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« Le Grand journal » sur Canal Plus : comment transformer la politique en spectacle

Emission de politique dĂ©politisĂ©e, « Le Grand Journal » ? A n’en pas douter, oui [1].

Alliant fausse impertinence et vraie superficialitĂ© show-bizness et politique, l’émission phare de Canal Plus est une Ă©mission de mĂ©lange des genres. Son dispositif, son dĂ©roulement, son contenu, ses animateurs et ses invitĂ©s : tout et tous concourent Ă  transformer la politique en spectacle mĂ©diatique. Comme si la politique qui se donne en spectacle et que l’on donne en spectacle Ă©tait toute la politique. Comme si elle n’était et ne pouvait ĂŞtre que cela. Comme si le donner Ă  croire n’avait aucune implication… « politique ».

Imaginons une personne, fĂ©rue de politique et passionnĂ©e de dĂ©bats tĂ©lĂ©visĂ©s, qui, tombĂ©e dans un profond coma en 1980, en sortirait aujourd’hui. Imaginons que, Ă  son rĂ©veil, depuis son lit, elle regarde « Le Grand Journal ». Il y a tout lieu de craindre que, sous le choc, elle rechute cette fois dans un coma dĂ©finitif.

En effet, l’apparition du tout publicitaire, des reportages montĂ©s comme des clips et de la mise en scène spectaculaire de l’affrontement d’idĂ©es ; le choix de l’instantanĂ©, la primautĂ© de la forme sur le fond, et l’impertinence comme gage d’indĂ©pendance sont des ingrĂ©dients qui peuvent faire dĂ©faillir quiconque a pu, un jour, se passionner pour la politique. DĂ©faillir devant la mise en spectacle de la politique Ă  la tĂ©lĂ©vision… dont le « Grand journal » est certainement l’exemple le plus abouti.

Une Ă©mission structurĂ©e [2]

La première partie du « Grand journal », de 19h10 Ă  19h50, traite de l’actualitĂ© politique, Ă©conomique et sociale. La seconde partie, originalement appelĂ©e « Le Grand journal, la suite », dĂ©bute après « les Guignols » vers 20h10 et aborde l’actualitĂ© culturelle. Elle permet aux artistes et vedettes du moment de faire leur ronde promotionnelle. Cela ressemble Ă  ce que l’on voit partout ailleurs : les applaudissements encouragĂ©s se succèdent aux blagues tĂ©lĂ©phonĂ©es des invitĂ©s, et les pages de publicitĂ© rĂ©elles prĂ©cèdent ce que l’on pourrait appeler les placements de produits culturels… Seule nous concernera ici la première partie de l’émission. Celle-ci entraĂ®ne, par sa construction mĂŞme, la dĂ©structuration de tout discours politique. Quel que soit l’invitĂ©, son propos, noyĂ© au milieu de la publicitĂ©, des chroniques et des questions de cuisine politicienne, ne pourra ĂŞtre que hachĂ©, coupĂ©, fractionnĂ©, en un mot : mutilĂ©.

Si l’émission déstructure toute pensée politique, elle le fait de façon très… structurée.

PrĂ©sentĂ© par Michel Denisot Ă©paulĂ© par Jean-Michel Aphatie, Ali Baddou et Ariane Massenet, le « Grand Journal » dĂ©marre donc vers 19h10. Cinq minutes plus tard, un sujet de deux minutes environ, montĂ© comme un clip, et intitulĂ© « La Petite question », interpelle l’invitĂ© [3]. A 19h20, il est grand temps de procĂ©der Ă  une première coupure publicitaire qui s’étend sur quatre minutes. Quand vient le moment du retour sur le plateau, vers 19h24, l’invitĂ© principal est souvent rejoint par un autre pour quelques minutes d’interview. Vers 19h30, Jean-Michel Aphatie, qui a dĂ©jĂ  posĂ© des questions, fait une sorte de revue de presse de l’actualitĂ© politique. Cela dure cinq minutes. L’invitĂ© peut rarement rĂ©agir Ă  ce qui vient d’être dit puisque Yann Barthès dĂ©marre son « Petit journal actu » vers 19h35. La chronique – assemblage d’images d’actualitĂ© commentĂ©es (nous y reviendrons) – dure cinq Ă  six minutes. S’ensuit la sĂ©quence ridicule de la mĂ©tĂ©o sur deux minutes. Ouf ! Il est 19h42, le moment de la deuxième page de publicitĂ©. Ensuite, Ă  19h46, Michel Denisot annonce « le Zapping » qui s’étale sur quatre Ă  cinq minutes. Une rĂ©action est parfois demandĂ©e Ă  l’invitĂ©, mais pas trop longue, car c’est, Ă  19h51, l’heure de la troisième sĂ©quence de publicitĂ©, qui dure cette fois cinq minutes… puisqu’elle prĂ©cède l’émission dĂ©sormais mythique des « Guignols ».

En définitive, si l’on fait le calcul, l’invité n’est sollicité que pendant une bonne quinzaine de minutes (sur quarante), mais, répondant à des questions, s’exprime beaucoup moins longtemps. Difficile, donc, de développer des idées.

Mais le pire est ailleurs. A la structure de l’émission correspond son contenu : l’émission s’est armĂ©e d’une Ă©quipe de journalistes dont les interventions contribuent Ă  dĂ©politiser la politique en faisant ressortir les jeux politiciens plus que les enjeux politiques.

Le sommet est atteint une fois par semaine, chaque vendredi : ce soir-lĂ , « le Grand journal » cède, comme de nombreuses Ă©missions, aux sirènes du spectacle de la polĂ©mique en utilisant les grosses ficelles des joutes verbales entre Ă©ditorialistes [4].

Mais c’est quotidiennement que Michel Denisot et ses acolytes contribuent Ă  transformer les questions politiques en sketches de cabaret. Selon deux modalitĂ©s principales : d’abord, mĂ©lange des genres oblige, en badinant avec l’invitĂ© ou en se moquant de lui ; ensuite, en se prĂ©occupant de cuisine politicienne, pimentĂ©e de tentatives de « se faire » l’invitĂ©, c’est-Ă -dire de le piĂ©ger afin de dĂ©poser un trophĂ©e sur sa cheminĂ©e.

La futilité est réservée à Ariane Massenet (très bien épaulée par Michel Denisot), l’insolence d’apparence est partagée par Ali Baddou et Jean-Michel Aphatie, mais c’est ce dernier qui s’occupe du petit jeu politicien…

Futilité et frivolité

Lors de la venue de SĂ©golène Royal, le 30 septembre 2009, Michel Denisot accueille l’ex-candidate socialiste par une question qui tourne Ă  vide (Ă  relire deux fois) : « Alors on va commencer par les journĂ©es du Parti socialiste, les journĂ©es parlementaires qui ont lieu Ă  Toulouse aujourd’hui et demain pour se prononcer sur la rĂ©novation du parti socialiste qui n’interviendrait que l’étĂ© prochain… Euh, est-ce que vous y serez, et on a un peu l’impression d’assister Ă  une course de lenteur pour un parti qui est en Ă©tat d’urgence… Sur la rĂ©novation… C’est toujours reportĂ©. » Cette intervention est si amphigourique qu’elle trouble SĂ©golène Royal, qui demande : « La question, c’est les journĂ©es parlementaires ? »

Apparemment effacĂ©, Denisot ne s’en tient qu’au « travail » d’animation et Ă  quelques questions futiles qui ne doivent pas lui demander de grands efforts de prĂ©paration avant chaque Ă©mission. Ainsi Pascal Bruckner, auteur d’un livre sur l’amour, dès son arrivĂ©e sur le plateau, doit faire face Ă  cette pertinente question : « Alors on a d’abord envie de vous demander, comment va l’amour aujourd’hui ? » (1er octobre) Et Ă  la fin de l’émission, Denisot se tourne vers Eric Besson : « Quelle est votre dĂ©finition du paradoxe amoureux ? ».

Abordant le procès Clearstream en compagnie d’une brochette d’éditorialistes habituĂ©s des plateaux de tĂ©lĂ©vision (Alain Duhamel, Jean-Michel Aphatie, HervĂ© Gattegno et Renaud DĂ©ly), notre maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie pose cette question (2 octobre) : « Est-ce que Dominique de Villepin, aujourd’hui, vous paraĂ®t condamnable, ou pas ? » Avant de prĂ©ciser : « Si le procès s’arrĂŞtait mercredi soir… » Soit une hypothèse idiote pour mieux Ă©clairer la situation… Passant Ă  un autre sujet, il effectue une transition très habile : « On passe au Parti socialiste, euh… Martine Aubry est en forme ?... Ou pas ? »

Mais c’est Ă  Ariane Massenet qu’incombe la mission de la lĂ©gèretĂ©. RĂ©gulièrement, elle pose des questions aux invitĂ©s en prĂ©cisant les règles : il s’agit de « rĂ©pondre juste par oui ou par non. On ne dĂ©veloppe pas. Juste oui/non. » Une règle qui rend impossible toute argumentation politique et qui, Ă©videmment, ne s’applique qu’à des sujets qui peuvent se passer de toute argumentation. Lors de la venue de SĂ©golène Royal les trois questions posĂ©es ont Ă©tĂ© :

– « Martine Aubry est-elle une bonne première secrĂ©taire ? Oui/non, faut cocher. » Une question qualifiĂ©e de « sĂ©rieuse » par son auteure.

– « Est-ce que vous avez eu envie Ă  un moment de tout plaquer ? Oui/non. » Royal rĂ©pond « non » et — mal lui en prend — veut dĂ©velopper… « C’est non », tranchent de concert Massenet et Denisot.

– « Serez-vous candidate Ă  la prĂ©sidentielle de 2012 ? » Royal : « C’est trop tĂ´t pour vous le dire, je ne sais pas encore… » Une rĂ©ponse que Massenet interprète Ă©videmment comme un « oui ».

Un dernier exemple : quand Jean-Luc MĂ©lenchon est invitĂ© avec FrĂ©dĂ©ric Lefebvre (5 octobre 2009), Massenet s’intĂ©resse Ă  la façon dont l’un perçoit l’autre, et demande Ă  chacun de dĂ©finir son rival par un mot, l’objectif Ă  peine dissimulĂ© Ă©tant de montrer qu’ils se ressemblent par leurs tempĂ©raments. Et donc d’effacer les diffĂ©rences politiques.

Politicailleries et anecdotes

Jean-Michel Aphatie ne s’en cache pas : il adore la cuisine politique [5] et « Le Grand Journal » lui permet de se livrer sans retenue Ă  cette passion. S’adressant Ă  Christine Lagarde (comme aux autres personnalitĂ©s politiques), il « ose » : « Vous ĂŞtes candidate pour 2012 ? » Si on ne se souvient pas de la rĂ©ponse, c’est que l’éventualitĂ© d’une candidature de Mme Lagarde n’avait guère retenu l’attention, si ce n’est celle d’Aphatie lui-mĂŞme. De mĂŞme, lors de la venue de SĂ©golène Royal, Aphatie se garde bien de poser des questions d’orientation, seuls l’intĂ©ressent les troubles, certes bien rĂ©els, que connaĂ®t le Parti socialiste : «  C’est votre parti. Vous avez pas envie de claquer la porte quand vous voyez tout ça ? » RĂ©ponse de Royal : « Mais j’en fais toujours partie pour l’instant. » Aphatie : « C’est pas dĂ©finitif ? » Royal qui tente de se dĂ©pĂŞtrer de la situation : « Je ne suis pas lĂ  pour parler de moi. Je suis lĂ  pour parler… » Aphatie, fort du rĂ´le qu’il revendique : « Vous ĂŞtes lĂ  pour rĂ©pondre aux questions aussi. » Royal : « Oui, mais je peux choisir les questions auxquelles je rĂ©ponds. » La rĂ©ponse est inacceptable pour notre chef-cuisinier politique qui rĂ©torque : « Ah… ça ce serait une nouveautĂ© tout de mĂŞme… Je vous fais une liste de questions et vous choisirez ? » Et pourquoi pas ? Cela permettrait peut-ĂŞtre aux Ă©missions qui se disent politiques de parler de… politique.

Mais lorsque SĂ©golène Royal, Ă©numère les diffĂ©rentes crises Ă©conomiques et affirme qu’elle trouve cela « bien plus important que les questions sur telle ou telle organisation », l’intervieweur assène, en guise de conclusion : « Vous serez heureuse le jour oĂą vous quitterez le Parti socialiste. C’est ça. » Sans rĂ©ponse. Et il rĂ©itère, d’un ton catĂ©gorique : « Vous serez heureuse le jour oĂą vous quitterez le Parti socialiste. » Royal se tourne alors vers lui : « Monsieur Aphatie, permettez-moi de rĂ©server le prĂ©cieux temps d’antenne que vous me consacrez et que vous m’offrez aujourd’hui… » Avant d’être coupĂ©e, cette fois, par Denisot : « Ce n’est pas un cadeau… hein ? »

Denisot est content : Aphatie a tenu son rĂ´le. Et le spectacle peut continuer. Mais si les cuisiniers et les bateleurs peuvent occuper ainsi le devant de la scène, c’est aussi parce que les reprĂ©sentants politiques se sont prĂŞtĂ©s au jeu. Presque tous, quelle que soit leur position sur l’échiquier politique, ont cĂ©dĂ©, parfois malgrĂ© eux, aux sirènes d’une personnalisation qui dĂ©tourne des questions dont les politiques sont censĂ©s s’occuper.

Souvent plus soucieux de rapporter des anecdotes que de traiter des problèmes eux-mĂŞmes, Jean-Michel Aphatie fait aussi office de chroniqueur. Chaque soir, il se fend d’un compte rendu de l’actualitĂ© politique, parfois sous forme de revue de presse. Cela lui permet de commenter. Et ça, Jean-Michel Aphatie, il aime. Commenter le rapport de Nicolas Sarkozy avec François Fillon, commenter l’histoire d’amour fictive de ValĂ©ry Giscard d’Estaing avec Lady Diana, commenter la relation conflictuelle entre Martine Aubry et SĂ©golène Royal, etc. Et le 2 octobre, on apprend par exemple dans sa chronique que Jacques Chirac est « le mordu de la semaine » puisque… son chien vient de le mordre.

Quatre moments de détente

Entre 19h10 et 19h50, en plus des trois coupures publicitaires et de la chronique de Jean-Michel Aphatie, quatre rubriques scandent l’émission : la « Petite question » de Bruno Donnet, la mĂ©tĂ©o, le « Petit journal de l’actu » prĂ©sentĂ© par Yann Barthès, et le Zapping.

– La « Petite question » se veut provocatrice. PrĂ©sentĂ©e sur un ton « dĂ©calĂ© », elle est prend la forme d’un montage censĂ©ment humoristique oĂą des extraits tĂ©lĂ©visuels - souvent peu flatteurs - de l’invitĂ© rĂ©pondent aux phrases de Donnet. En gĂ©nĂ©ral, elle fait flop, l’invitĂ© prĂ©fĂ©rant sourire que rĂ©pondre. Après avoir Ă©voquĂ© les liens qui unissent SĂ©golène Royal et Georges FrĂŞche, Bruno Donnet finit par poser, au bout de deux minutes, sa « petite question » Ă  la socialiste : « Vous sentez-vous Ă  ce point seule pour accepter d’être aussi mal accompagnĂ©e ? » Lors de la venue de Jean-Luc MĂ©lenchon et FrĂ©dĂ©ric Lefebvre (5 octobre 2009), Donnet les prĂ©sente ainsi : « deux gros clients, deux tĂŞtes de lard de la vie politique. (…) Venus pour s’étriper autour d’un mets de choix : la Poste. » « S’étriper »â€¦ c’est bien le sens que donne Canal Plus Ă  la politique. DĂ©battre, non. Se battre, oui. Et si tel est le cas, ce n’est pas parce que la question le mĂ©rite, mais parce que la personnalitĂ© des combattants le justifie [6].

– La mĂ©tĂ©o, prĂ©sentĂ©e par Pauline Lefèvre, adopte aussi le ton « branchĂ© » spĂ©cifique Ă  Canal Plus. La prĂ©sentatrice, forcĂ©ment jolie, n’est pas confinĂ©e dans le rĂ´le de rĂ©citante des prĂ©visions de MĂ©tĂ©o France. Elle aussi a le droit de plaisanter avec l’invitĂ© ou Ă  son propos, au risque que ses blagues de potache ne fassent rire que ses comparses.

- Avec SĂ©golène Royal, elle lit un SMS (rĂ©el ou imaginaire ?) qui aurait Ă©tĂ© envoyĂ© aux militants : « Non-cumul des mandats, primaires, renouvellement, paritĂ©, le 1er octobre tu as la parole. Viens voter. Fais circuler ce SMS autour de toi. Le parti socialiste. » La rĂ©ponse (pas drĂ´le) de Lefèvre : « Je ne viendrai pas voter le 1er octobre car g dĂ©jĂ  votĂ© l’annĂ©e dernière Ă© g retrouvĂ© mon bulletin 2 vote en train 2 flotter dans la cuvette des toilettes. Plein de poutoux Ă  tous ! Pauline. »

- Au lendemain du « oui » irlandais au TraitĂ© de Lisbonne, Pauline Lefèvre dĂ©barque habillĂ©e en vert, accompagnĂ©e d’une musique irlandaise, des verres de Guinness pour tout le monde, et elle dit n’importe quoi : « On va continuer de fĂŞter ensemble l’entrĂ©e de l’Irlande dans l’Europe (sic), enfin la continuitĂ© de tout ça, avec une bonne grosse averse demain matin. » (5 octobre 2009)

– Le « Petit journal actu » de Yann Barthès achève de rendre dĂ©risoires toutes ces tentatives de tourner en dĂ©rision. Yann Barthès, style branchĂ© bobo, barbe de deux jours, costume dĂ©contractĂ©, retrace l’actualitĂ© politique des dernières 24 heures parfois avec humour, souvent avec moquerie, mais rarement avec finesse. MontĂ©e comme un vĂ©ritable clip, la sĂ©quence, sur fond musical, est illustrĂ©e par de très courts extraits vidĂ©os (environ une quarantaine de plans, sans compter ceux sur Barthès lui-mĂŞme) s’attelant Ă  dĂ©crĂ©dibiliser des personnes (une phrase rĂ©pĂ©tĂ©e plusieurs fois dans le mĂŞme discours, le nom des dĂ©putĂ©s Ă  l’assemblĂ©e nationale, un tic verbal d’un homme politique, une grimace, une coiffure, etc.). Le fond, dĂ©jĂ  peu prĂ©sent dans l’émission est laissĂ© de cĂ´tĂ© pendant plus de cinq minutes. Le problème de cette rubrique n’est pas sa nature – elle contient parfois des sĂ©quences cocasses – mais sa place – vers 19h30, au milieu d’une Ă©mission dans laquelle on est censĂ© parler de… l’actualitĂ©, traitĂ©e ici comme le sera, dans la deuxième partie de l’émission, l’actualitĂ© « people » qui permet Ă  Yann Barthès de rĂ©pĂ©ter, au fond, le mĂŞme exercice avec « Le petit journal people » : un symptĂ´me.

– Reste « le Zapping » qui est sans doute l’une des rubriques les plus anciennes et les plus mythiques de Canal Plus. GĂ©nĂ©ralement observateur très juste de la tĂ©lĂ©vision, le Zapping n’a pas de fonction dĂ©politisante. Sa ligne Ă©ditoriale, qui se traduit par le choix de l’ordre des sĂ©quences sĂ©lectionnĂ©es, est rĂ©ellement impertinente. Mais elle ne suffit pas Ă  sauver le reste de l’émission…

***

L’émission « Le Grand Journal » est un symptĂ´me de l’évolution de la tĂ©lĂ©vision en gĂ©nĂ©ral et de celle de Canal Plus en particulier. DiffusĂ©e Ă  la mĂŞme heure que le fut le talk show « Nulle Part Ailleurs », elle en est une version profondĂ©ment dĂ©gradĂ©e. Emission de mĂ©lange des genres « Nulle Part Ailleurs », avait dĂ©jĂ  progressivement perdu de son caractère corrosif et atypique entre ses dĂ©buts en 1987 et sa disparition en 2001.

Créée en septembre 2004, l’émission « Le Grand Journal » renoue avec la tradition des cabarets de chansonniers, avec, en vedettes, cette fois, des journalistes !

Mathias Reymond et Franz Peultier

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