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Aillagon à TV5 : Raffarin va-t-il passer en force ?

" Convaincre ", c’est bien. Interpréter ou changer la loi, c’est plus sûr.

Matignon s’agite, face à la levée de boucliers que suscite son projet, dicté par l’Elysée, de nommer l’ancien ministre de la Communication Jean-Jacques Aillagon à la présidence de la chaîne francophone TV5 (lire Aillagon à TV5 : les syndicats dénoncent un verrouillage politique).

L’Express (21 fév. 05), dans sa page " Indiscrets Médias/Culture ", énumère " les obstacles que tente de
surmonter "
Aillagon :
- " convaincre, un à un, les actionnaires suisses,
canadiens et belges du bien-fondé de sa candidature "
(Matignon aurait-il, dans son enthousiasme à recaser l’ancien ministre, pris quelques libertés avec les partenaires francophones ?) ;
- " démontrer aux syndicats de TV 5 que son statut d’ancien ministre de la Culture et de la Communication n’est pas incompatible avec le poste de patron de télé qu’il brigue ".

Pour " convaincre " et " démontrer ", Aillagon disposera d’" arguments " dont ne bénéficieront pas les (éventuels) autres candidats.
Car, nous apprend L’Express, Jean-Pierre Raffarin, " pour faire taire les critiques " (sic), a " demandé à ses services de lui pondre un argumentaire juridique inattaquable ".
L’Etat impartial, et ses moyens (l’argent du contribuable) au service de l’intérêt général...

Mais en l’occurrence, " convaincre " et " démontrer " exige du temps. En effet, relève Le Canard enchaîné (23 fév. 05), " le conseil d’administration de TV5, qui, ce jeudi 24/2, devait désigner Aillagon à la présidence de la chaîne, a été reporté à la mi-mars " : l’ex-ministre préfère " attendre l’argumentation naturellement impeccable " que lui préparent les services du Premier ministre (la légendaire lenteur des services de l’Etat !). La chaîne publique se voit donc contrainte de s’adapter aux convenances partisanes du pouvoir...

Comme par hasard, Le Figaro du lendemain (24 fév. 05) délivre une information qui plaide pour ce report (dont le quotidien, pourtant, ne dit mot) [1]. Le gouvernement a demandé au Conseil d’Etat un avis sur le contentieux juridique, que le quotidien " recadre " ainsi : " un ministre, ayant eu dans l’exercice de ses compétences connaissance d’informations particulières susceptibles de fausser le jeu de la concurrence, peut (-il) prendre la direction d’une entreprise et l’en faire bénéficier " ? Au cas où les conseillers d’Etat auraient besoin d’un coup de main, Le Figaro précise : " le budget de la chaîne francophone est financé à hauteur de 5 % seulement par des recettes publicitaires et elle n’a pas, hormis Euronews, de véritable concurrent ". De l’art de présenter un problème en fonction de la réponse souhaitée...

Dans la même page des " Indiscrets Médias/Culture " de L’Express (21 fév. 05), une autre " brève " qui n’a, bien sûr, rien à voir :
" Matignon envisage de modifier la règle qui interdit à un haut fonctionnaire de postuler avant cinq ans à une haute responsabilité dans une entreprise publique ou privée dont il aurait été amené à suivre les activités au sein d’une administration. Ce qui est le cas pour les membres du CSA. L’idée serait de ramener cette période d’abstinence à deux ans. "
Bref, en pleine " affaire Gaymard ", Matignon se démenait déjà pour les " ex "...

P.S. - L’Express indique aussi que " dans la perspective d’un départ de Public Sénat de Jean-Pierre Elkabbach pour la Chaîne d’information internationale " (lire L’actualité des médias n°37 (31 janvier au 14 février 2005)), Raffarin voudrait nommer à la tête de la chaîne parlementaire, à place d’Elkabbach, l’ancienne directrice du Service d’information du gouvernement (SIG), Françoise Miquel. Celle-là même qui, au SIG, s’était distinguée par des pressions sur l’AFP (lire "Raffarin rêve de médias policés" et Pressions sur les journalistes : "Canicule et hibernation" (SNJ)), et, selon Le Canard enchaîné, a récemment " fait condamner l’Etat pour harcèlement moral au travail " (lire L’actualité des médias n°37 (31 janvier au 14 février 2005), en bas de la page).

 

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Notes

[1Dans cet autre titre du groupe Socpresse-Dassault, ce n’est pas un " Indiscret ", mais un " Confidentiel "...

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