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Julliard : haro sur Debray et Bourdieu !

Dans sa chronique du Nouvel Observateur daté du 21 décembre, Jacques Julliard s’en prend à Régis Debray, auteur d’un livre, I.F., auquel nombre de journaux ont consacré de longs dossiers.

« Voilà qu’en cette fin d’année on ne craint pas de nous refaire le coup de la mort des intellectuels. Quelle invention ! Avec Régis Debray, on passe à la tragi- comédie. Non, ce n’est pas de " médiologie " que je parle ici, mais d’une sorte de cantilène triste et querelleuse qui, d’essai en pamphlet, finit par rythmer nos automnes et nos printemps.

Régis Debray n’aime pas le monde, mais le monde adore Régis Debray, et chacun de ses libelles est accueilli dans l’enthousiasme par la plupart de ses victimes. C’est un privilégié : il est l’un des rares intellectuels à ne pas être soumis à une obligation de résultats. Au contraire : chacune de ses bévues ajoute encore à son autorité. Procommuniste au bon vieux temps, castriste ensuite, proserbe au moment du Kosovo, tout cela lui donne un crédit grandissant pour dénoncer les errances des intellectuels. Depuis la Bosnie et surtout le Kosovo - tristes pizzerias ! - j’ai perdu mon estime intellectuelle pour ces contempteurs récidivistes de la démocratie. C’est plus fort que lui : à chaque fois, et pour d’excellentes raisons, il tombe du côté de ses adversaires. Ce cynique appliqué aura toujours été victime de ses bons sentiments. Cela l’a fâché avec la liberté.

Je ne vous raconterai pas " I. F. " (c’est le titre). Sur le fond, c’est du Bourdieu. En moins systématique mais en mieux écrit. Sur la psychologie des intellectuels, leurs murs, leurs dévoiements, cet essai pamphlétaire n’ajoute guère à la montagne de livres sur le sujet, qui oscillent entre le narcissisme et la haine de soi. Le ressort caché de ce livre, c’est le Kosovo. La plaie inavouée. Même si tout n’était pas faux dans le reportage de Régis Debray, la façon dont il fut effectué, son indifférence face aux victimes kosovares, sa myopie sur les enjeux, son retentissement médiatique, tout cela fit de lui un allié de poids pour Milosevic. On aurait compris qu’au lendemain de cette équipée et de l’élimination de Milosevic par le peuple serbe Régis Debray fît le point, dressât le bilan. Mais non : il préfère s’en prendre aux intellectuels.Le sketch répétitif et autodestructeur de Régis Debray ne nous offre plus aucune surprise. L’anti-intellectualisme quinteux de cet intellectuel raffiné respire la résignation politique et la hargne sociale. Le voilà qui prétend quitter la scène avec l’élégance de l’Auvergnat qui, en partant pour la retraite, crache dans la limonade.

 

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