Acte I : comment disqualifier les auditeurs mécontents
Emmanuel Giraud : Oui. Bonsoir Jean. J’ai Ă©tĂ© effectivement Ă TĂ©lĂ©rama ; j’ai rencontrĂ© StĂ©phane Jarno, le spĂ©cialiste des pages radios Ă TĂ©lĂ©rama, et j’ai Ă©pluchĂ© les 200 lettres reçues par TĂ©lĂ©rama depuis la rentrĂ©e concernant le changement de la grille. Et sur ces 200 lettres, il y a cinq lettres qui sont des lettres, un petit peu, de contentement de cette grille, d’auditeurs absolument ravis…
Jean Lebrun : Vous avez d’ailleurs choisi l’un de ces auditeurs qui ont scriptĂ© une lettre favorable, Evelyne Vicky [?], c’est la seule qui n’est pas venue ce soir. Mais enfin on l’attend… les embouteillages doivent simplement l’embarrasser un peu. [ Elle viendra. Voir plus loin].
– La suite vise à disqualifier les auditeurs mécontents :
Emmanuel Giraud : Et puis parmi les 195 autres lettres d’auditeurs, des auditeurs mĂ©contents, alors sous diffĂ©rentes formes, on a un petit peu tous les types de lettres : des gens très très organisĂ©s, très… qui ont Ă©crit de longues lettres, très argumentĂ©es, et qui sont Ă la fois très organisĂ©s puisqu’ils envoient la lettre Ă la direction de France Culture, Ă M. Cavada Ă©galement, Ă TĂ©lĂ©rama, au Monde et Ă tous les mĂ©dias. Donc ce sont des gens qui sont très organisĂ©s. D’autre part il y avait des lettres de gens qui Ă©taient un petit peu moins organisĂ©s, qui rĂ©agissaient simplement aux diffĂ©rents articles qui avaient pu paraĂ®tre dans la presse et dans TĂ©lĂ©rama. Quand une lettre d’auditeur mĂ©content apparaissait, les gens rĂ©pondaient pour dire : " moi aussi, je suis d’accord ; moi aussi, je ne suis pas content ".
– Première tentative de disqualification : les mĂ©contents sont des gens " très organisĂ©s " (cette expression revient plusieurs fois…). Seule " preuve " mise en avant : ils envoient leur courrier simultanĂ©ment Ă plusieurs journaux, dans l’espoir de le faire paraĂ®tre !. Cette insistance vise Ă imposer l’idĂ©e qu’il existe un groupe de pression, une minoritĂ© agissante qui se livre Ă une cabale, ainsi que Laure Adler n’a cessĂ© de l’affirmer dans ses dĂ©clarations Ă la presse. Pour la direction de France Culture, les redoutables conspirateurs sont sans doute l’Association des auditeurs de France Culture et l’Acrimed.
– Deuxième tentative de disqualification : les mécontents réagissent non à la nouvelle grille, mais aux autres lettres de mécontents.
Jean Lebrun : Donc effet de réaction. Je cite à ce propos…
– Jean Lebrun enfonce le clou pour ceux qui n’auraient pas compris : les protestations et leur nombre sont un " effet de rĂ©action " :
Emmanuel Giraud : Et puis peut-être plus de lettres adressées à Télérama en particulier pour…
Jean Lebrun : Oui, alors je cite Ă ce propos un auditeur de Grasse, AndrĂ© Darchangella [?], " j’apprends que des auditeurs mĂ©content Ă©crivent au journal Le Monde. De qui se moque-t-on ? L’encart de radio-tĂ©lĂ© de ce journal peut-ĂŞtre ce qu’il veut. Si j’ai a redire pour une Ă©mission de radio, j’Ă©cris Ă cette radio. " C’est d’ailleurs pour ça que sans le truchement de la presse, ses filtres, ben on a dĂ©cider d’engager le dĂ©bat sans rien cacher du caractère passionnel qui vous attache vous autres auditeurs Ă France Culture, et qui parfois vous en dĂ©tache.
– Troisième tentative de disqualification : les mĂ©contents ont utilisĂ© le " filtre " de la presse. La première lettre citĂ©e vient Ă point nommĂ© cautionner les choix de Jean Lebrun. On notera aussi que le dĂ©saveu du " truchement de la presse " ne vaut que pour les auditeurs : on lira par ailleurs l’ampleur de la vĂ©ritable campagne de presse menĂ©e par Laure Adler. Quant Ă l’Ă©vocation de la " passion ", on se souviendra que, dans certains journaux comme Le Monde, elle permet de lui opposer la " sagesse " de la direction…
Inserts : lecture de trois lettres par des voix sensĂ©es restituer par leur ton les propriĂ©tĂ©s de leurs auteurs. Ces courts textes manifestent un attachement très intense des auditeurs vis-Ă -vis de France Culture (" France Culture que j’aimais, je te hais, dĂ©sormais. Il me faut trouver un autre amour ") . Toutes trois sont critiques. [Applaudissements et bravos]
Lebrun : Non mais… Plus vous applaudissez, plus vous perdez de temps de parole. Alors ça ce sont de vrais auditeurs comme ceux qui sont lĂ ce soir. Est-ce que je peux vous faire remarquer Laure Adler que parfois vous rĂ©pondez Ă des auditeurs qui n’existent pas ? Il y a des auditeurs qui ont le sens de l’humour et qui inventent des personnages qui seraient mĂ©contents, déçus. Par exemple, on a trouvĂ© dans le courrier de la direction, lĂ c’est plus le courrier de TĂ©lĂ©rama, une lettre Ă©crite très maladroitement, comme avec une Ă©criture de vieille dame, Ă laquelle vous avez mis une annotation : " prĂ©cisez Ă cette dame ceci, ceci ou encore cela… ". Mais je crois que c’Ă©tait pas une vraie auditrice…
– Quatrième tentative de disqualification des mĂ©contents : ils sont non seulement organisĂ©s et rĂ©actifs, hypocrites mĂŞmes puisqu’ils s’adressent Ă la presse, mais certains d’entre eux sont fictifs. Leur Ă©criture est intentionnellement maladroite (dans la salle, plusieurs " vieilles dames " s’indignent de la maladresse que leur attribue Lebrun, mais cela n’est pas perceptible Ă l’antenne).
Insert lecture de la lettre par une voix chevrotante.
Lebrun : VoilĂ . On ne redonne pas son adresse parce que le courrier doit revenir, la personne n’habitant pas Ă l’adresse indiquĂ©e, ce qui n’est pas le cas des cinq ou six auditeurs du premier cercle que nous avons composĂ© ce soir, qui ne vont pas monopoliser la parole et qui laisseront le micro Ă tous ceux qui sont avec nous au Bouillon Racine. Bon je ne vais peut-ĂŞtre pas vous prĂ©senter d’affilĂ©e les uns après les autres. On va commencer par celui qui a le plus le trac, c’est Christian Florentin. Bonsoir.
Fin de l’acte I : après la disqualification des contestataires, le " dĂ©bat " va commencer…à cĂ´tĂ© de ce qui fait dĂ©bat. Acte II