" Lagardère est-il un ogre ? Menace-t-il l’indĂ©pendance et la libertĂ© de la culture ? La rĂ©ponse est non ! ", affirmait Jean-François Kahn dans Marianne (18-24/11/2002).
Le rachat par le marchand de canon de la branche édition de Vivendi, lui permet de contrôler désormais plus de 70% de la distribution des livres. " Nous ne sommes plus dans un système libéral " semble regretter JFK : " On a réinventé, en revanche, une forme privatisée de communisme. "
L’article publiĂ© dans le mĂŞme numĂ©ro, titrĂ© " Lagardère, le gentil mĂ©chant loup " s’indigne Ă juste titre de ce monopole. Mais illustrant le " gentil loup ", par une photo digne d’un dĂ©pliant publicitaire, face burinĂ©e et sourire malicieux, la main sur le cĹ“ur, le journal prĂ©cise : " La presse et l’Ă©dition sous l’autoritĂ© des marchands de canons, en d’autres temps, cela aurait provoquĂ© un tollĂ© ! Mais non… "
A dĂ©faut de tollĂ©, M. Lagardère a droit Ă un dĂ©luge de compliments signĂ© Jean-François Kahn. Dans le mĂŞme Ă©dito, il affirme qu’il faudra " nous mobiliser et agir, partout, pour couper le bras des incendiaires " qui poussent Ă la guerre contre l’Irak, tout en brossant un portrait idyllique et complaisant d’un marchand de canon, un patron " digne de tous les Ă©loges ".
" Imaginez que 60% des industries d’un pays appartiennent Ă l’Etat, mais que cet Etat soit un modèle d’objectivitĂ©, de respect des diffĂ©rences et de tolĂ©rance, toutes qualitĂ©s dont on veut bien crĂ©diter Lagardère ", ajoute-t-il.
Mais le passage le plus caustique reste le " tĂ©moignage " de JFK sur " l’indĂ©pendance totale " dont il a bĂ©nĂ©ficiĂ© " pendant sept ans, sur Europe 1 contrĂ´lĂ©e par Lagardère, jusqu’au jour de (son) licenciement ". " Il n’intervint jamais ", et, plus loin : " Je n’ai jamais subi la moindre pression ".
Sans remettre en cause la sincĂ©ritĂ© de cette dĂ©claration d’amour, on est peut ĂŞtre en droit de souligner que la condition du jeune journaliste " de base " est sans comparaison aucune avec celle d’un vieux routier de l’information comme Jean-François Kahn.