Accueil > Critiques > (...) > 2003 : Le Forum Social Européen de Paris-Saint Denis

Forum 2003 : {France 2} réinvente le service minimum

par Jacques-Olivier Teyssier,

Les journaux télévisés de France 2 ont très peu traité le Forum Social Européen (FSE) dans les quelques jours qui ont précédé son ouverture. Et quand la chaîne publique s’y est essayée, le moins que l’on puisse dire c’est que ça n’a pas été brillant.

« (…) La panoplie de l’altermondialiste c’est le sac à dos », le reporter, qui est sensé nous parler du FSE, aime les clichés [1]. Mais David Pujadas, le Pape du 20h de France 2, n’était pas en reste en lançant le sujet, évoquant « la grande messe des altermondialistes » [2]. Tous les sujets des journaux télévisés (JT) de France 2 observés ces derniers jours et traitant du Forum Social, seront à l’image de ces deux extraits. Clichés, slogans, symboles, micro-trotoirs et sujets annexes seront les seuls angles. Quant à la durée de ces sujets, elle est très faible, mais peut-être est-ce préférable vu le contenu ?

« De belles paroles »
Le 9 novembre, un reportage débute par « une barricade censée représenter la fracture mondiale entre riches et pauvres » [3]. Le 11, le commentaire du reportage affirme : « tous ont le même objectif ». Et de laisser une participante du Forum le définir : « on veut voir qu’est ce qu’on peut décider ensemble pour améliorer notre vie » [4]. Après sa « grande messe », D. Pujadas nous révèle le mot d’ordre (parce qu’il y en a forcément un) : « un autre monde est possible ou en l’occurrence une autre Europe est possible puisque c’est le sujet de ses [du forum] discussions. » Quant à son reporter, après la « panoplie », il nous décrit les idées de l’altermondialiste (il n’a sans doute pas osé ajouter « moyen ») : « ses idées c’est le refus du système actuel et vouloir changer le monde. Des idées qui sont pour le moment de belles paroles. »

Après les symboles, les clichés et les slogans, on peut passer au micro-trottoir qui, par nature, n’apporte quasiment aucune information. Faute à pas de chance ? En tout cas, nos reporters n’ont pas su trouver le fameux « bon client » cher à la profession, que ce soit le lycéen qui distribue son journal, le bénévole qui pose les panneaux, ou le participant qui vient de débarquer. A la décharge de nos reporters, on pourrait dire qu’il est sans doute plus difficile de trouver un participant au FSE pour représenter le mouvement altermondialiste que de trouver un usager des transports en commun pour démontrer la colère des « otages » lors d’une grève des transports.

Gymnase ou habitant ?
Daniel Bilalian, lui, a contourné l’obstacle soit en n’abordant pas le sujet soit en traitant d’autres, plus faciles à cerner : la signalétique, le nombre de repas ou l’hébergement [5]. Et vous, pour votre hébergement, vous êtes plutôt gymnase ou habitant ? D. Pujadas a trouvé une autre solution : utiliser une entreprise coopérative sur laquelle il est plus facile d’enquêter [6] que sur ces altermondialistes décidément insaisissables.

Que les téléspectateurs se rassurent, le FSE n’a pas monopolisé l’antenne :

- 9 novembre 20h : 2’10’’ (dont 1’15’’ sur les rapports des partis politiques avec les altermondialistes) ;
- 10 novembre 13h : rien ;
- 10 novembre 20h : rien ;
- 11 novembre 13h : 2’ ;
- 11 novembre 20h : rien ;
- 12 novembre 13h : rien ;
- 12 novembre 20h : 2’14’’ (si on exclut le reportage sur l’entreprise coopérative de1’30’’) ;

et les autres sujets ont trouvé leur place, notamment :

- 1’30’’ pour la sécurité des buralistes et 1’30’’ pour les wagons non fumeurs et les nouveaux composteurs à la SNCF [7] ;
- 7’ pour l’anniversaire de l’armistice [8] ;
- 3’ pour la vente à la sauvette de cigarettes et la sécurité des buralistes, 4’35’’ pour le voile à l’école [9].

Pour la prochaine édition, l’Etat devra peut-être envisager d’octroyer une subvention exceptionnelle à l’organisation mais aussi à la télévision publique, pour que sa couverture de l’événement soit en rapport avec son importance. A moins que ce ne soit cela la « liberté de l’information » dont parlait, en réaction à l’intrusion des intermittents sur le plateau du 20h de France 2, le 10 novembre [10], Jean-Jacques Aillagon, représentant de l’actionnaire de France 2 ?

 

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l’association.

Notes

[1Cliché du reste peu original, puisqu’un reportage diffusé au 20h de TF1 le même jour, évoquait ce « point commun : le sac à dos ».

[2Journal de 20h, France 2, 12 novembre 2003

[3Journal de 20h, France 2, 9 novembre 2003

[4Journal de 13h, France 2, 11 novembre 2003

[5Journal de 13h, France 2, 11 novembre 2003

[6Journal de 20h, France 2, 12 novembre 2003

[7Journal de 20h, France 2, 9 novembre 2003

[8Journal de 13h, France 2, 11 novembre 2003

[9Journal de 20h, France 2, 12 novembre 2003

A la une

Filmographie - Des documentaires sur les médias et le journalisme (8) : de P à Q

Plus précisément : de « Le Pacte fragile » à « Qui sème la misère récolte la rage ».

Incendie de Notre-Dame : quand France Info balayait d’un revers de main le danger lié au plomb

En plus de sa rubrique « Vrai ou fake » dédiée au fact-checking, certains articles disponibles sur le site web de France Info ressemblent à s’y méprendre à de la « vérification des faits » : sélection (...)