conversations en plateau, c’est parce qu’on ne leur a jamais donnĂ© beaucoup d’argent. »
De lĂ Ă remettre en question ces impĂ©ratifs d’audience Ă©valuĂ©s en termes exclusivement quantitatifs et ces contraintes budgĂ©taires imposĂ©es au non de l’audience, il y a un pas dĂ©cisif que Guillaume Durand, on s’en doute, ne franchira pas.
Parce qu’il est l’homme de cette situation, il animera donc une Ă©mission brouillonne, mais peu couteuse, avec des invitĂ©s choisis comme des « produits d’appel », autour de sujets taillĂ©s Ă leur mesure. Et dans ce brouet, surnageront, de temps Ă autres, quelques auteurs.
Henri Maler