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Communiqué

« Télé locale à Marseille : interrogations autour de la décision du CSA »

Nous publions ci-dessous un communiqué de la Fédération Nationale des Vidéos de Pays et de Quartier, suivi de l’analyse qu’elle propose (Acrimed)

I. Communiqué
Télé locale à Marseille : interrogations autour de la décision du CSA

Aix en Provence, le 9 décembre 2004

Le 3 novembre dernier, le CSA a retenu le projet « TV7 » à Marseille. Pour la fédération nationale des Vidéos des Pays et des Quartiers, c’est une aberration. C’est la politique même du CSA qui demande à être clarifiée  : on assiste à un partage des télévisions régionales entre les grands groupes de communication qui n’ont rien de locaux (Lagardère, Dassault...).

Le CSA demandait des projets proches de Marseille, porteurs d’une production locale : derrière TV7 Marseille, on voit apparaître le groupe Lagardère et AB Group. En matière de « local », on aurait pu faire mieux.

Le pluralisme en prend lui aussi un coup : Lagardère est le propriétaire du principal journal local, La Provence. Et il n’est pas présent qu’en Provence... On voit aujourd’hui qu’il continue à progresser. Au plan national, il est prêt à mettre 50 millions d’Euros dans Le Monde.

Ce n’est pas par défaut que le CSA a fait ce choix. D’autres projets, biens plus proches des Marseillais, étaient sur les rangs, dont celui de TVasso, porté par un collectif d’une vingtaine d’associations. Le CSA joue donc le jeu des grands groupes de communication dans l’attribution des télévisions régionales. Nous ne sommes pas d’accord avec ce choix. Nous ne sommes pas d’accord pour laisser faire cela en toute discrétion, comme c’est le cas actuellement.

Nous pensons donc qu’il est urgent de lancer le débat. Les décisions « techniques » du CSA on un impact qui dépasse de loin le seul aspect technique. C’est la télévision que nous regarderons demain qui se profile actuellement. Il nous semble donc vital que ces choix puissent être discutés sur la place publique, au grand jour, et pas dans les couloirs du CSA.

Nous souhaiterions donc que votre rédaction se penche sur cette question, qui a tout intérêt à faire l’objet d’un débat national.

Fédération nationale des Vidéos des Pays et des Quartiers
Le Ligourès, Place Romée de Villeneuve
13090 Aix en Provence
Tel : 06 33 02 44 27
Courriel : info@vdpq.org

II. Pour en savoir plus :
Le CSA dit Non à la télévision associative
Ne laissons pas le CSA continuer !

Quels sont les réels objectifs du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Le Conseil annonce lutter contre la concentration des médias. Il prétend aussi vouloir favoriser des télévisions qui dynamisent la production locale. Des télévisions qui soient proches des citoyens couverts par la fréquence attribuée. Autant de belles déclarations destinées à rester lettres mortes ? C’est ce que laisse penser la décision du CSA concernant Marseille.

Le 3 novembre dernier, le CSA annonçait avoir choisi le projet « TV7 Marseille » dans le cadre de l’attribution d’une fréquence hertzienne sur la communauté urbaine de Marseille (1.3 million d’habitants). Ce projet devrait donc être le mieux à même de répondre aux exigences affichées du CSA. Il devrait être plus pertinent que le projet de TVasso, en partage de canal avec 7L, que nous défendions. Il devrait refléter la richesse de Marseille. Proposer un programme frais et diversifié aux téléspectateurs. Il devrait enfin faire preuve d’un enracinement local qui permette de faire valoir une approche fine des problématiques spécifiques du territoire Marseillais. Or on va très vite s’apercevoir que ce n’est pas le cas, bien au contraire.

Une vision inquiétante du pluralisme

« TV7 Marseille », c’est le groupe Lagardère (propriétaire de la Provence - déjà un regroupement de deux titres ; où est le pluralisme ? - et de sa régie publicitaire), allié à AB Groupe et à la Caisse d’Epargne. La Provence s’est donc très vite réjouie de l’attribution de fréquence qui va « permettre aux Marseillais d’avoir une télévision qui va parler de leur ville et de leur quartier. »
Le groupe Lagardère est déjà surpuissant dans les médias français : il possède deux radios (Europe 1 et Europe 2), les chaînes de télévisions Muzzik, Match TV et Canal J, ainsi que des participations importantes dans TV et Canal Satellite. Le groupe Lagardère est aussi très implanté dans la presse : 47 magazines en France, et 9 journaux (dont La Provence, Corse Matin, Nice Matin,...). Ce tableau ne serait pas complet sans préciser que ce groupe est le premier éditeur hexagonal. On se rappelle bien de la -décision de la Commission Européenne pour briser cette concentration de la quasi-totalité de l’édition au sein d’un même groupe.
De son côté, AB Group n’est pas en reste. C’est le premier éditeur « indépendant » de chaînes thématiques français, avec 20 chaînes (RTL9, AB1, AB Moteurs, Animaux, Mangas, XXL...).
Peut-on parler de non - concentration des médias ? Il nous semble que c’est impossible. La Provence marchant main dans la main avec la nouvelle télévision locale, les deux étant liés à un groupe d’armement qui dépend de commandes publiques...
De plus AB Group vient d’entrer en participation dans TMC. N’y aurait-il pas abus de position dominante en région Provence-Alpes-Côte d’Azure ?
Concentration et influence se combinent pour écarter le réseau associatif des habitants à même de se saisir d’une télévision locale participative.

Le CSA a jugé bon de ne pas prendre en compte cette situation. Il nous semble pourtant flagrant que les règles relatives à la limitation de la concentration des médias ne sont pas respectées, au moment même, soit dit en passant, où le premier Ministre français, Jean-Pierre Raffarin, s’alarme du problème de la concentration dans la presse (14.11.2004).

Vers quel contenu ?

L’appel d’offre du CSA sur Marseille stipulait clairement que la priorité était donnée à la production locale. Il nous semble bien que là aussi, on est en droit de s’inquiéter. La présence du groupe AB est déjà problématique. La stratégie du groupe est clairement basée sur son catalogue de programmes achetés et rediffusés à faible coût. Peut-on réellement croire qu’AB ne cherche pas de nouveaux débouchés pour ses 31 300 heures de programmes, majoritairement acquis ? Et il ne s’agit pas de programmes sur la vie et l’économie ou le social marseillais, mais de Friends, Dingue de Toi, Derrick, Le Renard, Dragon Ball Z, et seulement quelques productions locales.

Pourquoi un tel choix ?

Ce n’est pourtant pas parce que « TV7 Marseille » était le seul projet possible qu’il a été retenu. Sept projets ont été déposés devant le CSA, dont le partage de canal entre TVAsso et 7L. Ce projet avait réussi à combiner apports privés, subventions locales et mobilisation citoyenne. TVAsso est en effet composé de 20 associations Marseillaises. Ce fonctionnement collégial garantit l’indépendance d’un projet ni lié aux grands groupes de communication, ni aux pouvoirs locaux. Ce projet ne faisait que donner la parole aux habitants des différents quartiers de l’agglomération marseillaise, à travers un fonctionnement délibérément participatif. Unités de production décentralisée dans les quartiers, prêt de matériel, aide au tournage... TVasso aurait clairement participé à une mise en valeur de l’agglomération marseillaise. Alors que « TV7 Marseille » ne propose que 12 heures de nouveaux programmes par semaine (et qui dit qu’ils seront locaux ?), le projet TVasso - 7L en propose 23 !
Le CSA pourrait arguer des difficultés d’un projet associatif, mais il vient tout juste d’accorder une licence à un partage similaire à Nantes. D’autre part, une télévision associative existe déjà à Marseille. O2Zone.tv, partie intégrante d’un quartier, commence à mailler le territoire, avec des unités de productions qui s’implantent dans d’autres quartiers. De plus O2Zone.tv membre de TVasso est aussi membre d’un réseau national de télévisions associatives participatives, qui représente des expériences de 20 ans, parfois plus.
L’expertise était là, des soutiens financiers étaient là, la programmation était là. Mieux : les habitants étaient là également. Mais manifestement, ce n’était pas assez pour le CSA. Qui a préféré renier ses propres déclarations, ses propres règles, pour attribuer le projet à un autre candidat

Ce qui est en cause ici, ce sont les raisons qui guident les choix du CSA. Alors que le Conseil est censé veiller à la non concentration dans les médias, à leur indépendance, on s’aperçoit qu’il favorise des groupes de médias déjà bien assez puissant, dont le but, rappelons-le, est de vendre du temps de cerveau disponible. Il faut pousser le CSA à clarifier ses positions, à sortir d’un secret de décision trop confortable, et à assumer le rôle qui lui est dévolu. Le CSA rate une étape historique de l’audiovisuel en France : permettre au mouvement audiovisuel associatif et participatif le droit de cité à côté des télévisons commerciales et des télévisions publiques en France.

Pour en savoir un peu plus : « Hachette-Lagardère pique la télévision de Marseille aux associatifs ! »

 

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