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Médias et critique littéraire

« On parle beaucoup de "connivences" et de "copinage". Mais ce sont d’aimables euphémismes pour désigner ce dont il s’agit réellement : c’est de corruption pure et simple dont on devrait parler. » [...] « Un journal comme Le Monde, dans son supplément « Livres », donne sur ce point un exemple que je considère personnellement comme tout à fait déplorable. » Jacques Bouveresse , professeur au Collège de France (Libération, 04-05/08/2001)

Un dossier du « Magazine de l’Homme moderne » (« Medias et critique littéraire ») et un dossier de « PLPL » (« Le QVM des livres »), sur le site du journal (hébergé par « L’Homme Moderne »).

Médias et critique littéraire (dossier)

- Daniel Tremblay : "La lèche-culture littéraire".

Les démêlés d’un lecteur québécois avec Lire, à propos de Beigbeder.

" Dans le numéro de novembre de Lire, un article pieux d’Emmanuel Lemieux ("Dévastatrices, les rumeurs de plagiat") sonne les clairons de la publicité pour " 99F " de Frédéric Beigbeder. Mon étude comparative entre cette œuvre et " Titre à suivre " de l’écrivain québécois Marc Gendron y est déclarée hérétique, le roman de ce dernier mis à l’index et Beigbeder absout. (...)

" Le journaliste est au marché de l’édition littéraire ce que le mécène était à l’art d’Ancien Régime. Il peut tout - tout : encenser un livre, ou lui faire la mort sans phrase, rayer d’un trait de plume tout contradicteur, ironiser en passant sur la critique de la critique littéraire. Et ce dont le journaliste n’a pas idée, ce dont il n’a pas l’intuition littéraire, il l’étouffe, sans même le vouloir. " (Jean-Philippe Domecq, Qui a peur de la littérature ?, p. 36, éd Mille et une nuits, 2002)

L’article de Lemieux est truffé de bobards et il me fait tout simplement un procès d’intention sans analyse digne de ce nom sur les textes en question ; le Directeur de la rédaction de Lire, me refusant un droit de réponse aussi visible et équivalent à l’espace utilisé par Lemieux, m’avise d’écrire brièvement (" Si votre droit de réponse fait une page, ce sera abusif et il ne passera pas " dit-il) au courrier des lecteurs, ce qui est une forme déguisée de censure. "

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- Critique littéraire : Petites promotions entre amis, un dossier réalisé par Raphaëlle-Anne Leyris, Thibault Tassin de Montaigu et David Verhaeghe. Centre de formation des journalistes, février 2002.

" Exposé des faits

Jeudi 4 octobre 2001, l’émission littéraire "Campus" sur France 2, animée par Guillaume Durand, reçoit entre autres Edwy Plenel pour son livre Secrets de jeunesse, racontant son passé de militant trostskiste. L’auteur, également directeur de la rédaction du Monde, est brièvement interrogé, au cours de l’entretien, par Josyane Savigneau, chef du service culture et rédactrice en chef du supplément Le Monde des livres.

À la remarque de Josyane, " J’ai été très touchée et très séduite par ce livre. Je l’ai trouvé très courageux ", suivie de la question : " Qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un avec une position publique assez en vue comme vous à parler de ses " enfances " comme vous dites (...) ? ", Edwy ne peut contenir son émotion. Au bord des larmes, il a du mal à poursuivre, s’interrompt avant de conclure. " J’ai été très ému par ce qu’a dit Josyane ".

Aucun des deux intervenants, pas plus que Guillaume Durand, ne juge bon de rappeler clairement le lien unissant Josyane Savigneau à Edwy Plenel, son patron, à l’exception d’un clin d’œil de l’interviewé : " Dans la rédaction du Monde, Josyane le sait, il y a d’anciens lambertistes (sous-groupe trotskiste, NDLR). " C’est pourtant bien le même homme qui déclara à des étudiants du CFJ au début de l’année que tous les articles traitant d’ouvrages écrits par des journalistes du Monde devaient, dans un souci de déontologie et d’indépendance, être rédigés par des collaborateurs extérieurs à la rédaction.

Les protagonistes de l’affaire ont essuyé par la suite quelques attaques , en particulier un encart dans Libération et des réactions virulentes des bourdieusiens comme la revue Pour Lire Pas Lu, qui avait décerné le mois d’avant " La laisse d’or du journaliste le plus servile " à Josyane Savigneau. Et ne s’est pas privée de mentionner l’affaire.

Un tel cas pose la question de la promotion dans un journal, ou une émission radiophonique ou télévisuelle, de livres écrits par des collaborateurs. A-t-on le droit, déontologiquement parlant, de chroniquer l’ouvrage de son voisin de bureau ? La pratique est répandue. Où se trouve la limite entre copinage et nécessité du travail journalistique ? Le changement de média peut-il modifier les règles fixées par les rédactions ? Serge Halimi, dans Les nouveaux chiens de garde, stigmatise cette pratique très française :

" Aux États-Unis, certains quotidiens " interdisent formellement " à leur rédaction en chef de confier la critique d’un livre à quiconque connaît l’auteur, ou a lui même écrit un ouvrage dont l’auteur aurait précédemment rendu compte, ou entretient des liens étroits avec une personne souvent citée dans le livre en question ".

Plusieurs journaux s’en défendent, et édictent des règles strictes à ce sujet : refus de chroniquer le livre d’un membre de la rédaction, traitement par un critique extérieur, ou encore spécification des liens qui unissent l’auteur au journal. D’autres composent. "

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- Soutien à Pierre Jourde, attaqué par Le Monde des Livres

" Nous, lecteurs du Monde, et par ailleurs écrivains, artistes, critiques, enseignants, étudiants - ou autres -, suite à la mise en demeure adressée à Pierre Jourde par Maître Pierrat, mandaté par Mme Savigneau et M. Douin (Le Monde des livres), tenons à vous faire part de notre vive indignation. Nous ne pouvons croire qu’un journal qui prône la liberté d’expression - proposant, d’ailleurs, une rubrique " Horizons/Débat " (à laquelle certains d’entre nous ont déjà collaboré) - et que quelqu’un qui s’est rendu au procès Houellebecq pour défendre cette liberté (Mme Savigneau) puissent attaquer pour diffamation un écrivain qui n’a fait qu’exercer librement son esprit critique avec les moyens de son art. (...) "

Comité national de soutien à Pierre Jourde

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- Quotidienne : " L’autre Monde ", par Pierre MARCELLE, Libération, jeudi 21 novembre 2002.

" Et voici qu’en matière de France moisie comme dit l’autre, il est bien plus tard encore que nous ne le pensions.

Passe encore que Blandine Kriegel aille flirter à l’Elysée et Antoine Gallimard au rapport Place Beauvau, ce sont affaires de commerçants petit et grand. Mais que Mme Josyane Savigneau, critique littéraire, envoie (1) du papier bleu à Pierre Jourde, écrivain, voilà qui bouscule tous les entendements. "

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Le QVM des livres, dossier de PLPL n°11 (extraits)

La culture, Ramina n’y comprend rien. Mais il connaît son rôle stratégique à une époque où tous les politiciens et les patrons, de Balladur à Messier, écrivent des livres - et où Alain Minc plagie et pille les écrivains. Faire et défaire les renommées, placer certains auteurs sur la ligne de départ des prix littéraires, enterrer les autres, sélectionner les ouvrages promus dans les librairies, produire les débats et composer les plateaux des émissions de télévision : tout cela, Ramina veut en être le maître. Son instrument : Le Monde des livres. Muriel Beyer, directrice littéraire de Plon, a avoué : " Pour des livres de qualité égale, un éditeur aura tendance aujourd’hui à accorder une certaine importance à ce que j’appellerais la "prime médiatique". On aime bien publier des auteurs qui peuvent intéresser les médias. Tous les éditeurs qui vous diront le contraire mentent. " (Le Figaro, 04.06.02)

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A noter également dans Lire de février 2003, un dossier " Réglements de comptes chez les intellectuels ".

Extrait :

" [A propos de Petit déjeuner chez Tyrannie d’Eric Naulleau (La Fosse aux ours).] Point de départ du récit, son déjeuner, à son initiative - le six mars dernier - avec Josyane Savigneau, Patrick Kéchichian, l’un des collaborateurs du Monde des livres, et Jean-Luc Douin, « souvent présenté comme le numéro un bis ou le numéro deux du service ». On y découvre entre autres joyeusetés le jeu de jambes alerte de Josyane Savigneau : « Dites bien à ce crétin des Alpes que si je le croise un jour, je lui mets d’emblée mon pied dans les couilles », lance-t-elle à Eric Naulleau à propos de Pierre Jourde. Et la brutalité de ce déjeuner est confirmée dans l’enquête d’Emmanuel Lemieux, Pouvoir intellectuel : les nouveaux réseaux (Denoël).

Au cours du déjeuner, Josyane Savigneau va jusqu’à qualifier Pierre Jourde de « pédé ». Et c’est le fruit d’une savante réflexion sociologique : « En voyant la photographie de Jourde, je me suis d’abord demandé s’il s’agissait d’un hétéroplouc ou d’un pédé venimeux. Et je suis maintenant certaine que c’est un pédé venimeux. » Plus tard, elle se fait le baromètre de l’état de santé de Jourde : « J’ai vu la photo de Jourde dans Marianne. J’ai trouvé qu’il faisait très sidéen en phase terminale, avec ses lunettes noires, pas vous ? » Classe. Mais l’« affaire Jourde » ne s’arrête pas là. En septembre dernier, Pierre Jourde publie dans le magazine Chronic’art un article intitulé « Le crétinisme alpin » - qui annonce l’ouvrage dont il est éponyme - dans lequel il écrit notamment : « Il faut reconnaître à Josyane Savigneau une qualité rare : elle sait tirer le maximum des capacités intellectuelles dont elle dispose », ou bien « Josyane Savigneau, avec sa lucidité habituelle, a bien vu pourquoi on lui en veut : c’est parce qu’elle est une femme », et encore « Le Monde des livres est un journal sérieux et Douin un modèle de rigueur », etc. Autant de passages qui ne sont pas du goût de Savigneau ni de Douin.

Alors, hop ! par l’entremise de Me Emmanuel Pierrat, une lettre recommandée - du 7 novembre dernier -, qui relève que ces « propos constituent des injures » et que « l’article susvisé contient également des allégations diffamatoires à l’encontre de [s]es clients ». Jourde propose quatre jours plus tard de s’accorder avec Me Emmanuel Pierrat sur les formulations suivantes : « Il faut reconnaître à Josyane Savigneau une qualité rare : elle sait tirer le minimum des capacités intellectuelles dont elle dispose » et « Le Monde des livres n’est pas un journal sérieux, et Jean-Luc Douin n’est pas un modèle de rigueur ». L’affaire suit son cours. "

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