– Vous connaissez Le Monde de l’intĂ©rieur. A la lecture du livre, avez-vous appris des choses que vous ignoriez ?
Alain Rollat. Il y a des choses que je savais dĂ©jĂ . Il y en a d’autres que j’ai dĂ©couvertes avec tristesse. Je prĂ©fèrerais que PĂ©an et Cohen se trompent. Mais je trouve aussi dans leur enquĂŞte la confirmation, hĂ©las !, de choses que je pressentais et qui ont pesĂ© dans ma dĂ©cision de quitter Le Monde, la mort dans l’âme.
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– Edwy Plenel, le directeur de la rĂ©daction du Monde, parle d’une " accumulation d’erreurs, de mensonges, diffamations et calomnies ". Avez-vous relevĂ© des erreurs flagrantes ?
A.R. Depuis que mon camarade Plenel a Ă©crit cela, je relis ce livre pour en pointer les insuffisances. Pour l’instant, sur les sujets qui me sont familiers, je le trouve plutĂ´t bien informĂ©. […]
– La contre-attaque d’Edwy Plenel, essentiellement politique, vous a-t-elle surpris ?
A.R. Non. Plenel est expert en dialectique. Mis en accusation, il accuse Ă son tour. Mais il porte sa riposte sur le terrain oĂą il est le plus Ă l’aise, celle de la rĂ©flexion affective, pas sur le terrain oĂą il est attaquĂ©, celui des faits objectifs. Sa rĂ©action est celle de l’homme politique confrontĂ© Ă un travail journalistique gĂŞnant. Son premier rĂ©flexe consiste Ă essayer de discrĂ©diter l’auteur de l’Ă©crit. Un procĂ©dĂ© toujours rĂ©vĂ©lateur d’un embarras. […]
– Vous avez contribué à porter Jean-Marie Colombani à la tête du Monde. Quelles étaient vos raisons ?
A.R. Dans le contexte de crise qui menaçait alors l’indĂ©pendance du Monde […], Colombani Ă©tait celui d’entre nous qui prĂ©sentait le profil le plus appropriĂ© aux besoins de notre entreprise. Je savais mieux que quiconque Ă quoi m’en tenir sur ses appĂ©tits talentueux. Cela faisait dix-sept ans que nous travaillions cĂ´te-Ă -cĂ´te. Mais la survie du Monde Ă©tait en jeu. Les questions de personnes n’Ă©taient plus de mise. Quand, du haut de mes multiples casquettes, j’ai exhortĂ© les personnels du Monde Ă faire confiance Ă son ambition personnelle pour servir notre ambition collective, il s’agissait d’un pari faustien. Je m’illusionnais tellement sur notre capacitĂ© collective que je me portais garant que, sous Colombani, Le Monde deviendrait aussi une rĂ©fĂ©rence en matière de transparence.
– Quel sera l’impact du livre de PĂ©an et Cohen sur le fonctionnement du Monde ? peut-il en rĂ©sulter un redressement ?
A.R. Les journalistes du Monde ont le doute beuve-mĂ©rien chevillĂ© au corps. Ils ont l’esprit critique trop dĂ©veloppĂ© pour ne pas remettre en cause leurs propres certitudes. Ce livre va les aider Ă se libĂ©rer, ce serait un dĂ©luge catastrophique pour l’intelligence si les journalistes du Monde, qui en sont l’âme, n’osaient plus regarder en face certaines rĂ©alitĂ©s sous prĂ©texte qu’elles font mal. […]
Propos recueillis par Jacques Molénat.