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Démontage

José Bové libéré : Le Figaro laisse éclater sa joie

par Henri Maler,

José Bové libéré : Yves Thréard, directeur-adjoint de la rédaction, dans Le Figaro du 2 Août 2003, s’indigne et s’étrangle sous le titre suivant : « Bové, en toute légalité ! ».

C’est que, fin connaisseur des lois et des hommes, notre directeur adjoint sait pertinemment qui est José Bove : « l’homme qui a violé la loi, qui s’est comporté comme un délinquant et qui, disons-le, abuse jusqu’à ses plus fervents admirateurs », un « écologiste d’opérette », « celui qui avait déjà eu le culot de demander une faveur à Jacques Chirac ». Et avec une pointe d’ironie amère et de mépris amène : un « détenu modèle », un « éleveur de brebis ».

C’est assez dire quelles vont être les conséquences de la libération de ce dangereux individu : « Comment l’expliquer à tous les anonymes qui, un jour, ont eu maille à partir avec la justice ? Au petit patron convaincu d’abus de bien social comme au petit voyou de banlieue. Le premier a peut-être détourné de l’argent, mais il « paiera » même si de lui dépendent parfois des dizaines d’emplois. Le second continuera à se dire, devant tant de clémence, que selon qu’on est fort ou faible... Sa haine ne pourra qu’augmenter. Triste spectacle, pitoyable exemple. Et tout cela avec la complicité de l’Etat. »

Tout à sa compassion pour le « petit patron » et à son souci d’équité pour le « petit voyou », notre brave moraliste du Figaro, justicier en manque de justice, oublie par mégarde l’impunité dont bénéficient des responsables politiques qui abusent de leurs fonctions et les chefs d’entreprise qui en usent à leur convenance pour peu que ce soit « en toute légalité ! »

Emporté par son élan de générosité, notre intraitable redresseur de torts, courageux réformateur des lois et des hommes, plutôt que d’exiger, au moins, que tous les condamnés à des courtes peines puissent effectivement bénéficier d’une libération anticipée assortie de l’exercice d’un emploi, s’indigne que l’un d’entre eux puisse le faire.

« La place d’un syndicaliste n’est pas en prison », entend-on de tous côtés. C’est vrai. Mais qui est vraiment à sa place en prison ? La question, n’en déplaise au Figaro et sans doute à quelques autres, mérite au moins d’être posée.

Toute fureur dehors, notre colérique défenseur des « beaux principes qui régissent un Etat de droit » laisse pour finir échapper le véritable motif de sa colère : si Bové ne reste pas en prison, il va poursuivre son combat.

Titulaire d’un contrat à durée indéterminée, pour un travail d’entretien de la bêtise haineuse, le directeur-adjoint enrage : « C’est que, dehors, l’éleveur de brebis a du travail. La prison, il n’a pas que cela à faire. La contestation est un emploi à plein temps. Son « placement » donc ne consiste pas en une quelconque tâche d’intérêt général. Tout est prévu et négocié. Il est convenu qu’il rejoigne une association du Larzac pour commémorer, trente ans après, les grandes manifestations contre l’extension du camp militaire sur le plateau. En septembre, il a rendez-vous au Mexique, au sommet de l’Organisation mondiale du commerce, pour dénoncer les horreurs du capitalisme, cracher sur le système dont il profite. ».

On l’a compris : Le Figaro qui ne supporte aucune contestation, même occasionnelle, réserve à ceux qui bénissent le capitalisme et profitent du système parce qu’ils en sont les défenseurs attitrés, le droit de se présenter en défenseurs de l’intérêt général. Quant à ceux qui transgressent les lois qui protègent un « système » édénique, il leur réserve une seule destination : la prison.


Acrimed vous offre gratuitement, jusqu’à ce que Le Figaro, « en toute légalité », nous demande de retirer ce poème en prose, un échantillon de littérature engagée :


« Bové, en toute légalité !


Bové, encore et toujours. Lui, l’homme qui a violé la loi, qui s’est comporté comme un délinquant et qui, disons-le, abuse jusqu’à ses plus fervents admirateurs, va finir par nous faire douter des beaux principes qui régissent un Etat de droit. Si le parquet de Montpellier ne s’y oppose pas, cet écologiste d’opérette sortira aujourd’hui de prison. Cinq mois avant la fin de sa peine. Comment l’expliquer à tous les anonymes qui, un jour, ont eu maille à partir avec la justice ? Au petit patron convaincu d’abus de bien social comme au petit voyou de banlieue. Le premier a peut-être détourné de l’argent, mais il « paiera » même si de lui dépendent parfois des dizaines d’emplois. Le second continuera à se dire, devant tant de clémence, que selon qu’on est fort ou faible... Sa haine ne pourra qu’augmenter. Triste spectacle, pitoyable exemple. Et tout cela avec la complicité de l’Etat.

Reprenons le feuilleton depuis le début. Condamné à dix mois de prison ferme pour destruction de plants transgéniques, José Bové n’est pas immédiatement placé en détention comme n’importe quel justiciable. L’usage veut qu’on n’emprisonne pas un dirigeant syndical. On est pourtant loin du délit d’opinion, de la défense de la cause ouvrière. Le débat fait rage. On attend qu’il s’estompe pour aller enfin le cueillir en hélicoptère au saut du lit, dans sa bergerie. Ridicule épisode ! Embastillé en juin dans l’Hérault, celui qui avait déjà eu le culot de demander une faveur à Jacques Chirac attend avec impatience le 14 juillet, jour de grâce. Non seulement il obtient deux mois de remise de peine, au titre de la traditionnelle grâce collective, mais le président de la République lui offre deux mois supplémentaires, à titre discrétionnaire. Souci d’apaisement ? Sympathie pour les antimondialistes ou la cause écologiste ? Le chef de l’Etat n’est pas tenu de s’expliquer. Ainsi est la loi.

José Bové a encore cinq mois de détention à effectuer. La polémique reprend. On n’enferme pas les syndicalistes ! Interrogé, le garde des Sceaux se veut intraitable mais invite l’intéressé, s’il le souhaite, « à formaliser une demande d’aménagement de peine ». Précieux conseil. Chose dite, chose faite. Et le juge d’application des peines d’accorder au détenu modèle une « libération et son placement extérieur ». Sans surveillance, évidemment ! Comme s’il pouvait s’échapper ou récidiver ! C’est que, dehors, l’éleveur de brebis a du travail. La prison, il n’a pas que cela à faire. La contestation est un emploi à plein temps. Son « placement » donc ne consiste pas en une quelconque tâche d’intérêt général. Tout est prévu et négocié. Il est convenu qu’il rejoigne une association du Larzac pour commémorer, trente ans après, les grandes manifestations contre l’extension du camp militaire sur le plateau. En septembre, il a rendez-vous au Mexique, au sommet de l’Organisation mondiale du commerce, pour dénoncer les horreurs du capitalisme, cracher sur le système dont il profite.

Que dire puisqu’il est libéré en toute légalité ? »

Yves Thréard

 

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