En vingt chapitres thĂ©matiques, Olivier Goujon fait un Ă©tat des lieux des contraintes qui pèsent sur les journalistes dans l’exercice de leur mĂ©tier, et des consĂ©quences qui en dĂ©coulent sur la production de l’information.

Ă€ commencer par le photojournalisme. Reportages commandĂ©s (oralement...) puis annulĂ©s, rĂ©munĂ©rations en chute libre : les photoreporters, notamment quand ils couvrent des zones de conflits Ă l’Ă©tranger, travaillent dans des conditions de plus en plus prĂ©caires, qui les conduisent Ă prendre des risques de plus en plus importants.
Personne ne vit plus du photoreportage. « Ou presque », chipoteront les chipoteurs. Certes, « ou presque », mais ce presque est tellement rĂ©siduel qu’il ne masque plus la misère d’un mĂ©tier crevĂ©, la dĂ©shĂ©rence de femmes et d’hommes dĂ©classĂ©s.
Une prĂ©caritĂ© que connaissent de nombreux journalistes, qui luttent au jour le jour pour trouver des piges rĂ©gulières, qui peuvent gagner moins de 1000 € par mois, et qui, parfois, se trouvent obligĂ©s par les rĂ©dactions Ă recourir Ă l’autoentrepreneuriat (alors que c’est illĂ©gal).
La rĂ©munĂ©ration de la pige se fait au feuillet, Ă la ligne, au signe, sans tenir compte, dans la plupart des cas, de la difficultĂ© du sujet, du nombre d’interviews nĂ©cessaires ou, encore moins, (...) de la rĂ©flexion, de l’analyse ou des connaissances indispensables Ă la rĂ©alisation du papier.
Parmi les thèmes abordés, Olivier Goujon évoque celui des transformations de la presse magazine :
En 1995, quand je commence Ă travailler pour Prisma, j’ai des feuilles de salaire, des certificats de travail, une carte de presse, des commandes signĂ©es, des frais payĂ©s... Vingt ans après, je suis autoentrepreneur, je finance mes reportages, je n’ai plus de carte de presse française, ni de commandes signĂ©es, ni de certificats d’employeur...
Des mutations qui vont de pair avec une dĂ©tĂ©rioration de la qualitĂ© de l’information :
La vente de Mondadori, comme la cession par appartements des magazines de Prisma Media, signifie d’abord la fin de la presse magazine des annĂ©es 1990, et la victoire dĂ©finitive de la publicitĂ©, de la finance et de la communication sur le journalisme [1].
Olivier Goujon revient aussi sur les pressions externes qui pèsent sur le journalisme, de l’accaparement de la plupart des grands mĂ©dias par quelques milliardaires aux « journalistes de la presse rĂ©gionale [se trouvant] Ă la merci de potentats politiques locaux ».
En mĂŞlant tĂ©moignages de journalistes et description des Ă©volutions du mĂ©tier (en se penchant sur de nombreux cas, non abordĂ©s ici, comme, par exemple, les voyages de presse ou la loi sur les fake news), Olivier Goujon dresse un panorama des nombreuses logiques qui pèsent sur le travail quotidien des journalistes. Avec un bilan amer, mais lucide : les journalistes sont de plus en plus prĂ©caires et l’information sacrifiĂ©e, dans la presse magazine en particulier, tandis que « les relations publiques et la publicitĂ© ont pris le pas sur le journalisme pour imposer un modèle de communication basĂ© sur le divertissement au dĂ©triment de l’information. »
Maxime Friot