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Quarantième anniversaire de Mai 68 : TF1 et M6 se rebellent...

par Denis Perais,

Le 5 février 2008, Nicolas de Tavernost, président du directoire de Métropole Télévision M6, affirme, la main sur le coeur : « Pour moi, la seule différence entre les chaînes publiques et les chaînes privées tient à la diffusion de la messe le dimanche matin. » [1]. Une déclaration qui ressemble à celle de François Fillon : « Il n’y a aucune différence entre les programmes des chaines publiques et des chaines commerciales »  [2]. Au moment où se joue l’avenir de la télévision publique, il vaut la peine de confronter, une nouvelle fois, ces affirmations à la réalité des programmes des différentes chaînes généralistes publiques et privées sans abonnement [3] et accessibles au plus grand nombre en prenant comme objet la « commémoration » des évènements de mai 68.

I. Des chaînes privées en service minimum

Deux relevés comparatifs – deux coups de sonde un peu approximatifs, puisque effectués à des périodes différentes - permettent de mesurer des écarts quantitatifs considérables.


Emissions spéciales, documentaires et débats

Le premier relevé comparatif concerne les documentaires et débats consacrés à cette « commémoration » du quarantième anniversaire entre le 23 janvier et le 30 avril 2008. Leur liste est fournie en annexe.

Si France 2 et France 3 ont cédé à une certaine frénésie médiatique autour de la commémoration du quarantième anniversaire de Mai 68 (qu’en sera-t-il lors du cinquantième ?) en lui consacrant chacune trois émissions, ainsi que huit reportages sur les stations régionales de France 3, TF1 et M6 sont entrées en dissidence. Ces chaînes ont carrément « zappé » l’anniversaire. Pour refuser de se plier aux exigences de la « mode » ? [4]. Sur ces deux chaînes, aucune émission spéciale n’a été diffusée, à l’exception de celle du magazine de... sport automobile « Turbo » le 11 mai sur M6.

Journaux télévisés nationaux

Le second relevé comparatif et quantitatif que nous avons effectué concerne les journaux télévisés de la mi-journée et du soir, [5]. pour la période du 28 avril au 14 mai. La liste est fournie en annexe.

Là encore, la couverture du quarantième anniversaire de mai 68 par les JT des grandes chaînes nationales tourne quantitativement largement à l’avantage des chaînes publiques : neuf reportages et une interview plateau seront diffusés entre le 28 avril et le 14 mai (deux au 13 heures et huit au 20 heures) sur France 2 ; treize reportages (six au 12/13 et huit au 19/20) et deux interviews plateau sur France 3 ; deux reportages seulement sont diffusés durant cette période (un au 13 heures et un au 20 heures) sur TF1 ; et quatre reportages entre le 5 et le 14 mai sur M6.

Pourquoi de tels écarts ? Plusieurs hypothèses peuvent être avancées.

Les responsables de TF1 et M6 craignant un effet repoussoir pour l’audience, donc pour leurs recettes publicitaires, ont probablement refusé de prendre le risque trop élevé à leurs yeux, de compromettre leur vocation de médias consensuels et fédérateurs ? C’est plus que vraisemblable. Et c’est ce qui explique sans doute que ce soit à LCI, la chaîne spécifiquement dédiée à l’information, qu’a été dévolue la charge dernier sur Mai 68, auprès de sa « cible » principale constituée de cadres supérieurs ou chefs d’entreprise, jugée à coup sûr plus réceptive [6].

De surcroît, à la différence des stations de radios comme Europe 1 et RTL ou d’un journal comme Le Monde qui disposaient d’abondantes archives qui leur permettaient de magnifier leur propre rôle de sauveurs de la liberté de l’information, mutilée par une ORTF verrouillée par le pouvoir gaulliste, TF1 ne disposait d’aucun patrimoine d’images qui lui aurait permis d’assurer sa propre promotion.

La discrétion de TF1 et de M6 s’explique donc sans doute d’abord par la logique de leurs programmes qui, avares de débats politiques, les conduits à soustraire à l’attention des publics dont on cherche à fédérer l’audience, les évocations et les débats conflictuels. Avec cette double conséquence : une contribution à l’amnésie des mobilisations passées et une caution de fait apportée, plus ou moins volontairement, aux critiques de Nicolas Sarkozy contre l’héritage de 68.

En revanche, il semble que les responsables des programmes des chaînes publiques ont considéré que la couverture assez large consacrée à mai 68 serait conforme à leur « mission » de service public et, du même coup, bénéfique à leur image [7].

Il reste que ces écarts quantitatifs et les choix qui les ont guidés n’impliquent pas mécaniquement des effets inverses.

II. Des journaux télévisés comparables.

L’avalanche des « sujets », « reportages » et « émissions spéciales » n’est pas un gage de qualité : sur les chaînes de service public, on a ainsi pu voir le meilleur, comme l’émission « Périphériques » le 19 avril sur France 3 Paris-Ile-de-France-Centre, mais aussi le pire [8]. Certes, leur abondance sur les chaînes publiques, confrontée au quasi-néant proposée par les chaines privées, vaut partiellement comme différence qualitative. Mais, ne pouvant comparer qualitativement que ce qui est vraiment comparable, c’est le traitement réservé à mai 68 dans les journaux télévisés, qui doit retenir l’attention : la domination quantitative des chaînes publiques a-t-elle impliqué une présentation qualitativement différente des « événements » ? La comparaison, invite à proposer des réponses nuancées..

Des similitudes, souvent consternantes, peuvent être relevées :

- Les quatre chaînes ont abondament utilisé des bribes de témoignages qui, mis les uns à la suite des autres, ont fréquemment réduit le caractère véritablement informatif des reportages. Elles ont toutes traité, comme des « maronniers », « les barricades » du quartier latin, l’occupation de la Sorbonne, le rôle des CRS [9], et les « stars de 68 » [10]. Elles ont toutes attribué une importance souvent disproportionnée aux témoignages des « figures mythiques » [11] comme Daniel Cohn-Bendit (le 3 mai sur France 2), Alain Krivine (le 7 mai sur TF1), Alain Geismar (le 8 mai au 12.50 de M6) et d’anciens CRS ou policiers.

- Les affrontements entre étudiants et forces de l’ordre ont occupé une place centrale de cette couverture. La palme revient à M6 qui, malgré l’extrême maigreur de son traitement de 68, a attribué, dans son édition nationale du 9 mai du « 12.50 », pas moins de six minutes et vingt quatre secondes à la question du maintien de l’ordre [12]. En général, cette « comméroration » du rôle des CRS a permis en même temps de consacrer une autre « icône » que Daniel Cohn-Bendit, le Préfet Grimaud, que France 2 remercie le 3 mai au journal de 20 heures d’être « l’homme grâce à qui, mai 68 ne fut pas meurtier » [13].

- Sur toutes les chaînes, c’est une représentation d’ un mai 68 principalement cantonné à Paris qui a prévalu, comme si la province n’existait pas ou si peu. Le journaliste du Nouvel Observateur, Delfeil le Ton, justifie le 21 mars pour l’ensemble de ces confrères cette lecture « parisianiste » des évènements : « En traversant la province française, je me suis rendu compte que la vie n’y était absolument pas bouleversée et que ce mouvement n’était au fond qu’une écume. » [14].

- Enfin, un dernier aspect commun à l’ensemble des chaînes mérite d’être mentionné : une forte tendance à présenter la période de mai-jun 68 sous son aspect de société à l’arrêt, bloquée et à mettre en avant les conséquences matérielles de la grève générale (problèmes de ravitaillement en tout genre, de transport etc...) et des violences [15] Probablement involontaire, cette inclinaison est significative, au moment où de fortes mobilisations sociales contre la politique gouvernementale sont en cours, en plein milieu de la « commémoration » du quarantième anniversaire de mai 68. Combien de fois les journalistes n’ont ils pas demandé : « Ne serait-on pas devant un nouveau mai 68 ? » [16].

La mise en scène des effets nocifs du conflit social est manifeste dans le 13 heures de TF1 le 13 mai quand un reportage oppose la vision d’une campagne forcément paisible [17] à celle des violences de la ville. Ainsi, la journaliste de TF1 explique : « Si loin de mai 68, on en oublierait presque la chair des évènements, car ce fût aussi un mois sanglant  », pour évoquer ensuite la grève des ouvriers de chez Peugeot à Sochaux, « un évènement méconnu, qui fit deux morts parmi les ouvriers. » Cette dramatisation de ce qui fut, évidemment dramatique, n’est nullement innocente.

Une dramatisation qui ne concerne pas seulement les victimes. On la retrouvait déjà dans un autre reportage de TF1 diffusé au 20 heures le 7 mai qui commentait ainsi des images de voitures retournées : « neuf millions d’ouvriers se révoltent tandis que les barricades tournent à l’émeute et à la casse systématique. Le 24 mai, on frôle l’insurrection. »  [18] Une nouvelle variante de la couverture « angoissante » de l’actualité que nous offre régulièrement les chaînes de télévision qui privilégient le traitement des faits divers au journalisme d’enquête.

Mais quelques différences doivent être mentionnées

- D’abord, exception notable, le maillage régional de France 3 a permis de rappeler que mai 68 s’est aussi déroulé en... Province et aussi d’évoquer la grève ouvrière dans les différentes régions : deux dimensions de mai réduites à la portion congrue sur les autres chaînes.

- Ensuite, et surtout, en l’absence d’émission de reportages, TF1 et M6 ont patiquement réduit la grève générale à quelques mentions. Et les JT n’ont guère offert de session de rattrapage. Certes, sur France 2, il a fallu attendre le 14 mai et pour voir apparaître un reportage qui lui soit spécifiquement consacré. [19]. Mais France 3, en revanche, s’est montrée nettement plus précoce en consacrant, dans le 19/20, ses deux reportages les plus longs au mouvement ouvrier en général : le 30 avril et aux premiers gévistes des unines Renault le 3 mai. Le tout complété par un reportage dans le 12/13 du 30 avril sur les accords de Grenelle. Toujours sur France 3, le caractère international de mai 68 est souligné lors du sujet le 29 avril dans le 12/13, en y consacrant six minutes et quarante secondes [20]. France 3 sera aussi la seule a diffuser un reportage le 1er mai sur la couverture assurée à l’époque par la télévision d’Etat (le 1er mai), mais aussi, Festival de Cannes oblige, à nous rappeler que celui-ci n’avait pu se dérouler en 1968 (le 12 mai dans le 19/20).

- Si TF1 et M6 semblent les avoir ignorés, France 2 et France 3 ont évoqué également et sans surprise les effets de mai 68 sur les transfomations de la condition des femmes, pour les femmes [21], sur l’école (sur France 2, le 2 mai) ou sur la mode (sur France 3 le 2 mai à deux reprises).

***

En définitive, le passage en revue de la couverture du quarantième anniversaire de mai 68 contredit de manière assez nette les affirmations de Nicolas de Tavernost et de François Fillon qui prétendent qu’il n’existe aucune différence entre les chaînes publiques et les chaînes privées. Elle confirme que, en dépit de fortes similitudes dans leurs programmations respectives, celles-ci ne sont pas totalement identiques. En revanche, s’agissant du traitement de l’information, particulièrement dans les journaux télévisés, ces différences sont souvent imperceptibles [22].

TF1 et M6, chaînes rebelles et dissidentes ? En choisissant de minorer complètement le quarantième anniversaire, elles ont réduit mai 68 à un événement dramatique à peu près dénué de sens. France 2 et France 3 lui ont consacré une large couverture, très inégale, mais qui, à quelques exceptions près s’agissant de France 3, rend particulièrement apparentes les similitudes entre les Journaux télévisés de tous les chaînes. Hélas.

Denis Pérais

(avec Jamel Lakhal et Henri Maler)


Annexes

I. Emissions spéciales, documentaires et débats

- France 2
- « 2008, un nouveau 68 ? » Titre du débat du magazine « Esprits Libres » du 22 février 2008
- « 68 », documentaire de Patrick Rotman le 8 avril 2008 à 20 heures 50.
- Participation de Daniel Cohn-Bendit à l’émission littéraires "Des mots" le 16 avril pour évoquer mai 68 à travers son livre « Forget 68 »

- France 3
- « Mai 68 ». Titre donné par le magazine « Droit d’inventaire » du 23 janvier, où cohabitaient reportages et débats en plateau ; à 20 heures 50.
- « Mai 68, un monde en révolte ». Documentaire de Michèle Dominici le 22 mars dans le cadre du magazine « Passé sous silence ».

- « Comment sortir du « blabla » de Mai 68 ? » Débat dans l’émission « Ce soir ou jamais » du 9 avril.
- Documentaire diffusé dans l’émission « Périphériques » sur France 3 Paris-Ile-de-France-Centre le 19 avril.
- Sept documentaires diffusés simultanément l’après-midi du 26 avril 2008 sur les antennes régionales Alsace, Aquitaine, Bourgogne - Franche Comté, Lorraine-Champagne-Ardenne, Limousin Poitou-Charentes, Normandie et Sud.

II. Les journaux télévisés

- France 2

13 heures
- 5 mai : interview de Virginie Linhart, sociologue et auteure d’un livre « Le jour où mon père s’est tû » Robert Linhart qui fut dirigeant maoïste - cinq minutes et quarante cinq secondes
- 6 mai : Il y a quarante aussi, les étudiants manifestaient aussi - trois minutes dix neuf secondes (reportage)-rapprochement entre les manifestations lycéennes d’aujourd’hui et étudiantes de l’époque

20 heures
- 20 mars : reportage centré autour du personnage de Daniel Cohn-Bendit
- 22 mars : reportage mettant en exergue les archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA)
- 2 mai : La France s’ennuie - trois minutes vingt et unes secondes (reportage)
- 3 mai : Reportage sur l’évacuation de la Sorbonne avec la « réconciliation » des adversaires d’hier Daniel Cohn-Bendit-Préfet Grimaud (extrait emprunté au site lepoint.fr)
- 6 mai : Eurovision - concours truqué (reportage sur l’intervention Franco pour la victoire espagnole à ce concours) - deux minutes et dix secondes
- 8 mai : 68 et les femmes - deux minutes cinquante six secondes (reportage)
- 10 mai : Mai 68 : souvenirs du lycée Condorcet - Deux minutes et dix sept secondes avec au centre du jeu Romain Goupil qui évoque la mixité (reportage)
- 11 mai : Mai 68 : témoignage d’un CRS - deux minutes et quatre secondes (reportage).

- France 3

12/13

- 28 avril : L’école après-mai 68 – reportage – trois minutes trente quatre secondes
- 29 avril : Mai 68 dans le monde – reportage +interview de Patrick Mahé six minutes quarante et une secondes
- 30 avril : Les accords de Grenelle – deux minutes et quarante six secondes (reportage)
- 1er mai : Les femmes et mai 68 – six minutes et quarante deux secondes (reportage + interview d’un sociologue)
- 2 mai : Mode : les changements dus à mai 68 – deux minutes cinquante trois secondes
- 2 mai : interview de Daniel Picouly auteur du livre « 68, mon amour » - quatre minutes trente secondes.

19/20

- 28 avril : Mai 68, quarante ans après
_- 29 avril : Le Préfet de Police de Paris et la révolte étudiante –30 avril : Mai 68 : le mouvement
ouvrier – Quatre minutes dix neuf secondes (reportage)
- 1er mai : Mai 68 et couverture de la télévision – Trois minutes et six secondes
- 2 mai : Mai 68 : mode et changement de société – Deux minutes et cinquante huit secondes
(reportage)
- 3 mai : Mai 68 : chez les ouvriers, les premiers grévistes furent les ouvriers de Renault [23]

- TF1

- 7 mai, 20 heures : La nuit des barricades - trois minutes vingt et une secondes (reportage)
-13 mai, 13 heures : Quel souvenir de mai 68 dans les campagnes ?- trois minutes et quinze secondes secondes(reportage).

Entre le 22 mars et le 14 mai, TF1 consacre au total quatre reportages à mai 68. Le premier évoque « Nanterre, 22 mars 68 : les prémices de la révolte de mai », le second, le 13 avril « Quand la France s’embrasait », évoque les « affrontements en France ». Particulièrement original.

LCI diffuse, elle, quinze sujets (débats, témoignages,commentaires de sondages).

- M6, « Le 12.50 »

- 5 mai : Mai 68 un pavé dans la France
- 6 mai : Mai 68, interdit d’interdire
- 8 mai : Mai 68 en première ligne
- 9 mai : Mai 68, de l’autre côté des barricades.

 
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Souscription 2018Souscription 2018

Notes

[1Propos tenus lors d’une table ronde autour du thème : « Quelles réformes pour le secteur de l’audiovisuel ? ».

[4Pour TF1, les décompte a été effectué à partir des sites des magazines d’information « Sept à huit » , « Le droit de savoir », « Reportages » et « 50 minutes inside ». Et pour M6, à partir des sites des magazines d’information » 66 minutes », « 100 % mag », « Capital », « Enquête exclusive », « Secrets d’actualité" et « Zone interdite ».

[5Excepté M6, dont seules les éditions du 12.50 du 5 au 14 mai sont concernées, puisqu’il n’existe pas de journal du soir.

[6Le décompte des reportages sur LCI est fournie en annexes).

[7En célébrant au passage la liberté d’informer d’aujourd’hui, loin du joug étatique de l’époque comme le fait si bien Michel Drucker, le 23 janvier sur le plateau de « Droit d’inventaire » sur France 3 : « Ce qui est vrai et qui est une réalité, c’est que la télévision [en 1968] est verrouillée par le pouvoir ».

[9France 3 le 29 avril, France 2 en deux reportages les 3 et 11 mai, TF1 le 7, le 12.50 de M6 le 8.

[10Titre donné au reportage diffusé dans « Droit d’inventaire » le 23 janvier 2008 sur France 3.

[11Cela révèle encore une fois le penchant de la caravane médiatique à personnifier de manière outrancière tout mouvement social, pour en minorer le caractère collectif et le contenu du projet de société.

[12Avec une bref témoignage d’un CRS et surtout l’intevention de « Jean-Yves Berlière, historien, spécialiste de la police française » comme le précise le journaliste.

[13Ce qui est factuellement faux puisqu’on a dénombré au moins cinq morts , comme l’a rappelé Serge July le 3 mai 2008 dans l’une de ses quatorze chroniques consacrées à mai 68 sur RTL.

[14Dans un article du 21 mars « J’ai vécu Mai 1968 », par les journalistes du Nouvel Obs, paru sur le site www.nouvelobs.com.

[15Qui n’est qu’une reprise, quarante ans après, d’une vieille recette médiatique dictée par de Gaulle aux médias de l’époque et que révèle Hervé Brusini, journaliste de France 3, dans le 20H de France 2 du 22 mars : « Le spectacle auquel auront droit les téléspectateurs de l’époque au journal télévisé, c’était essentiellement les conséquences de mai 68, c’est-à-dire les files d’attente devant les pompes à essence, l’impossibilité d’avoir le transport public. Bref, une société à l’arrêt, qui subit des dommages. »

[16Daniel Cohn-Bendit a d’ailleurs souligné cette propension à cette incantation sur le plateau de « Ripostes » le 2 mars : « Dès qu’il y a trois étudiants dans la rue, trente six journalistes accourent pour me demander si c’est un nouveau 68. »

[17A Epenoy dans le Doubs. Les journaux télévisée ont totalement passé sous silence les évènements de mai 68 à la campagne (à l’exception de ce caricatural reportage). Or, comme Rouge le rappelle dans son édition du 8 mai 2008, « le 24 [mai 1968], pour marquer leur solidarité avec les étudiants et les ouvriers, des manifestations paysannes se tiennent dans toute la France, à l’appel de la FNSEA et du Modef ». Libération évoque aussi l’impact sur le monde paysan dans son article « L’Ouest a vu émerger un radicalisme paysan, précurseur du Larzac » (15 février 2008).

[18Mêmes inquiétudes sur France 2 le 11 mai à 20 heures, dans le reportage consacré aux souvenirs d’un ancien CRS, Camille Vandier : « Quand on commence à distribuer des balles réelles [...], nous en servir que sur ordre, et bien, tout jeune policier que vous êtes, vous vous posez quand même des questions. Et, je pense que là je me suis rendu compte qu’on avait vraiment frôlé la guerre civile . »

[19Laurent Delahousse explique, sans doute involontairement, l’une des raisons de cet escamotage le 22 mars dans l’édition du soir sur France 2 : « Que reste-t-il de mai 68 ? Une question philosophique et politique ».

[20Comprenant un reportage et une interview du sociologue Patrick Mahé.

[21Vu principalement sous l’angle de de libération sexuelle, vestimentaire ou de l’ouverture sans l’autorisation du mari d’un compte en banque, mais pas sous celui des inégalités sociales, professionnelles ou de la domination masculine. Deux reportages et une interview d’un sociologue les 1er et 2 mai au 12/13 de France 3 et un reportage au 20 heures de France 2 le 8 mai.

[23En fait, ce sont ceux de Sud-Aviation à Bouguenais (Loire-Atlantique).

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