💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

Lu, vu, entendu : « Questions de morale ? »

« Charognards ». C’est le mot que Rama Yade, SecrĂ©taire d’Etat aux Droits de l’Homme, a utilisĂ© pour qualifier les journalistes. C’était sur RTL, le 8 fĂ©vrier Ă  7h50, au micro de Jean-Michel Aphatie – qui n’en espĂ©rait pas tant. Objet de la polĂ©mique : le traitement mĂ©diatique rĂ©servĂ© Ă  Nicolas Sarkozy et Ă  sa vie privĂ©e [1]. Au moins, quand Rama Yade dĂ©fend les droits de l’homme, on sait de quel homme il s’agit.

Sarkozy, proie des mĂ©dias ?

Voici les propos exacts tenus par la SecrĂ©taire d’Etat : « Ce qui me frappe, c’est l’extrĂŞme violence des attaques contre le PrĂ©sident de la rĂ©publique, des attaques personnelles, ciblĂ©es, que je trouve indignes, infâmantes. On a l’impression de voir des charognards qui ont humĂ© l’odeur de leur proie et qui fondent sur lui , qui s’acharnent, parce que je trouve que c’est une vĂ©ritable chasse Ă  l’homme. Il n’y a plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule, personne n’a rien appris , tout oubliĂ© du choix dĂ©mocratique des Français. Ceux qui veulent la peau de Nicolas Sarkozy sont des gens qui veulent leur revanche parce qu’ils n’ont pas acceptĂ© qu’il prĂ©side aux destinĂ©es de ce pays ». «  On est quand mĂŞme tombĂ© très bas  », concluait-elle.

ImmĂ©diatement relayĂ©s par l’ensemble des mĂ©dias, ces propos ont quelque peu gĂŞnĂ© la classe politique, qui s’est empressĂ©e d’enterrer la hache de guerre :
- Ainsi, François Fillon, en visite le jour mĂŞme au Kazakhstan : « Je n’ai aucun mot dur Ă  dire aux journalistes, je n’ai que des mots gentils ».
- Bernard Accoyer, sur radio J, le 10/02 : « Les propos que vous Ă©voquez me paraissent ĂŞtre excessifs. Restons raisonnables ».
- Fadela Amara, sur Canal + : « Ah, moi je ne dirais pas ça ! Je n’utiliserais pas ces mots, pourtant Dieu sait que c’est ma spĂ©cialitĂ©, les mots ».
- Michèle Alliot-Marie, lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI du 10/02, assure que ce « sont des mots qu ’[elle] n’emploie pas  ».
- Enfin, Jean-François CopĂ©, dans un entretien dans le Journal du Dimanche, dĂ©clare : « il est temps d’appeler au cessez-le-feu  » entre la presse et le prĂ©sident de la RĂ©publique.

Et tous, de François Hollande Ă  Rachida Dati, d’en appeler Ă  un plus grand respect de la dĂ©ontologie. Le dĂ©faut de dĂ©ontologie lorsqu’il ne porte pas atteinte Ă  la vie privĂ©e du prĂ©sident, inquiète beaucoup moins nos dirigeants. Mais Rama Yade aurait-elle pris le risque de tenir de tels propos s’il n’existait dĂ©jĂ  un sentiment de dĂ©fiance envers les mĂ©dias ? Et d’oĂą vient cette dĂ©fiance ?

Gardons en mémoire les termes utilisés par la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme et confrontons-les à la réalité du monde médiatique...

« ... des charognards qui ont humĂ© l’odeur de leur proie... »

« S’il vous plaĂ®t, oubliez-moi ! ». C’est ainsi que se termine la lettre ouverte adressĂ©e par Abderrezak Besseghir Ă  Christophe Hondelatte, l’animateur de l’émission « Faites entrer l’accusĂ© » sur France 2 (lettre publiĂ©e sur le site Rue89.com).

Abderrezak Besseghir, c’est le « bagagiste de Roissy », accusĂ© Ă  tort de terrorisme en 2002. « Ă€ l’Ă©poque, rĂ©sume-t-il, policiers, magistrats -et journalistes, la chambre d’écho des deux autres corporations- m’avaient unanimement accusĂ© de prĂ©parer un attentat terroriste dans l’aĂ©roport oĂą j’Ă©tais employĂ©. »

« Au moment de l’affaire, ma famille a dĂ» s’exprimer dans les mĂ©dias pour contredire les inepties Ă©noncĂ©es par les "enquĂŞteurs", et relayĂ©es, sans aucune vĂ©rification, par des journalistes. Nous avons dĂ» laver notre honneur en concĂ©dant quelques -rares- interviews Ă  des mĂ©dias qui pourtant ne nous avaient pas Ă©pargnĂ©s. »

Les mĂ©dias n’en ayant jamais assez, voilĂ  qu’aujourd’hui France 2 le sollicite pour participer Ă  l’émission « Faites entrer l’accusĂ© ». Mais cette fois, Besseghir dit stop. Des micros et des camĂ©ras, il en a vu trop.

« En ce qui me concerne, c’est un devoir de mĂ©moire malsain. Mais l’équipe qui travaille sur ce programme n’est pas du mĂŞme avis. ExcĂ©dĂ©s par mes refus catĂ©goriques, ses journalistes ont haussĂ© le ton : "Que vous participiez ou pas, nous la ferons, cette Ă©mission !". Le fait que ni moi ni mes proches ne donnions notre version des faits ne les arrĂŞtera pas. A les entendre, je n’ai pas le choix. Je suis forcĂ© de jouer le jeu des mĂ©dias. Parce que, me dit-on, "tous les protagonistes vont s’exprimer". Y compris les personnes qui ont placĂ© des armes de guerre et des explosifs dans le coffre de ma voiture pour me faire accuser. Me voilĂ  cernĂ© ! »

« Ainsi la calomnie n’aura pas suffi, poursuit-il. Alors que je commence tout juste Ă  retrouver un semblant d’Ă©quilibre, me voilĂ  sommĂ©, Ă  nouveau, de m’expliquer aux micros de France 2. De me mettre au service de l’audimat. Si je ne contribue pas Ă  l’Ă©mission ? On m’aura prĂ©venu : les autres, tous les autres, eux, s’exprimeront... On marche sur la tĂŞte.
Qui osera accuser Christophe Hondelatte de faire du sensationnalisme Ă  peu de frais ? Certainement pas les journalistes spĂ©cialisĂ©s dans les faits-divers, pourtant les mieux Ă  mĂŞme de comprendre ce que j’ai endurĂ©. Ces derniers sont rĂ©gulièrement invitĂ©s dans l’Ă©mission pour commenter les affaires qu’ils ont -brillamment, cela va sans dire !- couvertes dans leurs propres mĂ©dias. Pourtant, il y aurait beaucoup Ă  dire sur les choix des affaires et les coulisses de la prĂ©paration de cette Ă©mission que les critiques de tĂ©lĂ© ont dĂ©cidĂ© d’épargner Ă  jamais.

Quant Ă  moi, n’est-ce pas mon droit le plus Ă©lĂ©mentaire que de dĂ©cider de ce qui est bien pour moi et pour mon fils ? Car lorsque Christophe Hondelatte aura remontĂ© le col de sa veste en cuir, que le tĂ©lĂ©spectateur aura Ă©teint son poste, ma famille et moi, nous aurons Ă  nouveau Ă  supporter le regard des autres. Un regard toujours pesant, qu’il soit soupçonneux ou compatissant. »

Alors que certains font tout pour qu’on parle d’eux, Besseghir aimerait qu’on l’oublie : «  Je vous prie de m’oublier et je souhaite que la chaĂ®ne censĂ©e ĂŞtre au service du public (dont je fais partie) ne produise pas et ne diffuse encore moins le reportage qui est fait sur ma vie.
J’aimerais aussi que l’éditeur Michel Laffont cesse de vouloir faire de ma vie un film en me harcelant pour vendre les droits du livre paru au sujet de mon histoire. Je vous demande sincèrement quitte Ă  vous supplier le droit Ă  l’oubli, laissez moi vivre en paix ! »

En introduction de sa lettre, Abderrezak Besseghir prĂ©cise : « Je ne connais personne. Je n’ai pas de pouvoir particulier et ne suis membre d’aucun rĂ©seau d’influence. » Dommage, Rama Yade aurait certainement pu lui venir en aide...

« ... Il n’y a plus de morale... »

Christine Ockrent, Ă©pouse du Ministre Bernard Kouchner, reine des mĂ©nages facturait en 2003 certaines de ses interventions Ă  18 000 euros la demi-journĂ©e [2] . C’est le prix qu’elle faisait payer alors pour ce qu’elle estime ĂŞtre sa plus grande rĂ©ussite : « la prĂ©servation de [son] indĂ©pendance ». Elle est dĂ©sormais dans le collimateur de la SociĂ©tĂ© des journalistes (SDJ) de France 3. Celle-ci a demandĂ©, le 6 fĂ©vrier, Ă  la direction de la chaĂ®ne de sanctionner les « mĂ©nages » auxquels se livre la journaliste, et qui constituent une pratique rĂ©prouvĂ©e par la charte des devoirs professionnels des journalistes français.

La SDJ de France 3 explique qu’au cours des deux dernières annĂ©es, Christine Ockrent a notamment animĂ© la soirĂ©e de lancement de Microsoft Windows Vista, prĂ©sidĂ© un jury des « TrophĂ©es de l’intĂ©gration paysagère » des antennes relais SFR, animĂ© Ă  Bordeaux un Forum organisĂ© par la Caisse des dĂ©pĂ´ts, ou animĂ©, au mois d’aoĂ»t, l’universitĂ© d’Ă©tĂ© du Medef. La SDJ ne prĂ©cise toutefois pas le montant des honoraires perçus par Christine Ockrent.

La SDJ demande Ă  la chaĂ®ne de « prendre rapidement les mesures disciplinaires qui s’imposent » Ă  l’encontre de la journaliste. Elle dĂ©plore une «  confusion des genres » qui «  sape notre crĂ©dibilitĂ©, dĂ©jĂ  entamĂ©e par une promiscuitĂ© affichĂ©e sans retenue par cette journaliste vis-Ă -vis du pouvoir politique ». Elle estime que ce comportement jette « un doute sur l’impartialitĂ© » de France 3. « Nous appelons par ailleurs notre direction Ă  rappeler fermement les règles en vigueur Ă  tous les journalistes », ajoute la SDJ. La direction de France 3 n’a pas souhaitĂ© faire de commentaire. La reine Christine vilipendĂ©e par le menu fretin de la SociĂ©tĂ© des journalistes ? Il n’y a dĂ©cidĂ©ment plus de morale ! –(Source : nouvelobs.com, 8 fĂ©vrier 2008).

« â€¦personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule... »

Chritine Ockrent, toujours. Après avoir monnayĂ© son talent en 2002 Ă  Orange, puis Ă  MĂ©tro [3], la « reine » qui a butinĂ© un peu partout depuis, a jetĂ© son dĂ©volu sur France 24. Voici comment Le Canard enchaĂ®nĂ© du 23 janvier 2008 rĂ©sumait l’information et la situation  : « Mercredi 16 [janvier], Le Point a rĂ©vĂ©lĂ©, sur son site Internet, que la chroniqueuse de luxe de France 24, Christine Ockrent, embauchĂ©e depuis le 1er mars pour un “billet” politique hebdomadaire, Ă©marge Ă  une somme rondelette : 120 000 euros par an. Ledit billet ne durant que six minutes chaque semaine (deux fois trois minutes en français et en anglais), cela met la minute d’Ockrent Ă  416 euros. Mais c’est la qualitĂ© qui compte... Heureusement, l’info n’a pas eu trop d’Ă©chos dans la presse nationale. La solidaritĂ© de la profession vis-Ă -vis de la “reine Christine” a fait des miracles : cinq lignes dans Le Parisien (16/1), deux lignes dans Le Monde (19/1), rien de plus, et quasi rien sur les tĂ©lĂ©s. Au siège de la CNN Ă  la française, en revanche, la nouvelle a circulĂ© et fait grincer quelques dents. D’autant qu’Ockrent n’y a pas que l’avantage du salaire. Elle y jouit Ă©galement des commoditĂ©s de la fonction : ce n’est pas dans les locaux de France 24, Ă  Issy-les-Moulineaux, oĂą elle ne met jamais les pieds, que la pacha Ockrent enregistre son billet. Mais dans la très chic « Closerie des Lilas », brasserie parisienne situĂ©e Ă  deux pas de son domicile et oĂą doit se dĂ©placer, chaque semaine, une Ă©quipe de production de France 24… ». DĂ©cidĂ©ment Le Canard ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule…

« ... On est quand mĂŞme tombĂ© très bas ... »

Sur Nouvelobs.com, Claude Soula nous apprend cette anecdote intĂ©ressante concernant le journal Les Echos, rĂ©cemment rachetĂ© par Bernard Arnault : « Dans la rubrique “Cribles” (…), un Ă©ditorialiste anonyme a Ă©crit le 25 janvier dernier une analyse qui se voulait iconoclaste -et plutĂ´t nĂ©gative- sur la cession des parfums Saint-Laurent, par le groupe PPR Ă  l’OrĂ©al. Pour les non initiĂ©s, dĂ©cryptons : PPR, c’est le groupe Pinault, et François Pinault, c’est l’hyper ennemi de Bernard Arnault. Les journalistes Ă©conomiques ont donc lu Ă  la loupe ce papier, pour voir si Les Echos restaient Les Echos, donc neutres, ou s’ils allaient essayer de faire plaisir Ă  Bernard Arnault, voire au contraire, de le dĂ©fier. Et malheureusement, c’est plutĂ´t la pire des hypothèses qui a l’avantage : l’articulet souligne les faiblesses de la vente, et tous les problèmes du groupe PPR, alors que la bourse avait saluĂ© l’opĂ©ration… Le titre de l’article est ’Emballement’ pour souligner Ă  quel point les marchĂ©s et les analystes financiers se sont trompĂ©s sur l’analyse du deal. C’est simple : l’éditorialiste est moins critique sur la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale que sur PPR ! »

Un point de vue tellement surprenant que Claude Soula en vient Ă  se demander si Bernard Arnault n’a pas Ă©crit l’article lui-mĂŞme. Une chose est sĂ»re en tout cas, selon lui : « DĂ©sormais, Les Echos, qu’ils le mĂ©ritent ou pas, seront toujours suspects aux yeux de leurs lecteurs ».

La confiance aussi est au plus bas. Très très bas...

« â€¦des gens qui veulent leur revanche... »

Bassesse ? Les derniers rebondissements de la crise du journal donnent l’occasion aux anciens dirigeants du Monde de rĂ©gler leurs comptes [4]. Et ça n’est pas joli, joli. « Au-delĂ  des questions de personnes, se joue actuellement le dernier acte d’un processus qui a commencĂ© au moment oĂą j’ai dĂ©missionnĂ©. Aujourd’hui, la rĂ©daction tente avec courage d’éviter le pire, mais la vraie bataille a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© perdue avec la dilution du quotidien dans le groupe Le Monde. » InterrogĂ© par Le Journal du dimanche (le 3 fĂ©vrier 2008) au sujet de la « dernière crise » du journal vespĂ©ral, Edwy Plenel revisite – de manière très personnelle – l’histoire du titre qu’il a co-dirigĂ© Ă  partir de 1994. Il se dĂ©solidarise ainsi de ses anciens comparses Colombani et Minc et s’exonère de toute responsabilitĂ© quant aux difficultĂ©s que rencontre Le Monde.

Rappelons quand mĂŞme que Plenel a dĂ©fendu toutes les options de l’ancienne direction et mĂŞme parfois avec grandiloquence. Arguant pour l’introduction du titre en Bourse en 2001, il expliquait ainsi : « Il faut en finir avec cette idĂ©e qu’un journal pur est un journal pauvre [5] ». Aujourd’hui, en raison des choix du trio Minc-Colombani-Plenel, Le Monde est pauvre et sous contrĂ´le. Le nouveau patron de MĂ©diapart aime penser contre lui-mĂŞme, au risque de la contradiction. Et son goĂ»t des « petits faits vrais » souffre quelques exceptions. Comme l’a relevĂ© Alain Minc dans le discours prononcĂ© pour son dĂ©part de la prĂ©sidence du conseil de surveillance du Monde  : « Du temps d’Edwy Plenel, le journal Ă©tait chaud et souvent faux. Il est devenu dĂ©sormais froid et toujours vrai [6] » Une violence inouĂŻe qui laisse Rama Yade de marbre…

« ... personne n’a rien appris... »

Revenons Ă  la SecrĂ©taire d’État aux droits de l’Homme et surtout, Ă  son interviewer. Quelques heures Ă  peine après la « sortie » de Rama Yade, Jean-Michel Aphatie rĂ©plique sur son blog.

« Sur le fond », s’agissant de la pipolisation de la vie politique, il commence par reconnaĂ®tre : « Dans l’Ă©chelle de l’importance qu’ont toutes choses, mariage et remariage, divorce et sms, bisous et bijouterie, ont un intĂ©rĂŞt moindre que l’augmentation des petites retraites, la capitulation devant les taxis, la presque capitulation devant les dĂ©bits de tabac, le dĂ©ficit budgĂ©taire ou, fin du fin, la prochaine probable future bombe nuclĂ©aire iranienne. » Avant d’ajouter : « En mĂŞme temps, le journalisme est un mĂ©tier, pas un passe-temps. Ce qui se produit doit ĂŞtre restituĂ©. Par exemple, quand un prĂ©sident de la RĂ©publique cĂ©libataire visite Eurodisney au bras d’un top model qui chante, c’est fatalement, indubitablement, une information. En France, un seul organe de presse a choisi de passer ce fait sous silence. Ce n’est pas lui, professionnellement, qui a eu raison. A partir de lĂ , la machine s’est emballĂ©e. La love story a Ă©tĂ© couverte, largement couverte, d’autant plus largement couverte que le principal acteur lui mĂŞme a encouragĂ© la presse Ă  le faire. Pour ne prendre que des exemples rĂ©cents, quand le prĂ©sident visite le site sidĂ©rurgique de Gandrange, lundi, il Ă©voque par pĂ©riphrase son mariage survenu deux jours [plus tĂ´t] et quand il est Ă  La Rochelle, le mardi, pour le train supersonique d’Alsthom, il dit son amour de l’Italie. Mettre un sou dans la machine tous les jours n’est pas le meilleur moyen de la calmer. »

La pipolisation de la vie politique est donc une attitude tout Ă  fait professionnelle, le problème ne se pose que quand la machine s’emballe. Et si la machine s’emballe, ce n’est pas dĂ» au système mĂ©diatique dans son ensemble, mais c’est que certains font mal leur boulot : « Des journalistes, ici ou lĂ , ont peut-ĂŞtre Ă©crit n’importe quoi, des choses fausses au milieu des choses vraies, des bĂŞtises ou des insanitĂ©s. Mais ici, c’est la responsabilitĂ© individuelle qui doit ĂŞtre questionnĂ©e. (...) Parler de manière indiffĂ©renciĂ©e de la presse, en revanche, ne paraĂ®t pas tout Ă  fait pertinent. (...) La presse n’accepterait donc pas l’Ă©lection de Nicolas Sarkozy et mènerait contre lui une vĂ©ritable chasse Ă  l’homme. Bon, après tout pourquoi pas. Il faut juste savoir que la “presse” n’existe pas . Chaque journal travaille dans son coin et il n’existe pas un centre nĂ©vralgique organisant la contre offensive après la dĂ©faite du printemps dernier. Au demeurant, dans ce foutu pays oĂą tout le monde se divise Ă  propos de tout, la “presse” serait bien incapable d’organiser la suite au profit de qui que ce soit. »
Ouf, nous voici rassurĂ©s ! Comme il n’existe pas – il a raison, Aphatie…- de « centre nĂ©vralgique », chaque mouton brouterait « dans son coin », mĂŞme « les moutons noirs » et les « moutons de Panurge ». Car il en va de la vie privĂ©e de Sarkozy comme du reste : le système mĂ©diatique fonctionne Ă  merveille, tout n’est qu’ « emballement » passager. Des emballements comme celui du RER D [7], ou du bagagiste de Roissy.

« Mon truc, c’est la cuisine », proclamait Jean-Michel Aphatie pendant la campagne Ă©lectorale de 2007 [8]. Par chance, ce n’est pas encore la chambre Ă  coucher.

« ... personne n’a rien appris... » (bis)

… Certes, depuis on n’a rien appris ou presque.

– Sur la situation au Tchad.

Sous le titre « "Tchad : les Français..." - Les JT sont obnubilĂ©s par le sort des ressortissants » , Samuel Gonthier dans TĂ©lĂ©rama du 13 fĂ©vrier 2008 relève … scrupuleusement : « C’est la figure obligĂ©e de toute crise africaine : le “ressortissant”. […] Ainsi s’impose le hĂ©ros du journal tĂ©lĂ©visĂ© quand, le 31 janvier dernier, des « rebelles » attaquent N’Djamena. Dans chaque Ă©dition, sur France 2 comme sur TF1, deux sujets consacrĂ©s au Tchad : l’un dĂ©diĂ© aux ressortissants Ă©vacuĂ©s, l’autre Ă la situation sur place”. C’est-Ă -dire Ă  l’action de nos soldats en faveur... des ressortissants. […] Les tĂ©lĂ©s […] n’ayant pas de reporters sur place, se satisfont des images fournies par les militaires. Elles en indiquent très scrupuleusement la provenance. Mais en tirent d’Ă©tranges conclusions : “Ces images tournĂ©es par l’armĂ©e française le prouvent : quand les forces tricolores croisent les rebelles, elles observent une stricte neutralitĂ©.” (France 2, 3 fĂ©vrier). “NeutralitĂ©” de la France, “lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique” d’Idriss DĂ©by, le discours des autoritĂ©s civiles et militaires n’est jamais mis en doute. En une semaine, chacune des deux chaĂ®nes ne consacre qu’un seul sujet d’Ă  peine deux minutes Ă  une sommaire explication de la guerre. […] En revanche, quand il s’agit des “ressortissants”, les JT rivalisent de prĂ©cision. “397 ressortissants ont quittĂ© N’Djamena. » « 839 Ă©trangers ont Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©s du Tchad vers le Gabon.” “525 ressortissants français sont arrivĂ©s ce matin Ă  Roissy”, etc. Et les Tchadiens ? Les Tchadiens ont un sacrĂ© handicap : ils ne sont pas “ressortissants”. Alors, ils sont simplement “des centaines”– des centaines de blessĂ©s. Ou “des milliers” – des milliers Ă  fuir les combats, Ă  se rĂ©fugier au Cameroun. Et c’est tout. Pas d’images, pas d’infos. Enfin, au bout de quelques jours, “ça semble plutĂ´t se calmer au Tchad”, annonce Jean-Pierre Pernaut. L’occasion de mieux comprendre ce qui s’est passĂ© ? Pas le temps […] »

– Sur les grèves gĂ©nĂ©rales en Grèce

Pas d’inquiĂ©tude en revanche sur les « ressortissants français en Grèce »â€¦Le mercredi 14 fĂ©vrier 2008, « toute l’économie grecque Ă©tait paralysĂ©e par une journĂ©e massive de grève gĂ©nĂ©rale, la deuxième en deux mois. » rappelle le Lucky.blog qui relève : « Pas d’article depuis un an dans les archives du journal Le Monde avec les mots clefs “grève et Grèce” ou “grèves et Grèce”. MĂŞme recherche infructueuse (sauf erreur de ma part) sur le site de LibĂ©ration. Mais voici un extrait de la correspondante de RFI Ă  Athènes, Corinne Valois : “Comme si le temps avait Ă©tĂ© suspendu, tout le pays a Ă©tĂ© une nouvelle fois paralysĂ© par la seconde grève gĂ©nĂ©rale de vingt-quatre heures du secteur public et privĂ©, cela deux jours avant l’ouverture des dĂ©bats parlementaires pour la modification du rĂ©gime de sĂ©curitĂ© sociale et des retraites (…) Un rĂ©gime calquĂ© sur le modèle français.” »

Dans ce cas, Ă  quoi bon en parler, en effet ?

Johann Colin
- avec la documentation d’Acrimed

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.