Dans un article du 22 aoĂ»t, Les Jours [1] rappelaient que pour amadouer l’autoritĂ© de la concurrence, le groupe M6 avait dĂ©jĂ dĂ©cidĂ© « de mettre fin Ă la diffusion hertzienne de Paris Première et de mettre en vente 6ter, tandis que TF1 [avait] choisi de faire une croix sur TFX, soit deux chaĂ®nes Ă l’audience confidentielle » tombĂ©es dans l’escarcelle du groupe Altice [2]. « Parallèlement, TF1 a vendu ses activitĂ©s dites de presse » (Marmiton, Aufeminin, Doctissimo et Les NumĂ©riques) :
La filiale Unify Digital Factory a été rachetée par Reworld Media, le groupe de presse qui s’est emparé de tout un tas de magazines (de Grazia à Biba en passant par L’Auto Journal, Maison et Travaux, Nous deux et Le Chasseur français) pour en faire des usines à débiter des articles comme d’autres des saucisses.
Pas suffisant pour attendrir l’autoritĂ© de la concurrence. « Les services d’instruction considèrent que l’opĂ©ration soulève des problèmes de concurrence significatifs (en particulier sur le marchĂ© de la publicitĂ©). La nature et l’étendue des remèdes requis dans le rapport d’instruction feraient perdre toute pertinence au projet des parties qui, dans ce cas, l’abandonneraient » a dĂ©clarĂ© le groupe Bouygues dans un communiquĂ© le 26 juillet, mentionnĂ© lui aussi par Les Jours.
Négociations en cours
En aoĂ»t, le groupe Bouygues a proposĂ© « onze remèdes Ă l’AutoritĂ© de la concurrence pour faire passer la fusion TF1-M6 » (Le Monde, 24/08). D’après Le Monde, le groupe BTP « s’engage Ă sĂ©parer les deux rĂ©gies publicitaires de la Une et de M6 », ou encore Ă ce « "qu’un mĂŞme film [français] ne soit pas diffusĂ© sur plus de trois chaĂ®nes” après une première diffusion sur TF1 ou M6. » Et Le Monde de prĂ©ciser que « le groupe de BTP ne prend aucun autre engagement dans la production ou dans l’information. Ce dernier domaine sera particulièrement examinĂ© par L’AutoritĂ© de rĂ©gulation de la communication audiovisuelle, Ă©galement appelĂ©e Ă rendre un avis. »
Pour justifier leur projet monopolistique, les deux groupes jouent du violon, n’hĂ©sitant pas Ă se considĂ©rer comme des « nains » face aux gĂ©ants amĂ©ricains, ou Ă agiter la figure du croquemitaine : si la fusion ne devait pas se faire, M6 risquerait bien de tomber entre les mains de Vincent BollorĂ©.
Croix de bois, croix de fer, les dirigeants de TF1 et M6 n’ont Ă cĹ“ur que l’intĂ©rĂŞt de la France et l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. Face Ă la commission d’enquĂŞte sĂ©natoriale sur la concentration dans les mĂ©dias, en fĂ©vrier, Martin Bouygues montrait patte blanche : « Le projet de fusion n’est pas un projet de puissance politique, mĂ©diatique ou Ă©conomique. C’est diffĂ©rent, c’est un projet de souverainetĂ©. » Mais encore ? TF1 « appartient, d’une certaine façon, au patrimoine de ce pays. » [3] Manquait seulement les trĂ©molos dans la voix. MĂŞme couplet tenu par Nicolas de Tavernost, prĂ©sident du directoire de M6, auprès de TĂ©lĂ©rama (29/08) : « Je reste convaincu que cette opĂ©ration dĂ©fend l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. La question qui se pose, c’est : y aura-t-il encore en Europe une industrie audiovisuelle capable de faire face Ă des gĂ©ants mondiaux comme Fox, Disney, Netflix ou Amazon, bientĂ´t Paramount et HBO Max, et demain les groupes chinois ? Si l’on ne bouge pas, c’est non. »
IntĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral ? « En fusionnant deux entreprises de 3 700 et 2 000 employĂ©s, l’opĂ©ration TF1-M6 ne cherche-t-elle pas plus prosaĂŻquement Ă permettre Ă des actionnaires privĂ©s de rĂ©aliser des Ă©conomies d’échelle (en rĂ©duisant les effectifs), et de mieux valoriser leurs parts sans rien perdre de leur capacitĂ© d’influence ? » Ă©crivait Marie BĂ©nilde dans Le Monde diplomatique [4]. Cela paraĂ®t en effet plus rĂ©aliste.
Fin du suspense en octobre…
Sophie Eustache