InvitĂ©e du « Grand rendez-vous » (Europe 1, i>TĂ©lĂ©, Le Monde) dimanche 29 juin au matin, Marine Le Pen entonne sa traditionnelle rengaine au sujet de la double nationalitĂ©. Prenant prĂ©texte des « incidents » survenus dans quelques villes françaises le soir de la qualification de l’équipe nationale d’AlgĂ©rie pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde de football, la prĂ©sidente du Front National dĂ©clare ainsi qu’il faut, « pour que l’État retrouve son autoritĂ© », « mettre fin Ă la double nationalitĂ© ».
Une « petite phrase » qui, Ă la rĂ©daction du Point, n’est pas tombĂ©e dans l’oreille d’un sourd. Quelques heures plus tard, on dĂ©couvre en effet sur le site de l’hebdomadaire un « sondage » visiblement inspirĂ© des propos tenus par Marine Le Pen :

On notera que Le Point va encore plus loin que la prĂ©sidente du FN. En effet, si Marine Le Pen prend prĂ©texte des « incidents » survenus avec certains supporters de l’AlgĂ©rie pour poser la question de la double nationalitĂ©, elle pose cette question pour l’ensemble des nationalitĂ©s. Au Point, on ne fait pas dans le dĂ©tail et on cible les seuls AlgĂ©riens. Il ne s’agit donc pas seulement d’une fois de plus « coller » Ă l’agenda du FN en transformant l’une de ses dĂ©clarations en question lĂ©gitime Ă poser Ă l’ensemble des visiteurs du site de l’hebdomadaire, mais bel et bien d’aller un peu plus loin en posant, l’air de rien, une « question » stigmatisante, discriminatoire et, disons-le, odieuse.
Les rĂ©actions suscitĂ©es sur Internet par ce « sondage » ont-elles conduit certains journalistes de l’hebdomadaire Ă prendre conscience de l’énormitĂ© de la chose ? Nous ne sommes pas en mesure de le dire. Toujours est-il que le « sondage » n’est restĂ© en ligne que quelques heures avant d’être retirĂ© sans un mot d’explication, sans mĂŞme parler d’excuses. Lundi matin, le directeur du Point, Étienne Gernelle, dĂ©clarait finalement sur son compte Twitter que le sondage Ă©tait « lamentable et consternant » et qu’il avait donc « Ă©videmment Ă©tĂ© retirĂ© ».

Le sondage a Ă©tĂ© retirĂ© ? Tant mieux. Mais souvenons-nous que Le Point n’en est pas Ă son coup d’essai. Le 23 juillet dernier, suite Ă des dĂ©clarations abominables de Gilles Bourdouleix, dĂ©putĂ©-maire de Cholet, Ă propos des gens du voyage (« Hitler n’en a peut-ĂŞtre pas tuĂ© assez »), le site du Point nous proposait ainsi le « sondage » suivant :

Il s’agissait alors, ni plus ni moins, de banaliser l’opinion selon laquelle « Hitler n’a pas tuĂ© assez de gens du voyages », devenue au moyen d’un sondage un avis parmi d’autres. Le Point rĂ©cidive donc en nous offrant le pire de ce que la quĂŞte du « clic » et du « buzz » peut entraĂ®ner, a fortiori lorsqu’elle se double d’un opportunisme, voire mĂŞme d’un suivisme Ă l’égard des idĂ©es les plus rĂ©actionnaires. On est ici loin, très loin du journalisme.
Les pseudo-sondages du Point ne sont pas des questions, mais des incitations. Imaginons, l’espace d’un instant, que nous l’imitions : Notre sondage Acrimed : Faut-il interdire Le Point ? [1]
Julien Salingue
PS : notons ce commentaire avisé de Didier Porte :
