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Acrimed soutient Julian Assange face aux accusations d’espionnage de la justice américaine

par Mathias Reymond,

Le 23 mai 2019, la justice des États-Unis a fait le choix de poursuivre le journaliste Julian Assange pour espionnage. Arrêté le 11 avril dernier dans l’ambassade d’Équateur dans laquelle il s’était réfugié depuis 2012, il purge actuellement une peine de 50 semaines de détention dans une prison britannique de haute sécurité pour non respect des termes de sa liberté conditionnelle. Il est désormais accusé par les États-Unis d’avoir enfreint l’US Espionage Act, cette loi sur la révélation d’informations sensibles transmises à des puissances ennemies. Ces inculpations sont une atteinte au premier amendement de la constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression. Il s’agit là d’une attaque sans précédent aux États-Unis contre le droit à l’information, qui a d’ailleurs provoqué les vives protestations des associations de défense des libertés [1].

Face au risque de voir Julian Assange extradé vers les États-Unis et subir une lourde peine de prison – comme c’est le cas pour Chelsea Manning qui refuse de témoigner contre lui – Acrimed soutient le fondateur de Wikileaks, ainsi que les lanceurs d’alerte mis en cause dans le cadre de ses révélations. Et s’il se confirme que Julian Assange doive être jugé en Suède, à propos d’une affaire de viol dont les faits remontent à 2010 et pour laquelle une enquête vient d’être réouverte, il faut que des garanties soient données sur son extradition vers le pays scandinave [2].

Voici ce que nous écrivions en décembre 2018 alors qu’il croupissait déjà au fond d’une pièce sans fenêtre de l’ambassade d’Équateur :

Mais qu’est-il reproché au juste à Julian Assange ? Simplement d’avoir dévoilé des faits réels. Et il l’a fait en prenant des risques.

De nombreux médias – sans prendre de risque, eux – ont relayé les principaux faits publiés par WikiLeaks. Par exemple ceux-ci :

- Du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2009, la guerre en Irak a fait environ 110 000 morts irakiens pour cette période, dont 66 000 civils, et les troupes américaines auraient livré plusieurs milliers d’Irakiens à des centres de détention pratiquant la torture.

- Dans le camp de Guantánamo, plus de 150 innocents d’origine afghane et pakistanaise ont été détenus des années.

- Trois présidents français, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont été espionnés sur écoutes par la NSA (National Security Agency).

- Etc.

Nous nous inquiétions aussi du sort qui lui serait réservé à sa sortie :

Condamné d’avance par les différents gouvernements de son pays d’origine – l’Australie –, assuré de finir ses jours au fond d’une geôle aux États-Unis, menacé d’être lâché par le nouveau pouvoir en Équateur (un temps soutenu par Rafael Correa, il ne fait pas – du tout – l’unanimité auprès du nouveau gouvernement), il est honni par la Grande Bretagne (embarrassée de sa présence sur son territoire) et l’Espagne (puisqu’il a soutenu l’indépendance de la Catalogne)… Pis, Assange est aujourd’hui oublié par ceux qui ont relayé les informations de WikiLeaks depuis une douzaine d’années et ne peut désormais compter que sur une poignée de soutiens dans le monde.

Il n’est pas trop tard pour se mobiliser afin que cesse l’acharnement de l’administration américaine contre Assange et les lanceurs d’alerte. Leurs révélations salutaires ont permis d’apporter des preuves factuelles, en temps réel ou presque, sur les agissements des gouvernements occidentaux dès lors qu’il s’agit d’aller semer les graines de la démocratie aux quatre coins du monde. Avant l’existence des hackers, et des outils numériques modernes, dénoncer des crimes similaires – au Vietnam, au Laos, ou durant la première guerre du Golfe – était utopique. Aujourd’hui c’est possible. Et pour que ça le soit encore demain, Julian Assange doit rester libre.


Mathias Reymond

 

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Notes

[2A ce sujet, Julian Assange a publié lui-même une déposition (traduite ici) non enregistrée par le procureur général de Stockholm en charge du dossier.

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