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BHL et Le Figaro, accusateurs des intermittents et protecteurs d’Aillagon

par Henri Maler,

Lors de cérémonie des Césars, les interventions des intermittents ont mis en cause la politique d’Aillagon et du gouvernement. Il n’en fallait pas plus pour que les permanents de la culture qu’ils se réservent s’insurgent contre les intermittents de la culture qui leur déplaît.

Les larmes de BHL

Dans son « bloc-notes » du Point (26/02/2004), Bernard-Henri Lévy, modérateur et moralisateur des conflits, « regrette ». En vérité, il pleurniche sur le sort d’Aillagon, s’insurge contre les privilégiés de l’intermittence - ces « mutins strassés » - et stigmatise leur « violence » (en invoquant Dieu...), décrète que « la bonne querelle démocratique » consiste à entériner le fait accompli… et que tout le reste est « démagogie ». Il suffit de souligner :

« Deux regrets le soir des Césars. Le traditionnel hommage aux disparus de l’année (Marie Trintignant...), qui, pour la première fois, fut bizarrement oublié. Et puis l’image qui, à la fin, devint franchement pénible de ces mutins strassés venant, l’un après l’autre, entre messe et kermesse, chahuter un ministre à qui le dispositif même de la soirée ne permettait que de sourire et se taire . »

Pôvre ministre « pris en otage » !

«  La cause des intermittents est juste. Et sans doute Aillagon pourrait-il faire encore plus pour empêcher que la chasse à la fraude ne serve d’alibi au démantèlement en douceur d’un régime dont le Medef, on le sait, ne veut plus . Mais pourquoi, mon Dieu, tant de violence ? Pourquoi cette complaisance à se draper dans la pose d’une radicalité qui n’avait, en l’espèce, pas lieu d’être ? Et est-ce ainsi, vraiment, qu’avancera la bonne querelle démocratique - celle qui, hors démagogie, permettra de mettre à plat ce qui a été sauvé, ce qui ne l’a pas été et ce qui peut encore l’être de ce régime d’intermittence qui participe, ô combien, de l’exception culturelle (…) ».

Quand on entend BHL reprocher à quiconque de prendre une pose quelconque, on se dit que le « romanquêteur » [1] est sans nul doute un histrion !

Le martyr d’Aillagon et… du Figaro

Un ton au dessus, d’Ivan Riouffol dans son « bloc-notes » du Figaro (27/02/2004) met en cause, non les « mutins strassés », mais - c’est le sous-titre, les « statuts privilégiés ». Et cela donne :

« Nuit des césars, samedi dernier, au Théâtre du Châtelet. Le rassemblement mondain du monde du cinéma : tapis rouges, robes longues, smoking. Et soudain la salle, debout, qui applaudit longuement la comédienne et réalisatrice Agnès Jaoui. Elle vient d’adresser une critique très virulente à Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture présent dans la salle, coupable d’avoir voulu mettre de l’ordre dans les abus du régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle. Ce que le téléspectateur voit : une caste interdisant que l’on touche à ses privilèges .  »

Enfin, sous un titre qui en dit long sur la haine qui le hante - « Faut pas prendre les enfants de Bourdieu pour des canards sauvages » -, Joseph Macé-Scaron dans son éditorial du Figaro Magazine (28/02/2004) :

« Que penser de la cérémonie des Césars qui s’est transformée, samedi dernier, en une cérémonie des Brutus ? On y a vu quelques centaines d’intermittents de l’intelligence frapper « courageusement » d’un coup de poignard médiatique le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon. Ce dernier, stoïque, a dû essuyer avec le sourire énigmatique de sainte Blandine livrée aux lions les critiques injustes de toute une profession.  »

Bon d’accord, ce n’est qu’une image. Pas sûr…
On marque un temps d’arrêt, on respire et on continue :

« Il paraît qu’il y a eu des esprits distingués pour se féliciter de cette mésaventure. De même qu’il y a des esprits éclairés pour s’enthousiasmer de la pétition qui dénonce la « guerre » que livrerait ce gouvernement au monde de la culture et de la recherche. Que ces deux dernières soient mal en point dans notre pays, nul ne le conteste et ce depuis bientôt vingt ans. Mais il y a dans la virulence du ton, dans le choix de caricaturer la position de l’adversaire, une musique qui rappelle les pétitions de décembre 1995 quand un Tiers état culturel portait le sociologue Pierre Bourdieu sur un tonneau.  »

La noblesse du Figaro contre le Tiers état de la culture !
Et ne croyez pas que ce soit fini ! La rhétorique réactionnaire est intarissable :

« La disparition de ce dernier n’a pas entamé la rage de ses disciples qui, munis d’un prêt-à-penser idéologique, curieux et furieux mélange de babouvisme social et d’une lecture bâclée de Michel Foucault, occupent le terrain médiatique avec l’ardeur des sectes millénaristes .  »

Seconde référence religieuse. Facilité de style ? Pas sûr…

« Voilà de nouveau la droite clouée au poteau d’infamie. Et tenue d’écouter les diktats de cette culture festive et sclérosée, culture de l’inculture, sans ancrage dans le peuple, sans attaches dans les mémoires, sans résonance dans les coeurs et sans vertu didactique. (…) Oui, mais voilà. Selon les sourates de Bourdieu , il est désormais convenu que les professionnels de la culture, de la recherche et de l’« intelligence » sont des prolétaires et que l’Etat est un patron. (…) »

Tout y est. Il suffit de lire : le conflit entre intermittents et Aillagon, c’est - tout simplement - le Tiers Etat contre la noblesse de la culture et les auteurs de sourates islamistes contre les martyrs du premier christianisme !

 

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Notes

[1Lire
- dans Le Monde diplomatique de décembre 2003 : " A propos d’un "romanquête" " : " Le douteux bricolage de Bernard-Henri Lévy ", par William Dalrymple, et " Cela dure depuis vingt-cinq ans " (S. H.) ;
- sur le site du Monde diplomatique : " "Qui a tué Daniel Pearl ?" :
"Romanquête" ou mauvaise enquête ? ", par Serge Hailimi
 ;
- dans PLPL n°17 : " Le scandale BHL ".

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