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Valeurs Actuelles « pris en otage » par un lecteur

Juin 2003. Comme on l’a vu avec France Inter, dans la course au visible, Ă  l’immĂ©diatetĂ© au dĂ©monstratif, l’usager "pris en otage" est l’angle d’attaque le plus payant, le raccourci le plus facile. Que placer en 1 minute ? Au mieux, une remarque raisonnĂ©e sur le service minimum, au pire l’invective de la "France qui bosse, Elle !".

Juin 2003, toujours. J’avais tentĂ©, dans le cadre d’un courrier des lecteurs, d’Ă©tendre la notion de prise d’otage Ă  d’autres victimes de nuisances.

Voici mon courrier, suivi de la rĂ©ponse de Valeurs Actuelles :

Otages de tous pays

« Otages de tous pays.

Le ressentiment Ă  l’endroit des preneurs d’otages est inversement proportionnel Ă  leur capacitĂ© de nuisance. Il se peut qu’un jour, un mĂ©diologue, sociologue des mĂ©dias ou historien des idĂ©es Ă©tablisse scientifiquement un tel axiome.

En effet, automobiliste, je suis otage d’un quarteron de multinationales qui, lorsqu’elles ne tuent pas, se contentent de corrompre, de polluer les mers ou d’avoir recours Ă  l’esclavage.

Patron de PMI, je suis otage d’un quarteron de centrales d’achat qui fixent leurs conditions et me poussent Ă  violer quotidiennement le droit du travail.

SalariĂ© ou client de France TĂ©lĂ©com, je suis otage d’un quarteron de spĂ©culateurs, Ă  la retraite bien assurĂ©e, qui ont plombĂ© les comptes de ce qui fut la plus rentable des entreprises publiques. SalariĂ© ou client du CrĂ©dit Lyonnais, de Vivendi, de... idem.

Commerçant, artisan, je suis doublement otage, pour ce qui touche Ă  ma retraite, de l’irrĂ©sistible salarisation du monde du travail ajoutĂ© au refus de mes anciens reprĂ©sentants de me rattacher au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral.

Malade, me voilĂ  otage d’un quarteron d’entreprises du mĂ©dicament qui consacrent plus de ressources en force de vente qu’en recherche-dĂ©veloppement.

TĂ©lĂ©spectateur, auditeur, lecteur, promeneur... je me retrouve otage de la pollution publicitaire diffusĂ©e par un quarteron d’agences de conditionnement.

DĂ©muni de toute parole politique d’envergure contre ces quarterons de gĂ©nĂ©raux de la guerre Ă©conomique, je ne peux que m’en remettre aux vertus sĂ©curisantes de la proximitĂ©.

Vous voyez, quand on subit ce que je subis chaque jour, eh bien pouvoir se dĂ©fouler sur mon voisin postier ou cheminot, et sur ma voisine institutrice ou infirmière, eh bien... cela repose de beaucoup d’humiliations sans rĂ©ponses. »

Et voici, in extenso, la rĂ©ponse de François d’Orcival, prĂ©sident du comitĂ© Ă©ditorial de Valeurs Actuelles  :

La publicité ou le goulag

« Je vous remercie de votre courrier plein d’humour au sujet des "otages". Mais permettez-moi de vous mettre amicalement en garde : nous sommes encore dans un rĂ©gime de libertĂ©. Si la publicitĂ© vous paraĂ®t ĂŞtre un "conditionnement", que diriez-vous du rĂ©gime soviĂ©tique qui interdisait la publicitĂ© ?

Encore merci.
Je vous prie de croire... »

Une réponse extraordinaire par sa spontanéité et sa densité.

Tu essaies de relativiser l’association « grĂ©vistes-preneurs d’otage », en trouvant des exemples tout aussi pertinents (allez, au point oĂą on en est...) et te voilĂ  sommĂ© de te prononcer sur le rĂ©gime soviĂ©tique (qui, soit dit au passage, interdisait les grèves et utilisait massivement la propagande, cette forme archaĂŻque de la publicitĂ©). Par ailleurs, je ne peux Ă©videmment qu’ĂŞtre un plaisantin. Il est aussi amusant de voir que, sur tout ce que j’incrimine dans ma lettre, Valeurs Actuelles rĂ©agit en associant la publicitĂ© Ă  l’Ă©tat de droit. Tout ça en 4 lignes. Quel talent ! Je n’ai aucune compĂ©tence en psychanalyse. A votre avis, il a un problème ce monsieur, non ?

Frédéric Maurin
38400 St Martin d’Hères

– Lire Ă©galement : « Au choix : le capitalisme et la publicitĂ© ou Auschwitz et le Goulag ! » (Acrimed)

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